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Interview
dimanche 13 mai 2018 19:00

Mlle Eva en interview : "Être DJ, c'est une vie rock'n'roll"

Avant d'embraser la soirée Orange qui s'est déroulée samedi soir en marge du Festival de Cannes, Mlle Eva a répondu aux questions de Pure Charts pour raconter son parcours, répondre à un quizz musical, évoquer la place des femmes dans le monde de la nuit et revenir sur la disparition d'Avicii.
Crédits photo : Orange
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Comment tu es devenue DJ ?
A la base, je suis architecte d'intérieur. (Rires) Rien à voir avec le mix ! Mais j'ai toujours été mélomane. Petite, je passais les vinyles de mon père. J'ai vraiment débuté comme ça, par passion de la musique, puis petit à petit, j'ai commencé à mixer à droite à gauche pour des amis et je me suis fait repérer par un agent. C'est comme ça que j'ai complètement changé de voie et que je me suis lancée là-dedans à temps plein. Je suis pas loin des 10 ans de carrière. Je me souviens un jour j'étais au Queen et j'étais tombée sur cette fille qui mixait, DJ Roussia. Je trouvais ça fou. J'étais allée lui parler et elle m'avait dit "Écoute, si vraiment c'est ton kiff, demain tu vas t'acheter des platines, tu t'y mets, tu bosses et ça paiera". Voilà comment tout a commencé.

La transition a été facile ?
Franchement, oui. De toute façon il fallait vite que je fasse un choix parce que les lundi matins, j'arrivais au boulot après un week-end à mixer, j'étais pas très productive ! Vivre de sa passion, voyager dans des beaux endroits comme ici à Cannes, c'est plutôt agréable. (Sourire)

Quel est le premier disque que tu as acheté ?
Mon premier vinyle c'était Didier Sinclair, "Lovely Flight". Il est malheureusement mort d'un cancer en 2008. C'est lui qui a lancé toute la scène radio FG.

Tu t'es mise à l'électro tout de suite ?
Oui ! Moi j'étais plus dans la scène un peu plus pointue, j'étais très fan de Carl Cox et de Laurent Garnier. Très Daft Punk aussi. Après j'ai basculé vers la house, tech house... Dans cet univers-là. Ça a toujours été mon attirance.

« Un set dépend de l'énergie des gens »
Quelle est le meilleur morceau pour lancer un set ?
Pour moi il n'y a pas de morceau spécifique pour lancer un set. Ça dépend vraiment du public que tu as en face de toi, qui n'est jamais le même, et de l'endroit où tu vas mixer. De l'énergie des gens. Aucun de mes sets ne commencent par le même morceau, ils ne sont pas figés. Même si j'ai une ligne directrice, tout peut arriver. Je suis complètement en impro, c'est ce qui fait le fun !

Au quotidien, tu écoutes de l'électro aussi ? Tu chantes quoi sous la douche ?
Moi pour ma part, je n'écoutes pas du tout ce que je joue en set. (Sourire) Je peux écouter de la pop, du rap US... Je suis très musique française et variétés. J'adore ! Justement, j'aime bien aller piocher ailleurs pour avoir des inspirations autres et enrichir ma partie musicale. En ce moment, je suis très Juliette Armanet, qui a chanté durant la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes. "L'amour en solitaire".

Donc caler un Céline Dion pendant un set, ça passe crème.
A tout moment, elle sera toujours la bienvenue ! Il faut oser le tenter. (Rires)

Est-ce qu'il y a un morceau que tu as trop écouté...
En auto-saturation ? Tout à fait oui. Du genre "Despacito".

Ça fait partie des pires requests qu'on t'ait faites ?
Honnêtement dans mes sets clubs, quand je suis bookée, ce n'est pas pour ce genre de musique donc on ne me le demande pas. Après quand t'es dans une scène un peu plus "large", on a dû me le demander une fois mais c'était hors-sujet. Il y a des gens qui ne savent pas forcément quel DJ tu es.

Une musique dont tu as honte mais que tu adores écouter ?
K-Maro ! Un bon petit "Femme Like U". (Rires) Ça me rappelle des bons souvenirs avec des copains et copines, pour rigoler et faire des danses de la victoire.

La meilleure track pour chiller au bord d'une piscine ?
Depuis un moment, je suis très Russ, "My Baby". Ça passe super.

Tu mixes pour la soirée Orange au Festival de Cannes. Ça représente quoi pour toi ?
Je suis super contente d'être là cette année parce que c'est une édition très engagée, entre l'affaire Weinstein et le jury majoritairement féminin avec Cate Blanchett en tant que présidente et Kristen Stewart. Je suis fière d'y participer en tant que DJ femme. C'est super important.

« Être artiste, c'est comme un peintre face à une toile »
Tu as le temps d'aller au cinéma ?
Je suis très cinéphile, j'adore ça. J'ai aussi une vie en dehors du mix et dès que le temps me le permet, je fonce au cinéma. J'ai des goûts assez éclectiques, selon mes humeurs je peux autant regarder un truc très léger, comme "Larguées" dernièrement, ou un film plus dramatique. Par contre, je suis pas du tout film de science-fiction. Je fais partie du peu de gens dans le monde à ne pas regarder "Star Wars" ou "Le Seigneur des anneaux" !

D'après toi, le cinéma peut-il avoir une influence sur la musique ?
Bien sûr ! Pour moi, tout est source d'inspiration : musique, mode, faits divers... Tout est à prendre en compte, tout est lié. C'est important de s'intéresser à tous les domaines. Le dénominateur commun c'est l'émotion.

Une musique de film qui t'a marquée récemment ?
"Ce qui nous lie" de Cédric Klapisch. J'ai adoré la chanson chantée par Camélia Jordana.

C'est important d'associer l'image et le son ?
Ça dépend du style de la musique. Si on est dans la deep house, un clip n'aura pas forcément le même impact que pour une chanson pop par exemple. Ça dépend aussi le projet qu'on veut réaliser, je pense notamment aux mini-films de The Blaze, qui mise beaucoup sur la mise en scène. J'ai vu dernièrement "Viral et brutal", un clip qui m'a scotchée à mon canapé où le mec dénonce les armes aux Etats-Unis et tue des gens comme des dominos, à la manière de Childish Gambino dans "This Is America". Particulier et très choquant.



Revenons à ta musique. Tu produits tes propres morceaux, comment définirais-tu ton style ?
Moi je suis plutôt dans la deep house, nu disco et tech house. Dans ma production, j'aime qu'il y ait un vocal, je suis beaucoup plus dans la mélodie. C'est peut-être le côté DJ femme. Je travaille mes tracks sur un logiciel et je puise mon inspiration un peu partout. Là peut-être que je vais écouter des choses pendant le festival, rentrer chez moi et me mettre à bosser parce que j'aurais deux-trois notes dans la tête. Moi je compose comme ça. Comme un peintre face à une toile, selon l'état d'esprit du moment.

Est-il plus difficile de s'imposer dans l'électro quand on est une femme ?
Je ne veux pas partir du principe que c'est plus dur. Homme, femme... C'est la même chose. C'est du travail. Et le travail ça paiera un jour ou l'autre. Moi c'est ma ligne de conduite : on a rien sans rien. Après, l'image d'une DJ femme se travaille différemment, effectivement. Ma dernière signature s'est faite sur le label Beatangers Records et je sais que les garçons sont venus me chercher parce qu'ils aimaient aussi cette touche féminine. Suivant les maisons de disques et les labels, tu as peut-être cette requête d'aller chercher un truc que les autres n'ont pas.

Quelles sont les DJ femmes qui ont ouvert la voie ?
Des gens comme Monika Kruse ou Nina Kraviz aujourd'hui. Moi je suis très admirative de Deborah De Luca. Des femmes DJ, il y en a beaucoup et de plus en plus qui percent aux niveaux d'un Luciano ou Carl Cox. Ça fait plaisir.

« Avicii était dans la souffrance »
Tu aimerais sortir ton propre album ?
C'est un peu prématuré pour moi parce que je pense que je ne suis pas prête. Mais oui, à long terme, j'aimerais beaucoup ! Plus sur un format EP. Les gens se lassent très vite car tout va très vite, dans tous les domaines. On est dans un monde éphémère. Tu achètes un iPhone, le lendemain il est déjà dépassé ! C'est un peu pareil pour la musique ou le cinéma.

Le monde de l'électro a récemment été endeuillé par la perte d'Avicii. Comment tu l'as vécue ?
J'étais très triste de voir qu'il était surtout dans la souffrance. Il vivait une vie qui n'était pas forcément la sienne, du moins sur scène. C'était un producteur, un compositeur et il a apporté beaucoup à la scène électro. Malheureusement, ça l'a détruit. Comme tout ascension fulgurante, si tu n'es pas bien entouré, c'est dur à gérer. L'argent, tout ce qui se passe autour... C'est comme dans le cinéma et la mode. Ça ne correspond pas à tout le monde. Il faut savoir le gérer au quotidien. Tout dépend de ton hygiène de vie. Moi je fais très attention : faire du sport, bien manger quand tu peux, se reposer entre deux avions, deux trains. C'est important de ne pas se perdre. Être bien entouré c'est la clé.

La nuit est-il un milieu plus touché que les autres par les addictions ?
Plus touché qu'effectivement un comptable, oui, peut-être ! T'as un rythme de vie qui est assez effréné, tu enchaînes et c'est obligé à un moment d'être confronté à des choses. Il faut faire attention.

C'est un quotidien à cent à l'heure ?
Complètement ! C'est rock'n'roll, mais j'aime bien ce côté-là car je suis plutôt hyperactive. J'essaie d'avoir au mieux un bon équilibre de vie mais je n'arrive pas beaucoup à me reposer. C'est très compliqué d'arriver à se poser consécutivement plus de quatre jours. (Sourire) Mais ça fait partie du jeu.

Tu te vois continuer ça pendant longtemps ?
Je me pose pas trop la question car tout évolue. Là je me suis mis à la prod, c'est un défi supplémentaire. Je vis le truc à fond, je prends ce qu'il y a prendre, je voyage énormément... Tant que j'évolue et que je ne stagne pas, je continue.
Yohann RUELLE

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