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Interview
samedi 15 août 2015 09:59

Rose en interview : "J'ai la chance de faire beaucoup d'erreurs, mais jamais les mêmes"

A l'occasion de la sortie de son quatrième album "Pink Lady", la chanteuse Rose fait le bilan de ses 10 ans de carrière, ses échecs, son image, ses envies, le marché du disque, ce qu'elle a accompli sur ce disque et sa fascination pour Rihanna.
Crédits photo : Emma Picq / DR
Nous avons rendez-vous dès 10h00 dans un café du septième arrondissement de Paris, un matin ensoleillé. Rose a peu dormi mais elle est déjà là et s'apprête à dévorer une omelette, une paire de lunettes de soleil visée sur le nez. Son naturel désarmant et sa bonne humeur mettent tout de suite à l’aise.

Propos recueillis par Matthieu Renard.

Pourquoi ce nom, "Pink Lady", pour ce nouvel album ?
C’est plusieurs petits jeux. Déjà, j’aime bien la sonorité du pink, avec le K, ça me faisait penser à Keren, mon prénom. C’est proche de punk aussi, mes potes me disent souvent que je suis comme ça, on en rigole ! Lady, j’aimais bien le côté femme, le nouveau personnage à la "Madame Foresti". A côté de ça, c’est un cocktail. C’est aussi la première chanson que j’ai écrite, au bar d’un hôtel, avec un "Pink Lady" devant moi. Et en plus, cet album est un vrai cocktail, j’ai l’impression qu’il mélange mes trois premiers albums, j’ai travaillé avec plein de gens.. J’ai mis plein de choses dans un shaker et obtenu le résultat que je souhaitais.

« Je veux décoller les étiquettes »
Tu parles d’un nouveau personnage, c’est qui ?
A mi-chemin entre Rose et Keren. Il réconcilie les deux. On voit Rose différemment que Keren. Le nom Rose, on imagine une personne douce et lisse alors que je ne suis pas du tout comme ça !

Tu as hésité à abandonner le nom de Rose ?
Franchement, oui. Après je me suis dit que, déjà que les gens ne me connaissent pas, ça n’allait pas aider si je changeais de nom en cours de route. Tu imagines la confusion totale ! On la connait même pas et elle a déjà changé de nom ! Non, et puis je ne peux pas prendre Keren, puisqu’il y a déjà Keren Ann. C’était foutu.

Tu crois que les gens te décrivent comment ?
Comme ça, comme une petite nana mignonne, la fille qui pleurniche, folkeuse. Je pense qu’avec cet album, je décolle des étiquettes.

C’est en ça que "Pink Lady" est différent ?
Exactement. Là j’ai l’impression qu’il y a une rupture. J’ai passé un cap dans ma façon d’écrire. J’ai rencontré Pierre Jaconelli et ça c’est vraiment bien passé, je pense que ce n’est que le début. Habituellement, je compose uniquement avec Loane, une amie. Là, j’ai l’impression d’être bien entourée, d’avoir trouvé mon équipe de musicien, de réal, de gens avec qui je voulais composer. J’ai toujours rêvé de ça, de bosser avec des gens comme les tandems « Obispo-Zazie » ou « Souchon-Voulzy ». On m’a mis plein d’étiquettes, alors que moi ce que je préfère c’est la variété française à la Alain Souchon. Chaque chanson est prévue pour la scène. Maintenant, on a envie de jouer tous les morceaux. Ce n’était pas le cas avant.

Comment tu as abouti à ça ? Tu as eu un déclic ?
L’album d’avant m’avait laissée sur ma faim. Ca a été un échec à plein de niveaux. Un échec au niveau de l’écriture. J’y arrivais pas. C’était supposé être un album de maman, mais j’ai pas réussi à écrire sur mon fils. Et c’était incohérent car il y avait des choses tristes. Je savais que je n’avais pas les singles et que je n’irais pas loin en radio avec cet album. Et ça c’est très très mal passé en studio avec les réalisateurs, avec Benedict Blanc Franquard. Et la suite s’est mal passée aussi car j’avais des dates de tournées éparpillées. Echec cuisant. C’était dur.

Crédits photo : Emma Picq / DR
Tu regrettes cet album ?
Pas du tout. Je ne regrette pas car ça m’a permis de comprendre plein de choses. Tous mes autres albums étaient construits sur des douleurs. Maintenant, il y a de l’espoir. Les épreuves de la vie, comme les séparations par exemple, sont parfois les meilleures choses qui nous arrivent. Le fait d’être maman te force aussi à aller bien.

« J'ai souvent voulu tout arrêter »
Tu as failli tout arrêter ?
Oui. Souvent. C’est mon nouveau manager qui m’a convaincue. A chaque fois, c’est autre chose. Tous les 3 ans je veux arrêter, je suis enlisée par la vie et la peur. C’est ce que j’essaie d’évoquer dans "Partie remise". Il faut toujours un déclic. A un moment, c’est d’aller voir une thérapeute, de changer de maison de disques… Là on m’a présenté ce manager. J’ai une bonne étoile. Tout le monde m’a dit "Tu es folle". J’aurais pu me retrouver sans rien. Mais j’ai pas eu peur. Je fais tout à l’instinct et je me trompe rarement. Il me fallait un manager comme ça.

Retrouver la critique de "Pink Lady", le dernier album de Rose

Qu'est ce qu'il t'a apporté ce nouveau manager ?
Il connait tout le monde, il lâche jamais. C’est un Pitbull. Je comprenais pas pourquoi il voulait travailler avec moi. Il m’a demandé de quoi j’avais besoin pour écrire. Je voulais être seule. On m’a mise dans une chambre d’hotel à une heure de Paris, sans voiture, j’avais pas le choix. Et puis tout s’est goupillé à partir de là. J’avais quelques morceaux. J’ai été voir Jaconelli, ça lui a plu et on a avancé. Ca m’a tellement motivé d’avoir quelqu’un qui me donne des deadlines, qui me dise : "Semaine prochaine, tu me balances une nouvelle chanson".

Les chansons "Je de société" ou "Pour être deux" parlent d'égo...
Dans une relation, il faut donner au moins autant d’attention qu’on se donnerait à soi. On est dans l’ère du paraître. Et moi et moi et moi. Les couples souffrent beaucoup des réseaux sociaux par exemple. Le matin, on se réveille, on saute sur son téléphone plus que sur l’autre. Il y a des gens plus égoïstes que d’autres, et normalement l’amour soigne ça. Quand on s’occupe plus de l’autre c’est qu’il y a un souci.

Regardez le making of de "Partie remise"



Comment ça s’est fait le duo "Pour être deux" avec Jean-Louis Murat ?
J’avais bossé avec Loane, et à 6 heures du matin et là elle me dit : c’est un duo. On a réfléchi. Je ne me voyais pas aller chercher quelqu’un en vogue comme Doré ou Biolay. Je pensais plus à quelqu’un qui a de la maturité comme Murat ou Lavoine. Bon, Marc Lavoine de toute manière il a mis la musique entre parenthèses pour faire du cinéma et sortir son livre. Pour Murat, on m’a dit qu’il détestait les maisons de disques, les managers et tout ça. Donc j’ai écrit à sa femme. Lui n’a pas de mail, ni de téléphone. J’ai fait un mail ultra chiadé.

Tu as eu peur de sa réaction ?
Non, car comme je te dis sur cet album je me sens vraiment à ma place. Et cette chanson, je savais qu’elle était super. Au pire il dit non, mais je savais qu’il n'allait pas rigoler. Mais j’y croyais pas une seconde. Vraiment, je t’assure que j’y croyais pas. Deux jours après, je recevais ce mail qui disait qu’il n’envisageait pas de ne pas le faire.

Qu’est ce qui lui a plu ?
Moi je croyais que c’était la musique. Mais lui m’a dit : « J’en ai rien à foutre de la musique ! Moi c’est le texte ! C’est la première fois que j’entends une chanson de meuf qui n’est pas niaise ». La misogynie… Mais après il m’a dit : « C’est la première fois que quelqu’un ose avouer que la raison d’une rupture c’est l’égoïsme et pas l’amour qui s’étiole ». Je suis contente d’avoir trouvé cet angle. C’est nouveau et universel. Dans chaque couple, il y en a toujours un qui domine l’autre. Non, t’en penses quoi ? Moi je pense qu’un couple ne fonctionne que comme ça. Il y a toujours un qui donne plus et l’autre qui prend plus. Non ?

« Je suis le cul entre trois chaises »
Je ne sais pas... Je pense que ça dépend des couples. Et que c’est cyclique.
Oui, c’est exactement ça. Ca ne fait que s’échanger. Ce qui est malheureux c’est quand ça ne tourne pas dans un couple. Il y a eu toute l’époque des pervers narcissiques et compagnie, qui existent aussi chez les filles d’ailleurs, mais le problème dans les couples c’est les gens qui n’arrivent pas à donner de leur personne. J’en connais plein. D’ailleurs, ça m’arrive d’être comme ça. C’est un sujet universel.

Justement, tu abordes des sujets universels sur les sentiments, mais jamais des sujets de société.
Je n’aime pas m’associer à des prises de position sur les réseaux sociaux. Et ça ne m’inspire pas. "Oiseau malin" ou "Et si en plus il n’y a personne" qui parle de Dieu, Souchon le fait très bien. Moi j’en suis incapable. Si je parlais des SDF, je ne ferais pas de bonnes chansons.

Aujourd’hui, dans le paysage musical français on voit surtout la jeune génération avec Louane, Kendji ou Tal et les "anciens" Pagny, Johnny, Souchon etc... Toi, tu es où ?
Ah bah on est dans le creux ! Je me sens exister quand même. Je fais beaucoup de promo, après on me voit ou on me voit pas mais je me sens exister. C’est une histoire de médias. Quels sont les médias qui permettent aux gens comme moi de s’exprimer ? Je ne suis pas considérée comme jeune, vieille. Et tu oublies une troisième catégorie : les Biolay et Camelia qui intéressent France Inter ou Télérama. Moi je ne suis rien de tout ça, je suis le cul entre trois chaises.

« On me dit que c’est trop triste ce que je fais »
Comment tu trouves ta place là-dedans ?
Justement, on a bossé pour retirer les étiquettes. On essaie de faire comprendre que j’ai 10 ans de carrière, que j’écris mieux qu’avant et que j’ai une plume qui va durer. On essaie vraiment de travailler dans ce sens. Ca va être long. Je suis obligée de reconstruire les choses. Je ne suis plus la même personne. Il y a 10 ans, les gens qui ont acheté mon disque n’ont pas suivi apparemment. Il faut reconquérir un nouveau public.

Dans le contexte actuel, c’est compliqué cette phase de reconstruction dans laquelle tu es...
J’ai rien à rajouter, tu as raison. Si aujourd’hui Souchon arrivait avec "Allo maman bobo", personne n’en voudrait. "Avec le temps va tout s’en va" pareil. Moi on me dit que c’est trop triste ce que je fais. Bon pourquoi pas. J’essaie de me faire un chemin. On se pose la question : "Qu’est-ce que tu veux faire ?". Je veux continuer à gagner ma vie en faisant ce métier, faire de la scène et écrire des chansons. Après, mon manager prend le relais et fait en sorte que ça se dise, qu’il y ait des retours. On a eu les invités qu’on voulait à la Cigale… Il y a un mini buzz sur cet album que je n’ai pas ressenti sur les précédents.

Du coup, c'est quoi les retombées que tu attends ?
Il suffit de faire un morceau pour quelqu’un et ça décolle. Peut-être qu’on ne vendra pas beaucoup d’albums. Mais tu vois j’ai déjà reçu des demandes d’écriture. Tu as vu ce qu'il se passe pour Patxi ? C’est énorme, il a écrit 5 titres pour l’album de Louane. Des tubes qui passent à la radio toutes les 5 minutes. On va lui en demander d’autres.

Regardez le making of de "Je de société"



Tu as été tenté de faire des albums de reprises ?
Pas du tout ! Le jour où je ferai ça c’est vraiment que j’aurais plus rien à dire. Mais comme je préfère écrire que chanter, je vois pas l’intérêt pour moi d’aller chanter les chansons des autres. Être sur un album et faire une chanson comme ça pourquoi pas. Mais un album entier non. J’ai rien contre ça par contre. L’album de Benjamin Biolay qui reprend Trenet est hyper beau.

« Etre jurée d'un télé-crochet, j'adorerais ! »
Et intégrer un jury de télé-crochet ?
J’adorerais. Je pense que je serai pas mauvaise ! Je livetweete vachement les "Nouvelle Star" etc… Je ne serais pas douce. Justement, aujourd’hui on cherche à faire des émission pour que les gens me découvrent telle que je suis. Les émissions où tu arrives et tu dis un mot, non merci. Ca n’a aucun intérêt pour moi d’aller faire ma potiche quelque part. On va aller dans des divertissements, des shows, des trucs longs. Comme "Si tu écoutes, j’annule tout" sur France Inter. Manoukian, le billet de Nicole Ferroni… Tous les trucs que j’aime, où tu peux te marrer. Là-dessus oui, tu peux montrer qui tu es.

Elodie Frégé, elle est dans "Nouvelle Star", on la voit beaucoup dans les médias, mais ses chansons ne sont jamais jouées. Elle ne parvient pas à convertir sa visibilité en succès musical...
Oui mais il faut aussi avoir quelque chose à proposer qui soit identifiable, qualitatif, qui plaise aux radios… Moi je trouve qu’elle écrit et joue la guitare hyper bien. Elle a tout pour elle. Mais pour Elodie, c’est un peu le syndrome de Stockholm les médias. Elle est enfermée dans une image, elle est otage. Elle est toujours parfaite, belle… Mais on ne peut pas avoir les deux. Tu peux pas t’habiller en Betty Boop et chanter tes chansons à la guitare. Elle ferait des tubes à la Lady Gaga, ça marcherait. Mais là il y a trop de différence entre la personne et la musique. Ce n’est pas ses chansons qu’elle devrait changer mais son rapport à l’image. Elle est très intelligente. On s’aime beaucoup parce qu’on a plein de points communs. Aujourd’hui, je ne pourrais pas faire ce qu’elle fait. Dans les magazines où elle pose nue, il n’y a pas marqué « Allez écouter mon disque ». Elle a tellement de choses à proposer… Quand elle chante, c’est tellement beau… J’adore sa voix. Elle a du talent, c’est du gâchis.

Crédits photo : Emma Picq / DR
Tu trouves que certains artistes se perdent à trop travailler l'image ?
Quand le concept est plus gros que l’album c’est une malédiction. Le dernier album-concept réussi c’était "Le fil" de Camille. Le reste, c’est casse gueule. Christine and the Queens ou Vianney ont de très fortes personnalités, ce sont des concepts à eux tout seul. Mais ils sont autre chose que des personnages. Ils ont des chansons, du talent. Ce ne sont pas des gadgets.

« Rihanna est la plus belle, j’adore sa voix »
Dernière question. Je me souviens d’une anecdote, c’était il y a 2 ou 3 ans. J’attendais dans le hall de chez Sony. Tu étais là aussi. La chanteuse américaine Ciara est passée devant nous et tu l’as regardée avec étonnement. Tu portes quel regard sur les grosses stars US comme ça ?
Ce qui me fascine, ce sont les tubes. Quand les gens savent en faire ou s’entourer de hit masters. Et tout va avec. Les tubes, le look, le clip, le machin. C’est un bulldozer. On l’a pas en France. C’est fait pour matraquer les oreilles et les télés. On a honte dès qu’on met des talons alors que là, les nanas débarquent dans leur maison de disques comme dans le clip. J’adore Rihanna. Beyoncé est juste après. Rihanna est la plus belle, j’adore sa voix. Trash, punk, toujours à la pointe de la musique. Elle fait toujours LE morceau qu’on n'attend pas. Elle a énormément de tubes. Elle fait la Une des journaux people, ses tenues, ses frasques. C’est la Janis Joplin moderne.

Ca fait 10 ans que ta carrière a commencé. Tu changerais quoi ?
Rien ! J’ai la chance de faire beaucoup d’erreurs mais jamais les mêmes. Je ne vois pas ce que je pourrais changer… J’aurais aimé que ça cartonne mais ce n’est pas de mon ressort. Dans 10 ans, j’espère que j’aurais trouvé ma place dans le métier. C’était compliqué au début, j’aimais pas faire ça, j’avais peur de la scène. Aujourd’hui c’est cool. Et j’espère évoluer comme ça.
Matthieu RENARD
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