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Festival
jeudi 16 avril 2020 18:20

Coronavirus : l'avenir des festivals français en danger ?

Face à leur annulation massive, les festivals d'été vont faire face à des complications financières. De plus, la menace de rachats plane sur certains d'entre eux et les rares événements non annulés craignent pour leur futur.
Crédits photo : Romain Bassenne
« Les grands festivals et événements avec un public nombreux ne pourront se tenir au moins jusqu'à mi-juillet prochain ». Cette phrase prononcée par Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée lundi soir a sonné le glas de nombreux festivals. Main Square, Eurockéennes, Beauregard, Solidays... En quelques heures, des dizaines d'événements ont été contraints d'annuler leurs éditions estivales, l'une des décisions les plus difficiles qu'ils ont eu à prendre, répètent les organisateurs. Mais la perspective d'une saison blanche est très risquée, financièrement parlant, pour de nombreux festivals.

590 millions d'euros de manque à gagner


C'est notamment le cas des Eurockéennes de Belfort. « Cette annulation pose aujourd'hui de lourdes questions sur l'avenir du festival (...) Soumises à une équation, les Eurockéennes souffriront durablement de cette année noire. En 32 ans d'existence, le festival s'est déjà relevé de crises météorologiques, sociales et économiques. Il fait face aujourd'hui au plus grand défi de sa carrière » peut-on lire dans le communiqué annonçant l'annulation. Les organisateurs du festival du Grand Est avaient déjà dénoncé « une augmentation de 800% du budget » accordé à la sécurité depuis quelques années. Et le festival aurait des retombées économiques de 12 millions d'euros en trois jours, une somme dont il sera privé cette année. Les Vieilles Charrues accusent de leurs côtés des pertes estimées à 7 millions d'euros. « La pérennité du festival est en jeu, mais le plus important est la santé du personnel, des bénévoles et des festivaliers » explique au Monde son directeur Jérôme Tréhorel. Même son de cloche pour Ben Barbaud, fondateur du Hellfest, dont les pertes s'élèvent à 2 millions d'euros : « Si nous avions commencé à monter les chapiteaux, il aurait fallu débourser 10 millions d’euros. L'hémorragie a été stoppée à temps ».


Selon une analyse commandée par le Prodiss, ces trois mois de confinement (du 1er mars à fin mai) généreraient 590 millions d'euros de manque à gagner pour l'industrie du spectacle. 37.900 personnes sont directement touchées par cette crise sanitaire et ses conséquences sur le secteur. « Ce coup d’arrêt risque d’avoir une incidence durable. C'est un secteur mixte (privé-public) et la plupart des festivals, même les plus réputés, ont une rentabilité faible ou nulle » indique Emmanuel Négrier, directeur de recherches au CNRS, dans les colonnes du Monde .

"On peut s'attendre à des rachats"


De plus, une autre problématique se pose pour ces festivals français : celui d'un possible rachat. Depuis quelques années, de grands groupes comme AEG (Rock en Seine) ou Live Nation (Lollapalooza) se sont installés dans le paysage estival français, provoquant une « concurrence » de plus en plus « tendue » : « Cyniquement, on peut s'attendre à des rachats, des concentrations si les pouvoirs publics n'arrivent pas réarmer financièrement les festivals ». Si de nombreux événements sont financés par des mécènes ou par la ville qui les accueille, ils sont devenus une énorme manne financière pour les artistes. « Il y a cinq ans, la moitié des rémunérations des artistes de musique du monde ou des formations de jazz provenait de ce biais, et les festivals constituaient plus du tiers des revenus des artistes des ensembles classiques » précise Emmanuel Négrier.

"Pas un seul groupe international ne tournera en France cet été"


Face à cela, le ministre de la Culture Franck Riester a tenu à temporiser les acteurs du secteur en augmentant le fonds de solidarité accessible aux artistes auteurs de 1 à 7 milliards d'euros. Mais les organisateurs des festivals prévus du 15 juillet à la fin août restent dans le flou, entre la possible tenue ou non de leurs événements et la venue, peut-être compromise, des têtes d'affiches. Une situation que résume Paul Langeois, directeur du festival de Beauregard qui est déjà annulé, à Ouest-France : « Pas un seul groupe international ne tournera en France cet été et même certaines tournées d’automne semblent compromises. On annule leurs contrats. Mais il faut que tout le monde soit solidaire. Une bonne partie des groupes programmés devrait jouer l’an prochain. En 2021, on absorbera deux ans de charges pour une seule recette ».

Et ce, sans compter les conflits avec les assureurs. Comme indiqué dans son communiqué d'annulation, le Hellfest s'est engagé dans un bras de fer contre son assureur qui refuse catégoriquement de couvrir les pertes financières, de l'ordre de plusieurs millions d'euros. « Notre chère compagnie d'assurance démontre à qui en doutait encore, qu'il est plus facile de payer des primes de contrat plutôt que d'obtenir réparation pour des préjudices censés être couverts : ALBINGIA nous a adressé une fin de non-recevoir sous prétexte que ce "type" de pandémie ne rentrait pas dans les termes de notre police d’assurance » peut-on lire dans le communiqué, qui adresse un « Fuck You » à la compagnie. « Les assurances vont contester les demandes d’indemnisations et, à moins de partir en guerre contre elles, je crois qu'il ne faudra pas trop compter dessus » explique à 20 Minutes Gérard Pont, directeur des Francofolies et du Printemps de Bourges. Le message est passé !
Théau BERTHELOT

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