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Interview
samedi 19 octobre 2013 12:05

Hélène Ségara : "On n'est jamais armé à 100% contre la critique"

Retour au sommet pour Hélène Segara, qui vient de publier son huitième opus "Et si tu n'existais pas". Inattendu, ce disque constitué de reprises de Joe Dassin a été enregistré sous la forme de duos virtuel avec lui. Entré cette semaine deuxième du Top Albums, "Et si tu n'existais pas" joue la carte de la différence en sortant des sentiers battus. Hélène Segara le présente comme un album sincère, qu'elle n'aurait jamais accepté de faire sans les fils de Joe Dassin. Elle le portera très bientôt sur scène à travers un spectacle original qu'elle prépare actuellement dans le plus grand secret.
Crédits photo : DR.
Propos recueillis par Jonathan Hamard.

Pourquoi Joe Dassin et pas un autre, parmi les nombreux artistes que tu affectionnes ?
C’est une très bonne question parce que je n’aurais jamais repris Joe Dassin si ses fils n’étaient pas venus me chercher. Parce que je ne vois pas quelle légitimité j’aurais eu pour le faire. La légitimité de reprendre, on l’acquiert quand c’est l’artiste lui-même qui le demande, ou quand ses enfants ou les personnes qui héritent de son œuvre vous le demandent. Ca m’a beaucoup touchée quand ils sont venus à ma rencontre pour me proposer de travailler avec eux sur ce projet. Je ne m’y attendais pas du tout et j’avais même d’autres propositions ailleurs. Ils m’ont d’ailleurs demandé de prendre le temps d’y réfléchir. Et c’est ce que j’ai fait. Je représentais à leurs yeux une Joe Dassin au féminin, c'est-à-dire à la fois une artiste populaire et accessible. Ce sont pour moi des valeurs importantes. Maintenant, je connaissais aussi le risque de travailler sur cet album et toutes les choses négatives qu’on pourrait dire à mon encontre. Je me suis préparée.

« J’ai pris le temps de peser le pour et le contre avant de me lancer dans ce projet »
Ce qui compte aujourd’hui, c’est de montrer que cet album est le fruit d’un long travail en studio, de questionnement sur chaque nouveaux arrangements, pour le distinguer des autres disques de reprises qui sont nombreux et prêtent à controverse parfois…
Exactement. L’appellation album de reprises, c’est un peu réducteur pour moi. Parce que c’est un travail qui a été bien au-delà ! Pour un album de reprises, tu pars avec un cahier des charges qui peut te rendre tout à fait libre. Là, on n’était pas libre. On avait une voix avec des tonalités, des instruments originaux qu’on a souhaité garder pour conserver des ambiances… On devait respecter aussi un esprit Dassin pour ne pas décevoir son public, tout en le ramenant à notre quotidien, à notre époque. Il y a eu un énorme travail pour caler mes mots, caler mes phrases, et puis en même temps se réapproprier ses chansons à ma manière. Il y a eu un vrai travail de création.

La jeune génération connait peu les chansons de Joe Dassin, à quelques exceptions près. Cet album, c’est aussi une responsabilité, car tu te présentes comme garante pour véhiculer un patrimoine. Tu en es consciente ?
Bien sûr ! Je m’en suis aperçue pas plus tard que ces jours-ci. J’étais en déplacement et j’ai rencontré des enfants de quelques années seulement qui chantaient la chanson "Et si tu n’existais pas", simplement après avoir entendu ma version. Je trouve ça formidable ! Si toute cette petite génération découvre ces magnifiques chansons par mon intermédiaire, je considèrerai effectivement que c’est une responsabilité. Mais c’est surtout une joie !

« Je pense qu’il faut écouter cet album avant de pouvoir juger »
Quand on publie un album comme celui-là, on ne pense pas dans un coin de sa tête au succès de certains des derniers albums de reprises, ou même au triomphe de Nolwenn Leroy avec "Bretonne" ?
Je ne raisonne pas vraiment comme ça. On n’est jamais assuré d’un succès. Il y a des personnes qui se sont lancées dans un projet en étant convaincues que ça allait marcher parce ça avait déjà marché auparavant, et qui finalement se sont plantées. Et vice versa. Nolwenn, elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait avec "Bretonne", sincèrement. Je ne crois pas qu’on puisse faire de pronostics. Mes années de métier me l’ont prouvé. Un de mes albums préférés, ce n’est pas celui que j’ai le mieux vendu. C’est "Quand l’éternité". J’ai adoré cet album !

As-tu également pris le temps de te préparer moralement à assumer toutes les critiques qui vont certainement t’être adressées ?
Oui. Parce que je m’y attendais. C’est aussi pour ça que j’ai pris le temps de peser le pour et le contre avant de me lancer à corps perdu dans ce projet. Mais on n’est jamais armé à 100% non plus. Ma seule réponse aux attaques, c’est la sincérité que j’ai mise dans ce projet. Il n’y a pas si longtemps, j’étais en face de Cyril Hanouna sur D8. Je lui ai expliqué que s’il me connaissait, il aurait très bien compris que je n’aurais jamais pu faire cet album si je n’avais pas mis de la sincérité dedans. Il l’a compris à la fin de l’émission. J’ai trouvé que c’était super de pouvoir en parler librement.

« Je ne demande pas à être milliardaire ! »
Quand on est en studio, comment fait-on la part des choses entre la peur d’être cassé et la recherche d’une originalité ?
Ces sentiments, je les ai beaucoup plus ressentis au début, quand j’ai commencé à travailler sur l’album. J’ai mis un certain temps avant de m’approprier les chansons. Pendant cette période, j’ai été rongée par les doutes. J’avais constamment peur de décevoir les fils de Joe Dassin, son entourage et mon public aussi. Il ne fallait surtout pas décevoir le public de Joe, qui avait aimé ses chansons et son interprétation. Ni même le mien, qui continue à m’être fidèle et qui ne m’attendait pas sur ce terrain-là. Je suis sur la fin d’une tournée. Et à l’époque, avant que tout soit officialité il y a de ça quelques mois, certains de mes fans m’attendaient à la fin des concerts pour me demander pourquoi je travaillais sur ce projet. Je leur ai simplement dit que ça ne s’expliquait pas un projet comme celui-là. Ça s’écoute ! Je pense qu’il faut écouter cet album avant de pouvoir juger. Parce qu’on s’aperçoit finalement que nos voix s’assemblent vraiment très bien. Il y a même des chansons que j’aurais très bien pu chanter même si ça n’avait pas été celles de Dassin.

Crédits photo : DR.
Tu vis une relation très forte avec ton public. Est- ce qu’on imaginer qu’un jour tu continues à faire ce métier pour lui plus que pour ton propre plaisir ?
Je crois. Tu sais, moi je suis une fille de l’ombre. Je ne fais pas tout ça pour être dans la lumière. Je chante parce que j’aime ça. Pour moi, le chant c’est la rencontre, c’est la thérapie, c’est le moyen de communiquer et de partager un amour universel. S’il n’y avait pas cet amour au bout, ça ne m’intéresserait plus. Je crois que mes fans y sont pour plus de 50% du fait que je sois là aujourd’hui. On est dans une société du jeunisme. Dès qu’une nana d’une quarantaine d’années chante, on se demande ce qu’elle fout encore là. C’est vrai ! C’est malheureux mais c’est comme ça. Heureusement qu’il y a des exceptions comme Maurane et d’autres chanteuses aussi bonnes. On peut se rendre compte qu’on n’est pas qu’une date de naissance. On est aussi une voix, une chaleur, une sensibilité, l’amour qu'on met dans nos projets… Ça fait maintenant vingt ans que je suis là. Donc je crois sincèrement que je fais tout ça par amour. Je n’ai jamais triché. Tant que j’ai suffisamment pour vivre, que les gens sortent contents de mes concerts et s’évadent avec mes chansons, ça me va très bien. Je ne demande pas à être milliardaire !

On le sait, cet album n’aurait jamais pu exister sans les bandes des enregistrements de Joe Dassin. Mais le choix des treize titres qui le composent s’est-il uniquement fait en fonction de ces bandes ou as-tu pu aussi te faire plaisir en reprenant des morceaux qui te parlaient plus que d’autres ?
Tu as pu remarquer que je n’avais pas fait "Siffler sur la colline" par exemple… Tout comme "L’Amérique" ! Je considère que ce ne sont pas des chansons qui correspondent vraiment à une sensibilité féminine. Celles-là, je les ai écartées bien qu’elles soient ludiques et intéressantes. Mais elles n'ont pas ce côté femme que je cherchais.

« J’aurais bien aimé que Patrick Bruel fasse "L’été indien" avec moi »
L’idée d’amener sur ce projet d’autres artistes, pour des trios, t’a-t-elle effleurée ?
Oui. On avait pensé à quelqu’un. On a eu l’idée plusieurs fois. Deux fois en réalité, avec deux personnes différentes… J’aurais bien aimé que Patrick Bruel fasse "L’été indien" oriental avec moi. Pour lui, ça aurait été une suite au "Café des délices". On aurait pu faire quelque chose de vraiment très joli. Il aurait très bien illustré Joe Dassin aussi. Mais il était déjà très occupé par ses projets.

L’album "Et si tu n’existais pas", c’est aussi le fruit d’un travail réalisé par une équipe soudée. Comment le projet s’est-il articulé ? Vous êtes-vous rejoints chaque jour en studio ? As-tu enregistré les voix séparément…?
Comme tu le sais, c’est mon mari qui a réalisé les arrangements. Il a été épaulé par Thierry Said, qui s’occupe des droits relatifs à l’œuvre de Joe Dassin. Auparavant, ils avaient fait appel à quatre arrangeurs différents. De grands noms ! Ils ont tous rendu copie blanche ! Je crois que ces personnes connaissaient très bien l’œuvre de Dassin, et qu'elles étaient même trop imprégnées par ce qui avait été fait. Quand tu entends les chansons que tu connais bien d’une autre manière, ça te fait toujours bizarre. Tu as du mal à en décrocher. Le seul qui avait réussi à avancer sur certains titres comme "Et si tu n’existais pas" et "A toi", c’était mon mari Mathieu. La prod a donc décidé de lui faire confiance. Comme il ne fait pas vraiment partie de la "génération Dassin", puisqu’il est de 1976, Mathieu n’est pas resté bloqué devant les chansons parce qu’il n’avait pas été bercé par elles. Mais ça a été quand même très compliqué pour lui de trouver les bons arrangements.

Découvrez le nouveau clip "Et si tu n'existais pas" d'Helène Segara et Joe Dassin :



Sans rentrer dans ton intimité, est-ce qu’il est toujours facile de faire la part des choses entre la vie de couple et la collaboration professionnelle quand on travaille pendant plusieurs mois sur un disque comme celui-là ?
On compartimente. Je reconnais que sur ce projet, comme il a été long et fastidieux, on a eu du mal à couper totalement à la maison. D’autant que Mathieu travaillait à peu près de 9h jusqu’à 2h du matin. Il dormait très, très peu. Il a beaucoup travaillé alors que moi je n’étais pas tout le temps là puisque j‘avais d‘autres choses à faire. Donc, quand il rentrait, il fallait aussi qu’on communique sur ce qu’il avait avancé. Il me faisait écouter ce qu’il avait fait, me montrait les choix qu’il avait estimé être les meilleurs...

« "Je ne pouvais pas faire l’impasse sur Champs Élysées" »
Il n'a pas travaillé tout seul non plus...
Je peux t’assurer que Mathieu s’est vraiment pris la tête parce que Thierry et moi n’étions pas toujours convaincu des orchestrations qu’il nous proposait. Il a dû recommencer jusqu’à quatre ou cinq fois pour certains morceaux. Tu vois, mettre un ukulélé sur "Si tu t’appelles mélancolie", c’est audacieux. L’idée de "L’été indien" plus oriental, là, oui, c’est de Thierry. Il a rappelé Mathieu en lui décrivant précisément ses envies. Et puis, ils ont aussi eu la très bonne idée de faire appel à plein de grands musiciens différents. C’est-à-dire, par exemple, pour "Salut", on savait très bien que le piano serait magnifiquement joué par Frédéric Gaillardet. Pour "Happy Birthday", on savait qu’on voulait une contrebasse un peu jazzy, et que c’est Laurent Vernerey qui conviendrait le mieux. C’est ce qui a permis de créer plein d’univers différents.

Finalement, ce projet n'est-il pas aux antipodes de l’album "Ma déclaration" de Jenifer, qui rend hommage à France Gall ?
Je sais que je n’aurais pas fait l’album "Et si tu n’existais pas" sans les fils de Dassin. Moi, je n’ai pas voulu rentrer dans la polémique de Jenifer et de France Gall. On m’en a beaucoup parlé. On m’a même proposé de faire une interview pour un grand journal pour donner mon opinion parce que je préparais justement mon album à ce moment-là. J’ai refusé. Tout simplement parce ce sont deux artistes que je respecte. Je crois que les deux ont eu beaucoup de peine. Les deux ont été très blessées. Je trouve ça dommage. Et puis je trouve également ridicule les proportions qu’a pris cette histoire. C’est ridicule ! Ce n’est quand même pas une affaire d’État ! Certains médias ont monté ça en épingle pour en faire une guerre que ni l’une ni l’autre ne souhaitait. France Gall est sortie de sa réserve parce qu’elle voulait simplement que les gens sachent qu’elle n’avait pas donné son accord à Jenifer, qui voulait lui rendre un hommage. C’est quand même très, très bête. On est capable de monter en épingle des choses qui n’ont pas grande importance mais pas de rapporter des problèmes graves qui se déroulent partout dans le monde. Je suis stupéfaite de ça.

Compte tenu de la notoriété de Joe Dassin, peut-on envisager que ce nouvel album s’exporte par la suite ?
Je pense. Il était très connu en Amérique du Sud, en Asie, en Russie… C’est pour ça que j’ai repris "Champs Élysées". Parce qu’au début, je n’avais pas prévu de la faire. D’autant qu’on n’avait plus les bandes pour ce titre-là. Au moment où j’ai démarré ce projet, j’étais en Russie. Quand j’ai discuté avec mes tourneurs russes, ils m’ont dit que je ne pouvais pas faire l’impasse sur "Champs Elysées". C’est un tube terrible là-bas. C’est la carte de visite à l’étranger de Joe.

« "Il faudra suggérer la présence de Joe Dassin sur scène" »
La Russie, ton prochain objectif ?
Oui. Comme eux veulent déjà que je parte en tournée avec cet album, je me suis dit qu’il fallait que je l’enregistre. Mais j’ai eu la même réaction en Amérique du Sud. C’est une chanson qui a 45 ans. Il fallait trouver une manière de la refaire d’une manière fraîche. Les gens ont tellement entendu ce titre-là !

Ce disque donnera lieu à un spectacle. Peux-tu nous en dévoiler les premiers détails ?
Pas vraiment. Parce qu’on commence seulement à en parler avec l’équipe de Coullier Productions. On sait qu’il faudra suggérer la présence de Joe Dassin sur scène, d’une manière élégante et pudique. Mais on ne sait pas encore comment on va faire. On a plusieurs pistes. Pour l’instant… Surprise !
Jonathan HAMARD
Retrouvez toutes ces informations sur le site internet officiel d'Hélène Segara.
Écoutez et/ou téléchargez l'album "Et si tu n'existais pas" sur Pure Charts.
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