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Interview
vendredi 11 octobre 2013 13:58

Ayo en interview : "Il y a un manque de sincérité dans la musique d'aujourd'hui"

Depuis lundi, Ayo est de retour dans les bacs avec "Ticket to the World", un album sur lequel la chanteuse allemande évoque ses blessures mais aussi celles du monde, avec ferveur et en rappant ! L'occasion pour Pure Charts de rencontrer une nouvelle fois l'artiste, qui évoque avec franchise sa vision du monde, avec émotion l'épreuve difficile qu'elle a traversée pendant l'enregistrement de l'album, et avec optimisme la situation actuelle de la musique en radio.
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Charles Decant.

"Ticket to the World" est un album un peu différent des précédents, au niveau du message, non ?
Oui et non... Il est un peu différent mais je crois que tous les disques sont toujours un peu différents, c'est naturel. On change avec l'âge, les gens autour de nous changent aussi, le système change... Mais c'est vrai que je ne parle pas que de moi...

Tu parles des autres, effectivement. On sait que tes albums précédents étaient thérapeutiques : est-ce que aujourd'hui tu es guérie et tu es prête à chanter d'autres sujets ?
Non. En fait, ça reste thérapeutique. Si je parle de quelque chose, c'est que j'ai besoin d'en parler. Parce que quand je regarde la télé, ça me met en dépression ! On ne peut pas regarder les infos. Surtout en tant que maman. Quand j'ai vu ce qui s'est passé en Syrie, les centaines d'enfants morts à cause de gaz, c'est horrible. A Londres, après les J.O., les manifestations à Paris où deux jeunes sont morts... Quand je dis "The city's on fire", je ne parle pas forcément littéralement...

C'est presque littéral ! Les émeutes à Londres ont été marquées par de nombreux incendies... !
C'est vrai ! Quand j'ai écrit, on n'en était pas encore là. Mais depuis, il y a eu l'Egypte, la Syrie, et Londres oui. Et comme je parle de tout ce qui me touche, et que cette situation me touche... Quelqu'un qui ne serait pas touché par ça ne serait pas humain.

Découvrez le clip d'Ayo feat. Youssoupha, "Fire" :



Justement, c'est compliqué en ce moment, c'est la crise, etc. Tu avais donc le choix d'en parler, de proposer un album sombre et alarmiste, ou au contraire une évasion, quelque chose de très joyeux pour aider les gens à penser à autre chose...
Pour moi, la musique a un tel pouvoir que j'ai voulu en parler. C'est spirituel. C'est comme une religion, la musique a le pouvoir de guérir, elle fait du bien à l'âme. Quand des choses comme ça se passent, les gens ont besoin de guérir. En parler, ça apporte un éclairage là-dessus. On peut même trouver des solutions grâce à la musique.

C'est donc une façon pour toi de tenter d'améliorer la situation ?
Absolument, c'est tout à fait ça. C'est ma petite pierre à l'édifice pour essayer de faire un monde meilleur. Mes blessures peuvent guérir, et les blessures du monde peuvent guérir. L'amour peut t'aider à aller mieux, et la musique aussi. Quand on tombe et qu'on ne croit plus en rien, on ne se relève pas. On n'a plus aucun espoir. La musique est un échappatoire et plus je vieillis, plus je me rends compte que c'est un vrai don, de pouvoir faire de la musique, mais aussi de pouvoir en écouter ! Il n'y a rien de mieux.

« Les enfants sont plus intelligents que nous. Ils savent des choses qu'on a oubliées »
Si on joue l'avocat du diable, on peut te reprocher de proposer un album un peu naïf. Sur le titre "Teach Love" tu dis qu'il suffit d'enseigner l'amour, qu'on n'a rien besoin d'autre... C'est peut-être un peu simpliste, non ?
Je ne trouve pas que ce soit naïf. Quand tu auras des enfants, tu comprendras. On parle des enfants, on dit qu'ils sont naïfs mais c'est faux. Ils sont plus intelligents que nous. Ils savent des choses qu'on ne sait pas, ou qu'on a oubliées. L'amour, c'est ce qu'il y a de plus simple. Mais quand on ne voit pas l'amour autour de soi, on ne sait pas ce que c'est. Etre entouré d'un père violent, qui bat sa femme et dit des choses atroces à ses enfants, ça ne montre pas l'amour. On ne sait pas ce que c'est, ni ce que ça veut dire d'être aimé. Il faut donc enseigner ce que c'est. Si on aime, les choses changeront. Prends l'exemple des enfants pris en charge par l'assistance publique. Ca a été mon cas, mais j'avais des parents qui m'aimaient, je connaissais l'amour. Je savais d'où je venais. Mais il y avait d'autres enfants qui ne savaient pas. Qui ne connaissaient pas l'amour. Ils étaient très agressifs, ils étaient différents.

Il faut donc enseigner l'amour...
Oui, je pense que c'est possible. Et cette chanson m'a été inspirée par un livre qui porte ce titre d'ailleurs, c'est un excellent livre. C'est la femme de Carlos Santana, qui est une excellente batteuse, qui m'en a parlé quand j'ai fait des premières parties de Carlos. Elle avait été bouleversée, et quand je l'ai lu, j'ai compris.

Comment s'est passé l'enregistrement de l'album ? Pour le précédent, tu as tout bouclé en cinq jours et tu étais enceinte ! Les choses ont été plus normales cette fois-ci ?
Ca a été pareil en fait, j'enregistre toujours très rapidement ! Sauf que cette fois, il y a eu une longue pause en plein milieu. On a fait six chansons en trois jours, puis on a dû s'arrêter. Et je suis quelqu'un de très impatient, ça a été très dur, je voulais vraiment terminer l'album, parce que toutes les chansons étaient là. Enfin, pas toutes. Et maintenant que j'y pense, je réalise aujourd'hui qu'il y avait une raison à cette pause, parce que certaines chansons sont arrivées après. Le fait de travailler avec d'excellents musiciens a rendu ce break inévitable, parce qu'ils n'étaient pas disponibles très longtemps au même moment. Je crois que ça a duré trois ou quatre mois, cette pause ! C'était horrible !

« Ma tante est tombée malade pendant l'enregistrement de l'album »
Qu'as-tu fait pendant cette pause ?
Je suis allée en Jamaïque pendant trois semaines, je suis revenue à Paris, j'ai fait quelques concerts. Puis je me suis mise à écrire de nouvelles chansons. Il s'est passé des choses dans ma vie. Ma tante est tombée malade. C'est la soeur jumelle de mon père, on était très proche. J'ai essayé de la faire venir à Paris pour qu'elle soit soignée, elle avait un cancer du foie. Mais elle n'a pas pu venir à cause d'un problème de visa. Donc elle est morte. Et c'est là que j'ai écrit "Ticket to the World". La pause dans l'enregistrement de l'album était sans doute une pause spirituelle... Qui sait... Parfois, il faut qu'on vive certaines choses pour apporter quelque chose à d'autres personnes. Peut-être que cette chanson était nécessaire. C'est fou, parce que c'est cette chanson qui a donné son titre à l'album !

Comment s'est passé l'écriture et l'enregistrement de cette chanson, qui a dû être très difficile... ?
J'avais un dossier complet pour elle, il y avait plein de papiers pour lui obtenir le visa. Tout ce gros dossier était sur mon piano, où je mets toutes les choses importantes que je ne dois pas oublier chez moi. J'ai vu ce dossier, mais elle n'était plus là. Et je me suis mise à jouer. Les mots me sont venus. "Ticket to the World". J'ai pensé à elle, j'ai pensé à mes cousins au Nigéria. Je me suis mise à leur place. Une place à laquelle on est coincé. La copie de son passeport, et mon passeport étaient sur le piano. J'ai regardé ce mot, "passeport", et j'ai été envahie par la colère. Tu sais, on n'a plus le droit d'appeler quelqu'un un nègre. Passeport, c'est la même chose ! Ca vient de la même époque.

Ah oui ?
Oui, passeport, ça vient de passer un port. Aujourd'hui, on ne parle pas de ça. Ca vient de l'esclavage. C'est à cette époque qu'on a commencé à avoir des papiers, parce qu'il fallait pouvoir prouver que telle personne appartenait à telle autre. Avant, on n'en avait pas besoin. Et le mot passeport veut aussi dire qu'on est en règle. Et en plus, il faut un visa pour qu'on puisse voyager. Et j'ai rencontré des gens qui m'ont raconté ce qu'ils ont vécu, un ami du Cameroun qui est venu en France, il m'a raconté son histoire. Tu n'en croirais pas tes oreilles, c'est comme un film hollywoodien ! C'est là que j'ai réalisé que la plupart des gens naissent prisonniers. Coincés dans leur pays. Ils ne peuvent aller nulle part. Ils peuvent seulement rêver, et seuls quelques chanceux - ou des gens riches - peuvent s'en sortir.

Découvrez "I'm Walking" d'Ayo, en live dans "C à vous" :



« J'étais une rappeuse avant d'être une chanteuse ! »
Sur les titres les plus revendicatifs de l'album, tu rappes... D'où t'est venue cette idée ?
J'étais une rappeuse avant d'être une chanteuse ! Les gens ne le savent pas, ils n'ont connu que la fille à la guitare du premier album. J'avais le besoin de chanter, pas de rapper. Peut-être parce que je parlais de ma vie, et que j'avais besoin de chanter. Avant, je n'avais jamais parlé de ma vie à personne. A personne. Je n'aime pas pleurer. Je n'aime pas faire pleurer les gens. Je suis une personne joyeuse. Mais il y a des choses pénibles qui font pleurer. Et la raison pour laquelle on pleure, c'est parce que tout ça doit sortir. Le corps humain est formidable ! Les gens ont du mal à pleurer aujourd'hui. On est censé cacher nos émotions, il faut être fort, et pour les hommes c'est encore pire ! Ce n'est pas normal. Et pour en revenir à la musique, elle peut déclencher tout ça, elle peut te faire pleurer, te rendre vulnérable, t'aider à t'échapper. Quand je rappe, je parle de ce qui se passe en général, je peux utiliser ma voix pour être la voix d'autres dans le monde. Pas juste de moi. Et quand on chante, ça peut être plus doux.

Tu veux changer les choses avec la musique. Pourrais-tu envisager de t'engager autrement ? De faire de la politique, par exemple ?
Je déteste la politique. C'est du mauvais cinéma ! Je préfère aller voir "Gatsby" ou "Le Majordome".

Parfois, ce sont de bons acteurs !
C'est vrai ! (Rires) Ils sont parfois charmants. Mais pour moi, c'est trop compliqué. Je suis une personne simple, j'aime les choses faciles. La politique, c'est trop compliqué et je ne comprends pas pourquoi tout est si compliqué. La musique peut devenir de la politique, d'une meilleure façon. C'est une approche différente, plus spirituelle. En fait, ça peut toucher les gens, les motiver. Je me posais la question l'autre jour : que se passerait-il si tout le monde arrêtait de croire en la politique ?

Il y a beaucoup de gens qui n'y croient déjà plus... !
Alors pourquoi est-ce que ça existe toujours ? Imagine que les gens arrêtent de croire en la religion... !

Il y a aussi beaucoup de gens qui n'y croient plus...
Mais il y a toujours des gens qui croient ! Et si les gens n'écoutaient plus du tout de musique ? Que se passerait-il ?

« Il y a un vrai manque de sincérité dans la musique d'aujourd'hui »
Là encore, il y a des gens qui n'y croient plus. Qui critiquent ce qui passe en radio, une musique qui a perdu justement son pouvoir d'inspirer...
Je crois qu'il y a un vrai manque de sincérité. Il y a plein de façons de s'évader. Des gens peuvent boire beaucoup d'alcool, prendre des cachets pour s'abrutir et tout oublier. Et je pense qu'il y a certains titres qui ont ce même effet ! (Rires) Mais si on écoute Bob Dylan, Joni Mitchell ou Rickie Lee Jones, ou Bob Marley, ça a un effet différent. On s'évade mais on se retrouve face à soi-même. On s'interroge sur soi, sur ce qu'on a à l'intérieur. D'autres titres nous proposent juste de danser toute la nuit. Et c'est très bien, j'adore m'amuser ! Mais j'ai grandi avec des chansons qui m'ont renvoyée à moi-même.

Et on manque peut-être de titres comme ça aujourd'hui, en tous cas en radio...
Oui, dans les années 60, il y avait des chansons capables de changer les esprits ! Nina Simone, notamment, a fait partie d'un véritable mouvement à l'époque...

Et aujourd'hui on a "Blurred Lines" et "Get Lucky", les deux plus gros tubes mondiaux de l'année...
Quand on est en voiture, ce sont des bonnes chansons ! C'est agréable ! Et je pense qu'il y a de la place pour tout le monde...

Et il y a encore de la place pour ces chansons qui touchent tout le monde ?
Je pense qu'il y aura bientôt à nouveau de la place pour cette musique, oui. Tout est question de mode, d'atmosphère, ça change tout. Et puis les gens peuvent toujours aller en concert, voir des vrais artistes capables de jouer au coin du feu. Des gens comme Robin Thicke ou Pharrell ont toujours existé, et puis ils font des choses variées ! Robin Thicke peut te toucher, je me souviens de son premier album, il était excellent. Je l'aime bien ! Et j'adore Pharrell ! On n'aime pas toujours toutes les chansons d'un artiste. En tous cas, une chose est sûre, les gens auront toujours besoin de musique. J'en suis persuadée.
Charles DECANT
Pour en savoir plus, visitez ayomusic.com, ou son MySpace officiel.
Écoutez et/ou téléchargez le dernier album d'Ayo, "Billie-Eve".

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