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Interview
dimanche 05 juillet 2020 12:30

Thomas Dutronc en interview pour "Frenchy" : "Les Français n'ont pas cette culture jazz"

Thomas Dutronc signe l'un des jolis succès du moment avec "Frenchy", son album de reprises de chansons françaises en version jazzy. Le chanteur nous accueille dans son appartement parisien pour évoquer ce projet, ses collaborations, sa vision du jazz et ses prochains travaux.
Crédits photo : Yann Orhan
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Votre nouvel album "Frenchy" démarre très fort : 15.000 ventes en une semaine...
On est super contents ! Après, je n'attends rien de spécial quand je fais un disque. Je le fais du mieux possible, avec tout mon coeur. On ne peut pas réussir tous ses albums mais je crois que c'est le cas avec celui-là. Et puis, il fait du bien aux gens. Il y a un super son, de superbes musiciens et de superbes morceaux, vu que ce sont des reprises.

Ça vous étonne, étant donné que ce n'était pas forcément un projet très "mainstream" ?
Pas tant que ça ! Je ne fais pas trop de différence en musique, tant qu'il y a de la mélodie et des beaux accords. On est défenseurs de jolies mélodies. Peut-être que les gens ont besoin de cela en ce moment, de se rappeler qu'on a des belles chansons en France. Cet album, c'est aussi la fine fleur des musiciens, qu'ils viennent du jazz ou non. On est dans l'émotion.

Regardez le clip de "C'est si bon" de Thomas Dutronc, Iggy Pop et Diana Krall :



« Je trouvais que ça sonnait comme un faux projet marketing »
Comment est venue l'idée de ce projet ?
On cherchait un projet qui nous fasse voyager dans les pays non-francophones. On a trouvé cette idée, au moment du French bashing, par Donald Trump. Mais le monde entier adore la France, la haute-couture, le vin, le fromage, Paris, la Côte d'Azur... On a plein de choses extraordinaires en France, et notamment la musique. On est parti de là pour avoir l'idée de reprendre ces chansons françaises qui ont fait le tour du monde. Ça aurait pu paraître fabriqué, d'un certain point de vue, mais c'est mon pote et guitariste Rocky Gresset qui m'a proposé que l'on fasse ça ensemble. Au départ, je ne voyais pas l'intérêt de rependre "La vie en rose" ou "My way", qu'on a déjà entendu mille fois. On a trouvé une manière différente, personnelle et sensuelle de le faire, avec la grâce et le merveilleux des musiciens. Si ça avait été avec des requins de studios, ça ne l'aurait pas fait.

Que représentent pour vous ces 14 chansons ?
Leur point commun, c'est que ce sont des chansons qui ont fait le tour du monde et qui ont une mélodie très forte, avec beaucoup de personnalité et de richesse. Ce sont des très jolies grilles de chansons, peut-être à part "Get Lucky" des Daft Punk, parce qu'il n'y a que 4 accords, mais on la mémorise tout de suite. C'est la force des mélodies qui fait tout.

« Ces 14 chansons ont fait le tour du monde »
On a souvent tendance à dénigrer les albums de reprises. Vous comprenez ?
C'est vrai ! Moi le premier, quand mon manager m'a parlé de ce disque, je trouvais que ça sonnait comme un faux projet marketing. Notre envie était de vouloir jouer ailleurs. Quand ça a plu à mon pote Rocky, ça a tout de suite formé ce noyau dur. On blaguait durant l'enregistrement en disant que c'était le disque de Rocky sur lequel je chantais. C'est une musique qui plaît beaucoup dans le milieu manouche. Si ce projet était fabriqué en studio, ça ne m'aurait pas plu, mais là il y a eu cette étincelle de grâce, de merveilleux. Il y a quelque chose d'authentique qui s'est créé. Je déteste les trucs fabriqués et commerciaux, bon il faut bien en faire un peu des fois, mais quand c'est l'âme d'un projet, pour moi c'est impossible que ça marche. C'est pour ça que j'étais méfiant au départ. Et je comprends parfaitement la méfiance des gens à propos de ces projets, mais aussi par rapport aux "fils de". J'en ai moi-même fait l'expérience.

Ecoutez "Plus je t'embrasse" par Thomas Dutronc :



« Cet album fait du bien aux gens »
Le choix des chansons et des artistes a-t-il été difficile ?
La première difficulté a été de trouver trois jours durant lesquels tous les musiciens pouvaient être présents. Ils sont très talentueux mais aussi très demandés. On a fini par trouver trois jours, mais sur une période de trois mois. Et sur les trois jours, le pianiste Eric Legnini ne pouvait pas être là un de ces jours. L'autre difficulté a été de trouver des vedettes internationales pour participer au projet. Ça a été long. Certains nous ont mené en bateau, d'autres ont dit non tout de suite. Iggy Pop a été le premier à accepter et à partir de là, c'était bon.

Certains artistes vous ont-ils dit non ?
C'était plutôt les managements qui disaient non. Déjà que c'est compliqué en France, mais là bas, c'est multiplié par 4. Ils ont besoin de leurs vies personnelles. Ça m'a étonné de voir que certains artistes de jazz dans mon label me disent non également.

Pourquoi opter pour une direction jazzy ?
Ce projet a été lancé avec mon ami Rocky Gresset, qui est manouche. Chez eux, on ne dit pas "je fais de la pop, du jazz etc." mais "je fais de la musique, avec un grand thème". Ce qui leur plaît sont les jolies mélodies, avec de jolies phrases, de beaux accords compliqués. Ils vont entendre des harmonies dans du Ravel, ce qui n'est pas le cas de tous les musiciens. En France, on n'aime pas trop ce qui groove et ce qui swingue, ce n'est pas notre culture. C'est plutôt aux Etats-Unis. Quand tu arrives là-bas, tu entends ça au restaurant ou n'importe où. Ça c'est le côté frenchy qu'on n'a pas gardé (rires). J'ai pris un batteur qui vient plutôt de la pop, car je ne voulais pas aller trop loin dans le jazz, un pianiste qui puisse aller dans la chanson, un bon contrebassiste...

« Ce n'est pas évident de trouver d'aussi belles mélodies dans les morceaux récents »
On peut voir "Frenchy" comme une suite logique de "Live is Love"?
Un peu... "Frenchy" s'est fait vraiment comme ça. On s'est dit "plutôt que de faire un album de compositions originales, amusons-nous un peu, faisons un side project qui nous éclate". Quand nous sommes allés enregistrer dans la tour Capitol à Los Angeles, avec Billy Gibbons de ZZ Top, il a fait son solo en une prise. Ensuite, il nous a donné rendez-vous pour prendre l'apéro dans notre hôtel. Je ne pensais pas trop qu'il allait venir mais il est venu. On a passé une heure à boire des bières et à rigoler, et d'un coup quelqu'un vient dire bonjour à Billy... c'était Pete Townsend des Who. Rien que pour ça, ça change ! Ce projet est une envie de voyage.

Il y a des classiques attendus (Edith Piaf, Léo Ferré) et d'autres plus étonnants (Air) : ce mélange était voulu ?
On voulait surtout mettre des chansons qui nous plaisent. Dans les morceaux récents, Daft Punk et Air ont été des évidences. "Get Lucky" a été un tel succès aux Etats-Unis et "Playground Love" est un tel joli morceau qui se prête vraiment à prendre du temps. Si on avait pu faire plus de morceaux actuels, on l'aurait fait. Mais ce n'est pas évident d'en trouver avec d'aussi belles mélodies.

Ce sont des chansons avec lesquelles vous avez grandi ?
Pas trop... (Il réflechit) De 5 à 10 ans, j'écoutais plutôt de la variété française, que ma mère me faisait écouter. Véronique Sanson, Eddy Mitchell, Alain Souchon, mon père et ma mère... Après j'ai commencé à écouter ce qui passait à la radio, comme Madonna ou David Bowie, puis des groupes comme Guns N'Roses, les Beastie Boys, N.W.A... En même temps j'ai découvert dans la discothèque de mes parents pas mal de vieux rock comme Chuck Berry, Eddie Cochran, Elvis Presley... Ce n'est que vers 17-18 ans que j'ai découvert Brassens, le jazz, le classique, Django... J'avais quand même un disque de Louis Armstrong chantant "La vie en rose". "My Way" je n'avais jamais vraiment entendu cette chanson, même si c'est celle qui a généré le plus de droits d'auteur au monde...

Découvrez le clip "Playground Love" de Thomas Dutronc :


« En France, on n'est pas trop mélomanes »
"La vie en rose", "La mer", "Ne me quitte pas"... Certains classiques sont chantés en anglais : pourquoi ce choix ?
Pour se faire plaisir. Par exemple, "Ne me quitte pas" est en anglais car Haley Reinhart ne parle pas français, pareil pour "La vie en rose" avec Billy Gibbons. C'est pour que ce soit beau. Sur "La belle vie" ou "La mer", j'ai eu le temps de faire français et anglais mais sur "My Way" je n'ai pas pu le faire. "C'est si bon" avec Iggy Pop et Diana Krall, on a fait deux tiers anglais et un tiers français, mais il se trouve que ça fait 50/50 en comptant les mots et tous les « c'est si bon », sinon on ne serait pas passés à la radio. Mais vraiment à deux mots près (sourire). On écoute tellement de trucs en anglais aujourd'hui que ça peut donner envie aux gens d'aller écouter les versions françaises. Il n'y avait pas de règles. Tout s'est fait vraiment au coup par coup.

On retrouve aussi vos inspirations manouches sur certains titres...
J'ai quand même fait "Nuage" et "Minor Swing", cette dernière pour au moins faire un instrumental. Django Reinhardt, au-delà d'être un guitariste de génie, c'est un musicien de génie. Ses solos sont comme des mélodies vertigineuses. Il est à la hauteur d'un Mozart ou d'un Chopin. Dans le monde entier on le sait, mais en France on l'oublie un peu parce que les gens ne sont pas forcément mélomanes.

Quelle est votre reprise préférée sur le projet ? Et l'artiste dont vous êtes le plus fier d'avoir collaboré ?
Franchement, je suis assez fier de tout. Le titre dont je suis le plus fier, c'est "C'est si bon" avec Iggy Pop et Diana Krall parce que c'est dément, mais il y a aussi d'autres chansons, comme "petite fleur" qui m’émeut beaucoup. J'ai plein d'amis qui m'envoient leurs commentaires et ça diffère vachement. J'aime beaucoup "My Way", contre toute attente. J'étais réticent à la faire, surtout à passer après Sinatra et Elvis... On l'a faite plus lente et un peu sensible, et je suis très content du résultat.

« Le disque va sortir aux Etats-Unis »
Ce genre d'albums de reprises pourrait cartonner à l'étranger un peu comme Zaz, avec son album sur Paris...
Effectivement, on y a pensé dans cette envie de voyager. Pas forcément pour conquérir le monde mais au moins pour faire des petits concerts. En 2002, on avait tourné un mois dans des petites salles aux Etats-Unis avec un guitariste manouche, Bireli Lagrene, et c'était superbe. Je ne cherche pas à faire de grosses salles, mais en tous cas, le disque doit sortir là bas, chez Verve. Sauf qu'il faut qu'on y aille physiquement pour que le disque sorte. Pour l'instant, c'est en pause, mais il sortira.

Regardez le clip de "La vie en rose" :


« Il pourrait y avoir un volume 2, voire un volume 3 »
Quelle image de la France voulez-vous véhiculer à travers "Frenchy" ?
Du coeur, du romantisme et de l'émotion. Je veux partager une image de légèreté, de sensibilité...

Pourrait-il y avoir un volume 2 ?
Il y a plein de chansons qu'on a mis de côté ou qu'on n'a pas eu le temps de voir. Et puis 14 titres, c'est déjà beaucoup. Je pense qu'il y aura un volume 2, mais pas de tout de suite, car je me concentre sur mes propres compositions. Je ne veux pas devenir un chanteur de standards (sourire) mais si le disque marche bien, ce qui a l'air d'être le cas, c'est tout à fait envisageable. Il y a plein de choses à faire : Charles Aznavour, Michel Legrand, Francis Lai... On pourrait aussi essayer "Born to Be Alive" ou les Gypsy Kings pour faire un truc un peu dingue (rires). Il y a de quoi faire un deuxième album, voire même un volume 3 avec les chansons qui auraient dû faire le tour du monde mais qui ne l'ont pas fait. Il y aurait plein de Gainsbourg, du Salvador et pourquoi pas des titres de mes parents... Ma mère a vendu pas mal en Allemagne, en Angleterre ou en Italie mais je pense surtout aux Etats-Unis.

Vous avez enchaîné deux albums de reprises, travaillez-vous sur de nouvelles chansons originales ?
Ça fait deux ans qu'on a commencé. Après, quand je suis dans des phases de promotions comme en ce moment, je n'ai pas le temps. Là je pars à la campagne trois-quatre jours; puis cet été, on va s'y remettre.

« Mieux vaut un Casino de Paris qu'une Seine Musicale »
J'imagine que vous avez hâte de remonter sur scène...
On attend des nouvelles prérogatives qui devraient arriver début juillet, mais on ne sait pas du tout. On a deux concerts à la Cigale qui se promènent mais qui ne tiennent pas compte de l'excellent accueil du disque, donc on aimerait annoncer une nouvelle série de concerts, peut-être au Casino de Paris. Si on me demande de choisir entre une Seine Musicale et un Casino de Paris, je préfère la petite salle, même si c'est moins rentable. Je n'ai pas envie de galérer pour aller loin à la Seine Musicale, ça me déprime dès que je passe le périph' (rires). Je me dis que mon public n'a pas envie non plus de galérer à aller dans une salle comme ça. En jouant plusieurs fois, on va se régaler et apprendre des choses. Evidemment, on pense au business, mais on pense avant tout au plaisir que ça va nous apporter. Une semaine au Casino, ce serait génial !

Comment vous gérez le poids d'être un Dutronc ?
Ca fait partie de mon histoire. J'ai toujours dit que c'était une chance même si on peut trop vite attirer l'attention et être catalogué. Ça peut être une force qui peut vous écraser, vous complexer. Pour moi, ça n'est pas le cas. Mais la différence est que je cherche à avancer, à aller plus loin. En ayant des parents extrêmement doués, je me suis trouvé des maîtres encore plus fort qu'eux comme Django ou Brassens qui, malgré l'immense talent de mes parents, sont au-dessus. Je me suis d'autres idéaux et j'essaie de toujours progresser. Ce qui compte est d'avancer soi-même.

Crédits photo : Yann Orhan .
Théau BERTHELOT
Toute l'actualité de Thomas Dutronc sur son site officiel et sa page Facebook.
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