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Interview
samedi 23 septembre 2017 15:50

Raphaël en interview : "C'est fou comme on a abîmé le monde en si peu de temps"

Ironie cruelle de l'actualité, Raphaël sort cette semaine son nouvel album "Anticyclone". En interview pour Pure Charts, le chanteur évoque, avec élégance, humour et malice, la genèse de son disque, son engagement écolo, les attentats, le succès de "Caravane" et ses projets littéraires.
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Vous avez enregistré votre nouvel album "Anticyclone"à Pigalle, où vous donnez rendez-vous pour vos interviews. Ce quartier vous a inspiré ?
Oui, j'ai enregistré vraiment juste la rue derrière... J'aime bien ce quartier. Mais c'est un peu le hasard. Le studio est bien, c'est un vieux studio. J'y avais enregistré un disque pour Zaz, Gaëtan a fait son album "Ginger"... On avait tous des bons souvenirs là-bas. C'est un petit studio, très discret, très humain et pas très cher. J'ai l'habitude d'enregistrer aux Studios Ferber qui est une immense pièce, c'est très beau, mais ça faisait du bien d'enregistrer dans un petit endroit.

J'ai lu dans le communiqué que vous étiez tous très bien habillés en studio pour enregistrer...
Oui, ça c'est un peu...

« J'avais envie d'un album élégant, chic »
C'est marketing ?
Non, c'est pas marketing du tout. C'est vrai. Je sais pas ce que ça veut dire être bien habillé. Mais après j'essaie de m'habiller le mieux possible. Moi, j'ai du mal avec les couleurs, je fais n'importe quoi. Tu vois là j'ai mis deux rouge différents, je sais pas si on a le droit de faire ça ! (Rires)

Pas sûr ! L'idée avec le fait de bien s'habiller, c'était de faire l'album le plus élégant possible ?
Oui, je pense que c'était ça. Se mettre un peu dans la tonalité du disque. J'aime bien. Si je faisais des ballades folk, j'irai dans les bois avec des bottes de pluie. (Rires) Je suis sûr que ça aide un peu. Là, j'avais envie d'un truc un peu élégant, un peu pianistique. Je pense qu'il est assez chic.

« Il m'est arrivé de me protéger derrière le son »
Vous dites souvent que vous avez voulu faire "un album de chanteur". C'est quoi pour vous ?
Ça veut dire qu'il m'est arrivé de me protéger un peu derrière le son, l'instrumentation. La voix pouvait être discrète. Là je voulais que la voix soit assumée. Les mélodies sont très lyriques. Je voulais que la voix soit au centre du disque. Je ne voulais pas que ce soit un disque de producteur. Je pense que les gens ont envie d'entendre des chanteurs, ils s'en foutent d'entendre du son. Je fais de la chanson française, les gens veulent entendre une voix. Ce qui n'interdit pas de faire une recherche sonore...

Découvrez le clip "L'année la plus chaude de tous les temps" de Raphaël :



Il est écrit que vous avez "écrit et composé en quinze jours", enregistré en huit jours...
C'est un peu exagéré... J'ai fait le coeur du disque en 15 jours. Sur les 11 chansons, j'ai dû en faire 7 pendant ce laps de temps. C'est beaucoup. J'ai commencé à travailler avant de partir en Inde au mois d'avril et ça s'est fini en septembre. C'était pas vraiment en quinze jours. (Rires)

Vous avez beaucoup voyagé visiblement, et ça s'entend. Ça vous a aidé à vous inspirer ?
Peut-être. Je ne sais pas très bien comment. J'adore voyager, ça met dans un état de dépaysement, d'exaltation. C'est comme si on était sur une autre planète. C'est très agréable d'être dans ce décalage-là, de ne pas être dans une monotonie. La monotonie c'est quand même un ennemi. On ne sait jamais comment un voyage vous aide. Il y a des titres que j'ai écrit avant de partir. Le voyage fantasmé, immobile, il est important aussi. Raconter un pays qu'on ne connait pas, c'est parfois plus facile que raconter quelque chose qu'on connait.

« C'est fou comme on a abîmé le monde en si peu de temps »
Vous chantez "L'année la plus chaude de tous les temps". Vous êtes réellement sensible à l'écologie ?
Oui... On le voit, surtout en ce moment. L'album sort dans un contexte très cyclonique... Mais cette question du climat, on n'entend parler que de ça. Tout le monde le voit. Le monde a changé entre mon enfance et maintenant. Parfois, mes enfants ne peuvent pas sortir jouer au foot car il y a de la pollution. C'est fou comme on a abîmé le monde en si peu de temps. A titre personnel, j'ai un engagement écolo. Je marche tout le temps, je ne prends quasiment la bagnole. Je fais du voilier... J'ai un compost chez moi à la mer. Pas à Paris, sinon les voisins vont me détester ! (Rires)

Pourquoi avoir appelé l'album "Anticyclone" ? Pourquoi ce mot-là ?
J'aime bien l'idée du secret des hautes pressions. Même quand il fait dégueulasse, la météo qu'on a dans sa tête est plus importante...

Vous avez été couronné du Goncourt de la nouvelle pour "Retourner à la mer" qui est également un très beau titre de l'album. Lequel est né en premier ?
Le livre. Je me suis lâchement inspiré du livre ! (Sourire) J'aimais la sonorité de la phrase, je trouvais ça beau. Le livre n'était pas encore sorti... La chanson raconte autre chose. J'étais en Italie, près de Positano, je suis arrivé dans la villa, c'était un très bel endroit et c'est comme si on pouvait imaginer les anciens occupants. Il y avait un truc de fantomatique.

Ecoutez "Retourner à la mer" de Raphaël :



Pourquoi avoir écrit un livre à ce moment de votre carrière ?
J'avais envie de faire autre chose. Ne pas faire toujours ce qu'on attend de vous : un disque, une tournée, un disque, une tournée. J'ai une culture du livre depuis tout petit. Mes parents me lisaient des choses... (Un bébé crie à côté de nous) Ça ne vous gêne pas le bébé qui pleure ?

« Avec la musique, on se créé toujours un personnage »
Non pas du tout...
Ça me rend fou quand les gens demandent aux parents si le bébé peut se taire... Ça m'est déjà arrivé. Si un bébé pleure, ce n'est pas pour faire chier le monde. C'est lunaire... En général, je suis très agressif, je réponds : "Vous n'avez qu'à acheter un casque, écouter de la musique et foutez-moi la paix !" (Rires) On en était où ?

A votre livre... Ecrire ce recueil, c'était aussi un besoin de reconnaissance du monde littéraire ?
(Il réfléchit) Je ne sais pas... Je ne l'ai pas fait pour ça en tout cas. C'est une manière de communiquer avec les gens. C'est très intime l'écriture. Plus que la musique. C'est ce que j'aime le plus au monde mais on se créé toujours un peu un personnage. On s'embellit. Quand on écrit un livre, on a le droit d'être un minable, c'est même mieux. Alors qu'un mec qui s'embellit dans un livre, c'est un minable pour le coup ! (Rires) Il faut être sans fard.

« J'écris très souvent des mauvaises chansons ! »
Vous avez d'autres projets littéraires ? Des nouvelles ou un roman ?
Les deux, mon général. (Rires) Ça se passe bien. J'adore ça, c'est extraordinaire.

Le Goncourt, vous en rêviez secrètement en écrivant ?
C'était inespéré, c'est un très grand honneur. Je ne pouvais même pas l'imaginer...

Mais vous avez conscience que vous écrivez bien ?
Je ne sais pas. J'ai conscience que j'adore le faire et que je le fais sans me forcer, simplement... Vous savez, j'écris très souvent des mauvaises chansons ! (Rires) Avant j'écrivais une centaine de chansons pour arriver à faire un album, aujourd'hui pour celui-là j'en ai écrit une trentaine. J'ai un peu moins de déchets ! (Sourire)

Vous avez un peu troqué la guitare contre le piano sur "Anticyclone". Vous étiez enfermé dans une image qui ne vous correspondait plus ?
Un peu... Ce truc d'éternel troubadour, je voulais un peu que ça cesse ! (Rires) Je suis meilleur guitariste que pianiste mais c'est bien de découvrir un instrument. On n'a pas d'automatisme. Ça fait écrire différemment... C'est bien aussi de se donner une certaine contrainte. Je voulais que ça sonne comme un groupe de rock, mais que ça sonne en même temps très moderne.

Ecoutez "Paris est une fête" de Raphaël :



« Les attentats, ça a changé totalement notre vie »
Vous évoquez les attentats sur "Paris est une fête". Vous avez hésité avant d'écrire sur le sujet ?
Je n'ai pas l'impression que ça parle de ça... Je n'y ai pas pensé en l'écrivant. C'est vrai que ça fait écho, tout le monde l'entend comme ça. Je crois qu'en fait ça parle de ça... C'est ça qui est génial avec les disques. Il y a plein de degrés de lecture. Et puis, il y a l'inconscient. Ce qui est sûr c'est que les attentats, ça a changé totalement notre vie, ça l'a bouleversée. En plus, on sait que ça va se reproduire. C'est terrible, c'est un cauchemar. Mais cette chanson, pour moi, elle parle plus de ce que c'est la nuit, quand on a 40 ans. L'ivresse, chercher un regard... Une fièvre. Comment on retrouve ça ? Et ça raconte comment une ville a changé. Regarde, Pigalle comme ça a changé. Aujourd'hui, Paris ressemble à Brooklyn. C'est beau mais c'est chiant de descendre d'un avion et, en fait, tu pourrais être dans la même ville. Les gens chantent dans la même langue... C'est triste.

C'est vrai... Et comment vous avez expliqué les attentats à vos enfants ?
(Il réfléchit) Je leur ai raconté ce qu'il s'est passé. Avec des mots qui peuvent les rassurer. C'est objectivement pas très rassurant mais après... A l'école, ils font des exercices où ils doivent se cacher sous les tables si jamais un cinglé, un salopard arrive avec son truc-là... Alors, eux, ils le font mais ils se marrent...

« J'adorerais avoir un tube ! »
Vous proposez un duo avec votre compagne Mélanie Thierry sur "La question est why ?". C'est venu comment ?
Cette chanson était faite pour un duo. C'est une chanson intime. Elle raconte nos vies, nos conversations interrompues, où on regarde tous nos écrans. J'aimais bien que ce soit avec elle parce que l'intimité c'est avec elle que je l'aie. En plus, je trouve qu'elle chante bien. Elle n'est pas du tout intéressée par l'idée de devenir chanteuse. Elle n'en a rien à cirer. C'est une actrice merveilleuse, elle interprète les choses, elle les pense. Elle a cette chose dans le souffle qu'avaient Bardot ou Birkin. C'est un peu un hommage. Je trouve ça beau d'avoir sa voix. Je suis sûr que dans deux ans ou un an si je l'écoute, je vais pleurer. Peut-être même dans deux heures ! (Rires)

C'est facile de travailler en couple ?
On n'a pas travaillé... Elle a fait une voix, ça a duré dix minutes. Elle ne voulait pas aller en studio car ça lui foutait le trac. On a fait ça dans la chambre, elle a trouvé ça très joli. Mais il a fallu un peu la pousser car elle est timide, ça l'angoisse de chanter, elle n'est pas chanteuse.

Ecoutez "Je ne pense plus voyager" de Raphaël :



Est-ce que vous avez encore l'envie de décrocher un tube ? Je vous sens affranchi de ça depuis le succès de "Caravane"…
J'adorerais avoir un tube ! Je ne fais pas ce qu'il faut pour ? (Rires)

« Le succès n'est jamais acquis »
Je n'ai pas dit ça ! Par exemple, "Les gens" est très radiophonique...
Peut-être oui... Mais c'est important pour remplir des salles de concert, pour exercer son métier dans de bonnes conditions, faire de beaux disques. C'est ça qui compte. Il faut que ça reste un peu populaire pour pas que les gens perdent de l'argent. Si les gens perdent de l'argent, on ne peut plus faire de disque...

Vous les remplissez les salles, non ?
Oui mais il faut quand même travailler...

Rien n'est acquis ?
Rien n'est acquis ! Jamais.

« Le succès de "Caravane", c'était un très beau cadeau »
Vous l'avez vécu comment l'incroyable succès de "Caravane" ?
C'était un très beau cadeau. Après c'est sûr que la manière dont les gens vous connaissent au début... Ils vous verront toujours comme ça. C'est pareil pour tout le monde. Après, il y a des gens qui ont des gros succès plus tard... C'est cyclique. J'aimerais que ça revienne !

Vous en avez marre de la chanter parfois ?
Non, ça va... (Sourire)

On a vous déjà proposé d'être juré, dans "Nouvelle Star" par exemple ?
On me l'avait proposé dans un truc. Ça ne me plait pas trop. Je n'ai pas de problème à aller chanter à la "Star Academy", mais je n'ai pas envie de travailler à la télé. Il y a des tas de gens qui le font mieux que moi.

Julien GONCALVES
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Écoutez et/ou téléchargez l'album "Anticyclone" sur Pure Charts.
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