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Interview
vendredi 11 décembre 2015 11:00

Régine fait le bilan : "J’ai été copiée dans le monde entier" (Interview)

Avant de partir en tournée, Régine s'est livrée dans une interview fleuve à Pure Charts. Dans cette première partie, elle évoque sa carrière de chanteuse et notamment ses collaborations avec Serge Gainsbourg comme "Les p'tis papiers" ou les plus confidentielles "Les Bleus" et "Capone et sa p'tite Phyllis".
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Matthieu Renard.


Deuxième partie de l'interview : "Goldman n'a jamais voulu de moi aux Enfoirés"


C'est dans son grand et bel appartement à quelques pas des Champs Elysées que Régine nous reçoit. Sur un mur, au dessus d'une cheminée, trône un magnifique portrait de la star, ex-reine de la nuit, qui vit au milieu de photos de ses proches et d'objets au charme suranné. Gouailleuse, touchante et jamais avare d'anecdotes passionnantes sur les personnalités qu'elle a côtoyées, cette figure populaire de la chanson française m'amuse et m'intrigue depuis toujours. Régine appartient aussi à ce Paris du Saint-Germain fascinant qui n'existe plus où se croisaient les artistes, les intellectuels, les puissants. La contemporaine de Serge Gainsbourg, dont on parlera beaucoup tout au long de l'entretien, hésite parfois dans ses réponses, mais à 85 ans, ses souvenirs semblent intacts. Pendant plus d'une heure, nous avons parcouru ensemble sa carrière de chanteuse avec un plaisir partagé. Juste avant de partir, elle me lance : « Vous parlerez de mon fils hein ? ». Mais comment faire l'impasse sur l'homme, décédé en 2006, qu'elle évoquera avec le plus de passion pendant l'interview ?

Régine (qui tente de faire fonctionner son lecteur mp3) : Avec ce truc là j'ai un vrai problème. J'entends les chansons tout en désordre. Il est tout neuf. Elles sont pas dans l'ordre. On va le fermer. Je l'avais mis en charge pourtant... La nuit, j'adore écouter pour réviser. On regardera plus tard...

Vous écoutez vos chansons la nuit ?
J'apprends pas mes chansons sur papier. Je les connais toutes par coeur. Enfin presque toutes ! Je dors tard et ensuite j'écoute les chansons en boucle. A moins qu'il y ait quelque chose d’intéressant à la télé...

C’est donc vrai que vous dormez très peu ? J'avais entendu dire que vous dormiez quatre heures par nuit... C’est toujours le cas aujourd’hui ?
Oui… Malheureusement. Oui. Enfin malheureusement… Non. Je me réveille très tôt la nuit, je mange un yaourt et je me recouche. Et remets mes musiques. Je ne suis jamais fatiguée, je me lève à 7h du matin ensuite.

« "Les petits papiers" sont appris à l'école »
Comment trouvez-vous l'énergie de faire tout ça à 85 ans : préparer la tournée, la promo du coffret, du livre… ?
C’est du délire ! Depuis deux jours là, c’est épuisant. Je pars répéter ce week-end. Ensuite je reviens deux jours, puis je pars au mariage de ma petite fille à Marrakech pendant deux jours. Puis je reviens. C’est gai ! (rires)

Là il y a 17 dates à honorer, plus une croisière au mois de juin. Comment préparez-vous un spectacle comme ça ?
Il y aura encore plus de dates je pense… Bon, je choisis les chansons pour commencer. C'est compliqué parce qu'il y en a beaucoup. Tous les tubes, je les ai mis en medley et les gens vont chanter avec moi. Tout est organisé dans un ordre logique en fonction d'un programme. Et je parle aussi beaucoup. Je raconte des choses qui amusent les gens, et qui me concernent. Bah oui quand même ! Et puis je les fais chanter à la fin. Il y a les ballons, la fête, les boas…

« J’ai été copiée dans le monde entier »
Dans votre discographie, il y a beaucoup de titres mais on se souvient surtout de quelques tubes comme "Les petits papiers" et "La grande Zoa". Pourquoi ces titres-là en particulier ?
Non, il y a beaucoup d'autres tubes. Aujourd'hui, "Les petits papiers" sont appris à l’école. Juste avant vous, il y avait deux jeunes gens qui m'ont interviewée. Ils m'ont dit qu’ils avaient appris la chanson à l'école. J'ai rien fait pour ça. C'est le talent de Serge surtout et ma façon de chanter peut-être. C’est une chanson tellement spéciale. Mais aussi tellement profonde. Bien plus profonde que ce dont elle a l'air. Elle a l'air comme ça un peu légère… Mais elle est rentrée dans le patrimoine de la chanson française, comme des chansons de Montand par exemple.

Regardez Régine chanter "Les petits papiers" :


« J'ai inventé les feux d'artifice dans les anniversaires »
Et "La grande Zoa" ?
"La grande Zoa", c'est évident que c'est populaire. Quand je l'ai chantée, c'était il y a 40 ans. Pour les gens c'était un peu surprenant même s'il y avait déjà eu des chansons amusantes, un peu moqueuses sur les homosexuels. Mais celle-là était typique, très drôle, et représentait une façon de vivre qui était réelle. Moi, je fréquentais énormément d'homosexuels. D'ailleurs dans mon entourage il y a en beaucoup parce qu'ils ont beaucoup d'humour, ils me font rire. Et puis ils sont intéressants à tout point de vue. Avec cette ambiance et ce boa magnifique, j'ai été copiée dans le monde entier. A un moment, j’ai dit que ça n'était pas la peine que je fasse des tournées : je suis copiée partout ! Vous savez les gens qui vont travailler au Club Méditerranée, ce sont tous des chanteurs ratés ou des acteurs qui n'ont pas réussi. Dans tous les établissements "Club Méditerranée" (Club Med, ndlr), il y a une grande Zoa.

Pourquoi ne jamais avoir développé ce concept de "Grande Zoa" ?
J'avais dit à Gilbert Trigano (l'homme d'affaires qui a développé le Club Med, ndlr), un grand ami, que je voulais racheter un music hall et le transformer en grand cabaret. Chaque jour, il y aurait eu une équipe d'un Club Med qui aurait joué. Serge, maintenant, son fils, m'avait dit que j'étais vraiment une visionnaire, j'avais trouvé ce qui plaisait aux gens. Ça ne s'est pas fait parce que les syndicats n'étaient pas d'accord pour vendre ce théâtre, qui est devenu le Casino de Paris. C'est bien dommage. J'ai plein d’idées très marrantes dans la tête. Vous savez à force de faire la fête et de fêter des anniversaires on sait comment ça marche. C'est moi qui ai inventé les feux d'artifice dans les anniversaires...

Ça n'existait pas avant ?
Non, bien sûr que non. On chantait "Happy Birthday" et puis c'est tout. Et encore, on disait juste "Bon anniversaire". Vous savez la langue anglaise est arrivée très tard dans la vie des Français. Avant la guerre, personne ne parlait anglais. J'étais très jeune mais je m'en souviens. Pendant la guerre, on avait autre chose à foutre que de se souhaiter les anniversaires…

Gainsbourg vous a aussi écrit "Pourquoi un Pyjama". Il y avait eu une soirée de lancement improbable lors de la sortie du disque. Vous pouvez m'en parler ?
J’ai fait une soirée "tout pyjama". J'ai demandé à tout le monde de venir en pyjama ou en chemise de nuit. Ça a donné des trucs délirants. C'était en 57 ou 58, quand j’ai ouvert ma première boîte à moi, au 1 rue du Four. C'était l'ancien endroit où chantaient Ferrat, Léo Ferré, Catherine Sauvage… Des anarchistes et des intellectuels. J'allais les voir, je les aimais beaucoup. Quand ça a été vide, je l'ai pris. J'en ai fait "Chez Régine". C'est d'ailleurs là que j'ai eu l'idée de disposer des sucettes dans certains endroits. Et je me suis aperçue que les gens mangeaient beaucoup de sucreries la nuit. Et c'est depuis qu'il y a dans toutes les toilettes des bonbons. (Rires) Avant ça n'existait pas !

« J'adore me battre »
Vous avez été une des premières icônes gay ?
Oui, bien sûr ! C'est normal. Il y avait à peu près 300 Régine à travers le monde dans les Club Méditerranée, je suis copiée par des gays, des travestis, des professionnels je veux dire, qui chantent mes chansons avec ma voix. Leurs gestes, la tristesse qu'il y a au fond d’eux, véhiculée par leurs difficultés de vie, même les chansons joyeuses… Moi j'ai un fond de tristesse. Je ne chante pas de chanson d'amour, il y a toujours de l'humour. « J’irais pleurer à Bilbao sur le comptoir d'un vieux bistro ». Les chagrins d'amour c’est pas ce que je chante le plus.

Justement, dans votre discographie, il y a une chanson très dure que j’aime beaucoup qui s'appelle "Les bleus".
"Les bleus", c’est une véritable histoire entre Serge et moi. Il l'avait écrite pour moi. J'étais en voyage et il l'avait écrit pour le Casino de Paris. Et il l'a donnée à Zizi Jeanmaire à chanter et j'étais furieuse ! Je lui dit "Si tu fais une chanson pour moi, elle n'est pour personne d'autre. Je ne la chanterai jamais !". Et en fait, je l'ai enregistrée il y a trois ans. C'est une fabuleuse chanson. Elle est tellement bien écrite, ces bleus sur une femme folle amoureuse de son mec qui la frappe… Et la fin est tellement belle. Vous savez les gens il faut leur dire des mots crus. Les gens percutent. « Tes améthystes autour du cou »… C’est très subtil.

Regardez Régine chanter "Les Bleus" :


On est très loin de la fête, on connait mal ce côté de vous…
Les femmes battues, ça me concerne beaucoup. Un homme ne peut pas frapper une femme devant moi. J'interviens tout le temps ! (rires) J'adore me battre. Curieusement, Serge m'a fait "Les Bleus" mais Charles Aznavour m'avait fait mes premières chansons. Comme "Nounours". Et juste après c'était "Tu me bats plus". La fille dit "Tu me bats plus mais qu'est-ce que je t’ai fait, les voisins pensent que tu ne m'aimes plus". Certains femmes pensent que si leur mari ne les bat pas, c'est pas normal. Elles prennent ça pour des preuves d’amour. J'en connais qui sont mortes de ça… C'est pas un sujet qui me réjouit beaucoup. Je préfère battre les autres ! (rires).

Vous semblez toujours être très admirative de Gainsbourg, pourtant certaines femmes qui l'ont connu n'ont pas été tendres avec lui dernièrement. Je pense à Lio ou Catherine Deneuve…
Qui en a quelque chose à foutre de Lio et Catherine Deneuve ? On s'en fout de ce qu'elles pensent…

« France Gall connaissait parfaitement le sens des "Sucettes" »
Ma question c'est : pourquoi Gainsbourg divise-il toujours autant ?
Il ne divise pas. C’est à dire que les gens connaissent mal. Il y a eu deux époques. Il y a eu Gainsbourg, le premier, qui a écrit des merveilles. Et puis il y a eu Gainsbarre qui voulait rester numéro un. Il voulait rester à la mode. C'est là où les choses ont bougé pour lui… Mais c'est un artiste formidable. La plupart de ces femmes ne connaissent pas tout ce qu'il a fait. Tout ce que je dirai, c'est que ce ne sont pas celles que je préfère… (rires). Voilà comme ça, on va clore le débat.

Vous vous êtes toujours bien entendue avec lui ?
Moi j'avais un problème avec lui. Il m'appelait et il me disait : "Viens écouter, je t'ai fait une chanson !" Quand il disait ça je savais que j'en avais pour l'après-midi entière. Voire même la nuit, c'était comme moi, un noctambule. Et il fallait que je me tape le film de gangster qu'il était en train de faire. Vous saviez qu’il adorait Al Capone ?

Oui. Vous faites allusion à la chanson "Capone et sa p'tite Phyllis" ?
Absolument. C'est un chef d'oeuvre. Je l'ai reprise il y a quelques années avec Arthur H. C’est formidable. Mais elle n'est pas très connue. Il n'y a pas une radio qui l'a passée. Elle était connue des intellectuels et des gens qui aimaient Gainsbourg. Moi je connaissais toute l'histoire d'Al Capone mais ça m’a donné un doute. Et je lui ai dit, "Tu vas te foutre de moi mais pourquoi tu me parles de sa petite Phyllis ?" Il m'a répondu : "Pauvre conne, tu sais bien qu'il est mort d'une syphilis !" Vous le saviez vous ?

Ecoutez Régine et Arthur H interpréter "Capone et sa P'tite Phyllis"


Non, pas avant de connaître la chanson !
Vous voyez ! (Elle chante) "Capone est mort de sa petite Phyllis". Je me disais, il cherche à dire quelque chose là, il va refaire un truc comme "Les sucettes" ! Il était tellement furieux qu’elle n'ait pas compris…

On n'a jamais su si France Gall connaissait ou non le double sens des paroles des "Sucettes"…
(Silence)

On ne saura jamais…
Mieux vaut que je ne vous dise pas ce que je pense… (rires)

Quand on regarde la vidéo pourtant… Enfin…
Elle connaissait parfaitement le sens ! Il y avait un jeu formidable à l'époque, sur Europe. On rentrait là dedans comme dans un moulin. Avec Lucien Morisse qui choisissait les disques. On chantait les chansons des autres. Par exemple je chantais "Annie aime les sucettes" comme si c'était Frehel. Ca donnait un truc très marrant. (Elle chante) J'avais forcé le trait ! Les gens riaient comme des fous avec ces trucs-là.

Vous êtes nostalgique de tout ça ?
Je ne suis pas nostalgique. J'ai des manques, comme tous les gens qui ont perdu une chose à laquelle ils tenaient beaucoup. C’est l'essence même de la vie. Mais la nostalgie pour la nostalgie non. Parfois pendant 30 secondes je peux me dire "Oh c'était bien ça". Mais franchement, j'ai tellement à faire… Je comprends les gens qui n'ont rien à faire, qui sont à un âge avancé et qui ne sont pas bien, évidemment… Et encore. Les gens s'accrochent à la vie d'une façon formidable. J’ai des amis qui sont très malades, et je vois le courage, ils emmerdent pas les autres. Ils sont extraordinaires. J’ai plus d'admiration pour ça que pour la nostalgie.

Regardez le trailer de la tournée de Régine :
Matthieu RENARD
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