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Interview
samedi 15 mai 2021 12:42

Rag'n'Bone Man en interview : "Un musicien doit s'ouvrir et poser son coeur sur la table"

Quatre ans après avoir fait chavirer le monde entier avec "Human", Rag'n'Bone Man signe un très beau retour avec son deuxième album ''Life By Misadventure''. Devenu papa d'un petit garçon, le chanteur britannique explique au micro de Pure Charts en quoi ce disque enregistré à Nashville est le témoin de son évolution artistique et personnelle.
Crédits photo : Columbia
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Nous venons de traverser une année éprouvante avec la crise sanitaire mondiale. Comment l'as-tu vécue, à titre personnel ?
Ça a été l'année la plus étrange de nos vies. Quand ça nous est tombé dessus, nous étions dans le Tennessee. Nous sommes partis aux États-Unis pour enregistrer l'album aux alentours de février et mars. Nous n'avions pas très bien saisi la dangerosité de ce qui était en train de se produire. Au début, personne ne savait de quoi il était réellement question avec ce virus, plein de questions restaient en suspens. On s'est retrouvé bloqués là-bas. Alors finalement, on a décidé de rester sur place, terminer le disque et seulement après de revenir chez nous, au Royaume-Uni. Quand on est revenus, la gravité de cette pandémie nous a sautés au visage de manière assez violente. L'impact a été direct sur mon métier parce que j'ai dû annuler mes concerts. J'avais des festivals déjà programmés pour l'été tout entier. C'était frustrant, bien sûr, parce que je me suis demandé ce que j'allais bien pouvoir faire sans monter sur scène. C'était dur à encaisser. Toutefois, à regarder le bon côté des choses, j'ai réalisé que j'allais pouvoir passer toutes les vacances avec mon fils. Jusque là, je n'avais jamais pu passer un vrai été à ses côtés parce que je fais des festivals depuis sept ans maintenant. (Sourire) J'ai donc pu passer de très bons moments avec mon fils. Comme il n'a que trois ans, il n'est pas encore à l'école alors on s'est beaucoup amusés. Malgré le chaos qui s'est emparé du monde, je me suis fait des souvenirs précieux.

« Le monde a besoin de musique en ce moment »
Tu passais tes journées à jouer les papas poules ?
Il allait quand même à la garderie quelques jours. J'ai eu du temps pour moi aussi, heureusement. (Rires) Il adore aller dehors, marcher dans la forêt et se promener avec les chiens. J'ai trouvé de quoi l'occuper !

Tu sors l'album ''Life By Misadventure'' dans un contexte encore délicat pour l'industrie de la musique. Quel est ton sentiment ?
C'est certain que le timing n'est pas idéal, ce n'est pas le meilleur des scénarios. J'aurais pu attendre six mois de plus, mais à quoi bon ? On ne sait pas combien de temps cette crise va durer. Les gens ont besoin de musique, mec. Le monde en a besoin. Même si mes chansons n'ont pas été écrites dans le contexte de la pandémie, j'ai le sentiment qu'elles peuvent résonner dans le coeur des gens et les aider à guérir. C'est ce que j'espère, en tout cas. Écrire certains de ces titres m'a déjà aidé moi quand je me sentais seul ou effrayé. Si la musique peut jouer un pouvoir de guérison, alors c'est super.



« Les gens veulent juste prendre des selfies. Parfois, ils ne te parlent même pas ! »

Tu as connu un succès considérable avec ton premier single "Human", qui a permis à ton premier album de s'écouler par millions et de remporter trois BRIT Awards. Tu es pratiquement devenu célèbre du jour au lendemain. Ce fut facile de t'accommoder au succès ?
Il y a du bon et du mauvais mais si je suis tout à fait honnête, les bons côtés éclipsent les mauvais. La seule chose que j'ai trouvé réellement difficile à appréhender, c'est de participer à des événements mondains comme des tapis rouges. (Rires) Je ne suis pas toujours très à l'aise quand les gens me reconnaissent dans la rue. Ça peut être très sympa quand on vient me voir pour me dire "J'aime beaucoup ta musique" et qu'on démarre une conversation agréable. Mais nous vivons à une époque où les gens veulent juste prendre des selfies. Parfois, ils ne te parlent même pas ! Ce n'est pas super plaisant. Il y a des fois où j'aimerais préserver mon espace personnel et que personne ne vienne empiéter dessus, notamment lorsque je suis avec mon fils ou en famille. C'est dur de dire 'non' mais parfois, il le faut. Parce que j'ai le devoir de protéger l'innocence de mon enfant. A part ça, ce n'est que du bonheur. Je ne peux pas trop me plaindre.

Au regard de ce que tu as accompli avec ton premier album, avais-tu la pression pour celui-ci ?
Un deuxième album est toujours difficile. Il y aura toujours une certaine pression, parce que tu n'as pas envie de présenter un travail qui soit trop similaire. Surtout si tu as eu un succès ! Personne n'a envie d'entendre deux albums identiques. Ce n'est pas intéressant. J'ai dû me fixer des limites pour créer quelque chose dont je sois fier. Une fois que la direction était bien définie, j'étais plutôt serein.

« Personne n'a envie d'entendre deux albums identiques »
J'ai entendu dire que tu avais jeté l'équivalent de la moitié d'un album à la poubelle parce que tu n'étais pas satisfait ?
C'est vrai ! Au début, j'étais très focalisé sur le son plutôt que les chansons. Elles sonnaient bien mais elle n'étaient pas assez bonnes. Je me suis efforcé de revenir à l'essentiel, de dépouiller au maximum les arrangements pour ne pas me cacher derrière. Il n'y a nulle part où se cacher quand on propose une mélodie très sobre. Les chansons sont toujours la clé.

On entend nettement ce côté dépouillé à travers les interludes, très blues. Il y a même une chanson enregistrée dans ton garage !
C'était mon objectif : proposer des morceaux très différents tout en gardant cette dimension simple. Je pense qu'aucun single ne ressemblera à un autre ! J'avais cette liberté-là donc autant la mettre à profit.

Enregistrer ces chansons à Nashville, le berceau de la musique country, était un rêve ?
J'ai commencé à les écrire ici au Royaume-Uni. Et puis je suis arrivé à un point où je n'étais plus inspiré. J'avais besoin d'un changement et Nashville représentait à mes yeux la meilleure des possibilités. Je voulais me montrer le plus ouvert et honnête possible sur cet album. Là-bas, j'ai appris une autre façon d'écrire. Pour dire simple, il y a plus de place à l'authenticité. A Nashville, j'ai eu l'impression que je pouvais être ami avec tout le monde. Tu sais quand tu es en studio, c'est très délicat d'écrire une chanson intime avec des gens que tu viens à peine de rencontrer. Il faut s'ouvrir, poser son coeur sur la table. Les auteurs avec qui j'ai travaillé m'ont fait me sentir à la maison. J'en garde un excellent souvenir.

« Devenir père est la meilleure chose qui me soit arrivé »
Tu parlais tout à l'heure de ta paternité, qui est un thème central dans cette collection de nouveaux titres. De quelle façon devenir père a changé ta musique ?
Pas seulement ma musique. Ça a complètement changé ma vie et m'a permis de devenir une meilleure personne. C'est la meilleure chose qui me soit jamais arrivé. Je suis devenu moins égoïste. Il le faut bien. (Rires) Je me suis autorisé à être plus honnête envers moi-même et par ricochets, je me suis autorisé à l'être davantage dans mes chansons. Je n'ai pas cherché à utiliser des métaphores compliquées pour dire des choses que les gens ne saisiront pas. Je voulais que ce soit clair et limpide dès la première écoute, qu'on sache de quoi je parle instantanément. Ça réclame de se mettre à nu.

Quel est le fil conducteur de ce disque ?
Ma propre histoire. C'est vrai que je parle beaucoup de paternité mais je parle aussi de grandir, d'acquérir des responsabilités. Il y a des chansons comme "Fireflies" où je m'adresse à moi-même enfant, pour évoquer les leçons que j'aurais aimé apprendre plus tôt. Je chante aussi ma peur du futur. Au-delà de la pandémie, nous vivons dans un monde complètement chaotique. C'est presque effrayant de mettre au monde un enfant de nos jours. Alors en chanson, j'essaie de donner à mon fils le courage d'être lui-même.

Regardez "Anywhere Away From Here" de Rag'n'Bone Man et Pink :



« Pink est une maman passionnée »
Tu partages le superbe duo "Anywhere Away From Here" avec Pink. En tant que musiciens et personnes, que partagez-vous en commun ?
On peut dire que c'est une maman très passionnée. De la façon dont je l'ai entendue parler, j'ai compris que c'est quelqu'un qui n'a peur de rien et qui est prêt à tout pour ses enfants. On a ce trait-là en commun. J'ai senti aussi sa passion pour la musique quand elle se met à chanter. Monter sur scène et prendre le micro est ce que je préfère au monde. Elle aussi.

Vous vous connaissiez avant cette chanson ?
Oui. On s'était rencontrés à Paris, d'ailleurs ! En 2017, pour un concert organisé avec NRJ dans la salle de l'Élysée-Montmartre. Ensuite on s'est recroisés aux BRIT Awards en 2019. C'est là que j'ai planté la graine. (Sourire) Dans les coulisses de la cérémonie, je lui ai dit "On devrait travailler ensemble un jour" et puis deux ans plus tard, on y est parvenu.

Tu as collaboré avec de nombreux artistes comme Gorillaz, Calvin Harris ou Zucchero. Qui d'autre figure sur ta liste d'envies ?
Ce serait incroyable de travailler avec quelqu'un comme Thom York de Radiohead. Pas forcément pour un duo, hein ! Je serais déjà très honoré d'être dans la même pièce que lui quand il fait sa magie. C'est un de mes grands héros dans la musique.

Dans le clip du single "All You Ever Wanted", tu abordes des sujets forts comme l'injustice sociale ou la société de l'hyperconsommation. Ça te tenait à coeur ?
Ce sont des questions qui ont de l'importance à mes yeux. La chanson est née de la frustration de voir tous les établissements du quartier où j'ai grandi, à Uckfield, fermer les uns après les autres. J'ai le sentiment qu'on devrait faire plus pour protéger nos lieux de culture. Il semble que notre gouvernement n'ait pas l'air de s'intéresser beaucoup aux arts. Et malheureusement, les petites salles de spectacles disparaissent jour après jour. C'est triste, parce que ça empêche de jeunes groupes de se faire les dents et se faire connaître. A mon sens, nous devrions préserver ces établissements.

« Paris est comme ma maison »
Tu es sorti du silence récemment pour dénoncer les problèmes de visas que les musiciens britanniques risquent de rencontrer dans le futur à cause du Brexit. As-tu peur de ne plus pouvoir faire de tournées en Europe ?
A mon échelle, ce sera sans doute plus compliqué mais faisable. J'ai surtout peur de l'impact sur les plus petits artistes. Lorsque tu fais tes premiers concerts, tu ne gagnes pas grand-chose financièrement mais tu peux te débrouiller pour équilibrer les comptes. Voyager dans un van et sillonner les routes est un exercice suffisamment difficile en soi. Pas besoin de rajouter des obstacles. Comment vont faire les petits groupes pour subsister avec ça ? C'est triste, vraiment.

Tu envisages quand même de venir en France pour ta prochaine tournée ?
Bien sûr ! Je viendrai vous voir, à 100%. Tu sais, la France est un pays où il est très difficile de percer quand on est un artiste étranger. C'est plus difficile que n'importe quel autre endroit en Europe. Je ne sais pas pourquoi mais la France semble m'avoir adopté. Je me souviens que je n'arrêtais pas de faire des allers et retours pendant la promotion du premier album, j'ai fait des tas de plateaux radio, des tas d'émissions télévisées. Et tout d'un coup, ça a pris. Mon premier concert, je l'ai fait dans une toute petite salle où il n'y avait même pas 100 personnes. Quand je suis revenu, j'étais tête d'affiche au Zénith ! C'était dingue et super gratifiant de voir que nos efforts ont payé. J'ai passé énormément de temps dans votre pays. Paris est comme ma maison, maintenant.

Regardez "All You Ever Wanted" de Rag'n'Bone Man :


Retrouvez Rag'n'Bone Man sur son site officiel et sa page Facebook.
Yohann RUELLE

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