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C'est dit !
samedi 21 novembre 2020 11:15

Patrick Fiori en interview : "Chanter, être utile, je suis fait pour ça"

Patrick Fiori vient à la rencontre du public sur son nouvel album "Un air de famille" et le concert virtuel qu'il vient de mettre en place pour pallier la fermeture des salles. De la crise qui frappe le monde du spectacle à ses collaborations avec Florent Pagny et Jean-Jacques Goldman, le chanteur raconte sa drôle d'année, en toute simplicité.
Crédits photo : Eric Vernazobres
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Vous vous lancez dans l'exercice du concert virtuel alors que les salles de spectacles sont toujours fermées. C'est une première pour vous ! Comment vous est venue cette idée ?
C'est une première que j'ai monté en 24 heures. Je suis parti dans cette idée là en essayant de contrer tout ce qui peut malheureusement nous arriver et nous tenir en cage, cette rupture de la culture, cette rupture des gens qui accompagnent les artistes depuis tellement longtemps. Ce mec de scène que je suis ne pouvait pas laisser place au silence. Ce n'était pas possible. Comme je déteste qu'on m'arrache des gens et des choses que j'aime, j'ai imaginé cette soirée, je me suis dis pourquoi ne pas prendre le risque d'essayer puisque la technologie le permet, avec cette bande-passante qui peut accueillir des milliers de personnes et dans ce théâtre-là, qui s'appelle l'Apollo Théâtre.

« Dans cette aventure, tout est fait avec générosité »
C'est un acte militant, presque...
J'ai envie de chanter pour les gens mais aussi de penser aux intermittents du spectacle. Je ne vous la fais pas à l'envers, je ne suis pas un garçon de compétition, je ne pleure pas dans les chaumières. J'essaie de trouver des solutions quand on se dit "c'est pas possible". Je voulais faire travailler les copains, les amis musiciens qui me font confiance depuis 20 ou 30 ans. Leur dire "non, ce n'est pas fini". Bien sûr la situation est compliquée pour les chanteurs, mais pour les gens qui font ce métier-là dans l'ombre, pour ceux qui nous mettent en lumière, c'est une horreur. Si cette idée-là fonctionne, pour moi et pour d'autres artistes, peut-être que ça sera une manière provisoire de faire vivre les intermittents du spectacle dans cette industrie du disque et ce monde culturel dont je fais partie. Ce n'est ni exceptionnel ni transcendant ce que je propose. Simplement, ce rendez-vous là peut exister au travers de ces outils : profitons-en. Profitons-en pour se faire plaisir un moment, pour s'accompagner encore un peu, pour grandir et pour être heureux le temps d'un concert, même si ce n'est pas pareil. C'est une première pour le public et pour moi, une histoire tout nouvelle et toute neuve qu'on vivra ensemble.

Ce type de concert, ça aide à préserver le lien avec le public même s'il n'est pas présent ?
Il a dû se passer beaucoup de choses entre le moment où on s'est quitté sur scène et le moment où nous allons nous retrouver, dans ce contexte particulier. J'ai envie de savoir ce que les gens deviennent, comment ils vont. On sait comment évolue la situation par rapport à ce qu'on entend dans nos écrans et les radios, mais moi je veux savoir ce qu'ils ont dans le coeur. L'album s'appelle "Un air de famille", je ne peux pas passer à côté ! C'est important. Pour le concert, on a mis en place un dispositif avec 10 personnes qui sont dans les écrans autour de moi en permanence, avec qui je peux entrer en interaction. Et une séance de questions-réponses, avec des questions posées par les internautes sur les réseaux sociaux qui me sont transmises sur scène. Dans cette aventure, tout est fait avec beaucoup de générosité. Je suis peut-être un des premiers artistes français à faire ce type de concert, mais je sais sûrement que je ne serai pas le dernier.

Regardez le clip "Un air de famille" :



« Je suis de ceux qui trouvent des solutions »
Quel est votre sentiment vis-à-vis de la crise sanitaire et de la situation délicate des artistes, notamment par rapport à la scène ?
La situation actuelle, je ne la vis pas bien. C'est pour ça que j'essaie de trouver des solutions à mon échelle. Plus on nous pousse dans nos retranchements, plus on nous met dans un coin, plus on va se faire entendre. Mon cri de guerre passe par la musique. Le "click and collect" existe, ne l'oubliez pas ! Que ce soit dans les grands magasins ou les petits commerçants, par internet, on peut encore commander des CDs et soutenir son artiste préféré. Je suis allé faire mes courses comme tout le monde avec ma dérogation dans les magasins. Je vous jure, quand j'ai vu les disques et les livres bâchés, ça m'a retourné la tête. Je me suis dit : ce n'est pas possible. C'est une vision inacceptable. On est tous dans la merde. Je ne suis pas de ceux qui se plaignent, je suis de ceux qui trouvent des solutions

Dans votre nouvel album ''Un air de famille'', vous vous penchez sur les liens qui nous unissent en tant qu'humains. Dans le contexte actuel, ce n'est évidemment pas anodin. Ça vous tenait à coeur d'aborder cette thématique-là ?
C'est quand on décide de s'unir qu'on devient plus fort. Que ce soit en famille, en amitié ou en amour, les liens humains sont ce qui nous constitue. Avec le temps, je m'aperçois que ma famille à moi est la même que celle des autres. (Sourire) On a rien de commun mais tout de pareil. On a tout de différent mais on est les mêmes. Il y a toujours des histoires de famille dans le coeur des gens, des sentiments, du bonheur, des amants cachés, des choses qu'on apprend sur le tard, comme des vagues qui se répercutent de génération en génération, des souvenirs qui se transmettent comme une photo qui se dépose sur la table. Ce sujet me tient vraiment à coeur et il est né avant le confinement. En observant les gens, ce que je fais beaucoup, je me suis dit que ce titre, "Un air de famille", était approprié. Pour remettre un peu les compteurs à zéro et dire qu'au fond, on est tous un peu les mêmes.

« Il est dur à attraper, Florent ! »
Votre duo avec Florent Pagny "J'y vais" rencontre un franc succès. Il paraît que vous lui aviez couru après pendant 10 ans ! Ça, c'est de la patience !
Il est dur à attraper, Florent ! (Rires) Je suis très patient. J'avais l'intime conviction qu'il fallait qu'on fasse quelque chose ensemble. Je n'arrêtais pas de lui dire : "Un jour, il faudra qu'on grave une chanson dans le marbre". Pas seulement faire un duo pour une télé ! Je voulais chanter avec lui, déjà parce que je l'apprécie beaucoup. C'est vraiment quelqu'un... Je ne vais pas dire le mot fan mais on en est pas loin. Il savait que je voulais chanter avec lui depuis longtemps, je pense qu'il attendait la bonne chanson. Une fois que je l'ai eue en mains, j'ai réussi, et croyez-moi ce n'est pas une mince affaire, à le choper au téléphone entre la Patagonie, le Portugal ou la France. D'habitude il prend le temps de la réflexion mais à peine cinq minutes après, il m'a rappelé et m'a dit : "J'y vais. J'embarque avec toi". Quand on aime, on ne compte pas ! Moi je n'ai pas compté les années. Et j'ai la chance que ce très beau duo soit sur l'album. Il y a une grande sincérité entre nous, il ne peut pas y avoir de compétition. Les gens n'arrivent pas toujours à expliquer les choses mais dans ce morceau, je crois qu'ils ressentent l'envie et le plaisir qu'on prend à chanter ensemble.

Regardez le clip "J'y vais" avec Florent Pagny :



Dans ''Nous ne le savions pas'', vous chantez « un monde presque oublié où les grand-mères embrassaient les enfants ». Comment est née cette chanson qui parle du coronavirus, écrite par Jean-Jacques Goldman ?
Ce titre, je ne m'y attendais pas. Prendre ce thème de l'épidémie, du virus, pour en faire une chanson n'est pas une simple. Je pense qu'il va y avoir des milliers de chansons qui vont naître sur ce sujet, des séries entières, des films, car il faut soigner les gens d'une manière artistique. Quand j'ai reçu cette chanson-là, j'ai compris. J'ai tout compris. Pourquoi c'était important de parler, non pas du coronavirus, mais de ce que ça nous fait vivre et endurer. Pour moi, il n'y a qu'un mec qui pouvait le faire. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il allait me le faire chanter. Je ne sais pas si ça va lui faire plaisir, et ce n'est pas grave d'ailleurs, mais j'ai eu le sentiment qu'il me prêtait cette chanson. Elle a une place très particulière dans cet album. Et elle va avoir une vie très particulière aussi, je peux vous le dire. Je vais réfléchir à la bonne idée pour accompagner cette chanson, elle mérite un écrin. Avec Jean-Jacques, ça fait presque 18 ans qu'on collabore ensemble. A chaque fois c'est du cousu-main. Là, c'est de l'orfèvrerie.

« Ma rencontre avec Goldman ? Une chouette histoire »
La fidélité de Jean-Jacques Goldman, vous la prenez comme une belle preuve d'amitié ?
La fidélité tout court, en fait. Que ce soit de Jean-Jacques Goldman, Zucchero ou feu Johnny Hallyday. Ce métier-là je le fais pour l'éternité parce que j'aime chanter, j'aime être utile et j'aime défendre ce qu'on me prête. L'amitié que l'on se porte avec Jean-Jacques est précieuse à mes yeux, autant que l'amitié que mon pote Ange qui est à la paillote. Vous voyez ce que je veux dire ? On fait de la musique, mais on ne fait pas que de la musique. Il y a la vie. Et la vie a une place encore plus grande que la musique. L'amitié c'est fort, c'est puissant.

Vous vous souvenez de votre première rencontre avec lui ?
Bien sûr ! C'était par le biais d'une lettre. Lorsque je devais avoir 19 ans, j'avais envoyé 400 ou 500 lettres à tous les producteurs, artistes, chaînes de télé et maisons de disques. Ça m'avait coûté une fortune en timbres ! On n'avait pas les moyens mais on s'était débrouillé. Papa avait fait un peu plus de déménagements que d'habitude. (Sourire) Et vous savez quoi ? La seule réponse que j'ai reçue, c'était celle de Jean-Jacques Goldman. C'est dingue. J'ai encore la lettre, je la garde précieusement ! A l'époque il bossait pour Céline Dion, Khaled... Il m'a dit non, bien sûr, mais il m'a expliqué pourquoi, en me disant : "J'espère que vous trouvez des auteurs-compositeurs à la hauteur de votre voix". Les années ont passé et nous nous sommes retrouvés aux Restos du coeur, quand on est arrivé avec Garou pour chanter "Belle", en plein phénomène "Notre-Dame de Paris". Moi les Restos du coeur, je connaissais bien parce qu'on y participait avec mes parents. Et dans les coulisses, je reparle de cette fameuse lettre à Jean-Jacques. Il me répond "Ah bon ?" d'un air étonné, un peu gêné peut-être. Comme il savait que je voulais travailler avec lui mais que je n'allais pas oser lui demander, comme plein de gens peuvent être pétrifiés devant un mec comme lui, il s'est approché de moi gentiment et il m'a tendu un petit papier arraché d'une table avec son numéro dessus, en me disant : "Si tu as envie de m'appeler, si tu besoin de quoi que ce soit, je suis dans le coin". C'était il y a 18 ans. C'est une chouette histoire. Goldman, Johnny Hallyday, Gérard Lenorman... Ça a été mon école, et j'ai fini par collaborer avec eux ! Y'a pas de chansons pour faire des chansons. Il y a toujours eu un lien, pour donner du corps et de l'âme. Et la preuve, c'est plus facile d'en parler : je ne m'arrête plus. (Rires)




Chanter les mots de votre femme Ariane Quatrefages, dans un album qui parle de la famille, j'imagine que ça revêt une signification pour vous ?
Elle écrit magnifiquement bien. Et elle a été mise au même rang que les autres, je n'ai pas fait de favoritisme. Je suis un garçon plutôt sympa mais quand on parle d'un album et de chansons pour les gens, pas de quartier ! Personne ne passe entre les mailles du filet. (Rires) Je lui dois "Ma solitude", qui parle de ce que je vis dans mon métier sous un angle différent. La solitude d'après concert par exemple, quand je rentre à l'hôtel là où je me "déconstruit", fatigué et lessivé, avant de me reconstruire pour le concert d'après. C'est un silence très pesant mais indispensable, le moment où l'on s'échappe un peu, le regard dans le vide, en ne pensant à rien. Ça aurait pu tomber dans le pathos, rendre le truc un peu fleur bleu, mais pas du tout. Avec ces arrangements stingesques, très dépouillés... C'était intéressant d'avoir une chanson comme celle-ci dans l'album.

« "The Voice" ? Ça va être la guerre ! »
Entre votre concert virtuel, votre album, "The Voice Kids", votre livre pour enfants, votre téléfilm bientôt diffusé sur France 3, on ne vous a jamais autant vu dans l'actualité !
Et vous oubliez la préparation du spectacle des Enfoirés pour les Restos du coeur ! (Sourire) Je me régale, j'adore ça. J'ai tendance à mettre un gros coup d'accélérateur quand la situation l'exige et en ce moment, dans ce contexte particulier qui me cause beaucoup de soucis comme tout le monde, qui me fait peur aussi, je veux montrer que ça ne m'empêche pas d'avancer. J'ai encore la tête et la voix, je m'en sers !

Voir que le public est toujours au rendez-vous après 25 ans, ça vous inspire quoi ?
C'est à la fois incroyable et surprenant. Quand j'ai décidé en 24 heures de faire ce livestream, j'ai halluciné sur le nombre de gens qui sont allés cueillir le billet. Ça s'est passé très vite et dès le premier tweet, le public a suivi. Chanter, être utile : je suis fait pour ça. Je suis un bâtisseur et ce métier me permet de le faire à ma façon.

Vous serez coach pour la saison anniversaire des 10 ans de ''The Voice'' l'année prochaine. Vous allez passer de candidats enfants à des candidats adultes. Comment appréhendez-vous l'exercice ?
Mais je n'attendais que ça ! (Rires) Ça fait des années que je dis à la production que si un jour, une place se libère, je suis dans le coin. Ils ont leur manière de fonctionner, ce que je comprends très bien, mais ça y est : c'est arrivé. En plus c'est chouette car c'est vraiment pour la saison anniversaire. C'est une première mondiale, il y aura cinq fauteuils rouges au lieu de quatre. Le cinquième, c'est moi ! Je suis super heureux de retrouver Jenifer, Zazie, MIKA et Florent. Y'a du lourd. Mais attention : ça va être la guerre. Je ne ferai de cadeau à personne ! Même si j'adore tous ces artistes, ils ne sont pas prêts. Vous n'êtes pas prêts...
Yohann RUELLE
Pour en savoir plus, visitez patrickfiori.net, ou le Facebook officiel de Patrick Fiori.
Écoutez et/ou téléchargez le nouvel album de Patrick Fiori, "Un air de famille".
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