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Interview
dimanche 03 février 2019 12:26

Tété en interview : "Un chanteur est par définition un produit"

Tété sort son septième album "Fauthentique". En interview pour Pure Charts, le chanteur se confie sur la perception entre le vrai et le faux, l'information dans notre société, la politique ou encore les réseaux sociaux.
Crédits photo : Jerome Juv Bauer
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Comme son nom l'indique, l'album "Fauthentique", joue sur le vrai du faux, en clin d'oeil aux fameuses fake news. Pourquoi ça t'a inspiré ?
Ce qu'il y a entre le vrai et le faux, c'est la perception qu'on peut avoir des choses. On vit dans un monde où il y a des changements sans précédent par rapport à ça. Des choses qu'on perçoit comme étant vraies qui, en réalité parfois, sont fabriquées de toutes pièces. Les fake news ça en fait partie. L'idée au début c'était de parler du plus grand faussaire du monde, le fameux "King Simili", et au fur et à mesure, je me suis rendu compte que tous les jours les informations me donnaient du grain à moudre pour mes textes. C'est à l'image de la chanson "Tout doit disparaître" qui clôt l'album. On l'a mise en ligne le jour des soldes exprès. C'était étrange car d'un côté une partie de la population exprime un malaise de ne pas pouvoir consommer et de l'autre, à juste titre, on nous dit de consommer différemment sinon la planète ne va pas tenir le coup. Et je me retrouve à chanter cette chanson dans ce contexte...

« Un chanteur est par définition un produit »
Quel est ton rapport à l'information aujourd'hui ?
L'actualité et l'information, je distingue les deux. L'actualité, on ne peut pas y faire abstraction car il y a eu tellement d'événements majeurs et brutaux ces dernières années. Il se trouve que j'ai des enfants en bas âge donc on ne regarde pas le journal télévisé parce que les images sont trop violentes et on n'a plus les mots pour expliquer ça aux enfants. J'aime bien le concept de la revue de presse mais il faut avoir le temps.

C'est difficile de rester authentique dans ce milieu ?
Je crois qu'il est autant difficile de rester authentique dans la musique qu'ailleurs. Il est difficile de changer sa manière de consommer du jour au lendemain, de se déplacer. On fait tous partie du problème et de la solution quelque part.

Tu chantes "Souvent quand c'est gratuit, cherche pas c'est toi le produit" dans la chanson "Tout doit disparaître". Tu as pensé pouvoir devenir un produit à un moment donné ?
C'est important d'avoir de la distance sur soi. Un chanteur est par définition un produit, puisque son visage est reproduit sur des supports et est reproductible à l'infini. La nature du produit c'est ça, le côté systématique et la grande échelle. Maintenant, je peux aussi me dire que j'ai une passion d'adolescent, la guitare et écrire des histoires, et 20 ans plus tard j'ai encore cette chance de faire ce beau métier, des concerts, des albums. Tout ça, c'est aussi faire partie d'un certain système, qu'on le veuille ou pas. Au milieu, j'essaie d'aborder des sujets qui me tiennent à coeur mais mes chansons posent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses. Le futur, le changement, c'est ça, c'est se poser des questions.

Tu as travaillé dans le passé pour des artistes comme Fréro Delavega ou Tal. Est-ce que tu hésites avant d'accepter de collaborer avec des artistes qualifiés de plus mainstream ?
J'ai toujours eu du mal à me dire ce qu'était un artiste commercial en comparaison à un artiste authentique. Le simple fait de passer à la radio, d'être diffusé, on entre dans cette boucle commerciale. Et on ne perd pas son âme pour autant. Les artistes que vous citez, ce qui m'a plu chez eux c'est qu'il suffit de les entendre chanter en guitare-voix pour comprendre que ce sont des gens qui ont une vraie proposition artistique. Et ça commence par des rencontres. En discutant avec eux, j'ai été touché par leur détermination, par leur sincérité.

Regardez le clip de "King Simili" par Tété :



Quelle était l'intention première avec cet album "Fauthentique" ?
On me demande souvent comment a été fait l'album, et les gens sont souvent surpris quand je leur dis que tout ce que vous entendez à part la guitare et la voix, tout a été programmé. Ça ne s'entend pas. Je m'amuse à leur dire : "Imaginez un peu si on peut vous "tromper" avec de la musique, les perceptions que vous pensez avoir sur ce qui vous environne dans votre quotidien, est-ce que vous êtes surs qu'il n'y a pas un mec qui a programmé un truc, qui a mis le bon son, la bonne texture ?" Je parle de la manière dont on mange, de l'idée de la vérité ou de l'égalité qu'on a. Je n'ai pas la réponse mais je trouve intéressant de se poser la question.

« Fabriquer une fake news, c'est un peu comme fabriquer une chanson »
Prendre du recul sur ce qui nous entoure...
Oui. Et je ne pense pas être un artiste spécialement politique mais prenez les Panama Papers. Ce sont des expérience sociétales hyper intéressantes. Il existe à l'autre bout du monde des paradis fiscaux dont on ne connaissait même pas l'existence et des sommes qu'on ne pouvait même pas imaginer. Quand ça sort de manière publique, il s'agit de gens au-dessus de tous soupçons avec un attaché-case, un beau costume. La veille, si vous mettez un mec comme ça en photo, et que vous le placez à côté d'un mec en survêtement avec les cheveux longs, et qu'on demande : "A qui faites-vous le plus confiance ?". 95% des gens vont dire qu'ils font plus confiance à celui qui se trouve être un escroc qui a détourné des millions de dollars. Ça me fascine. L'esprit humain est fait comme ça. Certains ont bien compris ça. Et fabriquer une fake news, c'est un peu comme fabriquer une chanson, c'est écrire une histoire.

En parlant de politique, tu chantes "Votez pour moi" puis "J'ignore tout des ressorts de la politique qui nous floue" dans "Blédards célestes". Tu as un regard très désabusé sur la politique...
J'ai le sentiment que mon regard épouse les contours du regard du peuple français. Dans l'histoire politique récente, force est d'avouer qu'on va de coup de théâtre en coup de théâtre. Si on imagine que tout cela est une pièce de théâtre, l'auteur est génial. Si la politique était une série Netflix, j'aurais dévoré toutes les saisons. C'est du jamais vu. J'aime bien cette place de chroniqueur qui est la mienne.

Tu parles aussi des réseaux sociaux sur l'album. Tu es ultra connecté ou tu les fuis ?
Ni l'un ni l'autre. J'essaie d'en avoir un usage juste. Déjà, je fais partie du truc parce que je balance énormément de trucs, on ne va pas se mentir : des chansons, des vannes, des photos. Aujourd'hui en tant qu'artiste, on a tous migré là-dessus parce que c'est une tribune libre. A qui ce n'est jamais arrivé de prendre son téléphone parce qu'on a reçu un texto et deux heures plus tard on y est toujours à regarder des vidéos de petits chats ? Si on ne fait plus attention, on n'est plus maître de notre attention. Tout ça c'est un énorme marché de l'attention. Il y a une foire d'empoigne de celui qui capturera le plus d'attention. Et finalement, on est tous des marchands d'attention. Les moments sur Internet ne sont jamais aussi bons que quand on les choisit vraiment. Il faut être hyper vigilant.

Comment on fait au quotidien, et comment on transmet ça à ses enfants ?
J'ai des sensibilités fortes mais j'essaie de ne pas les imposer aux gens. Nous, à table c'est "pas de portable, pas de tablette". Si je ne m'étais pas ennuyé plus jeune, je n'aurais jamais commencé à jouer de guitare et à écrire des chansons. Toutes mes passions d'expression ont toujours commencé un après-midi où je m'ennuyais. Au quotidien, on est constamment sollicité. Il n'y a jamais ces moments de vide qui sont hyper importants.

On le sait moins mais vous tournez beaucoup à l'étranger comme au Japon, Canada, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Comment ça se fait ?
Clairement, "A la faveur de l'automne", à qui je dois beaucoup, m'a ouvert des portes. Après, ce sont les histoires humaines qui prennent le relais. Souvent, derrière ça, il y a une équipe avec qui on accroche et qui travaille pour qu'on puisse revenir régulièrement. C'est une énorme chance. C'est une manière de me nourrir, de grandir.

Ecoutez "Tout doit disparaître" de Tété :
Julien GONCALVES
Pour en savoir plus sur Tété, visitez tete.tv, son Blog officiel, ou sa page Facebook.
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