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Interview
samedi 16 novembre 2019 13:35

Rose en interview : "J'ai menti pendant longtemps, je me devais de dire la vérité"

Rose se livre comme jamais dans l'album et le roman "Kérosène", où elle raconte sa descente aux enfers, ses addictions et sa renaissance. En interview pour Pure Charts, la chanteuse revient sur la genèse de ces projets, son besoin d'honnêteté, l'impact de ses révélations sur sa famille, ou encore son succès et ses échecs.
Crédits photo : Laurent Seroussi
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Comment est né le besoin d'écrire ce livre "Kérosène" ?
Comme un besoin. Ça surgit. On sent que c'est une urgence de l'écrire. Et aussi pour être honnête, c'est mon métier d'écrire mais je n'écrivais plus depuis longtemps. Donc quand l'envie revient, on la saisit. J'ai eu l'idée d'écrire ça car je n'avais pas d'autres idées, pas de musique. Quelque part, c'était mon premier lien avec l'écriture, pour me ramener à ça. J'ai senti qu'il fallait que je le fasse. De toute façon, je n'avais rien de mieux à faire, il n'y avait rien d'autre qui me donnait envie d'écrire. Quand j'ai commencé mon défi de sobriété, je me suis dit que ça allait faire journal de bord. Je me suis dit que ça ne pouvait pas me faire de mal.

« Ça m'a fait mettre sur papier l'enfer »
Et ça t'a aidé ?
Ça a été au-delà de mes espérances. Ecrire, ce n'est pas de la poudre magique, c'est aussi parce que ça occupe, ça prend du temps, ça fait penser à plein d'autres choses. Ça m'a fait travailler. Je n'ai pas l'habitude de travailler. J'écris avec l'inspiration et j'avais l'impression que l'inspiration pouvait naitre des psychotropes. On faisait beaucoup de chansons la nuit en buvant, en fumant... J'avais peur d'écrire à jeun. Et là c'était du travail, je n'attendais pas l'inspiration puisque j'avais quelque chose à raconter. Et puis j'avais envie qu'il y ait de la punchline, ou du moins de l'esprit, pour qu'on ne s'ennuie pas. Je n'aime pas qu'on s'ennuie, comme à mes concerts... J'ai la peur de l'ennui à la base. Je me disais : "Au pire, l'histoire n'aura pas d'intérêt, tout le monde s'en foutra, mais au moins il y aura quelques phrases à souligner".

L'écriture a été salvatrice ?
Ça m'a fait tellement bosser, je ne pensais plus à ça. Ça m'a fait mettre sur papier l'enfer. Plus je le mettais, plus je m'en éloignais car plus il me faisait peur. Je l'ai vraiment diabolisé, souligné. Je ne l'ai pas accentué, je l'ai presque édulcoré parfois parce qu'il y a des choses que je ne voulais pas forcément que tout le monde sache. On me dit que je ne me fais pas de cadeau mais j'en ai fait à certaines personnes, il y a des choses que j'aurais pu raconter, des gens du métier, mais je n'ai pas voulu faire de buzz. Ce n'est pas le sujet. Quand je décris une soirée, ça peut choquer mais quand c'est ton quotidien... C'est la récurrence qui rend le truc infernal. Mon père n'a pas pu le lire. Il m'a dit : "Je l'ai parcouru". Je lui ai dit : "Mais ce n'est pas un dictionnaire !". (Rires) Il me disait : "Quand ça me faisait trop mal, je sautais".

Regardez Rose interpréter "L'inconnue c'est moi" :



Ce livre n'était pas forcément fait pour être publié à la base, c'est ça ?
Très vite, c'est arrivé pour être honnête. J'ai quand même un egotrip qui fait que j'ai toujours écrit sur moi. C'est très rare que je parvienne à m'inspirer d'autres choses. J'ai besoin de vivre pour écrire. Je connais plein d'artistes qui contemplent et qui écrivent, comme Alain Souchon ou Jeanne Cherhal. C'est mon rêve. Là, aujourd'hui, j'ai peur de la suite car ce n'est pas en vivant ce que je vis, la paix, la sérénité.... C'est un combat de tous les jours en plus. Je ne vois pas des bisounours partout. Mais peut-être qu'il y aura moyen d'écrire sur comment tenir. Ce n'est pas facile. La dualité, sans cesse. Quand on lâche le bonheur des mains, d'un coup on le perd de vue, c'est comme un gamin.

« Je ne fais pas de la prévention avec ce livre »
Comment on fait au quotidien ?
Si on ne lâche pas, ça va. Dès que je suis moins vigilante, si je me laisse aller à des trucs que je faisais avant. Un jour c'est "J'ai pas le moral", le lendemain "Quelle vie de merde". Ça va vite... C'est pour ça qu'on picole. J'ai découvert plein de trucs qui font que je me fais pas chier. Mais si je les fais pas, je me fais chier. Il faut lire, s'instruire.. Ce n'est pas comme allumer une clope ou te servir un verre, qui te comble facilement. Ce sont des choses qui demandent un activisme de toi-même. Facilement, tu peux te retrouver au bout du cinquième jour à regarder la pire série sur Netflix, et le sixième jour à te dire : "Bon, je vais me défoncer la gueule". C'est bien de s'en rendre compte et de revenir. Je sais ce qui fait que tu tiens ou pas.

Il y a des passages très durs à lire donc j'imagine encore plus à écrire. Il y a des moments où tu t'es dit que ce serait trop dur, où tu as eu envie de tout arrêter ?
Encore une fois, mon inconscience a fait que j'y ai cru tout de suite. Si on m'avait dit qu'il y aurait autant de travail, je n'y serais pas allée. Je l'ai écrit en trois mois. J'ai toujours dit que j'étais feignante et pas perfectionniste, et ça a été assez cool de vérifier le contraire. J'avais la volonté que ce soit bien écrit. J'avais trouvé un éditeur très vite, j'aurais pu lâcher le bébé. Mais pas du tout. Ils m'ont laissé le temps, la liberté. Ils m'ont donné des gens avec qui bosser, pour m'aider à retravailler, mais je n'avais pas envie. Ça aurait été de la fainéantise de vouloir déléguer à quelqu'un. Et puis je me suis rendue compte toute seule de tout ce qui était chiant en le relisant. Je me mets toujours à la place des gens. Comme à mes concerts, c'est pour ça que je n'aime pas les concerts trop longs.

« Quand ça ne marche plus, on est sur un désamour »
La notion de courage revient souvent dans les commentaires des internautes...
Le courage, je considère que non je ne l'ai pas eu. Il y a un egotrip artistique qui te fait dire que que ta vie va intéresser les gens. C'est ce qu'il s'est passé sur le premier album. Et j'avais eu raison. J'ai pris conscience rapidement que j'avais la chance de pouvoir raconter des choses personnelles qui pouvaient faire écho chez les gens. Cette confiance-là, je considère que ce n'est pas prétentieux, que c'est mon droit, car c'est comme ça que ça a fonctionné au début. Et je veux continuer à faire ça. J'avais la prétention avec ce livre de me dire que ce serait comme avec mon premier album, que quand tu es honnête les gens se retrouvent. Donc je n'ai pas eu peur, j'avais besoin d'être honnête, car tous ces gens, qui vont acheter le livre ou qui ont aimé le premier album, comptent pour moi. Ils existent, ils m'aiment. Et quand je sais qu'on ne m'aime pas pour les bonnes raisons car je mens aux gens que j'aime, je peux en pleurer. D'avoir menti tout ce temps autant à mes parents qu'à ces gens, c'est pareil... Je me devais de dire la vérité.

Regardez Rose interpréter "Les issues de ce corps" :



Tu as le sentiment de faire de la prévention malgré toi avec ce livre ?
Je ne fais pas de la prévention avec ce livre. Pas une seconde je dis : "Ne touchez jamais !". On aurait pu me le dire mille fois, je n'aurais écouté personne. A quel moment tu décides de te droguer, on te dit : "C'est pas bien, c'est pas bon pour la santé", et tu fais : "Ah bon ? Ok d'accord". Jamais. Tu as ça en toi. Il y en a qui ont peur et ne vont jamais y toucher, certains vont tester et ne vont pas aller plus loin car ils trouvent ça pourri, et il y a des gens qui vont y aller. Chimiquement, on n'est pas tous fait pareil. Il a fallu que je passe par là. Les addictions sont une béquille à un moment donné. Si je n'avais pas eu cette béquille, je serais peut-être morte avant, je ne sais pas. Je savais que la vie n'était pas très supportable avant.

Le succès peut combler certaines choses ?
Ça comble un temps. Mensongèrement aussi. D'abord, parce que les gens ne vous connaissent pas vraiment. Le fait qu'on vous aime et que vous avez le sentiment de tricher amplifie ce dégoût. Ensuite, la peur que ça s'arrête à un moment donné. On voit bien que quand ça ne marche plus, on est quand même sur un désamour. Quand il y a 800.000 personnes qui achètent votre album et le suivant 60.000, on a perdu 740.000 amours. (Sourire) Si ces gens-là vous aimaient, là ils ne vous aiment plus. Tu prends ça dans la gueule. Ce qui m'a sauvé, ce qui m'a comblé, c'est le métier, de trouver ma voie. Pendant 26 ans, rien ne m'attirait, je n'osais même pas en rêver de ce métier. C'était un miracle. Je me suis toujours dit que je serais malheureuse toute ma vie parce que j'allais faire un métier que je n'aimerais pas. Là aujourd'hui, encore, ça m'a sauvé. J'aurais pu écrire et que ça ne sorte pas. C'est une chance que tout ça je puisse m'en servir dans mon métier.

« C'est le projet de ma vie »
Chacun de tes albums précédents est né dans la douleur. Cet album "Kérosène" est né dans quoi ?
Dans le moment présent. C'est ça qui était beau. Pas du tout dans l'espoir parce que l'espoir ce n'est pas mon truc. Pas dans la nostalgie non plus car tout ce que j'ai raté, je le mets derrière et je le mets à plat pour avancer. Je l'ai fait au jour le jour. Je n'avais plus de maison de disques, j'avais rien quand j'ai commencé à refaire de la musique. C'était pour le plaisir d'écrire, de chanter. Je savais que ça allait devenir un projet artistique. C'est le projet de ma vie. Je ne sais pas si c'est le meilleur ni le plus abouti mais il symbolisera toute ma vie ma reconstruction, ma renaissance. Après, rien n'est acquis, demain tu peux retomber. J'en vois des gens qui étaient sobres 40 ans... Parfois, quand je sens que j'oublie pourquoi j'ai arrêté, je relis des passages. Ce qui me tue et qui me fait prendre conscience que c'était bien qu'il sorte, c'est qu'on m'écrit tout le temps. Je n'avais jamais eu ça. Ça libère la parole, ça enlève la honte. Ça peut arriver à tout le monde.

Le fait d'en parler beaucoup dans les médias, tu le fais aussi pour les autres ?
Aujourd'hui, oui. Je commence toujours assez égoïstement, et il faut penser à soi, c'est très important. C'est un travail que j'ai fait pour moi mais aujourd'hui je préfère aller à une émission où un auditeur va me parler de sa vie, de l'impact du livre. Je n'ai pas envie d'aller faire une reprise devant un million de téléspectateurs dans une émission où on ne va pas savoir de quoi il s'agit. J'ai besoin qu'on parle du projet.

Découvrez "Si ce n'était pour toi" de Rose :



Tu redoutais de parler autant de tes addictions en promo ?
Je réfléchis jamais avant de faire les choses. Au début, ça a été très dur qu'on ne me parle que de ça. Bizarrement, le fait d'en parler beaucoup réveille des envies. Je ne m'en suis pas rendue compte. J'avais réussi à passer l'été, c'est ce qui est le plus dur en termes de sobriété, et à force d'en parler, j'avais des idées... Et ce qui a été dur, c'est le titrage dans les médias. A la télé, sur BFM, même sans le son, chez le coiffeur, on voit ma gueule avec le mot "cocaïnomane". Les gens n'ont pas l'histoire. Mes parents, ils ouvrent Gala et ils voient "Moi Rose, ex droguée". En référence au livre "Moi Christiane F droguée prostituée" en plus... Et puis ça faisait comme si c'était moi qui le disait. Il y a eu des titres magnifiques, et d'autres qui cherchaient à faire le buzz. On a repris sur le Net la même phrase des centaines de fois : "J'achetais de la cocaïne par cinq grammes". Ou alors "boulimique". Je dis juste que les lendemains de fête, ce sont des jours où tu veux éponger. Et la boulimie des hommes... Ce n'est pas ça que je raconte. Ce qui m'a énervé, ce sont les faux raccourcis journalistiques. Je n'avais pas anticipé tout ça.

« Mes parents ne s'en remettent toujours pas »
Tu avais anticipé que tes parents allaient lire ton livre et découvrir la vérité ?
Je l'ai fait pour ça. Je l'ai plus fait pour ma famille. Parfois, j'écrivais et je me demandais si mon père allait supporter telle ou telle chose. Ils ne savaient pas. Ce n'était pas possible de leur cacher ça, ça aurait été malhonnête.

En lisant le livre, j'ai parfois été très ému, notamment lorsque tu révèles les paroles d'une sorte de chanson de suicide. Si ça a été bouleversant pour moi, je n'ose imaginer pour tes parents...
Je pense qu'ils ne s'en remettent toujours pas. Mon père fait l'autruche, il a sauté tous les passages. Il n'a pas dû en lire beaucoup.

Est-ce ça a libéré la parole dans la famille ?
Je leur ai dit ce que j'avais à dire, à eux comme à mes amis. Car une culpabilité est née chez tout le monde. Mais c'est tout sauf le sujet. Il n'y avait que moi qui pouvait m'aider. Je leur ai dit : "Vous étiez là où vous deviez être, c'est à dire dans mon coeur". Je savais que j'avais des amis, ma famille. Et c'était très important. Je me suis confiée à d'autres proches plutôt qu'à eux, sans doute parce que j'avais honte. Et je demande beaucoup aux gens. A ce moment-là, mes amis qui avaient une famille, des enfants, ce n'était pas possible.

« Le chemin est long, rien n'est acquis »
Sur le titre "Si c'était pour toi", tu t'adresses directement à ton fils. Comment tu vis tout ça avec lui ?
Il a huit ans... C'est compliqué, il est petit. Il m'a demandé de quoi ça parlait. Sa chanson préférée, c'est "Une bière, un croissant", alors que c'est celle où j'évoque que je voulais mourir. Mais c'est parce qu'elle est up-tempo. Il aime bien "Si ce n'était pour toi". Il comprend. Et je lui ai expliqué pour l'hôpital, que j'allais me reposer, pour aller mieux, que je partais parce que j'étais malheureuse. Il me voyait pleurer tout le temps. Je ne pouvais pas lui dire que j'allais travailler. Je sais qu'il sait que c'est pour lui. Mais aujourd'hui je peux dire que c'est vraiment pour moi que je l'ai fait. Mais le fait d'imaginer que je l'aurais privé d'une mère m'a beaucoup aidé. Et cette fameuse scène (son fils débarque dans le salon en pleine nuit pendant une soirée d'excès, ndlr), sa beauté, son innocence, sa pureté. Il est tout neuf, tout propre, et moi je suis toute sale. Je sais qu'il attend tout de moi, et à ce moment-là, je sais que je ne peux rien lui donner, que sûrement je le protègerai plus mal que n'importe qui. Que je mets en péril sa vie, la mienne. La honte qui te prend... Ça a été très important. Mais je raconte dans l'histoire aussi que quand il est né, ça n'a rien changé, c'est plus tard. Ça met du temps.

C'est très honnête...
On me dit ça mais je pense que finalement tout le monde vit la même chose. Quand tu as un enfant, que d'un coup tu as cette responsabilité-là, tout devient plus lourd. Quand tu te la colles un soir, le lendemain, tu ne peux pas le gérer. Tu as honte, tu n'es pas bien. Tu as mal à la tête. Il pleure deux secondes et tu n'en peux plus.... Tu ne peux pas avoir un enfant dans ces conditions-là.

Le fait d'avoir écrit ton histoire, d'en parler dans les médias, est-ce que c'est aussi une manière de faire comme une promesse aux gens ? Et donc une pression de devoir la tenir ?
Oui... Je fais ça tout le temps. Encore une fois, sans penser. Je réfléchis après. Je parle beaucoup donc je dis tout. Par exemple, je tombe enceinte, je le dis. Les gens attendent trois mois, moi je le dis dans la semaine, parce que je me dis que si je le perds, je vais bien devoir le dire... Je ne sais pas garder un secret. Quand j'ai commencé à écrire ce livre, j'ai fait une interview et au cours de l'entretien, je l'ai dit. Alors que je n'avais écris que douze pages. ! A partir de là, quand on me demandait ce que je faisais, je disais que j'écrivais un livre. Maintenant, dans tout ce que j'apprends et que j'étudie, je comprends que la parole est créatrice, tu dis un truc normalement ça le crée. En tout cas, ça l'a fait. Quand j'ai arrêté de boire, je l'ai dit le jour même. Le garde fou terrible ! Le fait que mes parents sachent tout ça... Je me sens surveillée, et ça me fait beaucoup de bien. Parce que, encore une fois, le chemin est long, rien n'est acquis.

Regardez le clip "Larmes à paillettes" :
Julien GONCALVES
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