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Interview
jeudi 21 novembre 2013 16 :45

Vitaa : "J'ai gagné énormément d'argent mais je ne suis pas une flambeuse"

Après plusieurs années de silence, Vitaa a opéré un comeback tonitruant au mois d'octobre avec le single "Game Over", qu'elle partage avec le rappeur Maître Gims. C'est à présent avec l'album "Ici et maintenant", en bacs cette semaine, que l'artiste R&B va tenter de reconquérir le cœur du public en s'adaptant aux nouveaux moyens de consommation de la musique et à la demande d'un public toujours plus proche de ses idoles. Plus que d'être une artiste, Vitaa est une femme qui ose, mère d'un petit Liham qui a beaucoup inspiré ses nouvelles chansons.
Crédits photo : Renaud Corlouer
Propos recueillis par Jonathan Hamard.

Aux yeux du public, tu es absente depuis un long moment. Pourquoi es-tu restée en retrait si longtemps ?
C'est vrai que mon dernier album est sorti fin 2009. Il a été exploité jusque début 2010. Donc ça fait bien trois ans. J'ai conscience que c'est assez long pour le public. Mais pour moi, ça ne m'a pas paru si long parce que j'ai fait plein de choses. Je me suis mariée. J'ai eu un petit garçon aussi. Donc ça m'a pris beaucoup de temps. Ça a même totalement changé ma vie. Je me suis beaucoup investie dans ce nouveau rôle... Et puis j'avais aussi envie de couper un certain temps avec l'espace médiatique. J'avais besoin d'être dans l'ombre pour me concentrer sur ma famille et pour pouvoir faire un bilan de ma carrière, pour revenir par la suite avec de bonnes chansons. C'était important de faire le point pour savoir se que je voulais faire et ce que je ne voulais pas faire. Mais je n'ai jamais arrêté. J'ai toujours continué d'écrire des chansons chez moi. Et puis, tous les deux mois environ, je prenais une semaine pour maquetter mes titres en studio.

Tu penses que ce rythme peut te permettre de concilier ton rôle de mère et la vie d'artiste sur le long terme ?
Ce qui est important, c'est que j'ai trouvé un équilibre dans cette manière de travailler. J'ai besoin de laisser du temps entre mes albums. Je ne sais pas occuper l'espace médiatique tout le temps. Il y a des artistes qui le font. Moi, j'aime bien revenir quand j'ai quelque chose à dire, de belles chansons à défendre. J'aime être sincère dans mes chansons. Il faut que ça me touche. Souvent, ce que je raconte, ce sont même des histoires que je vis. Donc j'ai besoin de couper les ponts pour vivre de nouvelles choses. Je n'ai pas besoin d'être toujours exposée. Je ne suis pas quelqu'un qui court après la gloire. Je fais ce métier parce que je suis passionnée avant tout. C'est ce que je raconte dans le premier titre de mon album "Ici et maintenant" (sourire).

Le lien avec le public prend une place de plus en plus importante aujourd'hui avec l'essor des réseaux sociaux. Comment tu le gères ?
Ça fait un an que je me suis remise aux réseaux sociaux. Mais c'est vrai que pendant un an et demi j'ai totalement coupé. Ça me manquait beaucoup ! Mon public m'a beaucoup manqué ! Je leur écrivais régulièrement avec ma newsletter ou sur mon forum. Mais je n'étais pas non plus à fond sur mon Twitter. C'est quand je suis rentrée en studio pour enregistrer les versions définitives de mes chansons que j'ai recommencé à dialoguer avec mon public. Aujourd'hui, j'ai un lien quotidien avec lui. Ce qui fait que je suis toute la journée avec eux sur mon téléphone. On se tweete. Je leur demande leur avis sur plein de choses, comme le choix des singles notamment. C'est un lien qui est fort. Et en même temps, j'ai besoin aussi de vivre pleinement ma vie de famille.

« Je suis très angoissée à l'idée de connaître le destin de mon disque »
Tu y arrives ? Tu n'as pas du mal à concilier les deux ?
Parfois, oui. Mais, disons que le fait de devenir maman m'a apporté plus de stabilité dans ma tête. J'ai aussi appris à prendre du recul quand il le fallait avant de faire des choix. Je relativise tout beaucoup plus. Même la veille de la sortie de mon nouvel album, je vis les choses avec plus de détachement. Même si je t'avoue que je suis tout de même très angoissée à l'idée de connaître le destin de mon disque. Je me dis que de toute façon, j'ai tout donné, que c'est fait maintenant...

"Ici et maintenant" est un disque relativement long. On sent que tu avais beaucoup de choses à dire...
C'est ça ! Le fait d'être partie longtemps m'a laissé le temps de beaucoup écrire. Et encore, on avait une vingtaine de titres. On s'est posé la question de savoir s'il fallait en mettre moins ou pas. Pour moi, c'est toujours une déchirure de me séparer de certains titres. J'aime bien fournir aux gens un album de qualité. Je n'aime pas les artistes qui se foutent de la gueule des gens en sortant des disques avec seulement dix titres. J'en vois encore ! Je n'ai personne à citer, mais des projets aussi courts avec des titres d'à peine deux minutes... On sent la contrainte de sortir un album ! Moi je ne sais pas faire ça ! J'ai vécu plein de choses pendant ces trois ans. Je me suis inspirée de ma vie, de mon quotidien, d'histoires qui sont arrivées autour de moi et de mes proches... Bien sûr qu'il y a plein de choses à dire ! (sourire)

Sans jamais se répéter ?
Il m'arrive d'écrire sur des thèmes redondants. C'est vrai qu'avec mon manager, on se bagarre un peu. Il m'explique qu'on ne peut pas raconter dix fois la même chose. Donc on enlève certains titres.

Crédits photo : Renaud Corlouer
Le premier extrait "Game Over" est déjà un tube. Ce n'est pas la facilité d'aller toquer à la porte de Maître Gims, rappeur français numéro un cette année ?
Je comprends que certaines personnes puissent penser ça. Mais Maître Gims a fait d'autres featurings avec d'autres personnes qui n'ont pas été numéros un ! Bien sûr que c'est un artiste très talentueux et je l'ai choisi parce que je trouve que c'est quelqu'un d'extrêmement créatif. Il a une musicalité particulière. C'est un grand chanteur avant tout. Et en même temps, c'est un grand rappeur. Il a une force que personne n'a dans la musique urbaine actuelle. Je voulais vraiment travailler avec lui. Avant même de rentrer en studio pour travailler sur l'album, quand je l'entendais à la radio, j'ai aimé ses mélodies. Je voulais bosser avec lui. Mais lui ne bossait avec personne à l'époque de la Sexion D'Assaut. Donc c'était mort ! On a essentiellement bossé ensemble sur les prods dans un premier temps. Et puis, après, il m'a quand même fait écouter des titres à lui, dont "Game Over", sur lequel il avait posé quatre phrases. Moi je lui ai tout de suite dit que ça pourrait être marrant si je lui répondais. Il a aimé ce que j'ai écrit. Pour moi, c'était une vraie prise de risques de venir avec un titre comme celui-là. Le public n'allait pas m'attendre là et peut-être pas aimé ça.

« J'ai senti une pression monstre pour mon deuxième album »
D'autant plus que pour ton deuxième album "Celle que je vois", tu avais déjà fait ton retour avec un morceau uptempo. Ton public avait été dérouté et n'a finalement pas accroché...
C'est vrai que je n'ai pas rencontré le succès que j'attendais. Et "Game Over" est pour cette raison d'autant plus un vrai risque. J'aime vraiment beaucoup ce titre. Ça fait un an que je l'ai dans les tuyaux. Je l'écoute tout le temps. Dans mon entourage, tout le monde le trouvait super fort. Je me suis dit qu'il ne fallait pas hésiter plus longtemps et revenir avec un titre fort, de façon surprenante. Ça ne sert à rien de faire quinze fois la même chose ! Maître Gims, c'est une valeur sûre. C'est vrai. Mais c'est aussi un artiste qu'on a déjà beaucoup entendu pendant ces deux dernières années. J'aurais aussi pu penser que les gens en auraient marre de lui et que "Game Over" allait passer à la trappe. A un moment donné, je me suis demandée si je n'arrivais pas au mauvais moment. Mais on a créé l'évènement ! Maître Gims m'a toujours dit qu'on serait numéro un avec ce titre.

Regardez le clip de "Game Over" de Vitaa et Maître Gims :



La peur de l'échec, c'est l'un des thèmes qu'on retrouve dans ton nouvel album, sur la piste d'ouverture "Ici et maintenant". Tu chantes : "Si je recule, je me perds". Ca veut dire que tu ne t'es rien interdit ?
Complètement ! Je l'ai écrit comme un premier disque. Je me suis dit qu'on ne m'avait pas entendue pendant longtemps, qu'il fallait y aller franchement. Et c'est plus facile de faire ça sur un troisième album que sur le deuxième, après l'énorme succès de "A fleur de toi". Sincèrement, pour mon deuxième album, j'ai senti une pression monstre. Ça a été difficile ! A l'époque, on a mal abordé la sortie. On m'a calé des dates de sortie qui étaient catastrophiques. Pourtant, pour moi c'était un très bel album. J'ai été très frustrée de sa courte exploitation. C'est pour ça que j'ai pris mon temps. Je n'ai pas voulu commettre les même erreurs. Les featurings, c'en est le reflet. Amel Bent, c'est quelqu'un avec qui j'ai toujours voulu bosser...

« Je ne me suis mis aucune limite »
C'est presque une évidence de vous retrouver ensemble sur un même titre, tant vos univers sont proches...
C'est vrai qu'on a toutes les deux la même culture musicale. On est le même type de chanteuse. On écoute la même musique. Elle a tout de suite accepté. Elle m'a laissé écrire. Elle m'a laissé choisir le son. Tout marchait très bien. Tout s'est fait avec beaucoup de facilité. Ce titre, c'est un peu une performance vocale quand même (sourire) ! Je voulais une histoire de femmes. Je me suis vraiment fait plaisir sur ce featuring. Je ne me suis mis aucune limite.

Dans le titre "J'aimerais te dire", tu expliques qu'un jour on peut être adulé et le lendemain être détesté. Tu parles de ton cas ?
Je n'ai pas le sentiment d'être détestée. J'ai eu le sentiment d'être un peu oubliée plutôt. C'est à dire qu'à un moment donné, il y a eu une nouvelle génération de personnes qui s'est intéressée à la musique. C'est une génération qui est à fond sur les téléphones et qui consomme la musique avec une telle rapidité... C'est nouveau tout ça pour moi ! Il y a quatre ans, ce n'était pas encore comme ça. Aujourd'hui, je me rends compte que la musique électronique prend de plus en plus de place, tout comme les réseaux sociaux. Cette génération-là me connaissait peu en réalité. Avec "Game Over", j'ai attiré leur attention. J'ai été très contente de rencontrer ce public-là. Les gens ont toujours été assez cool avec moi. Moi, je suis auteure, je raconte mes histoires. Il y a eu un moment, c'est vrai, où j'ai été enfermée dans la case chanteuse qui pleure tout le temps, qui est dépressive et qui tape tout le temps sur les mecs (sourire). J'avoue, ça m'a fatiguée. Être dans une case alors qu'il y a plein d'autres choses sur mes albums, c'est la seule chose qui m'a embêtée.

Comment tu abordes cette évolution du marché du disque, avec l'essor du numérique ?
Je suis le mouvement. Mais ça me dépasse ! Je suis encore très fidèle au disque. J'écoute des CD dans ma voiture. Mais le digital, c'est inévitable aujourd'hui. Ça représente une grosse partie des ventes. Donc il ne faut pas le négliger. Je trouve ça dingue la manière dont tout ça évolue. Mais ça a ses avantages. Le public est aujourd'hui en contact direct et permanent avec l'artiste. Aujourd'hui, le net permet de donner du contenu en continu aux gens. Je trouve ça super qu'un artiste puisse balancer, comme ça, depuis son téléphone, une version spéciale de son titre. Ça aide la musique. Ça pousse les gens à en écouter davantage.

Toujours dans la chanson "J'aimerais te dire", tu évoques ton rythme de vie et tu précises qu'aujourd'hui, tu arrives à vivre de ta passion et de l'argent que tu as gagné avec tes premiers succès. Mais c'était il y a plus de cinq ans ! De quoi vis-tu aujourd'hui ?
Parce que je suis auteur-compositeur, et que mon premier album s'est écoulé à plus de 450.000 exemplaires, j'ai gagné énormément d'argent. Je ne vais pas m'en cacher. Je suis quelqu'un de très économe. J'ai fait attention. Je me suis tout de suite acheté une maison. Je ne suis pas une flambeuse. J'ai fait ce qu'il faut pour me mettre à l'abri. Mais comme je le dis dans le morceau, beaucoup de gens pensent que, en tant qu'artiste, parce qu'on passe à la télévision, on gagne des millions. Ils se font des films ! Je suis comme tout le monde. Je suis quelqu'un qui doute. Ça reste aussi un métier. Et puis, je ne suis plus toute seule puisque je suis mariée.

« La plus belle découverte de ma vie, c'est la maternité »
Tu chantes aussi "Je rêve" sans vraiment dire de quoi... Quels sont tes rêves aujourd'hui ?
Je rêve d'une vie calme. J'ai vraiment des ambitions assez modestes. J'aimerais avoir d'autres enfants. La plus belle découverte de ma vie, c'est la maternité. Ça m'a apporté tellement de belles choses... Et puis, cet album, c'était le moyen de combler un inachevé. J'avais besoin de le sortir. J'ai aussi envie de retrouver le public et de monter sur scène.

Crédits photo : Renaud Corlouer
"Ici et maintenant", c'est donc le récit du passage de l'état de femme à celui de mère ?
Complètement ! Je trouve que ça s'entend quand même. Forcément, entre mon premier disque et celui-là, j'ai grandi. Je pense qu'il y a plus de maturité. On sent la métamorphose.

« Peut-être qu'un jour je ne pourrais pas revenir... »
Même si dans tes chansons, les rapports homme/femme sont toujours aussi compliqués... Mais tu ne parles plus du petit-copain ou du mari. Désormais, l'homme est un père...
Je ne raconte pas toujours des histoires qui sont les miennes. Je suis entourée d'amies qui elles aussi se marient et ont des enfants. La plupart des femmes que je côtoie ont envie de se poser et veulent un peu de stabilité pour construire quelque chose. C'est ce que je raconte parce que c'est mon quotidien.

Il est parfois difficile de discerner la frontière entre ce qui concerne ton intimité et ce qui ne te concerne pas directement...
C'est fait exprès (rire) ! "Surmonter ça" par exemple, parce que je pense que tu fais référence à ce titre, ce n'est pas mon histoire justement. Je me suis inspirée de mon entourage. Je suis très sensible.

La chanson "Avant de partir", c'est aussi dire que cet album peut être le dernier et que tu n'es pas maîtresse de ton destin ?
Oui. Je suis une artiste et comme beaucoup d'autres, je pense qu'on traverse des moments de doute où on se demande combien de temps encore on aura la chance de pouvoir faire ce métier. Est-ce que je vais continuer jusqu'à ce qu'on me mette dehors ou est-ce que je partirais avant qu'on me le demande ? Ça m'arrive d'y penser. Et puis, le fait de vouloir agrandir ma famille me contraint aussi à faire des longues pauses entre mes albums. Peut-être qu'un jour je ne pourrais pas revenir...
Jonathan HAMARD
Pour en savoir plus, visitez le site officiel de vitaa ou sa page Facebook.
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