On a toujours tendance à vouloir simplifier les choses et surtout les gens. Avec Bashung, mauvaise pioche, peine perdue. Celui qui a réussi depuis bientôt 25 ans (Gaby date de 1980) à trouver la brèche pour hisser sa voix jusqu'aux sommets du rauque français, n'aura cessé de décontenancer jusqu'à ses plus chauds partisans, quitte à les enthousiasmer in fine. Après tout, le propre de l'artiste n'est-il pas de surprendre ? Si ce type aux sombres ambiances et à la langue un tantinet absconse, passa du grain nourricier local (Georges Brassens, Jacques Brel, Lapointe...) au rock'n'roll US des années 60 (Buddy Holly, Gene Vincent, Elvis Presley), il en fit surtout un mix perso, qui à force d'obstination et de rencontres, finit par payer. Assortie d'une pause discographique griffée Serge Gainsbourg ("Play blessure", en 1982), la collaboration avec le musicien Andy Scott et l'auteur Boris Bergman s'avérera des plus fructueuses ("Vertige de l'amour", "Passé le Rio Grande"...) jusqu'à l'émergence d'un nouveau parolier complice, Jean Fauque, débouchant sur des "Osez Joséphine" et autre "Madame rêve". Menant parallèlement une carrière d'acteur de cinéma, Bashung signera la bande originale du film "Ma petite entreprise". Côté chanteur, son souci d'aller plus loin, le conduira à faire aussi bien appel à un Rodolphe Burger (de Kat Onoma) que, plus récemment, à Christophe Miossec. Des artistes, en fait, comme lui : hors normes.