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Interview
samedi 04 septembre 2021 11:14

Soprano en interview : "Il ne faut pas fermer sa gueule face aux injustices" (VIDEO)

Alors que sort son nouvel album "Chasseur d'étoiles", Soprano se confie en interview à Pure Charts sur l'influence des années 80, son amour pour Daniel Balavoine, le racisme et les violences policières, l'importance du vivre ensemble, les critiques ou encore son statut d'artiste préféré des enfants. Regardez !
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Pourquoi cette plongée dans les années 80 avec ton nouvel album "Chasseur d'étoiles" ?
L'étincelle est venue du film "Les gardiens de la galaxie". Je savais depuis longtemps que mon album s'appellerait "Chasseur d'étoiles", je le savais depuis le deuxième album même. A la fin de mes albums, je donne toujours le titre du prochain. Mais je n'avais pas prévu de faire un truc sur les années 80, je n'y avais pas pensé jusqu'à ce que je vois ce film. La première scène, il met un walkman, il met un morceau des années 80, il est dans l'espace et il danse. Je me suis dit : "Ça déchire !". Et puis indirectement, c'est aussi la mode aux Etats-Unis, avec Bruno Mars qui est retourné début 90 avec le dernier album et qui va faire un projet soul bientôt, The Weeknd il est en plein dedans avec les synthés, Dua Lipa pareil... Je me suis dit : "On va y aller à fond, on va s'amuser !". Je m'y connais, je suis né en plein dedans. J'étais comme un enfant quand j'ai fait cet album.

Tu samples notamment "Plus près des étoiles" de Gold. Pourquoi ne pas avoir fait un album de reprises ?
J'avais un projet il y a des années de faire comme pour "Près des étoiles", de détourner en rap des morceaux de la variété. C'est dans mon disque dur, il y a des morceaux que personne n'a entendus ! (Sourire) Par exemple, j'avais fait "L'idole des jeunes" de Johnny Hallyday ou encore "Amsterdam" de Jacques Brel. Celui-là, je l'avais transformé en "Dans les caves de mon bloc, il y a des gamins...". J'avais fait plein de trucs mais ce n'est jamais sorti. Là, j'avais un concept de faire des clins d'oeil, musicalement, dans les titres ou les thèmes aux années 80 et vu que j'étais dans les étoiles, le morceau qui collait le mieux c'était "Plus près des étoiles" de Gold.

« Les années 80 c'est synonyme de liberté »
Comment tu expliques que les années 80 soient autant à la mode ?
Je pense que c'est parce qu'on sent la liberté. Même vestimentairement parlant... Là, je te regarde, juste aux chaussures et au pantalon, on est aux années 80. On sent qu'on est libres, on est frais, on est fun. Ma fille m'a dit : « Papa, j'ai vu des photos de toi, tu avais tel pull il est stylé et tes casquettes elles sont stylées ». Pour elle c'est stylé, c'est maintenant. "Stranger Things" c'est totalement mon délire alors que c'est elle qui me l'a montré. C'est sa génération mais ça parle à la mienne. Là avec la pandémie, tout le monde a envie de sortir, de s'amuser. Les années 80 sont synonymes de liberté, de fête, de couleurs et de mélange.

Il y a beaucoup de références à "La boum", au Club Dorothée ou à Bruce Lee sur l'album. Tu n'avais pas peur que le jeune public ne les connaissent pas et donc ne comprenne pas ?
Vu comment j'ai fait l'album, même s'ils ne connaissent pas, avec la forme... Regarde, je le vois avec "Dingue", ma génération va penser directement à "Maniac", et pourtant, pour les jeunes c'est leur chanson. Je vais aller encore plus loin, ma plus petite fille est tombée sur Claude François qui chante "Cette année-là", et elle m'a dit : « Oh il chante la chanson de Matt Pokora ! ». C'est juste une question de génération et de repères. Pour eux, c'est le début de quelque chose. Ils vont chercher "La boum" ou le "Club Dorothée" sur Internet, ils vont se régaler. C'est un peu le but du jeu, que les gens puissent découvrir un univers et s'éclater à l'intérieur.

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Tu fais une déclaration à Daniel Balavoine sur le bonus "Cher Daniel". Quel impact a-t-il eu sur toi ?
A la base, je l'ai connu via ses tubes. Ma mère écoutait "L'aziza". Petit à petit, les années passent, je découvre les autres chansons. Ma chanson ever comme on dit, c'est "Tous les cris les SOS" que j'ai repris sur mes deux précédentes tournées. C'est une chanson qui m'a tenu en vie pendant longtemps. Il y a ensuite eu ses combats pour les jeunes, pour l'Afrique, ses coups de gueule, sa mélancolie, son côté écorché, son côté de se battre pour la vie et pour l'amour. Ces trucs-là, indirectement, on les retrouve dans mes chansons. Même sa voix aiguë... Moi aussi je suis trop haut parfois. (Rires) Je le dis souvent mais le jour où il est parti c'est le jour de mon anniversaire. Je sais pas, il y a un truc mystique derrière. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup. Je n'ai pas mis le morceau dans l'album, il s'arrête au "Roi Lion", mais si tu as le coffret tu peux l'entendre. Je voulais être sincère quand je l'ai faite. Je l'ai envoyée direct aux enfants de Daniel Balavoine pour leur dire. Les deux titres bonus c'est un cadeau, et ça permettra peut-être aux plus jeunes de découvrir qui est Daniel Balavoine.

« L'engagement a toujours été présent, même dans le côté fun »
C'était important pour toi d'envoyer la chanson à ses enfants ?
Oui ! Je voulais qu'ils entendent de ma voix avant tout le monde l'impact que leur père a eu dans ma vie. Même si je pense qu'ils le savaient parce que je le crie depuis longtemps. J'ai reçu un message de sa fille qui m'a remercié. Je l'avais déjà croisée, et elle savait l'admiration que j'ai pour son père. Quand on a commencé à composer l'instru, qui fait un peu "Tous les cris les SOS", un peu 80, synthés, atmosphère un peu chaotique, les mots sont arrivés. J'avais un petit bout de couplet qui était pour un autre morceau et je trouvais que ça collait, et j'ai commencé à parler à Daniel directement.

Sous des mélodies légères, tu parles de sujets encore une fois très forts. Peut-être même que c'est la première fois que tu t'engages autant. Tu parles de dépression dans "Dingue", de harcèlement scolaire et de différence dans "Forrest"... C'est important pour toi de t'engager, et encore plus sur cet album ?
Franchement, c'est une bonne question car l'engagement a toujours été présent, même dans le côté fun. Je fais exprès. "Cosmo" c'est le morceau le plus engagé et le plus léger que j'ai fait par exemple ! "Forrest", en clin d'oeil au film "Forrest Gump", parle de la différence, et je trouvais que c'était quelque chose qu'il fallait mettre en avant. Comme je dis dans la chanson, "ça n'a pas de prix d'être soi". Je parle un peu de moi quand j'étais petit, j'étais différent, la tête dans les étoiles, à penser à mes rimes, à mes mélodies, pour beaucoup j'étais un fou. Une femme voilée, un homosexuel ou une personne victime de racisme peut se reconnaître dans cette chanson. Etre soi ça n'a pas de prix, c'est un engagement fort, important. Il faut se battre pour sa liberté.

« Le racisme, ça me touche et j'ai peur pour mes enfants »
Tu évoques le racisme et les violences policières avec "Racine", qui est un vrai cri du coeur...
Sur "Racine", où je parle de l'Afrique, il y a eu un déclic l'année dernière avec la mort de George Floyd et tout ce qu'il s'est passé aux Etats-Unis. J'étais en train de gamberger : "Qu'est-ce que je vais dire à mes enfants ?". Ils sont métis ! Peut-être qu'ils auront des contrôles au faciès, j'en ai eu alors pourquoi ils n'en auraient pas ? J'avais besoin d'écrire que putain depuis l'époque, l'Afrique elle nous voit, on lui a pris ses enfants, et elle subit toujours... Je le dis dans la chanson mais on se demande comment en 2021, après Obama et depuis le rêve de Martin Luther King, on en est encore là. C'est magnifique de voir l'Equipe de France mélangée ou l'équipe de NBA. En tout cas, quand je vois ça, ça me touche et j'ai peur pour mes enfants. Je trouve que c'est dommage.

Découvrez "Dingue", le nouveau clip de Soprano :



Tu chantes que "rien n'a vraiment changé" sur ce titre. Tu as envie de faire évoluer les mentalités avec une chanson comme celle-ci ?
Oui, comme avec "Cosmo", c'est l'hymne du vivre ensemble. Bien sûr, on ne peut pas tous s'aimer mais à un moment donné... Je le dis tout le temps et je l'avais appris à l'école : "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres". Si tu as compris ça, on peut vivre tous ensemble. Si l'une a mis un voile, si l'autre aime une personne d'une autre couleur ou du même sexe, qu'est-ce qu'on s'en fout ! L'important c'est d'être heureux, de vivre ensemble, et de ne pas enfreindre la liberté de l'autre à côté, c'est surtout ça. Tout ce qui s'est passé me touche. Je suis enraciné africain. Ça me touche car George Floyd ça aurait pu être moi. Je suis aux Etats-Unis, contrôle, flics, je veux prendre mon téléphone et le mec... (Il mime des tirs). On est en 2021, non ! Moi, j'agis en montrant l'exemple. Quand tu vois un noir à "The Voice", tu te dis qu'il a cassé quelque chose. Il est là ! Comme Obama, Omar Sy, et plein d'autres. Je trouve qu'il ne faut pas fermer les yeux et ne pas fermer sa gueule devant les injustices. Et il faut donner la force aux gens en Afrique... La moitié des followers qui me suivent, c'est des gens en Afrique. Ils sont là et ils se disent : "Putain, il me fait rêver". J'essaie de représenter comme je peux en ayant un micro et ma plume, j'ai la chance. Mais en étant juste.

« Quand tu vois un noir à "The Voice", tu te dis qu'il a cassé quelque chose »
Dans "Mon silence", tu chantes "Que fais-je vraiment pour changer les choses ? Quel est mon rôle ?". Tu as eu une remise en question sur ton engagement ?
Je n'ai pas eu de remise en question mais même quand je fais, je me dis : "Est-ce que c'est suffisant ?". On me dit que je fais beaucoup mais est-ce que ça suffit ? Il y a encore des choses qui ne sont pas normales... Dans "Mon silence" je ne parle pas que de moi, je parle de tout le monde, parfois on est coincé. Tu peux entendre que ton voisin frappe sa femme, tu ne sais pas quoi faire, tu ne veux pas te mêler... Ou tu peux voir un ami devenir alcoolique et tu te dis que tu aurais dû tendre la main. C'est une culpabilité qu'on a tous à un moment. Comment on peut être utile pour améliorer les choses ? Moi j'ai ma réponse, c'est l'exemplarité. Poster des posts sur Instagram, ça dure deux jours, comme le bronzage l'été, ça part après. (Rires) La première chose si tu veux changer le monde, c'est commencer par toi, comme disait Michael Jackson dans "Man in the Mirror".

Sur "Bruce Lee", un des rares titres rap de l'album, tu parles notamment des haters. Ce titre c'était aussi pour montrer que tu es toujours en place, à ceux qui disent que tu n'es plus vraiment un rappeur ?
La dernière phrase, oui ! Quand je dis : "Sur Sopra, tu disais quoi ?". (Rires) Le reste, c'est pour rester dans le concept de l'album. Plus on écrivait, plus je me disais : "Oh ça tue ça !". A la fin, je me suis dit : "Allez on va la mettre cette phrase !". C'est de l'ego trip. C'était pour rester dans le concept des années 80, la musique c'est du breakbeat, j'ai fait une référence à Bruce Lee mais aussi à Ken Le Survivant sur l'intro. Bruce Lee était technique, avait de la puissance. Et là il y a des rimes, des doubles rimes, des accélérations, des punchlines, des rimes coupées... Vu que j'ai fait un morceau technique, je l'ai appelé comme ça.

Regardez le clip "Près des étoiles" de Soprano :



Tu as d'ailleurs été élu plusieurs années de suite "l'artiste préféré des enfants". Comment tu l'expliques ?
C'est un truc de fou ! J'y ai réfléchi longtemps car la première fois, tu te dis que c'est parce qu'il y a des titres qui passent à la radio et qu'ils aiment bien. La deuxième fois, tu te dis pareil. Mais la troisième fois, oh ! Je me suis posé la question. Peut-être que c'est parce je suis toujours souriant, j'essaie d'être toujours positif, mes problèmes je les cache, je les mets dans mes textes. Peut-être que c'est ça que les gens aiment. Peut-être que c'est ma voix aiguë ? Comme Jul, qui est aussi très aimé des jeunes. Après, je pense qu'il ne faut pas prendre les petits pour des débiles. Ils comprennent bien les textes. Quand je vois que "Clown" c'est la préférée des enfants, ce n'est pas que parce que j'ai mis un nez rouge. Pareil avec "Dingue". Bon, il y en a qui l'ont récupérée pour le pass sanitaire. Tranquille, les mecs ! (Rires) En vrai, moi je fais de la musique pour les parents, parce que je suis un parent, j'aime ce qu'ils aiment généralement. Je suis un père de famille qui est avec ses enfants 5 jours sur 7. La forme je fais attention parce que mes enfants écoutent ce que je dis... Ce n'est pas pour vendre plus de disques.

« Enregistrer avec MC Solaar, c'est un truc de fou »
Il y a un duo avec MC Solaar sur l'album. C'était un rêve ?
Ah oui... C'est un truc de fou. Et là, j'avais le bon concept, la bonne raison. A la fin des années 80, il y a un mec qui s'appelle MC Solaar qui débarque et qui casse tout. Nous on avait commencé à travailler un son qui ressemblait aux rythmiques de "Caroline". J'ai écrit un peu comme MC Solaar avec ses poésies, qui racontent une histoire. Je l'ai appelé "Le grand bleu", comme le film. Donc j'ai appelé Solaar pour lui demander. Il est venu à Marseille, il a écrit et enregistré dans mon studio, dans ma maison. On était là, on se regardait tous : "C'est un truc de fou". Sa voix, on dirait l'album de l'époque ! C'était le feu, j'étais hyper content.

Tu retrouves Jul, SCH et Alonzo sur "Planète Mars 2021". C'est crucial pour toi de mettre à l'honneur Marseille ?
Ah oui ! Et puis juste avant, il y avait MC Solaar. Et je voulais faire un clin d'oeil à un groupe qui est arrivé dans les années 80, IAM. Je l'ai appelé "Planète Mars 2021" exprès. Ce morceau, j'ai envie de le faire depuis longtemps. Là, ça collait avec le concept. Quand Jul, SCH et Alonzo ont entendu l'instru, le refrain, ils étaient fous, on a passé la nuit au studio. On s'est régalé. Ce morceau, je pense qu'il va beaucoup tourner dans les stades et dans les virages à Marseille !

Quand on écoute l'album, on se dit qu'il a été pensé pour le live, avec la tournée des stades prévue en 2022. Comment on fait pour aller encore plus loin, faire encore mieux ?
Déjà, je vais te dire, on a déjà la scène ! Mais ça dépend de l'univers... Je me casse la tête, je travaille beaucoup les univers de mes albums et de mes morceaux pour pouvoir les développer pour la scène. Si je fais beaucoup de promo, c'est pas pour vendre plus de disques c'est pour remplir plus de concerts. C'est là où je me régale le plus, c'est là où je vois les gens qui aiment ma musique. Dans le virtuel, les plateformes, les streams, ça peut être quelqu'un qui écoute 50 fois ta chanson ou quelqu'un qui n'a pas fait exprès d'écouter. Alors que quelqu'un qui a pris son ticket pour venir te voir... C'est là où je donne tout. Cet album-là, je l'ai travaillé en pensant au live, et ça a écrit mon show petit à petit. Sur "La boum" ou "NKOTB", par exemple, les voix, les "oh oh oh", c'est fait exprès pour qu'au stade ce soit le feu.
Julien GONCALVES
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