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Interview
samedi 06 février 2021 12:35

Kimberose en interview : "Je n'ai plus peur d'être qui j'ai envie d'être"

C'est en son nom seule que Kimberose prend son envol sur "Out", un deuxième album touché par la grâce. De la fin de son groupe à son évolution en tant qu'artiste, la chanteuse se raconte en interview pour Pure Charts, avec douceur et authenticité.
Crédits photo : Clément Dezelu
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Tu viens de sortir ton deuxième album et cette fois-ci, tu te présentes en tant que Kimberose, la chanteuse solo, et non plus Kimberose le groupe. Que s'est-il passé ?
Une séparation. Une séparation personnelle et artistique, tout simplement. J'avais envie et besoin de m'exprimer davantage. Cette rupture m'a donné l'occasion de reprendre les rênes de mon projet et de m'affirmer. Je prenais déjà pas mal de décisions mais c'est vrai que lorsqu'on est un groupe, on doit discuter, composer avec les désaccords et faire des compromis. Ça enlève un poids, même si c'est à double tranchant parce qu'il y a un côté très positif de travailler en groupe. Je pense qu'on avait le tour. Il est arrivé un moment où il y avait suffisamment de tensions pour que ce ne soit plus assez agréable de continuer.

« C'est une nouvelle page qui s'écrit »
Ça a ajouté une pression supplémentaire sur le fameux cap du deuxième album ?
Bizarrement, ça a été plutôt l'inverse. Je l'ai vécu comme une délivrance. Un moment où tu souffles et prend l'air en te disant : ''J'ai hâte de la suite''. Où tu as plus d'espaces et plus de possibilités d'expression, que ce soit dans la musique ou dans le choix des collaborateurs. Sur le premier album on avait tout réalisé à trois. Sur celui, j'ai travaillé avec différentes personnes qui ont amené une richesse. J'ai travaillé aussi sur les visuels. C'est une nouvelle page qui s'écrit avec beaucoup d'excitation. Je ressens des bonnes vibes. Et ça me donne beaucoup confiance en moi. Je me rends compte que je suis capable d'assumer et de porter un projet seule. Ça peut faire peur, au début. Mais le fait de prendre les choses en mains, entériner des décisions et le faire, il y a beaucoup de choses positives qui en découlent. C'est une vraie victoire personnelle.

D'où le nom de l'album, ''Out'', qui symbolise cette émancipation ?
Exactement. C'est comme une porte qui s'ouvre : tu la franchis et tu te retrouves dehors. Outside. Il y avait aussi pour moi la notion de coming out, quand tu annonces à des gens qui tu es. Il y a de ça dans cet album, cette impression d'être davantage moi et de l'annoncer à ceux qui m'écoutent et qui me suivent. Je me rends compte que sur le premier album, j'ai beaucoup écrit sur le passé. Là, je me suis beaucoup plus projetée dans le présent et dans le futur.

On la puise où cette confiance et cette force ?
Dans le fait ne plus avoir peur. On a tous, dans la vie, souvent peur de faire des choses, de dire des choses. Quand on s'affranchit de ça, c'est un vrai soulagement. Je n'ai plus peur d'être qui j'ai envie d'être. Et faire des choix, prendre part à part entière aux décisions, ça aide à se sentir grandie en tant qu'artiste. J'ai vraiment eu l'impression, sur cet album, d'être le moteur. Quand on arrive dans le milieu de la musique, on ne connaît pas le fonctionnement. On n'a pas les codes. Il n'y a pas de cours pour apprendre à gérer cette partie business de l'industrie, et tous ces autres métiers qu'il y a autour de celui qu'on sait faire. Moi je suis chanteuse mais aujourd'hui, j'ai appris un petit peu de tout en travaillant avec les autres personnes de son équipe. Il faut être polyvalent ! Et c'est quelque chose dont je n'avais pas du tout conscience quand j'ai commencé. Moi je voulais juste chanter. (Sourire) Je n'avais pas réalisé tout ce que ça impliquait.

Regardez le clip "Back On My Feet" de Kimberose :



« "Nouvelle Star" ? Une expérience très peu humaine »
D'avoir découvert ce milieu en passant par une émission de télévision, ''Nouvelle Star'', qu'est-ce que ça t'a appris ?
Le télé-crochet, je pense que c'est vraiment un univers à part. Personnellement, la façon dont je l'ai vécu était très ambivalente. Il y a une partie de moi qui a compris, quand je suis arrivée sur scène avec un micro pour chanter, que c'était ça que je voulais faire. Mais surtout, que je ne voulais pas le faire comme ça. Et surtout pas ici. Le concept ne m'a pas plu. Je suis passée par ça et ce n'est pas une expérience que je recommanderais à de jeunes artistes, parce que ça ne m'a pas fait du bien. Il m'a fallu quelques mois pour me remettre de toutes ces émotions. Encore une fois je ne parle que de ce que j'ai vécu mais j'ai trouvé que c'était une expérience très peu humaine. Quand on est artiste, on est par définition ultra sensible. Ce côté-là m'a manqué. En plus je suis arrivée là-dedans dans une période de ma vie compliquée car je venais d'avoir un bébé. Je n'étais pas dans les meilleures conditions physiques et mentales mais même aujourd'hui, avec la robustesse que j'ai acquise, je n'irais pas. Tout ce qui j'ai appris après, c'est là où j'ai eu la sensation d'apprendre le métier. Pas à la télévision.

Ton premier album "Chapter One" a été certifié disque d'or et a reçu des critiques très élogieuses. Le succès, ça aide à s'affirmer en tant qu'artiste ?
Sûrement. Le succès c'est plutôt de l'amour. Qu'on soit artiste ou non, dans la vie de tout le monde, être aimé.e ça donne des forces. Recevoir des énergies positives, de la part du public ou de ses proches, des marques d'affection, ça encourage à aller encore plus loin.

« Je me suis fait une promesse »
Parlons de l'album. Il y a beaucoup d'influences, jazz et soul évidemment, mais pas seulement : j'ai repéré des inspirations country sur ''Sober'', il y a des synthétiseurs sur ''Only Lessons''... Tu avais à coeur de montrer que tu n'étais pas qu'une voix ?
Ça part de ça. J'avais surtout à coeur de faire une musique qui me ressemble encore plus, d'aller piocher dans plein de choses que j'ai écoutées, que j'écoute aujourd'hui, pour faire un méli-mélo de mes influences. Le fait de travailler avec d'autres personnes a sûrement élargi, sans que je m'en rende compte, mes horizons. On apprend de chaque rencontre. Sur cet album, par rapport au premier où j'avais pris en charge la partie écriture toute seule, il y a eu un travail de co-écriture sur certains textes et même ça, j'y ai vraiment pris goût. C'est comme un jeu d'écrire ensemble, de trouver la bonne phrase pour faire sonner l'idée qu'on a envie d'exprimer, c'est très enrichissant. Je continuerai sans doute à le faire par la suite.

''We Never Say Goodbye'' est une chanson dédiée à ton père. Il paraît que tu as promis de lui dédier une chanson dans chacun de tes albums ?
Exactement. C'est une promesse que je me suis faite il y a quelques années et que je compte respecter. C'est quelqu'un qui aimait beaucoup la musique, qui en écoutait beaucoup et en jouait un petit peu, comme ça, pour le plaisir. Je le revois gratter sa guitare. Il m'a toujours encouragée, il n'a jamais été un frein dans ma passion pour la musique. Quand j'étais enfant et que je disais que je voulais écrire une chanson, il me disait : "ok, vas-y". Pour tout ça, mais aussi pour l'amour que je lui porte, j'avais envie de le faire participer à mon histoire artistique en lui écrivant des chansons. Des fois je me dis peut-être qu'il les entend. C'est la part de moi qui est un peu spirituelle.

C'est difficile d'exposer ce pan si intime de ta vie en musique ?
Ce n'est pas vraiment difficile. C'est bizarre parce que ça pourrait être pris comme un manque de pudeur. En réalité, écrire les choses c'est beaucoup plus facile que de les dire. Même parfois dans la vie, dire ''je t'aime'' à quelqu'un c'est parfois plus facile par écrit que le faire en regardant la personne dans les yeux. Je ne saurais pas l'expliquer mais je suis beaucoup plus expressive en musique que dans ma vie. Je lâche prise, quand j'écris. Je ne me mets pas de limites. Peut-être parce qu'on se permet tout quand c'est porté par un art, par la métaphore, le symbole. On peut tout transformer avec la musique, c'est ce qui la rend magique. Et quelque part, on est tous connectés à travers la musique. Ce que j'ai vécu, bien sûr que je l'ai vécu avec mon expérience, mais plein d'autres gens l'ont vécu aussi. La perte d'un être cher, je ne suis pas la seule. Même si moi j'écris en pensant à mon père, quelqu'un qui va écouter cette chanson pensera à la personne qui lui manque. Il y a forcément quelqu'un qui sait de quoi je parle, à sa façon.

Découvrez "Weak and Ok" de Kimberose :


« J'aime écrire en français »
Dans l'album on retrouve aussi ''L'envie de valser'', ton premier titre en français. Quel a été le déclic ?
Je ne saurais pas l'expliquer. Je suis arrivée ce jour-là en studio avec Sofiane Pamart, le pianiste avec qui j'ai fait cette chanson, et on a pensé toute la journée à faire de la musique. On a écrit une dizaine de chansons ce jour-là, c'était une évidence, comme ça. Puis le soir, il me dit : ''J'ai envie de faire une valse''. Il se met à jouer comme ça un petit air et c'est venu en français, je ne sais pas pourquoi. J'ai pas eu le choix, il a fallu que je l'accepte ! (Sourire) C'est marrant en fait, parce que je ne suis pas du tout fermée au français. J'ai toujours écrit en français mais je n'avais jamais sorti une chanson en français, jusqu'à aujourd'hui. J'aime écrire en français mais j'ai peur, car c'est une langue plus complexe. C'est difficile à faire sonner avec la musique que je fais, très enracinée, très soul américaine. Mais j'écrirai encore en français, sûrement. C'est fort probable.

Est-ce que tu rêves d'une carrière à l'international ?
Comment disent les Anglais : « I go with the flow ». Je vais où le vent m'emmènera. Bien sûr que j'ai des rêves, bien sûr. Mais je suis superstitieuse, je touche du bois ! (Rires) On verra. C'est le destin. Peut-être que tout basculera avec une rencontre, une chanson. La vie est faite de surprises.

« Je suis fascinée par Yseult »
Avec quel artiste aimerais-tu collaborer pour un duo chanté ?
Lianne La Havas, sa voix est extraordinaire. Il y a un artiste en ce moment qui m'obsède, il s'appelle Moses Sumney. C'est un artiste américain d'origine ghanéenne, comme moi, que je trouve fabuleux. C'est un extra-terrestre, trop de talent. En France, je suis fascinée par Yseult. Elle me fascine vraiment. Je la trouve magnifique, courageuse, talentueuse. Et le groupe Terrenoire, je suis fan. J'ai envie de chanter avec plein de gens, en fait ! Si je dois te faire la liste, on va y passer toute la journée. (Rires)

Écrire pour d'autres, ça te plairait ?
Ça m'intéresserait beaucoup, je ne l'ai jamais fait encore. On me l'a parfois proposé mais de manière indirecte, c'est à dire d'écrire dans mon coin sans vraiment avoir d'informations et proposer une chanson. Moi j'ai plus tendance à aimer la rencontre. Écrire avec un artiste avec lequel je pourrais créer une connexion, connaître son histoire pour savoir ce quoi il ou elle a envie de parler, là oui, je pense que ça me ferait kiffer.

En parlant d'Yseult, qui est nommée deux fois aux Victoires de la Musique 2021, aucune artiste féminine ne figure dans la catégorie du Meilleur album où ce sont cinq hommes qui sont en lice. Ça t'inspire quoi ?
Ce sont les Victoires de la Musique. Est-ce que le sexe de l'artiste passe avant l'art ? Je ne crois pas. S'ils ont estimé que les meilleurs albums venaient d'artistes masculins, est-ce qu'on peut vraiment s'en plaindre ? C'est une discussion épineuse. C'est curieux, ça questionne mais il ne faut pas que ça fasse oublier l'art. Le plus important, c'est que les artistes continuent d'être entendus et d'être accueillis par le public. Les prix, c'est une reconnaissance mais ce n'est pas un but en soi.

« La scène me manque affreusement »
Pourquoi c'est plus difficile d'exister dans cette industrie quand on est une femme ?
Pour être honnête, dans mon métier, je ne ressens pas le poids d'être une femme. J'ai sûrement eu la chance d'être bien entourée, je ne me suis jamais sentie en danger, menacée ou maltraité parce que je suis une femme. Mais je ne parle que de mon expérience personnelle. Je sais que c'est une réalité, que les témoignages de ces femmes qui prennent la parole sont vrais. Et que le problème est partout, pas seulement dans la musique.

Le contexte est difficile pour le monde de la culture. J'avais eu la change de te voir en concert à la Cigale il y a deux ans. La scène te manque ?
Ça me manque affreusement. Encore plus parce qu'on ne sait pas quand ça pourra reprendre ! Si encore on avait une date à laquelle se raccrocher, mais non. Ça devait être décembre, puis janvier, puis... C'est ça qui rend fou. Nous n'avons aucune visibilité. C'est un flou artistique.

Vous envisagez une tournée malgré l'incertitude ?
Ce qu'on fait nous, concrètement, c'est qu'on prépare deux tournées. On prépare une série de concerts en se préparant à pouvoir la faire des conditions normales et une autre avec des jauges réduites. Ce n'est pas la même économie, forcément. Si tu vends tous tes billets ou la moitié de tes billets, tu ne peux pas faire travailler le même nombre de personnes. C'est malheureux mais c'est comme ça. On réfléchit à des solutions pour pouvoir tourner quand même, quand on pourra, mais... Ça fait chier, je ne vais pas mentir. (Elle marque une pause) Je comprends le coup de gueule des artistes. La formulation non-essentielle, ça fait mal. Ce n'est pas très respectueux, surtout pour la France qui se revendique comme un pays défenseur de la culture. Je trouve que c'est très difficile la situation actuelle. Psychologiquement et économiquement. La réalité, c'est que toutes les personnes qui travaillent avec nous dans l'ombre, les musiciens, les techniciens, les gens qui travaillent dans les salles, sont en galère. J'essaie de rester positive mais dès que j'y pense, ça me met une tarte. On avait déjà repoussé l'album pour ces raisons-là mais à un moment, on ne peut pas repousser pour toujours. Il faut y aller, il faut continuer à vivre. J'espère qu'on va s'en sortir.
Yohann RUELLE
Toute l'actualité de Kimberose sur son site officiel et sur sa page Facebook.

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