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Interview
dimanche 18 juillet 2021 12:44

Gaspard Augé (Justice) en interview : "Je repars à zéro et c'est ça qui est excitant"

Gaspard Augé se lance en solo avec l'album "Escapades". La moitié du duo électro Justice nous a reçu dans son appartement parisien pour évoquer cette aventure en solitaire, synonyme de liberté et d'éclectisme. Interview !
Crédits photo : So Me
Quand on entre dans l'appartement de Gaspard Augé, on a l'impression de pénétrer dans un cabinet de curiosité. Mieux, un temple dédié à la pop culture. Tandis que des affiches du film "Rollerball" ou du groupe Judas Priest tapissent les murs, son Grammy Award est posé dans une bibliothèque qui compte, au bas mot, plusieurs centaines de vinyles. C'est sur sa terrasse que Gaspard Augé nous reçoit donc pour évoquer ses "Escapades" en solo.

Propos recueillis par Théau Berthelot.

Pourquoi avoir voulu faire un album en solo ?
Ce n'était pas vraiment une nécessité, c'était plus une envie. C'était aussi un peu pour briser ce rythme qu'on a avec Justice depuis presque 20 ans où on passe un an et demi à préparer le disque, puis six mois à préparer le live et on tourne pendant un an et demi. Ça fait qu'on est pendant quatre ans sur les mêmes morceaux. C'était aussi intéressant de collaborer avec d'autres personnes, de faire quelque chose qui soit plus personnel, même s'il y a évidemment des similitudes avec Justice. Ça fait longtemps que j'ai des centaines d'embryons de petits morceaux et je me suis dit que c'était enfin le moment de les finaliser.

« Cet album solo était plus une envie »
Ce passage en solo, c'est une idée récente ou tu l'avais depuis longtemps ?
Ces morceaux, il y en a qui ont 10 ans, d'autres qui sont plus récents. A chaque fois que j'ai une idée mélodique, j'ai une sorte de réflexe de l'enregistrer et après, soit ça finit dans Justice ou dans mes projets solo. Ce n'est pas vraiment une décision à un moment, c'est plus l'aboutissement d'années de musique.

Comment tu as annoncé cet album solo à Xavier ?
Quand je lui ai dit, il était content. Xavier, c'est quelqu'un qui m'a toujours supporté. Je sais qu'il aime bien le disque et que les morceaux qu'il préfère sont justement ceux qui font le moins Justice. Il n'y avait aucune vexation ou frustration de sa part. Il est content parce que c'est aussi complémentaire pour Justice que je fasse des trucs en solo.

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Tu avais peur peur de l'échappée en solo ou au contraire tu avais envie d'une grande liberté ?
Au début, c'est toujours un peu paralysant. Tu te dis que tu as eu un certain succès avec ton groupe et que là tu repars à zéro. C'est ça qui est excitant et intéressant. J'ai dû m'inventer un autre personnage au-delà du duo. Et comme c'est un disque que j'ai fait le plus sincèrement possible, il me ressemble. Je pense que la meilleure chose à faire, quelle que soit la forme d'art que tu choisis, c'est de faire ça avec un peu d'honnêteté car tu ne peux pas être quelqu'un d'autre que toi-même. Le plus intéressant est de faire ça avec honnêteté et envie.

« J'ai dû m'inventer un autre personnage »
Créativement, ça change quoi de travailler son album en solo ? J'imagine que c'est un processus différent de Justice...
Je l'ai écrit tout seul mais j'ai évidemment collaboré avec des personnes de grand talent que sont Victor Le Masne, qui est producteur, arrangeur, batteur et très bon instrumentiste, et Michael Declerck qui est plus un ingénieur du son, très doué. On a vraiment créé le disque ensemble, sur la base de morceaux que j'avais écrit. C'était vraiment un processus très joyeux parce que ce sont deux très bons amis et on s'est amusés à faire le disque ensemble. On n'a pas passé tant de temps que ça sur le disque, en comparaison avec Justice où ça prend beaucoup plus de temps, c'était juste enrichissant de travailler avec d'autres gens et d'être dans un processus moins autarcique qu'avec Justice.

Tu l'as façonné pendant le confinement ?
En fait, ça fait presque un an et demi qu'il est fini. Entre tout ce qu'il faut faire pour qu'un disque sorte, ça a pris du temps. Mais le confinement était plutôt bienvenu dans le sens où ça m'a permis de réfléchir à tout l'aspect visuel, à la pochette et aux vidéos, et aussi de ne pas avoir peur de repartir à zéro quand j'avais le sentiment qu'après deux mois, ça ne tenait pas la route. Donc c'était assez bénéfique sur ce point-là.

« C'était intéressant de faire quelque chose de différent de Justice »
Il y a une peur aussi que ça brouille le public ?
Non pas vraiment, parce que ce qui était intéressant, c'était de faire quelque chose qui soit différent de Justice. Après, je ne peux pas non plus me réinventer complètement ! Donc forcément, certaines de mes obsessions et des mes inspirations sont très audibles dans Justice. Ce qui m'intéressait était de faire un disque complètement instrumental sans avoir de souci d'efficacité pop ou club, pour faire quelque chose d'un peu plus libre qui soit un peu débarrassé de toutes ces considérations mainstream. Après, ce n'est pas vraiment un truc qu'on a pris en compte avec Justice non plus, mais en tout cas je voulais faire quelque chose où il n'y ait pas de langue, pour que ce soit le plus universel possible. Je pense qu'il y a quelque chose d'assez universel et accessible dans le disque parce qu'il y a beaucoup de mélodies et que c'est quelque chose qui peut potentiellement toucher tout le monde, sans se poser la question du genre. J'ai voulu faire la chose la moins catégorisable possible.

D'où l'idée d'avoir un album totalement instrumental !
Oui, voilà ! Et l'idée de ne pas avoir de paroles, plutôt d'avoir une narration qui se fait par le tracklisting de l'album où il y a quand même une espèce de scénarisation. Après, la plupart des gens ne l'écouteront pas forcément dans l'ordre ou en entier, mais ce n'est pas vraiment un problème. C'est plus par plaisir d'avoir un objet cohérent avec un début, un milieu et une fin.



L'album se nomme "Escapades". On peut donc comprendre là que c'est une "escapade" pour toi autant que l'auditeur ?
Effectivement, c'est une espèce d'invitation au voyage. Ce qui m'intéresse, c'est de faire un disque ouvert car j'ai plus de facilité à stimuler mon imagination quand j'écoute de la musique instrumentale. C'est un disque qui peut permettre de s'évader, surtout en ce moment alors qu'on est tous un peu coincé. S'évader aussi un peu par la pensée sans trop se demander ce qu'est en train de me raconter le chanteur, de s'imaginer sa tête et d'avoir ce pouvoir d'évocation qu'ont les musiques instrumentales ou classiques.

« C'est pas très intéressant de dire aux gens qu'ils doivent comprendre un morceau »
Ce disque permet donc à l'auditeur de découvrir une nouvelle facette de Gaspard Augé ?
Voilà ! Après, c'est aussi marrant de sortir de derrière la croix et d'assumer un personnage et un projet autre...

En écoutant l'album, j'ai eu l'impression que les premiers titres étaient très Justice et que petit à petit, on se détachait de cela, comme pour aller ailleurs. C'était le but ?
Quand on réfléchit au tracklisting avec Justice, on aime bien mettre en premier un morceau qui soit un peu familier pour les gens, pour ensuite les emmener ailleurs. C'est vrai que "Force majeure", c'est peut-être le morceau le plus Justice du disque. Il a cette qualité épique et ça faisait un bon premier morceau, même s'il y a une petite intro avant. C'était une transition en douceur pour amener les gens vers le reste du projet.

De l'album se détache un univers et des sonorités et une ambiance très futuristes : pourquoi aller dans cette direction ?
Il y a quelque chose d'assez SF dans le disque parce que ce qui me plaît dans les années 60 et 70, c'est cette époque utopique où tout le monde était fasciné par l'espace. C'était le début de la conquête spatiale, il y avait cette période pleine d'espoir où les gens rêvaient d'utopie sociale ou spatiale. Ils imaginaient une vie meilleure ailleurs que sur Terre et c'est quelque chose qui m'a toujours fasciné. Ça se ressent également dans ma musique qui est complètement dénuée de cynisme. Après cela, le punk a un peu cassé toute cette utopie pour amener un peu de cynisme en musique. Il y a plein de groupes punk que j'adore mais je me suis plus intéressé à cette période pré-punk, où il y avait beaucoup de naïveté et d'innocence et de pureté en musique.

Du coup, j'ai l'impression qu'il y a une opposition entre les sonorités futuristes et les visuels et clips, qui font plus penser aux westerns ou à un univers à la Jodorowsky...
C'est un peu ça. Toutes proportions gardées, il y a un peu de Monty Python, de Jodorowsky et de Roy Anderson, pour donner un fil directeur et un support fantasmatique pour que les gens puissent interpréter les vidéos comme ils veulent. Tout comme je les laisse interpréter la musique comme ils veulent suivant leur background musical ou leur propre histoire. Je trouvais ça intéressant que les gens puissent imaginer ce qui se passe avant ou après vu que ce sont des formats d'une minute, sans être trop didactique ni narratif. Ce n'est pas très intéressant de dire aux gens qu'ils doivent comprendre un morceau comme ça parce que c'est une référence à telle chose. Ce n'est pas une démarche très intéressante. Plus les gens peuvent amener leur propre imaginaire sur les musiques et les vidéos, plus c'est enrichissant.



« J'ai voulu faire l'album le moins catégorisable possible »
Les clips ne font étrangement qu'une minute, pour des chansons qui en durent 3 ou 4 : pourquoi ?
C'était plus pour faire des teasers pour les morceaux que des vidéos plus longues. Aussi, d'un point de vue très pragmatique, c'est très rare que j'aille mater une vidéo de plus de cinq minutes. Ça permettait de faire cinq vidéos au lieu d'une. Et ça correspond aussi à un format qui est plus réaliste par rapport à la façon dont les gens consomment les images aujourd'hui.

Tous ces "mini-clips" vont former une seule et même histoire au final ?
Le cinquième clip, pour le morceau "Pentacle", sera la résolution de tous les clips. Tous les personnages se retrouvent comme dans une sorte de cérémonie païenne autour d'un violon en feu. Les gens décideront de donner un sens à tout cela, ou pas, mais ça reste une fin assez ouverte.

La pochette semble très influencée, que raconte-t-elle ?
J'aime bien les pochettes où il se passe un peu un truc, par exemple quand tu as deux éléments qui sont en opposition ou en complémentarité. Je trouvais ça intéressant d'introduire un élément avec un look assez moderne qu'est ce diapason gigantesque et très chromé, qui vient se planter dans un décor naturel et plus ancien. Je trouvais que ça résumait bien le maximalisme du disque et cette incursion de la modernité dans un univers plus traditionnel et un peu mythologique. Ça peut être soit un vaisseau alien ou un trident jeté par une divinité. Après, je laisse les gens imaginer ce qu'ils veulent...

On sent que l'album a donc un côté bande originale : quelles BO t'ont influencé ?
Il y a plein de bandes originales qui m'ont vraiment influencé. Ce que j'aime bien dans les bandes originales des années 60 et 70 c'est qu'il y a ce principe d'avoir un thème mélodique récurrent qui est arrangé de pleins de manières différentes pendant tout le film. C'est un exercice de style qui m'amuse. Même à l'intérieur d'un morceau, il peut y avoir un thème qui est présent pendant tout le morceau mais tout ce qui passe autour change et évolue et ça crée des variations d'ambiance. Ça change la perception de la mélodie.

« On a fait un tiers du nouvel album de Justice »
Si tu avais pu en composer une, ce serait laquelle ?
Il y a des bandes originales qui sont des véritables sources d'inspirations... Je pense à celle de "La planète sauvage" composée par Alain Goraguer, celle de "Cannabis" par Serge Gainsbourg avec Jean-Claude Vannier, celle des "Incorruptibles" par Ennio Morriconne... J'aime bien cette façon d'écrire qui est très européenne parce qu'elle découle un peu de la musique classique, c'est entre le maximalisme et l'économie de moyen où avec peu de notes, ils arrivent à faire passer l'auditeur par tout un tas d'émotions différentes.

Je t'aurais bien vu sur la bande originale d'un John Carpenter, comme "New York 1997"...
Ouais ! Après, chez Carpenter il y a quelque chose qui est peut-être un peu plus froid, un peu plus sombre mais il reste une grosse influence pour Justice. Notre morceau "One Minute To Midnight" est directement influencé de Carpenter. Après, c'est aussi des évolutions : on peut attiré par des choses des années 80, puis on remonte dans le temps en faisant 70, 60, 50... Ça marche toujours par phase !

Avec Xavier, avez-vous déjà commencé à travailler sur un nouvel album de Justice ?
On a commencé il y a un petit moment et on est pas mal avancé dans le processus. Je sais pas dans combien de temps on le finira mais on est presque à un tiers du travail. Avec une sortie plutôt en 2022, j'espère.
Théau BERTHELOT
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