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Interview
dimanche 06 mai 2012 10:00
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Soprano & REDK en interview : "Le rap, c’est le reflet de la société."

Ils ont un message à faire passer mais veulent éviter de tomber dans l’écueil des clichés. REDK et Sopano ont alors souhaité se retrouver sur un seul et même album pour donner leur point de vue sur l'avancée du monde, parlant aussi bien de leur personnalité "A plumes ouvertes" que de politique. Au détour de jeux de mots en rapport avec François Hollande et Nicolas Sarkozy, ils tirent la sonnette d'alarme sur la situation qui mine la cité phocéenne. Le fruit de leur collaboration : un album de douze morceaux intitulé "E=2MC's". Ont-ils trouvé la bonne formule ?
Crédits photo : DR.
Plus populaire que REDK, Soprano, on t’a vu travailler sur beaucoup de projets l’an dernier. Est-ce un besoin pour toi d’être, j’ai envie de dire, hyperactif ? (Jonathan Hamard, journaliste)
Soprano : Le besoin de créer, c’est clair que je l’ai. Après, ce qu’on oublie de dire, c’est ce que ce n’est pas moins qui vient toquer à la porte des autres. Les artistes m’appellent et, il est vrai que les morceaux que l’on chante ensemble, ce sont souvent ceux qui passent à la radio et que l’on va clipper. Et je dois t’avouer qu’il y a beaucoup de projets que j’ai refusés. J’ai dû dire non à beaucoup d’artistes même si j’ai en moi cette envie, même ce besoin, de créer. J’aime trouver de nouveaux concepts, essayer de nouvelles choses. J’ai besoin de faire constamment quelque chose de nouveau. Parce que, faire toujours la même chose, c’est aussi ne jamais prendre de risques.
« J’ai besoin de faire constamment quelque chose de nouveau. »


Les nouveaux concepts ou les risques que tu dis prendre, c’est aller poser ton flow sur un titre de Mélissa Nkonda ou Corneille par exemple ?
Soprano : Et encore, c’est un peu dans mon créneau. On écrit des textes dans lesquels on retrouve un peu les mêmes choses. Je dis « risque » quand je parle du titre "Chérie coco" de Magic System. C’est quelque chose que tu ne trouveras jamais sur mes disques. Ou comme "C’est ma Life". Ce sont des projets pour lesquels on m’a appelé. "C’est ma Life", c’est un projet complètement funk qui m’a fait penser au groupe IAM qui a chanté "Je danse le Mia". On m’a demandé si je me sentais capable d’orienter un titre hip hop, urbain, dans quelque chose de funk. C’est là où je prends des risques, où je tente de nouvelles choses. Mais des titres comme "Nouveaux horizons" de Mélissa Nkonda ou "Au bout de nos peines" de Corneille, tu aurais pu retrouver dans l’un de mes albums.

N’est-ce pas aussi quelque part difficile de canaliser toute cette énergie et toutes ces envies. D’autant plus lorsque l’on travaille à deux sur un même album, comme celui que tu partages avec REDK ?
Soprano : Tu ne peux pas imaginer toute l’organisation qu’il y a derrière. Entre nos plannings, l’organisation du travail, de la famille, etc… Après, et REDK te le dira aussi bien que moi, nous travaillons avec des gens que l’on connait depuis maintenant vingt ans. Donc c’est aussi une autre façon de travailler qui devient forcément plus agréable. On n’envisage plus du tout les choses de la même manière. On essaie simplement de faire attention à gérer l’essentiel.

J’en viens à vous demander quelles sont vos relations. Depuis quand vous connaissez-vous ? Ou vous-êtes vous rencontrez ?
REDK : On se connait depuis pas mal de temps maintenant. On a débuté quasiment à la même période si je ne dis pas de bêtise. C'est-à-dire au début des années 90. On s’est régulièrement croisé sur des plateaux et puis nous avions un rendez-vous dominical. Nous nous retrouvions le dimanche dans un local que nous avions aménagé pour pouvoir rapper dedans. Et depuis, chacun évolue de son côté. Lui avec le parcours qu’on lui connait, et moi je fais partie d’un groupe qui s’appelle Carpe Diem. Et le parcours qu’on lui connait aussi (sourire). Jusqu’à travailler avec le label de Soprano.
Soprano : Nous avons monté un label qui met en œuvre des moyens financiers ou promotionnels pour faire connaître des groupes comme Carpe Diem, qui est connu à Marseille mais beaucoup moins dans le reste de la France. Le but étant, tu l’auras compris, de lui donner une assise nationale.

Ce projet d’album en duo est une opportunité pour toi REDK. Comme on l’évoquait au début de notre entretien, la popularité de Soprano est beaucoup plus importante à ce jour.
REDK : Bien évidemment. On ne va pas se voiler la face, c’est carrément un tremplin. Soprano a cette onde positive qui se dégage autour de lui, et il en fait profiter aux artistes qui sont sur son label. C’est quelqu’un de bien intentionné et qui fait ça par amour. Il réunit autour de lui.

Trop peut-être. C’est la critique qu’on pourrait lui formuler. De ne pas avoir de cohérence entre ses différents projets.
Soprano : Comme je te l’ai dit, ce n’est pas moi qui demande de travailler sur tel ou tel featuring. On vient me chercher. Je ne dis pas que je vis comme quelqu’un de reclus dans mon studio. Je reste quelqu’un de convivial et vois beaucoup d’artistes. On peut passer un bon moment ensemble sans que soit question de featuring ou autre. Mais si l’on me demande de créer quelque chose à deux, j’y réfléchirais et n’exclurais pas la proposition. Quand je peux le faire, je le fais. Sinon tant pis. Peut-être à l’inverse que certains ont profité de ma lumière en partageant un feat. Je ne sais pas. Pas tous, heureusement.



Votre premier album en duo s’intitule "E=2MC’s". C’est de l’algèbre de rappeur…?
Soprano : C’est une référence à la formule d’Einstein « E=MC2 ». C’est la formule qu’on a cherché pendant des années et que personne n’a trouvé pour expliquer l’énergie. Et bien nous, nous avons voulu montrer que nous avons aussi cherché longtemps pour trouver une bonne formule. Parce qu’on se connait depuis longtemps comme on l’a dit. Pour ceux qui ne le savent pas, un MC est un rappeur, un maître de cérémonie. Nous sommes la formule gagnante !
« C’est un projet qui s’est fait sur un coup de tête. »


Aucun rapport avec Mariah Carey donc !
Soprano : Non ! (sourire)

L’an dernier, nous avons pu entendre deux projets de duos entre des rappeurs. Il y a eu Jay-Z et Kanye West pour "Watch The Throne" puis Eminem et Royce Da 5'9' qui ont formé le duo Bad Meets Evil. Est-ce que ces projets vous ont inspirés ?
Soprano : C’est vrai que ces rappeurs ont été novateurs dans leur volonté de vouloir sans cesse dépasser les frontières. Ils ont essayé beaucoup de choses. Et nous, nous l'avons fait pour nous amuser. Nous n’avons aucun autre objectif derrière. REDK et moi sommes des amoureux du flow, des amoureux de la musique. L’album a été enregistré en vingt jours. Nous avons donc travaillé de manière très intensive. Quand nous étions en studio, nous avons vraiment travaillé ensemble pour tenter de trouver la bonne rime, le bon refrain la bonne punchline, de trouver le côté plus ouvert, le côté plus conscient… Il fallait aussi trouver la bonne association pour que l’on retrouve nos deux univers. Il fallait que l’on puisse aussi trouver les bonnes portes pour laisser entrer le public dans notre projet. Comme l’ont fait Jay-Z et Kanye West où l’on reconnait chacun leur univers. Mais notre album ressemble davantage à celui d’Eminem et Royce Da 5’9’. On était plus dans ce délire.
REDK : Et puis, en France, de mémoire, ce n’est pas quelque chose de commun. On a jamais vu deux rappeurs faire un album ensemble comme là. C’est une manière d’être original. C’était un défi aussi.

Vous n’avez eu que seulement vingt jours pour travailler sur cet album. Vous n’aviez pas d’autres choix ? Etait-ce aussi là une envie ou simplement un défi ?
R.E.D.K : Parce qu’on n’avait pas le choix !
Soprano : C’est un projet qui s’est fait sur un coup de tête. C’était vraiment un coup de cœur. Nous avons tous les deux beaucoup de projets sur lesquels nous travaillons chacun de notre côté. En ce qui me concerne, je travaille sur le prochain album de PSY 4 de la Rime, lui sur son premier album solo.

« Nous ne sommes pas des rappeurs conscients mais nous avons une conscience. »
Pas d’album solo pour toi ?
Si. Je travaille dessus aussi. Il sortira en 2013. Donc le temps était réduit pour ce projet qui nous tenait à cœur. On a eu ce créneau-là. On n’a pas hésité plus longtemps. On s’est lancé dans l’aventure et la pression a fait que nous avons aussi pu ressortir certaines choses.

Vous expliquez que vous avez dû vous adapter pour des contraintes de temps. Mais c’est aussi d’autres contraintes de travailler à deux sur un même disque je suppose.
REDK : C’est totalement différent. Pour ma part en tout cas. Parce qu’avec mon groupe, on a toujours travaillé avec des deadline assez éloignées. On avait toujours un temps pour trouver les thèmes, l’enregistrement, et ainsi de suite. Or, là, il fallait trouver la bonne instru, les bonnes paroles, le bon son… Taper dans le mille très rapidement. Au début, j’ai eu une petite appréhension. Et puis au final, on s’est mis d’accord assez rapidement sur les choix qu’il fallait faire.
Soprano : Je dois avouer aussi que lorsque tu travailles en vingt jours, il y a les inconvénients qui vont avec. Il y a des choses que tu laisses passer et que tu ne laisserais pas passer habituellement. Ce sont des petits détails mais ça fait partie du jeu.

Seriez-vous d’accord pour dire que c’est un album est un disque contestataire ?
Soprano : En général, beaucoup d’albums rap sont comme-ça. Nous ne sommes pas des rappeurs conscients mais nous avons quand même une conscience. On va dire les choses comme ça pour ne pas s’imposer un lourd fardeau de clichés. Quand on écoute un morceau comme "Meskine", on est totalement dans l’égotrip. Mais c’est fait exprès. C’est pour s’amuser. C’est comme un combat de karaté où tu as deux sportifs qui vont se saluer pour commencer. Puis ils vont s’appréhender, se tester, se donner des coups pour essayer de se faire tomber l’un l’autre. Mais ce n’est pas violent. C’est une culture du combat. On ne veut pas du tout avoir cette étiquette de rappeur conscient. On ne veut pas que quelqu’un pense cela et qu’il tombe par la suite sur un morceau comme "Meskine". On essaie d’expliquer qu’on est des personnes conscientes. Dans un morceau comme "J’ai vu", on va évoquer la perte du AAA, la pédophilie qui passe comme si c’était naturel.

Tu cites le AAA. A l’écoute de certains textes, on ressent vraiment que cet album a été écrit très récemment car il colle réellement à l’actualité.
Soprano : Bien sûr.

Regardez le clip "Meskine" de Soprano et REDK :



Et qui dit actualité dit élection. Trois des candidats à l’élection présidentielle sont cités ou simplement évoqués par le biais d’images dans différents titres. C’est le cas de Marine Le Pen, de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Est-ce une manière de faire part de votre opinion politique à tous les deux ?
Soprano : Ça, on ne l’a pas fait exprès. On était tellement dans le vif que nous avons fait ressortir tout ce qu’il y avait dans nos têtes. On s’est effectivement aperçu que la politique et les élections tenaient une grande place dans nos esprits.
REDK : François Hollande et Nicolas Sarkozy sont des personnages fortement exposés, médiatiquement parlant. Nous exposons notre point de vue mais ce n’est pas véritablement une prise de position.
« Donner l’origine ou les confessions d’un tueur, ce n’est pas une bonne idée. »


Effectivement. Vous brouillez les pistes.
Soprano : Oui. Comme par exemple lorsque l’on parle de François Hollande. On fait un jeu de mot avec son nom de famille. Ça ne veut pas dire que l’on est pour ou contre Hollande. Comme tu le dis toi-même, on brouille un peu les pistes. Après, on n’a pas pu parler de toute l’actualité politique. Les attentats de Toulouse ne s’étaient pas encore produits.

Justement. A plusieurs reprises dans cet album, vous rappelez l’amalgame qui est trop souvent fait entre l’Islam et le terrorisme.
Soprano : L’album a été écrit avant l’affaire du terroriste de Toulouse. Mes propos sont donc justifiés en quelque sorte par le traitement médiatique que l’on a pu voir au sujet de cette affaire. Je le vois à Marseille. Il y a régulièrement des descentes de Police. Ils arrêtent des personnes et elles sont d’emblée présentées comme d’éventuels terroristes alors que ce sont des personnes qui n’ont jamais rien fait.
REDK : Mais malheureusement, nous ne pourrons pas y échapper. Attention, il ne faut pas faire l’amalgame entre islam et islamiste. Mais, à partir du moment où l’on prononce cette phrase, on confond déjà les deux. Même si la démarche est involontaire. Je peux me tromper, mais j’ai l’impression que dès qu’une personne se ballade en djellaba, elle devient suspecte. Mais, encore une fois, je peux me tromper.
Soprano : Pour te donner un exemple. Quand je prends mon téléphone et que j’appelle l’un de mes amis. Je vais automatiquement dire salam alikoum. Sauf que maintenant, depuis l’attentat terroriste, dès que je suis dans la rue et que je parle au téléphone, je gamberge. Ça veut dire que nous-mêmes avons peur de ce que les autres vont pouvoir penser de nous.
REDK : Je pense que donner l’origine ou les confessions d’un tueur, ce n’est pas une bonne idée.

Le dernier titre de l’album "E=2MC’s", "A plumes ouvertes", condense beaucoup d’éléments et thématiques relatifs aux sujets parfois graves, qui font l’actualité. Tout y passe, tout ce qui mine la société à l’heure actuelle. Un outro comme celui-là laisse un arrière goût d'album pessimiste. On se demande ce que nous réserve l’avenir. Et il semble bien sombre.
Soprano : Nous sommes de Marseille. Et pour être honnête, ce n’est pas la joie là-bas. Le climat est tendu. Et nous ne pouvons pas fermer les yeux là-dessus. Il fallait le pointer du doigt. Le but était de tirer sur la sonnette d’alarme en espérant que certains entendront ce titre et se poseront les bonnes questions. Est-ce que tu trouves normal que chez nous, des jeunes de dix-neuf ans se fassent tuer à coup de balles perdues ? On dirait les Etats-Unis des années 50. C’est devenu trop commun. Il y aussi ce besoin de lâcher cette pression de vivre dans une société comme celle-là. Alors on a crevé l’abcès. Et encore, on s’est retenu.
REDK : J’ai l’impression que c’est aussi le reflet de notre société. Qu’est-ce que tu as quand tu allumes la télévision ? Des assassinats, des guerres… Je suis tellement désolé de tout ça que je n’allume même plus la télévision. Ça tire le discours vers le bas. Le rap, c’est le reflet de la société.
la Redaction
Pour en savoir plus, visitez soprano-lesite.fr et sa page Facebook.
Ecoutez et/ou téléchargez l'album "E=2MC's" sur Pure Charts.
Regardez le clip "Avant de s'en aller" de Soprano et REDK :

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Invité
le 07/05/2012, 20:56
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Invité
le 07/05/2012, 20:59
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Invité
le 10/05/2012, 12:17
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Une bonne interview
Invité
le 10/05/2012, 13:56
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des idées claires et réalistes....belle interview.
Invité
le 19/07/2012, 17:29
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Le rap n'est pas le reflet de la société mais d'une société...dire que la jeunesse se résume à ça c'est ridicule!

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