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Interview
mardi 11 mars 2014 16:06

London Grammar en interview : "Nous ne sommes pas des rockstars"

Assez tardivement, London Grammar est en train de devenir incontournable en France grâce à son tube "Wasting My Young Years". De passage dans la capitale pour un concert au Casino de Paris, le trio anglais a accepté de répondre aux questions de Pure Charts sur l'univers onirique de son premier album "If You Wait", sa soudaine célébrité, l'influence des télé-crochets et son prochain disque.
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore votre musique, comment la décririez-vous ?
Dan Rothman : Et bien, j'imagine qu'on peut la définir comme... atmosphérique et calme. Triste parfois, on a plutôt tendance à l'écouter quand on est d'humeur chagrine. C'est cette sensation-là que nous voulions voir planer sur notre album. Certaines pistes utilisent des éléments synthétiques, d'autres s'appuient sur une structure plus traditionnelle. En résumé, je crois qu'on peut dire que c'est de l'électro indie. Ce qui veut tout dire et ne rien dire en même temps ! (sourire)

« Les chansons joyeuses ne collaient pas à notre univers »
Il y a une forte idée de mélancolie qui traverse chacun de vos morceaux. C'est plus difficile de chanter le bonheur ?
Dominic "Dot" Major : Je ne suis pas sûr. C'est juste que, pour des raisons que nous ignorons nous-même, on en vient à créer ce type de composition lorsqu'on se retrouve tous les trois. C'est assez curieux parce que nos goûts individuels, en matière de musique, ne sont pas particulièrement tristes, enfin je ne crois pas ! (Rires)
Dan : En réalité, on a en stock des chansons plus légères et joyeuses, comme "Everywhere You Go", mais on ne les a pas mises sur le disque. On les a laissées de côté parce que ça ne collait pas vraiment à l'univers que l'on voulait présenter sur "If You Wait".

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Dot : C'est très banal en fait, on s'est rencontrés sur les bancs de l'université, à Nottingham. Hannah et Dan se connaissaient avant que je les rejoigne, ils se produisaient déjà dans des bars et cafés. Je me suis incrusté et on a fait plusieurs scènes autour de Londres, avant de se pencher réellement sur l'écriture de nos propres morceaux.

J'imagine qu'au départ, ce n'était rien d'autre qu'un loisir, une expérience de jeunesse. Quand avez-vous senti que c'était plus que ça ?
Dan : On n'a jamais réellement pris ça très au sérieux, tu sais. Au début, c'était juste pour le fun et la déconne, et puis quand nos études à la fac se sont terminées, Hannah et moi on s'est demandé ce qui allait nous arriver dans le futur. C'est à partir de là que les choses sont devenues plus... concrètes. On jouait un soir, dans un pub londonien de Camden, et on s'est fait repérer par un label indépendant. Tout a changé à ce moment-là ! On est passé du groupe inconnu à celui qu'on voulait signer. C'était surréaliste.

« On ne se jette pas sur nous dans la rue ! »
Connaître ce succès, alors que vous êtes si jeunes... Comment faites-vous pour gérer cette soudaine notoriété ?
Dan : On s'y habitue, tout doucement ! (sourire)
Dot : Oui, c'est un peu déstabilisant mais on attaque notre deuxième tournée, donc on est plus confiants et sereins.
Dan : De l'extérieur, on a peut-être l'impression que tout va très vite mais ça s'est construit petit à petit. On s'est ajustés à notre "notoriété" graduellement. Même si on ne se sent pas célèbres pour autant ! On ne se jette pas sur nous dans la rue, encore. (Rires) Notre musique est connu, notre nom est connu, mais nous...
Dot : C'est le cas de beaucoup de groupes si tu y réfléchis bien. Regarde Foals par exemple, que j'adore. Je ne suis même pas capable de te citer un seul membre. La honte...

C'est justement pour ça, pour protéger votre musique, que vous avez décidé de créer votre propre label, Metal & Dust ?
Dan : Oui, c'était ça l'idée de départ, même si c'est un peu compliqué. Ce n'est pas un label proprement dit mais ça nous permet de gérer notre création artistique et d'en choisir la direction, que ce soit en terme de son, d'univers visuel... On tenait réellement à rester dans une structure indépendante, c'est d'ailleurs pour ça que nous avons signé avec des petits labels dans chaque territoire, et chez Because en France. Si on avait signé chez une maison de disques comme Universal, on aurait dû s'implanter dans chaque subdivision nationale et... ça ne nous correspondait pas. On est très chanceux d'avoir cette opportunité.

Comment se déroule l'écriture de vos morceaux ?
Dot : Ça fonctionne par période, c'est très variable. En général, on se réunit tous les trois dans une pièce et on commence à jouer instinctivement, peu importe ce qu'il nous passe par la tête. C'est comme ça qu'on en vient à trouver des bouts de chansons, une association de notes qui nous plaît. Ensuite, Hannah s'attaque à l'écriture du texte. Il lui arrive d'être inspirée directement après nos répétitions, ou bien elle s'isole et griffonne ça sur un coin de table pendant des jours. L'essentiel, c'est de créer de la musique tous ensemble. Je ne crois pas qu'on arriverait à écrire de nouvel album sans la présence des deux autres.

« L'écriture est une forme de psychanalyse »
Quel était le concept derrière "If You Wait", le premier ?
Dot : Il y a clairement des thèmes qui reviennent souvent dans la plume d'Hannah : le temps, le spleen amoureux... L'écriture est comme une forme de psychanalyse. Après, il n'y avait pas spécialement de fil conducteur, en réalité on a enregistré tout une collection de titres avant de faire notre sélection finale. On n'a pas écrit de morceau en se disant « ça, ça sera un single ».
Dan : A l'évidence, ce n'est pas un "album-concept" mais c'est vrai que vous vouliez tous les deux qu'il soit très cinématographique...
Dot : Oui, c'est vrai.
Dan : La mélancolie a toujours été un concept en soi. Quand l'album a pris forme, si une chanson ne collait pas à cette empreinte, on l'écartait. Donc quelque part, on peut dire que c'est ça, le concept.

Vous avez choisi "Hey Now" comme nouveau single, qui est l'un des premiers morceaux à avoir suscité l'engouement sur la toile. C'est un moyen de boucler la boucle ?
Dot : C'était une évidence, cette chanson. Elle est arrivée plus tardivement que les autres dans le processus d'écriture, mais ça a été la première qu'on a finalisée. Dès la fin des répétitions, je me suis penché sur l'instrumentation, très minimale et épurée, et voilà. La version finale n'est pas très différente de la première, et c'est pour ça qu'elle revêt une importance à nos yeux : c'était nous, qui trouvions le son de notre musique. De toutes les pistes, c'est celle qui reflète le mieux l'album.

Découvrez "Hey Now", le nouveau clip de London Grammar :



Et dedans, il y a aussi cette reprise de "Nightcall" de Kavinsky. Vous auriez pu faire un album entièrement composé de reprises, comme ça se fait beaucoup sur le marché ?
Dot : (Il réfléchit) Hmm non, je ne pense pas. On avait juste envie de faire une reprise, pour retrouver l'énergie de nos débuts. Comme tous les groupes j'imagine, on a commencé par les covers, qu'on jouait énormément dans les petites salles où l'on se produisait.
Dan : Et on continue d'en faire d'ailleurs !
Dot : C'est juste, pour les sessions radio par exemple.
Dan : C'est un exercice assez simple, quand on a une voix aussi extraordinaire que celle d'Hannah et qu'on possède un son distinctif. Tu peux balancer n'importe quelle chanson et ça sonne comme une bonne reprise ! (Rires) Mais celle de Kavinsky nous a demandé pas mal d'implication.

Pourquoi celle-ci, en particulier ?
Dan : Parce qu'on l'adorait, tout simplement. On l'a entendu dans le film "Drive" de Nicolas Winding Refn, qu'on a adoré aussi, et il faut reconnaître qu'elle est plutôt bien mise en valeur. J'ai un peu honte parce que je crois avoir lu sur son compte Twitter qu'il est un peu remonté contre nous... parce qu'on ne lui accorde pas assez de crédit. Quand les gens l'entendent à la radio, ils pensent que c'est notre chanson ! (Il grimace.) Ce que, bien sûr, nous n'avons jamais voulu faire croire. Donc on s'excuse. On adore sa musique et ce titre est un chef d'oeuvre. Si jamais il nous lit... Je crois que je vais dire ça dans toutes mes interviews maintenant, pour être sur qu'il l'apprenne ! (Rires)

Vous devriez lui envoyer un tweet...
Dan : Je n'avais pas vraiment envie d'en fait une affaire d'état, à vrai dire ! Je devrais peut-être lui écrire une lettre, je ne sais pas. (sourire)

Écoutez "Nightcall" de London Grammar :



En France, votre album et "Wasting My Young Years" cartonnent en ce moment grâce aux télé-crochets "The Voice" et "Nouvelle Star". Vous pensez qu'aujourd'hui, ce genre d'émission est le seul moyen pour de jeunes artistes d'accrocher le grand public ?
Dan : Je n'y avais pas pensé... C'est un peu déprimant si c'est le cas, non ?
Dot : Au Royaume-Uni, on est y arrivé sans.
Dan : Oui mais regarde, l'album marche bien et pourtant, les singles n'ont jamais été n°1 du Top iTunes, comme ici. Cela dit, ici, on a vendu près de 50.000 exemplaires de l'opus avant de bénéficier de cette exposition. C'est la preuve qu'il y a quand même un public.
Dot : C'est vrai que maintenant, l'engouement est différent. On est passés de papiers dans les médias indépendants à des événements pour Virgin ou NRJ. On a clairement plus de présence sur les ondes ici qu'en Angleterre, même si là-bas, c'est un peu différent puisqu'il y a Radio 1, qui est à la fois commerciale et underground - et reste largement diffusée.

« La culture française est bizarre ! »
La culture radio n'est pas la même.
Dan : Tout à fait ! Je veux dire, vous jouez "Wasting My Young Years" depuis huit mois maintenant (Rires). Il n'y a aucun autre endroit au monde où c'est comme ça ! Et le single est numéro 1. C'est dingue ! Et très bizarre. Vous êtes bizarres. (Rires)

Comment est né votre collaboration avec Disclosure, sur "Help Me Lose My Mind" ?
Dan : En réalité, quand on a commencé, ils voulaient devenir nos managers. C'était bien avant que leur duo explose en Angleterre. Ils avaient entendu cette démo d'Hannah en train de jouer le morceau "If You Wait" au piano et ils sont tombés amoureux de sa voix, comme beaucoup. Et donc, au moment de plancher sur "Settle", ils l'ont contacté pour chanter sur un morceau. Dot et moi, on a rien fait, c'est Hannah la patronne sur coup-là. (sourire) Elle a écrit quelques lignes, ils ont bossé à trois sur le beat, la mélodie, et tout a été très vite.

Ce qui est surprenant, c'est l'alchimie qui se dégage du morceau. Vos univers artistiques sont à priori assez éloignés... Disclosure produit de l'électro-house tout droit sortie des années 90.
Dan : Mais Hannah possède ce grain rétro et cette esthétique dans sa voix. La chanson est finalement très différente des restes de "Settle", comme une parenthèse.
Dot : Je pense que c'est justement cette unicité qu'il recherchait. Il suffit de regarder la liste des vocalistes ayant participé à l'album : Jessie Ware, Sam Smith, AlunaGeorge...

Il y a d'autres artistes avec qui vous aimeriez travailler ?
Dan : Oui, on a déjà des pistes avec plusieurs personnes, ça se fera peut-être... ou pas ! On ne sait pas.
Dot : Des pointures de la musique électronique, comme Jon Hopkins, ça serait formidable. Sinon, j'ai toujours rêvé de collaborer avec The National.

Visionnez le clip "Help Me Lose My Mind" de Disclosure feat. London Grammar :



Vous avez déjà commencé à plancher sur un deuxième album ?
Dan : Pour le moment, je ne m'y projette pas vraiment...

Une réédition peut-être ? Tu disais tout à l'heure que vous aviez plein de morceaux dans les cartons...
Dan : Oui, c'est vrai ! Je ne sais pas, peut-être, c'est une piste à explorer. En tout cas, pour le moment, on n'est pas encore... (Il s'interrompt.) On a besoin de prendre un peu de recul. C'était la folie, ces derniers mois.

« Le deuxième album sera très différent »
Vous envisagez de faire un opus dans la même lignée que le précédent ?
Dot : Il y aura des similarités, forcément. Mais je crois que ça sera très différent, tout simplement parce qu'on a beaucoup évolué entre temps. Quand on a écrit le premier album, on n'avait pas en tête la dimension live qu'il allait falloir apporter à nos morceaux. On était des gamins sur scène. On l'est toujours ! Mais on est plus expérimentés. C'est tout une technique que l'on a acquise, progressivement.
Dan : Il est clair qu'aujourd'hui, on est de meilleurs musiciens. Dot était batteur dans un groupe de rock quand il était plus jeune, et jusqu'ici, il n'a que très peu eu l'occasion d'exprimer ce talent-là. Ca serait génial si on pouvait inclure plus de batterie dans nos concerts, ça offre une autre dimension à nos compositions.

Justement, un souvenir de scène un peu honteux à nous confier ?
Dot : La première fois que j'ai jeté mes baguettes de batterie dans le public ! Bon maintenant j'ai l'habitude, je suis un expert. Mais au départ... Je n'avais pas anticipé la trajectoire des baguettes et au lieu de les envoyer haut dans les airs, pour un beau lancer, je les ai jetés droit sur les spectateurs du premier rang.
Dan : Tu as crevé les yeux d'une pauvre fille !
Dot : Non non, elle allait bien ! Enfin, je crois... (Rires)
Dan : En vrai, on est plutôt calmes. On n'est pas des rockstars !

Une envie en particulier, que vous rêvez d'assouvir en tant qu'artistes ?
Dan : Et bien, dans quelques jours, on assurera la première partie de Coldplay aux Etats-Unis, dans le cadre de l'iTunes Festival du SXSW. C'est quelque chose que l'on peut cocher dans notre liste !
Dot : L'Amérique au sens large est notre prochain gros challenge. La France, le Royaume-Uni, l'Australie... On s'y sent comme à la maison ! On a besoin de s'aventurer ailleurs. Ça risque d'occuper beaucoup de notre temps les prochains mois.
Yohann RUELLE
Retrouvez London Grammar sur son site officiel et sur sa page Facebook.
Ecoutez et/ou téléchargez l'album "If You Wait" de London Grammar sur Pure Charts !
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