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Interview
dimanche 01 novembre 2020 12:22

Petit Biscuit en interview : "Je ne me sens jamais légitime d'être un artiste"

Quatre ans après le tube "Sunset Lover", Petit Biscuit vient rythmer l'automne avec son deuxième album "Parachute". L'artiste se confie à Pure Charts sur ses nouvelles chansons, sa collaboration avec Diplo, sa vision du monde de l'électro et son succès... dans les stories Instagram.
Crédits photo : Jonathan Bertin
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Trois ans ont passé depuis ton premier album "Présence" : c'est important pour toi de prendre son temps ?
Ce n'est pas comme s'il ne s'était rien passé en trois ans (sourire). Limite, j'ai l'impression de ne pas avoir fait de pause en trois ans. Il y a eu énormément de concerts jusqu'à fin 2018 et j'étais vraiment crevé. J'ai commencé la tournée début 2016 et je ne me suis pas arrêté pendant plus de deux ans. Je voulais faire le deuxième album dans des conditions différentes. Je m'étais rendu compte que j'avais fait des tournées mondiales, mais sans vraiment voyager. C'était plutôt des flashs : je passais mon temps dans les aéroports ou les greenrooms de salles de concerts en attendant de jouer. C'est un peu particulier comme schéma. Je me suis dit que pour la création de l'album j'allais partir dans deux endroits et j'ai choisi l'Islande et les Etats-Unis. L'Islande, je rêvais d'y aller depuis que je suis enfant. Je voulais expérimenter deux mois là-bas en m'enfermant dans un petit village d'une centaine d'habitants. J'étais vraiment immergé dans la culture locale. Les Etats-Unis, j'y suis allé pour la tournée, mais jamais pour y vivre pendant deux mois et c'était complètement différent. J'ai fait des road-trips, dans des déserts ou des montagnes. Je pense que j'ai fait 80% de l'album là-bas.

Regardez le clip de "Drivin Thru The Night" :


« Je n'ai plus envie de prouver quoi que ce soit aujourd'hui »
Tu te sens attendu au tournant avec ce deuxième album ?
Pas vraiment... Le contexte est un peu bizarre parce que normalement, il y a beaucoup de promo, je me déplace pas mal... Là, je reste chez moi et je passe beaucoup de temps à faire du son. Normalement, j'enchaînais mais là, ça reste plus tranquille donc il n'y a pas beaucoup de pression. Avant, je ressentais pas mal de pression car je voulais prouver pas mal de choses et maintenant, je n'ai plus envie de prouver quoi que ce soit. Aujourd'hui, ce qui m'excite est de savoir ce que les gens en pensent, que ce soit positif ou négatif. Ça fait longtemps que je prépare cet album, un an et demi, et il est très différent. Je n'ai pas eu envie de faire la même chose que sur le premier (sourire).

L'album s'appelle "Parachute", sur la pochette tu es en habits de parachutiste... Pourquoi avoir pris cette image ?
C'est le sujet de l'album, toute la réflexion que j'ai eu pour l'univers visuel. Quand je suis rentré de tournée, j'étais malade pendant 15 jours. Je me suis posé pas mal de questions car j'avais pas mal forcé sur la tournée. J'avais mis mon cerveau en off pendant deux ans, comme si j'exécutais sans me poser de questions. J'ai commencé à me pencher sur moi-même et mes émotions. J'ai beaucoup accumulé de pression mais sans jamais m'énerver et, justement, cette accumulation m'a épuisé. C'est pour ça que je suis parti en voyage, je voulais voir ces pays, mais je voulais fuir cette pression parce que ça faisait presque quatre ans que c'était non-stop. Je ne me sens jamais légitime d'être artiste également. Il y a plein de choses qui ont fait que j'avais besoin de souffler et de prendre de la hauteur.

« Je voulais fuir cette pression, après 4 ans non-stop »
Les visuels sont importants pour toi ?
Au début je voulais des choses un peu fictives, mais ça ne marchait pas. "Parachute" c'est vraiment ce symbole de prendre de la hauteur et la chanson-titre, c'est à partir de là qu'a découlé le nom de l'album et toute la direction artistique. Ça me paraissait plus logique d'avoir quelque chose de réel plutôt que de repartir sur quelque chose de fictif comme c'était le cas sur "Présence".

Tu chantes toi-même sur les morceaux, ce qui est finalement assez rare dans le milieu de l'électro...
C'est quelque chose que j'ai toujours aimé faire. Avant, je n'étais pas forcément bon, mais maintenant je m'améliore. J'ai pris suffisamment confiance pour faire écouter ça aux gens de mon équipe qui ont adoré, je me suis entraîné. Mais, honnêtement, je ne pense pas que ce soit sur cet album que je dévoile le plus ma signature. Je le trouve déjà suffisamment intéressant au niveau des toplines et des mélodies, et j'ai voulu incarner la pochette et les sons. Le meilleur moyen d'incarner le son est de chanter dessus. Il y a une dynamique dans ma voix qu'on ne trouve pas dans les instrus. Je prends de plus en plus de plaisir à utiliser ma voix et à écrire. C'est plus un kiff qu'une vraie décision.

« J'ai pris suffisamment confiance pour chanter moi-même »
C'est un album très court avec 9 titres, à l'heure du streaming où les albums dépassent les 20 morceaux. Pourquoi ce contre-pied ?
Je ne voulais pas d'un album à rallonge. Je sais que les gens veulent beaucoup de sons en très peu de temps ou avoir directement tout en main, mais je préfère prendre mon temps. S'il y a des sons qui ne sont pas sur cet album, c'est qu'ils ne sont pas finis et qu'ils ne correspondaient pas forcément à l'atmosphère. Je suis content de la tracklist et je n'aurais rien rajouté en plus car l'histoire est bien racontée sur ces 9 titres. Et puis ce n'est pas indigeste, alors que je trouve qu'il y a des albums de 15-20 titres qui sont vraiment indigestes à l'écoute. Ce sont juste des mixtapes pour moi, on a voulu balancer plein de sons comme ça. Moi, je suis à l'aise avec l'idée de faire des sons, de les finir mais de ne même pas les sortir. Je préfère faire des sons qui s'intègrent bien au format album. Pas mal de gens sont encore très attachés au format album et je sais que je vais avoir des réflexions parce que c'est un 9-titres. Je me fous du format, je veux que ce soit concis, digeste et qu'il y ait suffisamment de couleurs différentes.

Ecoutez "Burnin" de Petit Biscuit :


« Avec Diplo, on a pris beaucoup de libertés »
Il a un côté très estival sur des chansons comme "Drivin' Thru the Night" ou "Burnin". Le sortir en novembre est une façon de prolonger l'été ?
Je t'avoue que c'est vraiment un concours de circonstance parce que l'album a pris plus de temps que prévu pour être fini. Cette histoire de Covid a fait que je me suis posé plein de questions pour la suite, vu que je ne savais pas quand le sortir. J'ai finalement vu ça comme une aubaine car j'ai profité du confinement pour peaufiner les derniers détails de l'album. Le sortir fin octobre, c'était une bonne date. J'ai pu me reposer et prendre du temps pour le finir, c'est la première fois que ce n'est pas la course pour finir un projet.

Dans la chanson "Take Cover", tu chantes "We're living in a wartime" ou "what can I do to survive?" : est-ce une réaction à l'époque actuelle ?
"Take Cover" parle de la guerre en général, pas d'une en particulier. J'avais envie de parler de ce sujet, on est quand même dans un monde occidental où on ignore ce qu'il se passe hier. Je voulais parler de ça à ma manière, un peu de façon touchante pas de façon héroïque ou épique. Je voulais me mettre dans la peau d'un civil un peu survivant.

« Mes revenus viennent plus du streaming, moins des concerts »
Tu collabores avec Diplo sur "Pick Your Battles" : comment ça s'est passé ?
Je ne m'y attendais pas du tout ! Quand j'étais en Islande, il m'a envoyé un message sur Instagram pour me dire qu'il aimerait bien travailler avec moi et qu'il voulait qu'on se voit quand je viendrais aux Etats-Unis, ce qui tombait bien parce que j'avais prévu d'y passer deux mois. C'était un gros concours de circonstance ! On est allé chez lui pour s'occuper des démos et de partir d'un son de guitare un peu tribal. On a expérimenté plein de sons de différents. On a fini la collab' en s'envoyant plusieurs mails avec des versions différentes et il est venu à Paris juste avant le confinement pour qu'on finisse le morceau. C'est un morceau assez inattendu car Diplo et moi, nous avons deux typologies d'artistes bien différents. Ça prouve que même des gens avec une longue carrière peuvent encore s'intéresser à ce qui se fait de nouveau. Au début, je pensais que ça allait être un peu plus formaté, parce que c'est Diplo, mais au final c'est une superbe composition. On a pris beaucoup de libertés et ça sonne comme j'en avais envie.

Quelle serait ta collaboration rêvée ?
Je ne pose jamais vraiment la question... Pour moi, les featurings, c'est vraiment une histoire de circonstance, je trouve ça beaucoup trop naturel. En ce moment, je te dirais James Blake car il m'a inspiré depuis longtemps et encore plus aujourd'hui.

Ecoutez "Pick Your Battles" de Petit Biscuit et Diplo :


« Beaucoup de potes lâchent la musique, ça me rend triste »
Dans le milieu électro, beaucoup d'artistes cartonnent via les singles et moins avec des albums : est-ce dur de faire vivre des albums dans le milieu ?
Honnêtement, je pense que c'est assez dur, mais pas que dans le milieu de l'électro. Dans tous les styles, c'est difficile de faire un album aujourd'hui. Les gens veulent consommer énormément et ils n'ont pas le temps de se poser pour écouter les choses. Avant, on achetait les albums, on les écoutait en boucle, il y a des sons qu'on n'aimait pas mais on les réécoutait... C'était un vrai processus, ça avait plus de valeur qu'aujourd'hui. Maintenant, quand tu écoutes un album, tu écoutes les 5-10 premières secondes d'un titre, tu zappes un peu au milieu, tu regardes si ça te plaît ou pas... Tout va très vite. Avant la durée de vie d'un album c'était sur un ou deux ans, maintenant c'est trois mois ! Il y aura certains qui y arriveront car ils le défendent partout, ils font beaucoup de promo, mais pour les albums un peu plus indépendants, c'est une durée de vie plus courte.

On a beaucoup entendu des artistes tels que M. Pokora ou Clara Luciani poussant des coups de gueule face à la reprise des concerts, mais moins des artistes électro. Quel est ton point de vue ?
Je vois beaucoup de potes autour de moi qui lâchent la musique et qui doivent aller chercher du boulot autre part, ça me rend triste. Même les gens qui bossent avec moi, comme mon ingé son ou mon régisseur, ça les affecte et ça les a bouleversé. J'ai eu énormément de chance car mes revenus principaux viennent du streaming et moins des concerts, mais c'est le cas que pour très peu d'artistes. La majorité vivent quand même de la tournée, c'est ce qui est le plus rentable aujourd'hui. C'est ultra-problématique. Après, personnellement, je ne sais pas vraiment quoi en penser car c'est quelque chose de sérieux, les gens en meurent, mais à côté, les gens prennent un coup psychologique à cause de tout ce qu'il y a autour. Moi je ne vis pas forcément très bien cette période bizarre, surtout quand on a tendance à bouger énormément. Des fois, je repense à la période d'avant avec beaucoup de nostalgie. Mais j'ai un peu peur pour le futur car on sait pas du tout à quoi s'attendre. Il y a les festivals mais aussi les salles de spectacle : est-ce que ça ne va pas concentrer la vente de billets vers des artistes plus gros au détriment des indépendants ? Je me pose plein de questions et c'est le temps qui nous le dira.

Souvenez-vous de "Sunset Lover" :


« Les gens connaissent "Sunset Lover" mais moins Petit Biscuit »
Ton tube "Sunset Lover" a résonné tout l'été dans les stories sur Instagram : qu'est-ce que ça te fait ?
Ce n'est pas la première fois que c'est le cas. Mais c'est dingue parce que chaque été, le titre remonte dans les charts grâce aux stories Instagram. Il y a des gens que ça fait chier, moi ça me va (rires). C'est ouf de voir que le son perdure au fil du temps et se réveille un peu chaque été. C'est drôle et tant mieux, c'est un truc de fou. Si ça fait ça encore quelques années, ça voudra dire que le titre est intemporel. Je l'ai sorti il y a 5 ans et l'été, il continue à revivre.

Ça t'es déjà arrivé d'ouvrir les stories Insta de tes abonnés et de tomber dessus ?
En fait, ce sont plus mes potes qui m'envoient les stories de stars qui utilisent "Sunset Lover". Rosalia ou Kim Kardashian dernièrement. Ça me fait marrer. En vrai, il n'y a pas beaucoup de gens qui connaissent Petit Biscuit mais plus qui connaissent "Sunset Lover". Avant j'avais un peu de mal avec le son, mais tu demandes à n'importe quel artiste, il te repondéra ça. Les gens ne te voient que par ça, t'as l'impression que ton nom d'artiste c'est "Sunset Lover". J'ai fini par considérer que "Sunset Lover" c'est un projet à part, un univers à part. Je pense pas qu'un jour dans ma vie, je ferais quelque chose d'aussi gros, mais ce n'est pas le but. Ça marche beaucoup en streaming et ça me permet d'être financièrement de pouvoir réinvestir mon argent dans des clips ou des vrais projets artistiques. L'air de rien, ce son m'a permis d'être artiste à plein temps.
Théau BERTHELOT
Retrouvez Petit Biscuit sur son site officiel et sa page Facebook.
Écoutez et/ou téléchargez les titres de Petit Biscuit sur Pure Charts !

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