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Interview
samedi 30 janvier 2021 10:14

Camélia Jordana en interview : "C'est un mythe les féministes qui détestent les hommes"

Camélia Jordana propose aujourd'hui le double album "Facile/Fragile", témoin de sa personnalité ambivalente. En interview sur Pure Charts, la chanteuse se confie sur son désir de renouer avec le grand public, la naissance de ses chansons féministes, le manque de femmes sur son disque ou encore les polémiques autour de ses propos. Rencontre avec une artiste libre.
Crédits photo : Hellena Burchard
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Après la sortie de "Lost", tu avais annoncé que tu allais faire de la "bonne grosse pop" pour que ta musique soit plus accessible et que ça se vende plus. Est-ce que ce double album "Facile/Fragile" est né de compromis ou de concessions ?
Ah non pas du tout. Il n'y a pas de compromis ou de concessions artistiques, pour la simple et bonne raison que je suis ma propre productrice sur ce projet. C'est la raison pour laquelle c'est un double album. Il y a un premier album sur lequel j'avais très envie de faire de la pop. Et sur le deuxième, j'avais envie de choses un peu plus intemporelles, en live, avec des musiciens en studio, avec des chansons plus intimistes que j'ai créées moi-même, en piano-voix, à la maison.

« J'avais ce désir de renouer avec le grand public »
J'avais cru déceler une certaine frustration après la sortie de "Lost"...
En fait, ce qui est né de cette frustration-là, de l'insuccès de "Lost", c'est ce grand désir de renouer avec le grand public. De là, j'avais plein de façons différentes d'entreprendre cette démarche. L'idée, c'était de faire de la musique plus accessible. Sur "Lost", il y avait vraiment très peu de chansons formatées... Et "formatées", pour moi ce n'est pas du tout péjoratif, c'est juste "au format qui fait que ça peut arriver au grand public", et donc que les grands médias populaires pourraient en parler.

L'idée, c'était de faire passer des messages l'air de rien, sur des mélodies plus radiophoniques comme sur "Facile" et "Silence" ?
Je n'ai pas eu de démarche avec une stratégie. Je me suis retrouvée à faire de la musique avec des gens très spontanément, et de la musique tout seule. Celle avec des gens, c'est celle qui se retrouve sur "Facile", qui sonne très 2020, très numérique et digitale. Pendant que la journée je faisais ça avec d'autres, le soir, je rentrais à la maison et je suis devenue très obsessionnelle avec la création de chansons. (Rires) Je prenais un verre de whisky fumé, je me mettais à mon piano, et je faisais des nouvelles chansons, plus intimistes. A la fin, je me suis retrouvée avec trop de chansons mais je ne pouvais pas les nier, ce sont toutes un peu comme les petites soeurs de "Facile". Je ne pouvais pas les laisser dans un tiroir, donc j'ai eu cette idée du double album.

Regardez le clip "Silence" de Camélia Jordana :



Avec ces deux disques distincts "Facile" et "Fragile", tu voulais montrer aux auditeurs deux facettes très opposées de ta personnalité ?
Finalement, ce sont des facettes assez complémentaires de mon identité artistique. Elles ont toutes été créées à la même période. Souvent, on me demande ce que je fais comme musique parce que mes albums sont très différents les uns des autres. Je crois qu'avec le temps, je vois mes albums comme des clichés sonores, une photo sonore de celle que je suis au moment où je crée ces chansons, au moment où je veux les raconter, et les partager avec des musiciens et musiciennes. Je ne me voyais pas renoncer à l'une ou l'autre.

« J'adorais l'idée d'écrire un hymne féministe »
L'album s'ouvre sur "Femmes", qui est une chanson très forte dans le texte, un appel aux femmes. C'est important pour toi de continuer tes combats en musique ?
C'était très naturel. Quand j'écris une chanson, je ne me dis pas : "Dans l'album, il faut qu'une chanson parle de ça". Mais ça peut m'arriver de me dire : "J'aimerais aborder tel ou tel sujet dans une chanson". Mais est-ce que ça va être pour moi ou pour quelqu'un d'autre ? Ça, je ne sais pas. C'est venu tellement facilement... J'avais déjà du texte, je me suis retrouvée avec Renaud Rebillaud et je lui ai dit : "Aujourd'hui, on fait un hymne féministe". Il m'a dit : "Ok, super, trop bien". C'était plein de tendresse, de bienveillance. J'adorais l'idée d'écrire un hymne féministe mais je n'étais même pas forcément convaincu que ce serait pour cet album.

« Ça manque cruellement de femmes sur cet album »
Sur ce double album, il y a deux duos avec Dadju et Soolking. Mais j'ai été surpris qu'il n'y ait pas de duos avec des artistes féminines, d'autant que tu es très proche d'Yseult ou de Pomme. Ça aurait pu être super intéressant...
Oui c'est vrai, on va le faire dans les médias très prochainement ! Mais en effet, il n'y a pas assez de femmes sur cet album, je me le suis dit aussi. Il y a beaucoup d'hommes formidables sur cet album avec lesquels j'étais hyper heureuse de travailler, d'inventer, de créer, de partager, de rêver. Mais ça manque cruellement de femmes sur cet album, je suis d'accord. Ce qui est dingue c'est que je m'en suis rendu compte au moment où l'album était fini, quand on finissait les visuels. Quand on est arrivé aux remerciements, j'ai listé et je me suis dit : "C'est pas possible !".

Ce qui est hyper révélateur aussi...
Ce qui est hyper révélateur mais pas que d'une industrie et d'une société, mais aussi de mon fonctionnement, que je dois déconstruire maintenant. (Sourire)

Regardez notre interview vidéo avec Camélia Jordana :



J'adore les ballades sur l'album, comme "Si j'étais un homme", "Nos chansons" et surtout "Les garçons", où tu chantes avec beaucoup de beauté "Moi je les aime les hommes"... C'était aussi une manière de rappeler qu'on peut être féministe et aimer les hommes ? J'ai l'impression que certains en doutent.
Pour parler de la chanson "Les garçons", elle est née comme ça, pendant le premier confinement, je marchais sous la pluie, je rentrais à la maison après m'être amusée à faire la cheffe d'orchestre avec les vagues qui venaient s'écraser sur les rochers. Parce que j'ai eu la chance d'avoir un confinement très privilégié avec des ami.e.s, dans la maison d'un ami à Biarritz. En rentrant sous la pluie, j'ai ça qui m'est venu, j'ai un peu enregistré comme ça phrase après phrase sur mon iPhone. La chanson est née de façon organique, très connectée à la roche, à la pluie, à la mer, à l'océan. Je ne voyais pas tellement d'autres hommes que ceux avec qui j'étais confinée. Je crois que je me suis mise à rêver aux hommes, à mes hommes, ceux du passé, à ceux auxquels je pensais. A ceux qui m'entouraient, mais aussi aux hommes à venir avec lesquels je me projetais aussi. Ça a été une déclaration très spontanée aux hommes.

« On peut très bien être féministe et aimer les hommes »
Elle était importante pour toi, j'ai l'impression...
Oui c'était magnifique d'avoir cette chanson-là, accompagnant les chansons féministes de cet album. Quand je me suis retrouvée avec beaucoup plus de chansons qu'il n'y en a sur l'album, au moment de faire un choix, de renoncer à certaines, je me suis fait la remarque. Je me suis dit que ce serait important pour les personnes qui écouteraient l'album, de voir qu'on peut très bien être féministe et aimer les hommes. En plus de ça, dans ma vie, je crois que je n'ai rencontré que trois femmes qui détestent les hommes, et qui, en plus, ne prônent pas forcément un féminisme particulier. Ce sont des femmes qui ont été traumatisées par ce qui leur est arrivé, et depuis il y a un petit chemin à faire pour revenir à quelque chose d'un peu plus équilibré. Je crois foncièrement que c'est un vrai mythe les féministes qui détestent les hommes. Au contraire. Je suis convaincue, en tant que féministe, qu'on a besoin des hommes pour réussir nos buts, à savoir l'égalité des droits entre les hommes et les femmes.

Regardez le clip "Facile" de Camélia Jordana :



« Les hommes ne peuvent que sortir gagnants des combats féministes »
Et puis il y a de plus en plus d'hommes qui ont envie que les choses changent aussi.
Je crois que les hommes eux-mêmes seront les grands gagnants de ce combat, dans la mesure où l'idée du féminisme c'est aussi de remettre en question et d'inviter à l'évolution des définitions de la masculinité et de la virilité au sein de notre société. Les hommes ne peuvent que sortir gagnants des combats féministes... Il y aura une perte de certains privilèges, mais ils en sortiront quand même gagnants, c'est certain. Je connais quelques hommes féministes, et d'autres, hommes, personnes non genrées et des femmes aussi, qui commencent à s'interroger sur la masculinité, la virilité et les diktats imposés aux hommes depuis trop longtemps. Surtout chez les jeunes, des gens encore plus jeunes que moi. On vit une époque extraordinaire parce qu'on voit le début d'une vraie grande vague de féminisme, d'interrogations... Une grande évolution de notre société sur les places des unes, des uns et des autres.

Comment tu expliques que tes propos sont souvent accompagnés de polémiques ?
Je pense que c'est lié au fait que je sois une femme, et une femme racisée qui plus est. Que je sois une femme racisée descendante d'Algériens résistants contre la France, qui avant ça se sont battus pour la France. Ça fait un bon petit combo pour les personnes réacs, fachos et racistes. Mais je ne me l'explique pas. J'ai la chance d'avoir commencé ma vie professionnelle quand j'avais 16 ans et donc d'être exposée et considérée comme personnage public depuis mes 16 ans, donc ça fait douze ans. C'est presque la moitié de ma vie. J'ai vraiment appris à vivre avec. Avant, on me critiquait beaucoup sur la manière que j'avais de chanter, sur mon apparence, sur mon physique, sur ma voix, tout ce que je pouvais incarner et représenter. Aujourd'hui, c'est sur ce que je dis. Mais ça ne m'a jamais arrêté dans mes projets, dans la manière que j'ai de mener ma barque et ma carrière. Et c'est certainement pas aujourd'hui que ça va commencer. (Sourire)
Julien GONCALVES
Retrouvez Camélia Jordana sur sa page Facebook officielle.
Ecoutez et/ou téléchargez la discographie de Camélia Jordana sur Pure Charts.
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