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Interview
dimanche 21 octobre 2018 12:00

Cali en interview : "Léo Ferré est en moi depuis toujours"

Cali vient de publier un très bel album composé de reprises de Léo Ferré, sobrement intitulé "Cali chante Ferré". Dans une interview pour Pure Charts, il explique son attachement au répertoire de cet artiste de légende, évoque ses souvenirs d'enfance et parle de son prochain album.
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Marie Piat.

Sur ce nouvel album, vous avez souhaité rendre hommage à un grand monsieur de la chanson française : Léo Ferré. Était-ce une évidence pour vous de choisir cet artiste en particulier plutôt qu'un autre ?
Je ne me suis pas posé la question en me disant : "Tiens c'est quelqu'un que je dois chanter". Les grands frères qui m'ont donné envie, Jacques Higelin, Thiéfaine, Bashung ou Lavilliers, se réclamaient tous de Léo Ferré. Et pour moi, c'est le plus grand. Léo Ferré est en moi depuis tout le temps, depuis tout petit, depuis papa.

« Pour les 100 ans de Ferré, on n'a rien fait en France »
Comment avez-vous découvert l'oeuvre de Léo Ferré ?
Avec mon père. Je le voyais souvent troublé par un type qui crachait des mots que je comprenais pas, j'étais gamin. Mon père un jour m'a dit : "J'ai vu cet homme sur scène et il s'est fait cracher dessus pendant tout un morceau et celui d'après les gens applaudissaient à tout rompre". Ce projet, c'était une gestation, ça a pris des années. Là j'ai 50 ans cette année et c'était la bonne année parce que quelque part il y a deux ans il aurait eu 100 ans et on a rien fait en France, contrairement au Portugal, à l'Espagne, à l'Italie et la Belgique. Donc je me suis dit : "Je dois le faire !".

Ça vous a déçu qu'il n'y ait pas plus d'hommages rendus à Ferré ?
Oui, j'ai ressenti surtout de la tristesse. C'est une question d'éternité, nous sommes les contemporains de Léo Ferré comme des gens ont été les contemporains de Beethoven, et ça il faut du temps pour le réaliser. Quand on jette une chanson, on jette un caillou dans l'eau et ça fait des petits ronds. Lui c'est un tsunami et je pense que ça va arriver sur les côtes encore dans 300-400 ans. Et puis il avait cette hargne de liberté, cette soif de liberté qui fait peur parce que cette liberté ça vient casser des chapelles, ça vient détruire ce que les gens construisent pour se sécuriser et ça fait peur aux gens, encore aujourd'hui. Il ne passe pas en radio et même si j'arrive avec des arrangements nouveaux, même pas on l'écoute en gros. Oui il y a des gens qui m'invitent dans des émissions de radio en me disant : "On adore l'album et on adore Léo Ferré", mais passer Léo Ferré comme ça ce n'est pas un acte simple pour les radios.

« Je me suis retrouvé avec une centaine de chansons »
Comment avez-vous procédé pour donner un second souffle à ces titres ?
Ça part de loin, il y a d'abord le choix des titres. Et le choix des titres est sans fin, il y a plus d'un millier de textes, d'oeuvres musicales et de performances. Alors que choisir ? Le premier dogme c'était de choisir le Ferré par Ferré parce qu'il a chanté beaucoup les poètes, il a eu des collaborations, mais je voulais faire le Ferré. Je me suis retrouvé avec une centaine de chansons et je me suis dit comment je fais avec tout ça, déjà j'avais réduit, réduit, réduit. Mais je me suis dit : "Il faut que j'en garde une vingtaine, je ne peux pas faire plus que ça." Je voulais faire le Ferré de Cali. Donc je suis parti de mon papa qui écoutait "Les anarchistes" en pleurant. Et je pense avoir pris les diamants parmi le trésor Ferré.

Découvrez "20 ans" par Cali :



Vous avez totalement revisité les titres de Léo Ferré, donnant même aux textes une nouvelle dimension. C'était important pour vous de ne pas faire du copié-collé ?
Oui absolument. Et c'est pour ça que la veille on m'a dit : "Tu vas faire quoi ?". Et j'ai répondu : "Je ne sais pas". Je veux ce côté improvisation mais pour improviser il faut des grands musiciens. Donc j'ai choisi Steve Nieve, que je connais bien et avec qui j'ai beaucoup joué. C'est le pianiste d'Elvis Costello, de Bowie, de Jagger... Il a une culture anglaise mais il connaît l’oeuvre de Léo. François Poggio, grand guitariste qui joue avec Daho et Lou Doillon entre autres, mais qui n'a pas de culture Ferré. Et surtout un ingénieur du son qui a 25 ans et qui ne connaît pas du tout Ferré, donc il n'était pas influencé, pour lui c'était des nouvelles chansons. Mathieu (le fils de Léo Ferré, ndlr) est venu aux enregistrements du studio Pigalle, là où Ferré a fait ses premiers 78 tours. Le dogme c'était de dépouiller, ne pas charger, mettre en valeur les mélodies et les mots et surtout s'amuser à déshabiller et rhabiller. Et c'est là où Mathieu m'a dit : "Papa serait ravi, il aurait adoré". Il m'a dit qu'une chanson qu'il connaît par coeur, comme "Thank you Satan", il a revu les textes, ça lui a ouvert encore d'autres portes donc ça m'a beaucoup touché.

Quelle est votre chanson préférée de Léo Ferré ?
Il y a une chanson qui s'appelle "L'enfance" qui me touche particulièrement parce je connaissais cette chanson avant de connaître la vie de Léo. La mélodie et le texte sont sublimes, mais c'est surtout sur l'enfance de Léo, qui est terrible. Il part en pension à huit ans chez les curés en Italie, c'est très dur parce que c'est Mussolini qui est là et les curés abusent de lui sexuellement. Et il y a aussi "La mémoire et la mer" qui est importante pour moi parce que je la fais écouter à mes enfants. Et elle est la définition de la chanson immortelle.

Découvrez la reprise de "C'est extra" par Cali :



C'est quoi la définition d'une chanson immortelle ?
C'est une chanson qu'on ne peut pas attraper avec les mains, elle nous glisse entre les doigts. Je l'écoute le matin avec mes mômes et le soir seul, et elle n'a pas la même signification. On ne peut pas la mettre dans une chapelle, on ne peut pas la mettre quelque part donc elle va ricocher toute la vie et l'éternité. Et puis il y a aussi la chanson "20 ans", ce matin-là j'étais allé à l'enterrement de Jacques Higelin, j'étais bouleversé. Et dès que je suis allé au studio, juste en sortant de l'enterrement, j'ai chanté direct comme ça en une prise. Quand je l'écoute sur ma version, j'entends ce matin là, j'entends l'enterrement, j'entends même la force de Jacques Higelin.

« "Avec le temps" fait du bien à tellement de gens »
Aviez-vous peur de vous attaquer à "Avec le temps", qui a été reprise si souvent ?
Peur, le mot, encore une fois, quand on s'attaque à quelqu'un comme ça, il y a toujours des intégristes qui disent qu'il ne faut pas le faire. Mais je m'en fous, cette chanson elle fait du bien à tellement de gens, elle me fait du bien. Sur celle-là, je voyais un Jeff Buckley dans ma tête, je voyais une guitare seule très haute et assez glacée. On n'en a pas fait des caisses, on s'est dit on va pas réfléchir trop autour de cette chanson. Ce que je trouve intéressant, c'est de souffler les mots, on n'a pas besoin de les crier parce que ces mots-là sont tellement puissants qu'en les soufflant, on les entend à l'autre bout du monde. Donc j'étais plutôt dans la fierté, plus que dans la peur.

Travaillez-vous déjà sur un prochain album, sans reprises cette fois ?
C'est ma vie d'écrire des chansons. J'ai appris récemment que chez Sony il n'y aurait plus de disques en 2020, les disques seront dématérialisés. Tout le monde va suivre, c'est une révolution donc il faut s'adapter à tout ça. Et je fais beaucoup de concerts de mes chansons, là c'est spécial Ferré mais je vais aussi jouer, pendant la tournée Ferré, mes chansons avec le Philharmonique, donc tout est mélangé.

Vous avez publié votre premier roman "Seuls les enfants savent aimer" en janvier dernier. Comptez-vous en sortir un autre ?
Je viens d'en terminer un deuxième. J'ai ce plaisir là aussi qui m'appelle et qui me tire là-bas parce que c'est une autre liberté. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de format. Et puis Léo Ferré m'aide à ça parce que Léo Ferré ça a toujours était : 'Tu es libre, tu fais ce que tu veux'. Il y a très longtemps il avait écrit cette chanson qui prend deux faces d'album, 39 minutes. Et basta. Il ne s'est pas posé la question radio ou pas radio. Et je pense que nous aujourd'hui on a trop tendance à avoir une épée sur l'épaule qui nous dit faut que ça passe en radio, faut que ça fasse trois minutes, faut enlever ci et ça. C'est comme si on disait à un peintre d'utiliser une seule couleur. C'est pas mal, c'est une deuxième partie de ma vie qui arrive et ça m'intrigue.

Ecoutez "Joli môme" de Cali :
Marie PIAT
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