Qui aurait parié trois kopecks sur ce groupe adolescent, le 29 septembre 1981, lorsqu'il se risque sur le plateau du Rose Bonbon ? "Il fallait être inconscient pour monter sur scène avec une boîte à rythme et dix chansons !" reconnaîtra volontiers Nicola Sirkis. Avec son frère jumeau (Stéphane), son copain Dimitri Bodianski et Dominique Nicolas, ils obtiennent pourtant un triomphe. Après, finie la rigolade, il faudra travailler. Ils ont cependant déjà concocté un premier morceau, L'aventurier (allusion à Bob Morane, le héros d'Henri Vernes), qui colle bien à leur efficace côté rock-BD. Pour faire bonne mesure, on trouve sur l'autre face de cet album de 1982, un Dizzidence Politik qui vitupère le régime soviétique. En fait, loin de tout engagement didactique, les loustics se plaisent à brouiller les pistes, un zeste de provocation en sautoir. Outre leur look à la Cure, le nom de leur groupe en témoigne, agrémenté de titres évocateurs dans le second album : Le péril jaune, Okinawa, Shanghaï... Quoiqu'il en soit, le succès se renforce en 1985 avec Les yeux noirs (clip signé Serge Gainsbourg) et 3e sexe. Le groupe évolue aussi sensiblement à partir de 1990 (Le baiser) après le départ de Dimitri ; il va s'ouvrir à d'autres collaborations mais subir de multiples turbulences, marquées par la défection de Dominique en 1994 et le décès brutal de Stéphane en 1999. Ultime rescapé et détenteur du nom, Nicola le relance par une tournée acoustique et un album live début 2001 (Nuits intimes), suivi d'un enregistrement studio très rock, Paradize, réalisé avec différents auteurs : Gérard Manset, Jean-Louis Murat, Mickaël Furnon (Mickey 3d), ainsi que les écrivains Camille Laurens et Ann Scott. Choix judicieux : l'album se vend à plus de 700 000 exemplaires et Indochine est primé aux MTV Europe Music Awards. L'aventure continue...