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Interview
samedi 19 octobre 2019 13:13

Yannick Noah en interview : "Tout ce que j'ai fait, c'était pour rassembler les gens"

Après cinq d'absence, Yannick Noah vient de publier "Bonheur indigo", un nouvel album aux chansons solaires. En interview pour Pure Charts, le chanteur se confie sur son optimisme, sa position de chanteur engagé et sur les dangers climatiques. Rencontre.
Crédits photo : Antoine Verglas
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Votre dernier album "Combats ordinaires" était assez sombre alors que "Bonheur indigo" est plus optimiste. Pourquoi votre état d'esprit a changé entre temps ?
Disons qu'à cette époque, j'étais beaucoup en France et j'avais envie d'autres choses. Je voulais parler de ma rage. C'était comme une thérapie, j'avais aussi besoin de chanter la mélancolie et d'être un peu chef de bande. Je l'ai fait et c'était super. C'était aussi le moment où j'ai décidé de vivre le rêve de ma vie, celui de partir en bateau. Le temps de s'organiser, il faut partir dans sa tête, et il faut partir physiquement. Les couleurs sont revenues, et l'envie de chanter, de faire "Bonheur indigo", est venue naturellement. C'est comme un passage. Je n'aurais pas pu faire "Bonheur indigo" sans faire "Combats ordinaires". L'un n'existerait pas sans l'autre, ils sont liés ensemble.

« Je voulais proposer quelque chose de positif »
Vous dénotez de l'ambiance générale, très sombre et négative. Se concentrer sur le positif, c'est ça votre credo ?
L'objectif c'est de partager un ressenti, une émotion vécue, une partie de moi. Toujours donner, transmettre et proposer quelque chose de positif. Je le fais sur tous les albums, même sur "Combats ordinaires". Là, je propose du vécu, comme si on était dans un endroit sans réseau, où on est sur la plage, en paréo et que tu envoies une carte postale. Cet album, c'est une carte postale que j'envoie à mes potes. C'est encore mieux que cela parce qu'il y a du son. C'est partager, des moments, des ressentis avec la musique.

Qu'est-ce qui vous rend heureux aujourd'hui ?
De savoir que mes enfants et mes petits-enfants sont en bonne santé.

Quelle était l'envie principale derrière ce nouvel album ?
Je me suis retrouvé et je me suis remis en forme. D'un coup, j'ai eu la patate et je me sentais prêt à revenir, à travailler pendant deux ans, à faire de la musique, à retrouver mes fans et à repartir en tournée. Je voulais surtout faire ça avec la patate. J'ai eu envie qu'on m'envoie des maquettes, écouter ce que l'on me proposait, parler aux auteurs, proposer des directions... J'étais prêt. Ce n'était pas un déclic, ça vient graduellement. Tout s'est lancé assez vite, c'est venu comme ça.

Regardez le clip de "Viens" :



Vous avez vécu 2 ans et demi sur un bateau, est-ce que cette expérience a influencé ce "Bonheur indigo" ?
Bien sûr ! Toutes les chansons ont un lien. Ça commence par "Alerte indigo", ce moment où tu décides qu'il faut y aller, c'est le moment. C'est une sorte d'appel. Avec "Encore temps", quand tu es en mer, tu t'aperçois que sur les côtes, il y a énormément de déchets, de plastiques, c'est un fléau terrible. Il y a une urgence donc il est encore temps d'agir. "Viens", c'est la transmission... Tout ça, on peut le ressentir en allant méditer sous un arbre, en marchant dans la forêt. En étant tranquille au milieu de la forêt, c'est à ce moment-là que les idées reviennent. Il faut avoir un petit peu de temps pour avoir de l'inspiration, ça n'arrive pas forcément quand tu es dans le métro ou ta voiture. "Namaste"... Il faut respirer, prendre le temps, il faut souffler. Même 10 minutes par jour, ce n'est rien 10 minutes !

« Il faut que les gens prennent conscience des dangers climatiques »
L'album est traversé de sonorités caribéennes. Vous aviez cette volonté de les intégrer ?
J'adore parce que ce n'est pas chargé, c'est dépouillé dans la manière de traiter les chansons. Tu as envie de danser, sans avoir envie de sauter comme un dératé. Ça s'accompagne avec le chant et j'aime bien toutes ces sonorités salsa ou sud-américaines où la mélodie compte plus que tout.

La pochette du nouvel album se compose d'une photo de vous enfant. Pourquoi ce choix ?
Je voulais une photo qui allait avec celles que j'avais proposé sur le reste de l'album. On avait décidé qu'il fallait une photo de moi. Comme je fais appel au jeune qui est à l'intérieur de nous, qui est optimiste, j'ai voulu mettre cette photo car il est optimiste le môme là-dessus. Cet enfant-là, il existe encore à l'intérieur de moi et dans l'album, ce côté optimiste que l'on a tous, mais qu'on oublie parfois parce qu'on est stressé. Moi, je ne le suis pas.

Vous semblez être plus apaisé que jamais aujourd'hui...
J'ai 60 ans maintenant (rires). A 60 ans, tu commences à être un peu au ralenti, ça mouline encore un peu mais tu essaies de faire la part des choses. C'est très agréable comme sensation, c'est d'être là où tu as envie d'être. J'aime la vie que je me suis construite, je suis apaisé.

"Viens" a été écrit par Boulevard des airs : qu'est-ce qui vous a plu chez eux ?
Ça a commencé par une rencontre artistique. Ils m'ont proposé une musique et un texte, et j'ai adoré ça. Je me suis demandé qui avait écrit ce truc. Je ne les connaissais pas mais on s'est rencontré après. C'est une chanson qui va vraiment dans le sens de ce que je vis. J'arrive à un moment dans ma vie où je transmets. Je deviens papa, voire papy. Tu transmets et tu deviens le tonton, celui qui va raconter des histoires et parler un peu de vie.

Ecoutez "Encore temps" :



La chanson "Encore temps" évoque l'environnement. 12 ans après "Aux arbres citoyens", cela vous tenait particulièrement à coeur ?
Malheureusement, il faudrait faire un album entier là-dessus. Il y a une urgence, tous les jours. Il faut que les gens prennent conscience. Tous les jours, on a des exemples de situations et de problèmes : la sécheresse, des tsunamis, des ouragans. La planète, elle va très très mal et il faut que l'on réagisse parce qu'elle va mal de notre faute. Chacun, à son niveau, doit essayer de participer. Nos dirigeants doivent commencer à prendre une décision drastique.

En 12 ans, l'état de la planète s'est empiré. Est-ce que vous pensez qu'il y a encore de l'espoir ?
C'est pour ça que j'ai fait cette chanson "Encore temps". C'est vraiment maintenant. Les 2-3 prochaines années seront décisives. Il va vraiment falloir faire quelque chose au niveau des décisions.

« Pourquoi on parle de moi comme un artiste écolo ? »
De pouvoir être étiqueté comme chanteur engagé et optimiste, ça vous dérange ?
C'est étonnant. Les gens ne sont pas très curieux. Il suffit d'un titre, d'un élément de langage, et les gens suivent tous comme des moutons. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire être optimiste et engagé, ça dépend de la personne que tu as en face. De tous les albums de nouveaux artistes que j'ai écoutés, il n'y en a que très peu qui ne parlent pas d'écologie. Et pourquoi on parle de moi comme un artiste écolo ? Peut-être parce que je suis sincère et sérieux quand je chante ça. Je suis un citoyen, je suis pour la paix des peuples. Je suis contre les divisions, contre ceux qui nous disent qu'on ne peut pas vivre ensemble, je n'aime pas les gens qui se servent de ça, c'est négatif. J'ai chanté "Métisse" ou "Saga Africa", c'était cette idée... Blanc ou noir, on est ensemble, on fait la fête. Dans tout ce que j'ai fait, il y a cette idée de rassembler les gens. Dans toutes mes actions sociales, humanitaires, mes chansons... J'ai gagné la Coupe Davis en tant que capitaine, tout ce que j'ai fait c'était pour rassembler les gens. Si c'est sur ce point-là, oui je suis un chanteur engagé.

C'est peut-être dû au succès de la chanson "Aux arbres citoyens"...
J'espère que ça a donné envie à d'autres. C'est une chanson qui a été reprise dans quasiment toutes les écoles. Je suis très fier de ça et je me dois d'être au niveau, d'être exemplaire. Je ne vais pas faire juste une chanson comme ça et me casser. Je suis sincère dans cette démarche et cette chanson prouve que quelque soit ton activité, tu peux participer et stimuler le débat. C'était volontaire. On voulait s'adresser aux jeunes de la génération précédente, aux 10-15 ans de l'époque, c'est pour ça qu'on a fait un clip animé. Ça a fonctionné et je suis content puisque ça a permis de déclencher des discussions constructives. Tous les artistes que je respecte sont des gens qui se servent de cette plateforme pour faire avancer, chacun à son degré, la société. Sinon, c'est faible, c'est fade et triste. On peut faire plus individuellement, chacun à son niveau. On est tous dans ce bateau et il faut que chacun pousse.

Le rap cartonne. Vous avez déjà collaboré avec Disiz. Vous aimeriez retravailler avec des rappeurs ?
Disiz, c'est devenu mon ami. C'était une chanson qui était tellement juste pour lui. C'est un gars tellement valable, j'aime beaucoup la personne et l'artiste. Mais je ne suis pas rappeur, tu ne peux pas le devenir du jour au lendemain. Le flow, c'est quelque chose qui se travaille dur, qui est inné. Mais il m'arrive de recevoir des textes de rappeurs. Par contre, je n'écoute pas trop la nouvelle génération, c'est plutôt mon fils. Quand je rentre chez moi, c'est plutôt la bataille pour savoir qui aura la playlist (Rires). J'ai le droit à deux minutes, après c'est mon fils qui prend le relais. Il y a vraiment de très jolies choses, des textes justes, très profonds et engagés. Par contre, quand ça commence à parler de cul et de meuf, là je décroche. Quand je vois un Abd Al Malik qui travaille sur une adaptation théâtrale des "Justes" [la pièce d'Albert Camus, ndlr], c'est chic, c'est classe.

Ecoutez "Alerte indigo" de Yannick Noah :



Quand vous étiez capitaine de l'équipe de France de tennis, la musique vous manquait ?
A ce moment-là, pas du tout. Mais quand je suis capitaine, je chante quand même. Je ne fais pas d'albums mais je joue, je fais de la musique. Bon, je n'allais pas me mettre à chanter et danser sur le court mais la musique était présente, oui.

« J'ai envie de faire de la musique pour le reste de ma vie »
Et maintenant que vous faites de la musique, est-ce que ce rôle de capitaine vous manque ?
Non, c'est fini, ça. J'ai beaucoup fait ce rôle. Capitaine et musicien, ce n'est pas la même chose. J'ai fait 3 ans de capitanat, ça représente cinq ans sans album, sans tournée. Maintenant, j'ai envie de faire de la musique pour le reste de ma vie.

Est-ce qu'avec votre expérience en tant que musicien et sportif, vous vous verriez être coach dans "The Voice" ?
J'aime bien l'émission, mais je ne peux pas faire ça. J'aurais envie de prendre tout le monde. On ne prend que les meilleurs et moi j'aurais envie de prendre les plus mauvais. Je pense que chacun a quelque chose, une histoire à raconter. Tout le monde a une belle histoire. La faiblesse, l'hésitation est jolie. Il y a plein de choses jolies. Quand je vois ça, je suis trop sensible. A leur place, je serais sans arrêt en train de taper pour me retourner et tous les prendre. Je trouve que le jury le fait très bien, je regarde l'émission et je la trouve très bien. C'est un télé-crochet, c'est un peu un jeu aussi, un divertissement. Mais il y a des gens derrière et je ne peux pas le faire.

Et on ne vous a pas vu aux Enfoirés depuis 2012. A quand un retour ?
Peut-être, je ne pense pas cette année mais peut-être plus tard. C'est bien qu'il y ait un renouvellement des chanteurs. J'ai été d'une génération qui l'a fait... moi, je l'ai fait sept ou huit fois. Je pense que c'est bien qu'il y ait un renouveau, que la jeune génération s’accapare cela. Dans le meilleur des mondes, il ne devrait plus y avoir d'Enfoirés mais ça va exister peut-être pour toujours. C'est bien que les jeunes soient conscients qu'ils peuvent participer aussi. Ça ne veut pas dire que je n'y retournerai pas. Je ne sais pas encore... Pas pour l'instant, je pense.
Théau BERTHELOT
Pour en savoir plus, visitez yannicknoah.com et sa page Facebook.
Écoutez et/ou téléchargez le dernier album de Yannick Noah, "Bonheur indigo".
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