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Interview
jeudi 07 mars 2019 12:19

Lara Fabian en interview : son nouvel album "Papillon", Maurane, le cap des 50 ans...

Lara Fabian est de retour avec un nouvel album en français, "Papillon", témoin du regard apaisé d'une femme en phase avec son temps. De sa genèse chez elle à Montréal à ses souvenirs de Maurane, en passant par son regard sur le jeunisme du métier, rencontre avec la douceur incarnée.
Crédits photo : Affiche de la tournée
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Un an et demi après l'épopée internationale de "Camouflage", vous voici de retour avec un album en français, "Papillon". La façon dont vous abordez un disque est-elle différente pour vous selon la langue ?
Il y a une différence fondamentale dans la poésie d'une langue versus une autre, donc l'adaptation survient au moment où on déclenche l'inspiration, ça c'est sûr. Quand on développe l'idée du texte, les mécanismes de la rime sont différents parce que la grammaire n'est pas la même. Mais sur l'aspect de la composition pure, de ce qu'on veut raconter, la densité de ce que ça doit avoir ? Pas vraiment. Intrinsèquement, en termes de démarche, c'est la même chose. L'important c'est d'être en pleine clarté par rapport à ce que l'on veut faire et dire. Se mettre à nue l'espace du moment où on est traversé par l'inspiration. Quand elle est là, il faut la saisir.

« Ma grand-mère m'a transmis l'amour de la musique »
C'est facile de se mettre à nue, justement ? D'aborder peut-être, à travers une chanson, un vécu personnel ?
Je ne sais pas si c'est facile ou difficile, mais je sais que c'est ainsi que j'ai toujours fonctionné. C'est mon mécanisme d'écriture : rentrer en résonance avec ce que je ressens et le raconter, en trouvant une façon de le rendre plus universel, de le dépersonnaliser, afin que celui ou celle qui attrape la chanson puisse se l'approprier et la donner au suivant. C'est quand même ça l'idée de la musique, je crois. Être transmise...

"Papillon" est une référence au surnom que vous donnait votre grand-mère quand vous étiez enfant. Quels souvenirs liés à la musique gardez-vous d'elle ?
Toutes les femmes de ma famille chantaient tout le temps et très bien. (Sourire) Mamie elle était en amour, comme on dit au Québec, avec sa petite fille. Je me souviens de la première fois que je lui ai vraiment chanté une chanson, de l'émotion que ça lui avait procuré. Je me rappelle lui avoir demandé « Mais qu'est ce que tu as, pourquoi tu pleures ? ». Elle m'avait répondu : « C'est ta voix, c'est ce que tu me dis dans ta voix ». J'avais huit ans. Ça a été très fort pour moi comme expérience. Ce qu'elle m'a transmis, c'est l'amour de la musique. Ma mamie chantait et elle écoutait beaucoup de musique classique, c'était une grande amoureuse de Maria Callas. Mes parents aimaient Nana Mouskouri, que j'ai adoré par ailleurs. Barbra Streisand, aussi. Et moi plus tard j'ai développé une passion pour Freddie Mercury, Phil Collins, Peter Gabriel et Kate Bush. Il y a eu une influence réelle des femmes de ma famille, qui aimaient les grandes voix, mais disons qu'après je suis rentrée dans un univers qui était plus proche de mes émotions.

Découvrez le clip "Papillon" de Lara Fabian :



Ce nouvel album a été conçu chez vous, à Montréal. A quoi ressemblaient vos journées ?
Il faut m'imaginer avec une tisane à la main, en pyjama, descendre au sous-sol... (Rires) Franchement c'était presque ça ! A la maison c'est un studio bricolé avec quelques chaises de fortune, un ordinateur, de bonnes cartes son, un micro, un ampli... Désormais on pourrait enregistrer n'importe où, on n'a plus besoin d'appuyer sur le bouton rouge et de louer un studio pendant des mois pour faire un album. On peut définitivement le faire au sous-sol à la maison. Je partageais mes journées entre mon rôle de coach dans "La voix" [la version québécoise de "The Voice", ndlr], ma famille, l'enregistrement de l'album et ma vie de tous les jours. C'est vrai que c'était hyper confortable de pouvoir dévouer une partie de mes journées à l'écriture, puis faire à manger pour l'équipe, coucher ma fille, discuter de projets professionnels en fin de soirée et aller me coucher dans la même maison ! C'était assez fabuleux comme confort.

Qu'avez vous amené de votre chez vous dans cet album ?
La sérénité qui s'y dégageait. Et la simplicité avec laquelle on a fait les choses.

« Il y a des amours qui ne nous lâchent jamais »
Les chansons ont été faites en l'espace de 11 jours seulement. Que change cet exercice ?
Une façon d'aller à l'essentiel. Même si parfois vous pouvez vous cogner la tête sur un élément pendant des heures ! Il n'y a pas vraiment de recette au niveau de l'écriture, c'est ça qui assez magique avec la musique. Je me souviens d'une masterclass avec Peter Gabriel, en Angleterre, où il disait que ça pouvait lui arriver d'écrire trois chansons en une journée et parfois une chanson sur une année. Il expliquait qu'il n'avait absolument aucune maîtrise sur cet élastique du temps. « Je ne me pose pas ce genre de question, je fais quand c'est possible et quand ça vient. Je ne justifie pas l'inspiration, je la laisse être ». Je crois que c'est la seule façon d'aborder ça. Au final, le temps imparti à un album n'a aucune importance. Ce n'est pas parce qu'on prend quatre ans pour faire un disque ou quatre semaines que l'un a plus de valeur que l'autre.

C'est presque un luxe de prendre son temps, dans une industrie qui évolue en permanence...
J'ai toujours pris le temps, vous savez. Je ne suis jamais torturée avec ça. Parfois ça vient, parfois ça ne vient pas. Je l'ai toujours accepté. Je me souviens de la chanson "Tout". Ça m'a pris six mois pour finir le texte, je n'arrivais absolument pas à l'écrire. J'ai compris pourquoi après : il y avait quelque chose en moi qui ne voulait pas être dit. Et là aussi il faut entrer en résilience et accepter. Mais quand tout d'un coup certaines choses peuvent être dites en pleine lumière et avec autant de limpidité que certaines chansons sont apparues sur "Papillon", j'essaie de ne pas me questionner sur le pourquoi. Ni de savoir si c'est un luxe ou non. J'essaie d'être simplement moi-même au travers de cette écriture.

Après avoir chanté "Je t'aime", vous chantez... "Je ne t'aime plus". Vous allez en briser des coeurs !
Existe-t-il un lien entre ces deux chansons ?

Oui oui, il y en a un bien sûr. (Sourire) Si vous avez bien écouté dans l'arrangement, il y a une citation musicale à la fin sur les violons.

C'est un clin d'oeil pour votre public ?
Oui ! "Je ne t'aime plus" est une chanson qui nous permet de sortir un amour de notre système, au sens vraiment métabolique du terme. Il y a des amours qui cellulairement ne nous lâchent jamais, parce qu'on a tellement aimé, ou mal-aimé plutôt, qu'on en a gardé des stigmates. Des cicatrices. J'ai presque envie de dire des tics, qui se déclenchent au fil d'autres amours. Et un jour, il y a un lâcher prise qui s'opère en nous grâce à une forme de sérénité. On se dit : il est l'heure de se détacher. Et finalement on y arrive. Pour moi c'était ma déclaration à ce sujet. Mais comme je l'expliquais en début d'interview, je l'ai très très vite dépersonnalisé. L'unique but d'une chanson comme celle-ci, ce n'est pas de se vider le coeur, c'est de parler à tous.




Au mois de février, je crois savoir que vous deviez participer aux Victoires de la musique. Pourquoi ne vous y a-t-on pas vue ?
Je devais chanter "Sur un prélude de Bach" en hommage à mon amie Maurane. Mais à mon grand regret, je suis tombée très très malade.

« Maurane, je l'aime dans l'absence »
Neuf mois après sa disparition, comment arrivez-vous à vivre son absence ?
C'est une très bonne question. On ne se détache pas de quelqu'un qu'on aime. On l'aime dans l'absence, on l'aime autrement. Vous savez, tout à l'heure une journaliste m'a demandé : « Vous ne croyez pas qu'elle n'était pas accompagnée à la fin, qu'elle n'a pas eu l'écoute et le soutien qu'elle voulait ? ». Je me suis permise non pas d'éluder sa question mais simplement de dire que, par amour pour quelqu'un qu'on a tant respecté et tant adoré, on ne peut pas se prononcer sur ce qu'il a été. On doit être dans le respect absolu. Et même je dirais dans le silence. Aujourd'hui ce que je vis, c'est une sorte d'attachement continu et qui en pointillé m'apparaît quand je pense à elle. Souvent ça m'arrive de l'imaginer, de la voir dans ma tête. C'est comme ça que je ne la perds pas, en continuant de produire ce lien. Mais c'est difficile, difficile de se dire que je ne l'entendrai plus jamais chanter.

Cette chanson que vous partagiez, "Tu es mon autre", a une résonance toute particulière dans le coeur du public et le vôtre, au regard de l'amitié qui vous unissait à Maurane. Vous souvenez-vous de son enregistrement ?
Je me souviens surtout de son écriture à l'époque. Je l'avais appelée tout de suite pour lui dire : « C'est une chanson qui pourrait tellement nous porter toutes les deux, parce qu'elle peut tellement raconter cette part de toi et de moi qui se mélange ». Je me souviens quand elle l'a écoutée du silence qu'il y a eu après...

Vous l'aviez pensée comme un duo dès le départ ?
Ce n'est pas venu tout de suite. Musicalement, à l'origine, il y avait comme une sorte de mélodie manquante mais qui était la tierce finalement, toutes ces notes harmoniques incroyables que Maurane était capable d'aller chercher et qu'elle seule était capable d'écrire dans la voix. C'est une femme qui avait un sens de l'harmonie inné ! C'est en chantant la tierce que je me suis dit "Attends, attends... Je ne peux pas la chanter juste moi. En plus ce n'est pas ce qu'elle raconte. Et si on le racontait à deux ? Si l'on se le disait l'une et l'autre ?". Et c'est ainsi que "Tu es mon autre" est née, à deux voix.

Souvenez-vous de "Tu es mon autre" :



« 50 ans ? C'est juste un chiffre ! »
Vous partirez sur les routes l'an prochain pour célébrer vos 50 ans. C'est un chiffre qui possède une signification pour vous ?
Pour moi c'est un chiffre. (Sourire) Je me sens bien, je le vis bien ! C'est une célébration aussi. C'est un cap. Ça ne m'effraie pas. Avec cette tournée anniversaire, on va raconter cette histoire en musique. Le public pourra réentendre les chansons qui ont compté mais aussi celles ayant moins compté commercialement mais qui ont, pour les fans, un vrai sens. Et ça on s'en rend compte à travers les décennies, où tout d'un coup on reçoit une claque monstrueuse avec une chanson qu'on qualifierait de plus confidentielle, comme "Pas sans toi", "Je suis mon coeur", "Relève-toi" ou sur cet album-ci "Je ne t'aime plus" et "Par amour", ce sont les deux morceaux qui soulèvent très fort le coeur et les âmes des gens. Ce sera donc une célébration de ces chansons qui sont en quelque sorte devenues des classiques et puis celles qui auront été portées par le public de façon inattendue.

Allez-vous chanter "Tout" ? Vous expliquiez il y a quelques mois avoir du mal à prendre du plaisir en interprétant ce tube...
C'est vrai ! Je n'ai pas de joie à la chanter. Et quand on n'a pas de joie à chanter un titre, on n'est pas dans l'honnêteté. Ce n'est pas du tout une question d'ambitus, parce que "Je suis malade" ou "Adagio" ont des ambitus aussi larges en termes d'extension vocale, ce n'est pas le contre-sol là-haut qui m'inquiète. Il y a quelque chose dans cette chanson que j'ai racontée quand j'avais 24 ou 25 ans que je n'arrive pas à réitérer au travers d'une joie réelle. Après, je crois qu'il y a un respect que l'on doit au public sur certaines chansons, qui fait que l'on doit trouver une façon de se reconnecter à la joie. (Sourire) Je ne vous dis pas oui, je ne vous dis pas non, mais... vous verrez bien !

On parle beaucoup de jeunisme dans l'industrie de la musique. Pensez-vous qu'il est plus difficile pour une femme plus âgée d'exister dans les médias ?
Qu'est-ce que ça veut dire plus âgée, déjà ? Demandez à Jennifer Lopez ou à Pink ce que ça veut dire plus âgée ! On oublie que ces filles-là ont 40 ans et plus. Je ne suis pas sûre que ça se joue au sens du public. Et quand bien même. Est-ce qu'il n'y a pas eu à toutes les époques une volonté de mettre en avant ce qu'une jeune génération peut offrir ? Je veux dire, quand Johnny Hallyday est arrivé à 16 ou 17 ans au milieu de cadors qui en avaient peut-être plus de 40 ans, est-ce que d'une certaine façon on ne l'a pas privilégié ? Moi je crois que toutes les époques aiment la jeunesse, et c'est totalement légitime. Il y a quelque chose dans la jeunesse qui nous ré-inspire, qui ravive des sentiments qu'on a besoin de ressentir, qui nous transporte à un endroit de légèreté. Une femme entre 17 et 25 ans ne chantera jamais comme une femme entre 45 et 50. Et c'est comme ça ! Je crois qu'on ne peut absolument pas en vouloir à cette industrie d'aimer la jeunesse. Qui n'aime pas la jeunesse, qui n'inspire-t-elle pas ? On peut être bien de son temps, être posé, ancré, et regarder cette jeune génération en l'aimant pour vieillir avec grâce. (Sourire) Moi c'est ce que je crois.

De quoi êtes vous le plus fière dans votre carrière ?
D'avoir toujours été en phase avec ce que je ressentais, au delà de toutes les maladresses que parfois ça implique. Mais aussi et surtout d'être encore là après 30 ans. ■

Découvrez le clip "Par amour" de Lara Fabian :
Yohann RUELLE
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