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Interview
samedi 22 janvier 2022 11:16

Marc Lavoine en interview : "Mon image de chanteur romantique, je m'en fous"

De retour avec son nouvel album "Adulte jamais", Marc Lavoine se confie sur son adolescence, ses parents et la politique, mais aussi son admiration pour Virginie Ledoyen, la naissance de son duo avec Grand Corps Malade, son projet de spectacle sur Joséphine Baker, son amour pour le rap ou encore sa vision de "The Voice". Interview !
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Vous venez de sortir "Adulte jamais", votre 14ème album. C'est quoi être un adulte pour vous ?
C'est pas très marrant, les pauvres ! Être adulte, c'est se prendre au sérieux, c'est donner des ordres. Vous avez vu comme tout le monde nous crie dessus ?

Tout le monde se crie dessus surtout...
Et ils nous crient dessus aussi ! Ils pensent qu'on est des imbéciles, que ça ne se voit pas, mais on a vu le truc, on n'est pas des idiots...

Donc vous n'avez pas envie de devenir adulte ?
Non. Je veux bien devenir un homme, si je peux. Mes parents me disaient ça souvent : "Ne sois pas raisonnable". Ce monde est dirigé par des gens soit disant raisonnables et vous avez vu ce qu'ils font ? Mais bon ça reflète pas tout mon album, ça résume ce que je suis, mais l'album dit autre chose aussi...

« Ma mère, c'est le plus important dans ma vie »
La pochette de votre album est une photo de vous adolescent. J'y ai vu un parallèle avec la pochette de votre tout premier album, avec l'écriture blanche, votre visage juvénile... C'était voulu ?
Ah non, je n'y ai pas réfléchi... En fait, on m'a demandé quelle pochette je voulais faire, mais je n'allais pas m'habiller en gosse avec du chocolat. Pascal Nègre m'a dit : "Et si on trouvait une photo de toi ado ?". Dans ces cas-là, il fallait demander à mon frère car moi je n'ai rien ! Sur cette photo, on est à Wissous chez moi en banlieue, mon frère faisait des études, moi je devais être encore au collège. Je devais avoir 14 ans, je me repère à la coupe de cheveux. À mon avis, j'étais chez mon prof de français.

Et pourquoi avoir choisi cette photo-là en particulier ?
Il y en avait deux qu'on aimait bien : une avec un maillot de basket, et l'autre, celle choisie donc, avec un maillot de foot de l'Ajax Amsterdam. C'est le 14ème album, je dois avoir 14 ans sur la photo, et le numéro emblématique d'Amsterdam c'est le 14 avec Johan Cruyff, le meilleur joueur du monde à l'époque.

« La classe ouvrière, c'est toujours elle qui paie »
Que reste-t-il aujourd'hui en vous de l'ado que vous étiez à l’époque ?
Ma mère. C'est ce qui est de plus important dans ma vie. On avait un truc très fusionnel tous les deux. J'ai beaucoup écrit sur elle dans ma vie. Pour elle, pour la rendre heureuse. Elle était heureuse d'ailleurs que j'ai réussi à faire mieux qu'eux dans la vie. Mais mieux ça veut tellement rien dire... Ils ont fait tellement bien mais eux ils ne le voyaient pas, ils pensaient qu'ils n'avaient pas fait assez bien. À cause de la guerre d'Algérie, de la gauche... La classe ouvrière, c'est toujours elle qui paie.

La classe ouvrière, vous en parlez d'ailleurs dans le duo avec Grand Corps Malade. C'est important pour vous de vous souvenir d'où vous venez alors que vous avez réussi dans la vie, que vous chantez et faites de la télé ?
Oh la télé, vous savez... Là, je reviens de "The Voice", et les gens qui bossent là-bas ce sont des gens simples, les caméramen, les gens du son... Ils sont comme mes parents étaient. Ils existent encore ces gens-là. Mes parents vivraient aujourd'hui, ils seraient parmi les manifestants. Ils ont toujours manifesté toute leur vie !

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Ça vous a transmis quelque chose ?
Oui... L'autre jour, je suis rentré chez moi, je revenais de "The Voice" je crois d'ailleurs. Les flics me disent que je ne peux pas accéder car il y a une manif. Alors je suis rentré à pied et je me suis arrêté un peu avec la CGT, ils ne m'ont pas reconnu je crois. J'ai été les saluer. Ça m'a rappelé la Fête de l'Huma, mes parents quoi. C'est important de comprendre que les progrès, le droit de vote des femmes, les acquis sociaux, ce sont les pauvres qui les ont obtenus. S'ils comptent sur les autres pour leur filer, ils peuvent attendre longtemps... Mes parents ont payé beaucoup leurs espoirs de gauche quoi.

« Le pouvoir, il est aux gens »
Justement, on est dans une année présidentielle. Vous croyez encore au pouvoir de la politique ?
Le pouvoir il est aux gens. La politique j'aime ça, car pour moi la politique, c'est les maires, les gens dans les villages, dans les villes, qui s'occupent de leurs concitoyens. Et les femmes d'ailleurs font un travail formidable en politique, mais aussi à l'hôpital, à l'éducation nationale, en pédiatrie. Elles encadrent la santé. Allez dans les écoles aussi, vous verrez ! C'est un bon signal et en même temps c'est un signe de paupérisation car souvent elles acceptent de faire le boulot... Mais j'ai très confiance parce que les gens se tiennent très bien. Les politiques qui font des livres ou qui passent à la télévision, qui sont vedettes, ils font les choses sans même demander l'avis de leurs adhérents. On dirait qu'ils les entendent même pas. Mais bon, je n'ai pas forcément l'étoffe ni la compétence pour parler politique. On verra, mais je veux y croire même si c'est parti dans un drôle de truc...

Pour revenir à votre album, pourquoi ne pas avoir fait équipe à nouveau avec votre compositeur fétiche Fabrice Aboulker ?
Il y a deux compositeurs fondamentaux dans mes chansons : Christophe Casanave et Fabrice Aboulker. Sur cet album-là, j'avais envie d'une cohérence dans la musique et les propos. J'ai fait des chansons avec Christophe, mais j'ai hésité, j'ai refait les textes... Finalement, je les ai mis de côté. J'ai d'autres titres de ces deux autres compositeurs, de très beaux titres, mais je ne voulais pas mettre 15 titres sur cet album. J'en voulais 11 au départ, et puis "Dunkerque", qui est un peu différente, est arrivée... En parallèle, je fais un projet sur Joséphine Baker avec Aboulker. Ça fait longtemps qu'on en a envie, bien avant qu'elle soit Panthéonisée. J'adore cette femme. Mon grand-père l'aimait beaucoup. Jean Gabin aimait beaucoup cette femme. Mon grand-père adorait Gabin d'ailleurs, c'était son acteur préféré. Je n'avais jamais réalisé ce lien.

« Les tubes ce sont toujours de grandes chansons »
L'un des titres les plus forts de l'album est "Adulte jamais", le duo avec Grand Corps Malade. Comment est-il né ?
Je le connais depuis le début car son premier album était sorti chez Universal, et je l'avais écouté avant que ça sorte. C'était une bombe ce disque. J'avais appelé Fabien pour le féliciter, je me souviens j'étais en voiture, j'écoutais beaucoup ce disque. Ensuite, il a fait ses films qui sont super, et là il casse tout avec son dernier album qui cartonne, c'est magnifique. En écrivant "Adulte jamais", j'ai repensé à mon prof, à mes parents, à tous ceux qui m'ont constitué. Et je me suis rappelé qu'il avait un papa communiste. Moi j'étais en banlieue à Wissous, lui à Saint-Denis. Je me suis dit que ce serait marrant de faire un truc ensemble. Je lui ai envoyé la chanson, couplets et refrain, il a beaucoup aimé, alors je lui ai dit : "Fais ce que tu veux". Il a écrit sa partie et c'est marrant, c'est un peu la même chose que moi mais avec sa plume à lui. Il parle aussi de la France, de la banlieue... Il a fait un texte remarquable et c'est vrai que ça marche bien. On l'a rarement entendu chanter comme ça.

Ce titre a l'étoffe d'un tube...
J'espère !



C'est encore important pour vous ?
De faire des tubes ? Ah bah ça serait bien oui. C'est ce qu'on aime tous, les tubes ! Les gens écoutent des tubes et moi aussi ! Que ce soit sur les albums de U2 ou de Lomepal, on aime les tubes, quoi qu'on en dise, ce sont toujours des grandes chansons. (Il apprend par un collaborateur que Vald est dans le bureau d'à côté, il se lève alors pour aller le saluer et lui offrir son vinyle.) Vous voyez, Vald c'est un écrivain !

C'est vrai qu'on le sait moins mais vous êtes un grand fan de rap.
Ah oui ! Mais Vald, il est génial et il est trop mignon. Il me voit et il a un énorme sourire... Ça fait plaisir ! Je l'ai fait écouter à mon fils de 14 ans, et lui m'a fait découvrir Josman. J'ai craqué ! J'avais vu Dinos sur Konbini car il disait qu'il écoutait beaucoup "Le pont de Mirabeau" quand il était petit. Ce sont des mecs qui font des beaux textes, ça faisait longtemps qu'on avait pas entendu autant de littérature dans la chanson, et ça rassure parce qu'à un moment j'ai eu peur...

« Longtemps, il y a eu des gens qui chantaient des trucs qui ne me touchaient pas »
Ah oui?
Je suis rentré dans ce métier avec les Rita Mitsouko, Mylène Farmer, Etienne Daho, qui écrivent de sacrés textes. Mettre la musique sur les dancefloors avec des grands textes, ce n'est pas si facile que ça. C'est ce que ces gens-là ont fait. On a réussi à l'époque, avec Indochine ou Daniel Darc, à apporter de la littérature dans la chanson. Après ça, c'est un peu... Bon, il y a Saez, Benjamin Biolay, Gaëtan Roussel... Mais la nouvelle génération, il y a eu longtemps des gens qui chantaient des trucs qui ne me touchaient pas beaucoup. Ils sont gentils et ils travaillent très bien, je ne suis pas là pour juger, mais moi comme j'aime les textes, j'attendais et je me disais : "Mais ça ne va pas revenir !". Dans le rap, il y a eu MC Solaar ou NTM, c'était magnifique, mais après ça s'est rétrécit.

Dans "Quotidien" la semaine dernière, quand vous avez mis un titre de Josman dans votre playlist, ça a surpris pas mal d'internautes sur les réseaux sociaux...
Ah oui ? Je ne sais pas si la jeune génération est étonnée, je crois surtout que ce sont les journalistes qui sont étonnés qu'on s'aime bien entre nous, comme quand Vald a accepté de venir avec moi dans "The Voice" ou que j'ai chanté en duo avec Krisy, qui a produit avec Damso. On a fait un bout en live de notre chanson, mais on a fini la version studio il n'y a pas longtemps. En tout cas, que ce soit Clara Luciani, Lomepal ou Orelsan, ils sont très forts. Le film d'Orelsan "Comment c'est loin", c'est remarquable, je l'ai vu au moins quatre ou cinq fois, je l'ai montré à ma fille de 22 ans.



On sent qu'il y a quelque chose qui vous fascine chez ces nouveaux artistes...
Oui, il y a une poésie chez eux, ce sont des poètes, un peu comme Musset, il y a une sorte de déchirure dans les textes, il y a ça chez eux ! D'ailleurs, Orelsan c'est un chanteur populaire, et c'est difficile d'être à la fois dans le rap et dans la chanson française. Pour revenir à Josman, qu'est-ce qu'il est sexy ! Ouh ! Il a une gueule. Ses clips sont très bien réalisés aussi. Tous d'ailleurs à peu près, ils sont très attachés à l'image. Ça rassure ! Soolking c'est bien aussi, c'est un bon gars, et Booba bien sûr qui est prodigieux. Dans cette génération de chanteurs et de chanteuses, il y a des trucs très forts. J'ai vu la comédie musicale "Hamilton" aussi aux Etats-Unis, le mec qui a fait ça est un génie. C'est que du rap. Ils suivent les codes qui changent, ce ne sont pas les mêmes façons de chanter aujourd'hui, ils flirtent avec la nouvelle vague. A l'époque, c'était très agressif le rap. Les comédiens pleurent en chantant, c'est dingue ! J'ai pris une baffe, j'en ai pris déjà à Broadway mais là.... Ils ont fait un truc, c'est la révolution quoi ! Depuis que j'ai vu "Hamilton", je sais que je ne vais pas écrire le spectacle sur Joséphine Baker de la même manière. Et puis Joséphine, ça marchera parce que c'est les années 20, c'est James Joyce, Man Ray, tout le dadaïsme. C'est toute cette ambiance délétère qui va donner les années 30, et après son concert en 29. C'est intéressant de travailler sur ce sujet et de travailler comme ça.

Vous allez écrire les chansons du spectacle ?
Oui ! J'espère qu'il va me garder Aboulker ! (Rires)

« Virginie Ledoyen, je la trouve magnétique depuis longtemps »
Virginie Ledoyen apparaît dans le clip "Le train" et partage un duo avec vous sur l'album, "Jusqu'à ce que l'amour nous sépare". Pourquoi elle ?
Vous me demandez pourquoi elle ? (Rires) Elle est sublime ! Je la trouve magnétique depuis longtemps. Je l'ai rencontrée il y a longtemps, en 1994 je crois, à Cannes, échouée comme une sirène sur un canapé, dans une robe, sa paire de chaussures était à côté elle. Elle attendait quelque chose ou quelqu'un, et moi aussi. On s'est connu là et on s'est revu souvent. Je suis devenu ami avec elle. J'aime beaucoup son physique, elle a un truc, quelque chose de bouleversant, comme les actrices italiennes ou Romy Schneider. Je l'adore, elle est belle mais elle n'est pas que belle. Elle est meurtrie aussi. Elle ressemble à ma mère un peu dans son genre. Elle est très poétique, elle a une très belle voix en bas, donc nos voix se mélangent un peu. Sur ce duo, nos voix ne se séparent jamais, c'est rare.

Votre album est assez mélancolique...
Je ne trouve pas qu'il soit mélancolique. Quand on parle des choses vivantes, on parle du coup de la mort. La poésie, c'est comme être en pleine nature, tout se réveille, tout est vivant. Ça aide à vivre la poésie. Alors bien sûr qu'il y a de la mélancolie, mais il y a aussi de l'espoir. Il y a un mélange de tout. "Je vais t'aimer même si je sais que t'aimer ne sera jamais assez", je suis assez content de cette phrase.



C'est vrai qu'elle marque cette phrase à l'écoute de l'album. Mais, vous voyez, là par exemple il y a une fatalité dans ces mots...
Il y a un refus de la fatalité mais il y en a une. Et puis il faut se battre contre la fatalité, sinon on n'avance pas. On ne peut pas dire aux gens : "Vous allez être pauvres toute votre vie, et ce sera toujours comme ça, personne ne va vous aider". Non, on se bat. Il y a un état de grâce. Mais vous avez raison, il y a peut-être de la mélancolie... Mais je ne l'ai pas vécu comme ça. J'étais heureux avec les musiciens, les compositeurs, il n'y a jamais eu de contradictions.

« Mon image de romantique ? Je m'en fous »
Vous qui chantez beaucoup l'amour depuis vos débuts, cette image de chanteur romantique vous a pesé parfois ?
Je m'en fous, si vous saviez... Non mais ça change tout le temps. On est toujours le con de quelqu'un. Si on commence à écouter ça, et surtout à croire à ça... C'est comme les commentaires sur les réseaux sociaux. Ça me fait rire les gens qui critiquent tout en ligne. Ce sont des fleurs sans racine. Mais ça influence quand même les médias. Ils sont influencés par une minorité, et souvent sur des mensonges ou des conneries. Ils sont incroyables ces gens-là, ils pensent que c'est important mais, en même temps, on leur donne du crédit... On n'entend pas la forêt qui pousse mais l'arbre qui tombe.

Parlons un peu de "The Voice" pour finir. Vous n'avez pas hésité à rempiler pour cette saison 11 ?
Non... Aujourd'hui, j'étais en coaching avec des talents, et il y avait une jeune fille qui était là et je lui ai dit : "C'est important parce que vous montrez un visage de ce que la France fait de mieux. Noir, arabe, juif, guerre d'Espagne, Afrique, Bruxelles, tout ce que vous voulez... Cette langue vous la représentez à travers des chansons, de la poésie". Il y a peu d'endroits où on peut faire de la musique avec des vrais musiciens. Et puis je leur dit de faire attention parce qu'ils chantent des titres qui sont déjà des grands tubes, et puis la pression, et ces réseaux sociaux où ils deviennent des vedettes en une semaine. Je leur dis : "Méfiez-vous quand même !" Parce que ce n'est pas si simple. Après il faut écrire de vraies chansons, les vôtres. La vie ce n'est pas un karaoké, c'est un engagement.
Julien GONCALVES
Retrouvez Marc Lavoine sur son site officiel et sa page Facebook.
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