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Interview
dimanche 20 février 2022 13:00

Metronomy en interview : "Le confinement m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses"

Metronomy est de retour avec un septième album pour le moins étonnant. Entièrement conçu durant le confinement, "Small World" est un disque plus calme, plus folk et moins pop que ses prédécesseurs. En interview pour Pure Charts, le chanteur et tête pensante du groupe Joseph Mount nous en livre les secrets de fabrication.
Crédits photo : Hazel Gaskin
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Vous avez l'habitude de gérer en solitaire la conception des albums de Metronomy. Le fait d'avoir fait celui-ci en confinement a-t-il un peu plus changé la donne ?
Si vous m'aviez demandé ça il y a un ou deux ans, j'aurais répondu que ce serait sympa de se revoir avec le groupe pour travailler en studio. Mais bien sûr, au final je me suis retrouvé tout seul. Ça a été comme si c'était quelque chose à laquelle je voulais échapper et je me suis rendu compte que je devais le faire tout seul. Ça fait partie de ce qui rend Metronomy unique. Mais j'ai essayé de faire sonner l'album comme s'il n'avait pas été fait par qu'une seule personne. J'aurais pu faire un album de chansons tristes au piano, mais j'ai essayé de faire sonner le tout comme quelque chose de plus imposant.

Vous vous apprêtiez à repartir en tournée quand le confinement a débuté. Le fait de ne pas pouvoir faire des concerts ou de voir des gens, ça a joué aussi dans la conception de l'album et dans les thématiques ?
Pas vraiment... En fait, quand on est entré en confinement, on venait tout juste de finir notre tournée américaine. On était en tournée depuis un an en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud donc on n'a pas senti qu'on nous coupait l'herbe sous le pied, contrairement à d'autres. Nous n'étions pas au début ou au milieu d'un projet mais plutôt vers la fin. Et ça voulait dire qu'on était fin prêts à refaire un album... Tout était mis sur pause, j'étais chez moi et je me suis rendu compte qu'on n'allait pas pouvoir tourner, donc je me suis reposé pendant six mois. J'ai apprécié le fait de ne rien faire pendant six mois. Et quand je me suis dit "Bon allez, maintenant refaisons de la musique", je le faisais sans savoir quand tout allait pouvoir reprendre. J'ai donc fait un album qui est assez auto-satisfait, je ne l'ai pas fait en imaginant qu'on allait le jouer sur scène, je l'ai plutôt fait comme s'il n'allait plus rien se passer du tout. C'était une expérience encore plus isolante.

« C'est plus direct dans ce que je fais »
Dans notre précédente interview, vous nous aviez dit que "Metronomy Forever" était une sorte de best of qui pouvait conclure une ère de Metronomy. "Small World" semble donc en ouvrir une nouvelle ?
Je pense oui ! C'est plus direct dans ce que je fais. Pendant longtemps, parce que j'avais beaucoup d'intérêts et de choses que je voulais faire, tout se retrouvait sur les albums de Metronomy. Et je pense que maintenant, j'aime l'idée de grandir à travers le prochain chapitre de Metronomy. L'EP "Possee" que j'ai sorti cette année [l'interview a été réalisée en novembre 2021, ndlr], c'était la meilleure façon de compartimenter tout ce que je fais, afin de garder l'esprit des chansons qui rappellent aux gens le Metronomy de "Nights Out". C'est une bonne façon de faire car je suis une personne différente aujourd'hui, différente de qui j'étais, et j'aime l'idée d'amener Metronomy à un autre niveau de carrière, de la même façon que peuvent le faire certains artistes.

D'où le titre introductif "Life & Death", qui peut sonner comme si c'était une renaissance ?
Cette chanson est probablement assez explicite, sur la mort des gens. J'ai commencé à écrire ça en pensant à la situation dans laquelle nous étions tous. Mais le problème avec les chansons et les gens qui essaient d'évoquer des problématiques qui les dépassent, c'est que ça reste toujours la voix d'une seule personne. Donc oui, c'est plutôt une réflexion sur ma position dans le monde, mais maintenant je trouve que c'est mieux d'y penser de ce côté carrière d'un groupe. (Sourire)

Regardez le clip "It's Good To Be Back" :


« J'ai fait cet album sans savoir quand tout allait reprendre »
A l'écoute, j'ai l'impression d'avoir entendu votre album le plus intime et le plus personnel...
Ça l'est et je voulais que ça le soit ! La chose que je n'aime pas dans ce que je fais, c'est que j'aime quand les autres artistes chantent et que tu les entends vraiment. J'ai toujours écrit des chansons comme si c'était des histoires. J'ai senti que je faisais un album maintenant, qui parle du temps présent. Et je ne pouvais pas écrire n'importe quoi, je devais prendre ça vraiment au sérieux, être assez respectueux envers soi-même tout en étant plus ouvert.

En un sens, il me rappelle "Pip Payne" ou "Summer '08" qui avaient un côté plus "album solo de Joseph Mount" que "album de Metronomy en tant que groupe"...
Ce n'était pas vraiment ce que je voulais faire, mais ça a fini par le devenir à cause de la façon dont je l'ai fait. C'est peut-être aussi à cause de la façon dont les gens perçoivent Metronomy : est-ce que c'est un groupe ? Est-ce que c'est seulement moi ? Et je suppose que c'est la grande différence, car quand tu commences à écrire des choses très personnelles, ça ressemble davantage à un album solo. C'est comme si on mettait le focus sur une seule personne. C'est vraiment parce qu'il a été fait de cette façon qu'on peut le voir comme un album plus intime.

Vous pensez qu'il aurait vu le jour de cette façon si on n'avait pas vécu tout cela ?
Je pense qu'il sonnerait de la même façon mais les chansons seraient différentes. Je savais que je voulais faire un album qui sonne plus acoustique. Mais c'était impossible de ne pas être affecté par tout ce qu'il s'est passé en même temps.

« Le confinement, c'était une expérience très compliquée »
Du coup, n'est-ce pas bizarre pour les autres membres du groupe ? Ils s'y retrouvent dans vos thématiques plutôt personnelles ?
Peut-être... La meilleure chose qui se soit produite ces deux dernières années, si jamais il y en a une, c'est que chaque personne dans le monde a fait l'expérience de la même chose. Même si les chansons que j'ai écrites sont évidemment reliées à ce que je ressens, je pense que tu peux avoir une certaine compassion pour les autres, pour ce qu'ils ont fait durant tout ce temps. Tu ne peux pas leur demander parce qu'ils ne sont pas là mais je pense qu'ils peuvent s'y retrouver. Je sais qu'Anna ou Oscar n'ont pas d'enfants, donc c'est assez différent, donc ils ont peut-être été contrariés par le fait que les chansons soient basées sur ma vie de famille. (Rires)

L'album est très étonnant car il est plus calme que les précédents, et avec une orientation plus "folk". Pourquoi ce choix ?
En un sens, ça fait partie de mon passé. Je suis passé par une période de ma vie où je suis sorti avec une personne qui était vraiment obsédée par ce genre de musique. Pendant toute une époque, j'ai écouté beaucoup de groupes folk ou d'americana, des gens comme Cat Power, Nick Cave, Herman Dune... Une musique qui est très très sérieuse. Et la musicalité que j'aime bien se retrouve dans ce genre folk. Donc j'ai vraiment aimé cette musicalité et, avant la pandémie, j'ai pensé que ce serait sympa de faire un album qui puisse sonner de cette façon, qui ait ce côté "vraie musique". Il y a pas mal de temps, j'ai entendu à la radio un titre de Big Thief... (Il réfléchit) Je ne me rappelle plus du titre. Et c'est là que je me suis rendu compte d'une chose : Big Thief n'est pas un groupe très fun, ils ont un côté très sérieux. (Rires) A la fois, je trouvais ça bien, mais je trouvais aussi ça un peu triste. Je me disais : "Vous n'avez pas besoin d'être ce genre de personne". Et puis, je voulais aussi me faire plaisir !

Ecoutez "Love Factory" :


« Tous les albums récents sont affectés par ce qu'on a vécu »
Vous dites avoir voulu éviter de faire un album "consacré à la pandémie" mais certaines chansons ("I've Lost My Mind") et certaines ambiances y font pourtant penser... C'était inévitable ?
Ça l'était vraiment. Et tu te rends compte que tous les albums qui sortent maintenant, et qui ont été faits ces deux dernières années, sont affectés, d'une manière ou d'une autre, par ce qu'on a vécu. Je n'ai pas écrit directement des chansons sur ce qu'il se passait mais plutôt des chansons qui venaient de ce que je ressentais pendant tout ce temps. Car toute cette expérience m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses, ça m'a appris des choses sur moi-même, sur le monde qui m'entoure... Donc ce n'est pas un album sur le coronavirus à proprement parler, mais plus un album sur tout ce qui se passe autour !

C'est un album qui est empreint d'une certaine dualité : sur les titres ou dans les thématiques, il y a à la fois un côté pessimiste et tout de même une forme d'espoir sous-jacent. Ces sentiments différents, vous les avez tous ressentis durant le confinement ?
Oui ! Je pense que sincèrement, c'était une expérience très compliquée et ça l'est toujours ! Le fait d'être avec ma fiancée et mes deux enfants aurait pu me faire dire que j'avais tout ce que je voulais. Mais je me suis rendu compte que je n'étais pas avec mes parents alors que j'avais besoin de les voir. Tout comme ma soeur... Je pense que c'est un mélange de tout ça, de la façon dont cette période m'a affecté, moi et mes parents. Leur expérience était encore pire que la mienne. Moi j'avais ma famille mais eux n'avaient pas la leur. En tous cas, cette expérience a été très révélatrice, ça a révélé la façon dont on pouvait fonctionner en tant que famille, la façon dont la société s'entraidait, la façon dont les gouvernements faisaient pour protéger ou non leur population. Pour la première fois de ma vie, je me suis dit "Wow, tout n'est qu'illusion". Tout est génial jusqu'à ce qu'il y ait une pandémie qui révèle le meilleur et le pire en chacun de nous.

L'image de la famille est aussi importante : la pochette a été réalisée par votre père sur la base d'une photo de votre mère. Il y a là l'idée d'une transmission ?
Je pense ! D'un côté, tu peux penser à ce que tu as fait et penser que c'est une chose assez insignifiante. Chacun peut se dire ça. Tu peux avoir une certaine fierté du fait que tu ce que tu as fait a un sens dans ton propre champ de vision. Tu peux ne pas aimer un artiste ou un groupe mais s'ils croient en ce qu'ils font et s'ils sentent qu'il y a une certaine valeur dans l'idée de la transmission, tu ne peux pas vraiment débattre dessus. Tu te rends compte que tes parents sont très importants à tes yeux. Ils utilisent leur production créative pour toi, c'est comme si c'était un petit câlin.

Regardez le clip "Things Will Be Fine" :


« Je grandis avec des enfants, et on doit être rassurant »
Cela s'applique à vos enfants, comme dans la chanson "Things Will Be Fine" ?
L'idée de la chanson, c'est de se rendre compte à quel point on t'a menti au cours de ta vie. On n'a cessé de te répéter que tout allait bien se passer... Quand tu es enfant, c'est quelque chose dont tu as vraiment besoin. Et pour la première fois de ma vie, je me sens comme un adulte. Je grandis avec des enfants, ils te demandent ce qu'il se passe et tu leur réponds qu'il y a une grosse pandémie. (Rires) Mais tu dois quand même être rassurant. Cette chanson, c'est un peu moi qui me rends compte que j'ai déjà dit ça et que rien de tout ça n'est vrai. Et c'est un moment assez important parce que ta réaction va être celle ton enfant. Si tu dis que tu ne sais pas, que tu effrayé, ton enfant va être un peu effrayé. S'il te voit pleurer, il va se dire "what the fuck". (Rires) Donc il faut leur dire que tout va bien.

Vous qui vivez entre la France et l'Angleterre, comment avez-vous perçu la gestion de la crise sanitaire dans les deux pays ?
C'est intéressant car tout le monde a copié le speech de Macron et tout son packaging. (Rires) Je me souviens avoir regardé son discours et m'être dit que ce qu'il faisait était très rassurant et je pense que ça a très bien marché, que les gens ont senti qu'ils seraient aidés... Le fait est que si le lendemain, Boris Johnson avait fait la même chose, il aurait sauvé la vie de centaines de milliers de personnes. Mais il ne l'a pas fait, il a menti pendant deux semaines. En Angleterre, c'est plus compliqué à cause du service de santé, et le gouvernement était responsable de leur prendre de l'argent, tout en leur disant "Ne mettez pas de pression sur les services de santé". Mais c'est ce qui se passe depuis une dizaine d'années. Je pense que ce n'est ni parfait en France ni en Grande-Bretagne mais au moins chez vous, ça a été géré d'une façon plus adulte.

« Tout le monde a copié le speech de Macron »
Quand on lit vos propos dans le communiqué, on a l'impression que chaque chanson a été créée pour correspondre à un type, un cliché : la chanson triste, la chanson pop dansante... Est-ce exact ?
(Rires) Vous savez, quand vous faites un album et qu'on vous demande de décrire comment vous l'avez fait, ce n'est pas si facile à faire que ça. Et encore moins quand vous lisez le résultat final. Mais c'est vrai dans un sens : quand vous faites un album, vous vous dites que vous avez besoin d'une chanson dans telle direction ou une autre. Je trouve que c'est une façon quelque peu utile de faire un album et c'est seulement parce que tu dois en parler dans des descriptions ou des communiqués. Je suis conscient de ces descriptions parce que je sais comment elles vont apparaître.

Oui parce que des fois, on peut attendre d'un artiste qu'il fasse toujours le même type de chanson...
Je pense qu'aussi longtemps que je serais capable de faire des chansons, pas seulement qui fassent plaisir aux fans de Metronomy mais aussi à moi-même, j'en ferais toujours. Mais en même temps, la seule chose que personne ne peut nier c'est que sur le premier album, il n'y avait que des chansons up tempo et que depuis, il y a de plus en plus de chansons lentes ou mélancoliques. Et je pense que je continuerais toujours comme ça.

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Vous dites aussi être préoccupé par l'âge et le temps qui passe : en quel sens ?
J'ai conscience de mon âge plutôt, de ce que Metronomy a représenté, surtout à une époque où on était un groupe plutôt jeune et plein d'énergie. Aujourd'hui, on est toujours un peu énergiques et jeunes, en terme d'espérance de vie, mais on n'est plus à la même époque. Et quand je vois certains groupes qui essaient de trop s'accrocher à cette énergie juvénile, ça ne me semble pas bien. En Angleterre, on dit "grow old gracefully", et c'est ce que je veux faire.

« Arrêter, c'est une question qui m'est venue pendant le confinement »
Vous repartez l'an prochain en tournée, mais quel va être le programme ? Vous continuez de promouvoir "Metronomy Forever", c'est le "Small World Tour" ou la tournée des 10 ans de "English Riviera" ?
Ce sera le "Small World Tour", mais nous sommes dans cette position folle où nous avons désormais 7 albums et si on les jouait en intégralité, ça durerait des heures et des heures. Même si c'est le "Small World Tour", on ne peut pas ignorer les autres albums... Ce sera un mélange de tout. Et à chaque tournée, les nouvelles chansons ajoutent quelque chose en plus.

J'allais vous demander si ça allait être évident de faire cohabiter ces nouvelles chansons plutôt calmes et intimistes à vos tubes dansants, mais j'ai eu ma réponse avec le concert que vous avez donné à la Fondation Louis Vuitton !
Ce concert-là était vraiment une expérience ! Mais j'espère qu'au moment où on tournera véritablement avec ces nouvelles chansons, on pourra davantage arrondir les angles.

Dans l'album, vous chantez "I've Seen Enough", "j'en ai vu assez". Vous avez pensé à tout arrêter ?
C'est une question qui m'est venue durant le confinement. Les concerts étaient sans cesse reportés et je me suis dit que si les choses empiraient, si le virus mutait en une forme encore plus grave, que ce serait peut-être la fin des concerts pour des années...

Ce serait horrible !
Oui, et je me suis demandé ce que ça me ferait. Est-ce que je serais heureux de m'arrêter là, à ce moment-là ? Tout l'album parle de ça, mais vous n'avez pas à vous inquiéter car tout semble aller bien... Bon, peut-être pas "aller bien" mais ça s'améliore car on va pouvoir enfin tourner.
Théau BERTHELOT
Pour en savoir plus, visitez le site internet officiel et leur page Facebook du groupe.
Écoutez et/ou téléchargez la discographie de Metronomy.
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