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Interview
samedi 13 juin 2020 13:25

Emmanuelle Béart en interview : "Guy Béart, mon père, m'a donné une force réelle"

Avec sa soeur Eve, Emmanuelle Béart est à l'initiative de l'album hommage "De Béart à Béart(s)", où des artistes comme Vianney, Clara Luciani, Julien Clerc ou Yael Naim reprennent les plus belles chansons de Guy Béart. Avec tendresse et pudeur, l'actrice se confie en interview sur Pure Charts : elle nous livre ses souvenirs de son père, ses conseils précieux, et revient sur ses textes engagés.
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Comment est née l'idée de cet album hommage "De Béart à Béart(s)" ?
Par désir mais aussi par contradiction. Mon père avait décidé de s'effacer. Sa vraie joie, c'était de faire partie du quotidien des gens, d'être appris dans les écoles et qu'on ne sache plus qui était l'auteur des chansons. C'était une volonté forte pour lui de redevenir un chanteur anonyme. Le succès ne l'intéressait pas, il avait plutôt envie d'une cachette que de s'exposer. Avec ma soeur, on s'est dit que ce n'était pas possible. On a un héritage artistique important. Béart n'existe plus dans les bacs. Béart n'existe plus, n'est plus audible comme il devrait l'être. On s'est dit qu'il fallait faire quelque chose. C'est une rencontre avec Aznavour qui a tout déclenché.

C'est-à-dire ?
Il nous a demandé de venir le voir et il nous a dit : "Vous avez raison, vous ne pouvez pas laisser Béart dans les catacombes, il faut inventer des objets autour de lui". On a eu la chance de rencontrer Universal puis les équipes de Polydor, et on s'est dit que la meilleure façon de réécouter les mots, les chansons et la poésie de mon père était de les faire chanter par d'autres dans un premier temps.

« On a essayé de comprendre l'énigme qu'était notre père »
Comment avez-vous choisi les chansons reprises sur l'album ?
On ne s'est pas replongé dans son répertoire, on a simplement fermé les yeux et on s'est souvenu toutes les deux de ce qui nous avait le plus marquées. On a inconsciemment essayé de remonter le temps et de comprendre l'énigme qu'était notre père. Dans nos choix, il y a beaucoup de chansons d'amour, donc on est sans doute reparti à la source de nos naissances. On a rencontré "l'amoureux", comme si chaque chanson d'amour était un aveu de cet homme qui était extrêmement pudique, qui avait toujours peur de l'obscénité quand il parlait d'amour. Et les artistes aussi sont arrivés avec encore plus de chansons.



Ça doit être très émouvant pour vous et votre soeur d'avoir pu mieux connaître votre père à travers ses textes alors qu'il n'est plus là...
Ce qui est sûr, c'est que j'ai eu la sensation, en réécoutant les chansons, qu'à force de les entendre, toujours chantées par lui, peut-être que je ne les écoutais plus vraiment. Le fait que la poésie de Béart retraverse d'autres corps, d'autres identités, d'autres vies, nous a permis de découvrir d'autres visions. Il y a même des chansons qu'on ne connaissait pas, comme "Ceux qui s'aiment" reprise par Pomme. "Chanson pour ma vieille", choisie par Clara Luciani, je ne l'avais pas écoutée depuis de nombreuses années. C'est un joli voyage.

« A travers ses chansons, j'ai découvert le jeune homme qu'il a été »
Comment était votre père ?
C'était un père intransigeant, passionné, qui nous a appris beaucoup de choses. Il avait une image assez autoritaire. A travers ses chansons, j'ai découvert l'enfant, le jeune homme qu'il a été, l'amoureux aussi, l'homme, ses débuts, tout ce qu'il a traversé. C'était très touchant de voir qu'il a traversé sa route à contre-courant, en dehors des modes musicales. Il y avait toujours une sorte de décalage chez lui. Ce qui est très touchant aussi c'est qu'il était toujours partagé entre l'apocalypse qu'il craignait et une espérance folle qui a donné les sublimes paroles de la chanson "Les couleurs du temps". Si vous écoutez bien, ses chansons portent toujours la conscience d'un péril à surmonter.

Enfant, vous aviez conscience d'être la fille d'un chanteur célèbre ?
Je comprenais bien que mon père était connu. J'avais même changé de nom pour ne pas être la fille de Guy Béart à l'école. Ses textes, je les entendais avec la maturité qui était la mienne. Ils possèdent toujours plusieurs sens et entraînent plusieurs perspectives d'interprétation. Rien n'est jamais au premier degré. Je ne pouvais pas deviner à l'époque mais j'étais touchée par ses chansons et par sa voix. En tant qu'adulte, quand on écoute ses textes, sous des arabesques, des pirouettes, on entend qu'il a aimé, qu'il a souffert, mais il y a toujours cette crainte de l'obscénité. Il a transformé tous ses chagrins en humour. J'ai commencé à véritablement entendre son oeuvre bien plus tard.

Ecoutez "Chanson pour ma vieille" par Clara Luciani :



« Je ne voulais pas être la fille de quelqu'un de connu »
Votre père Guy Béart a-t-il eu une influence sur votre carrière ?
Je fuyais le succès. Je ne voulais pas être la fille de quelqu'un de connu. Aujourd'hui, je n'ai plus peur, je suis fière. Je n'avais pas l'âge d'être fière d'avoir un père connu. J'avais l'âge où on a plutôt honte, où on veut se cacher, où on veut être comme tout le monde. C'était quand même un martien éjecté de sa soucoupe dans sa façon d'être. (Sourire) Tout me gênait un peu chez lui quand j'étais enfant.

Sur cet album "De Béart à Béart(s)", vous chantez notamment la chanson "Plus jamais". Qu'avez-vous ressenti en interprétant les mots de votre père ?
C'est émouvant. Ce que je demandais aux artistes, et c'est mon métier, c'est de se laisser traverser par les mots de l'auteur. Dans ma vie, je ne fais que ça. Je me suis dit qu'il fallait trouver le courage de laisser les mots et la poésie de Guy Béart traverser mon corps, sans essayer de faire des prouesses. Je me suis concentrée sur les mots, la poésie et la mélodie.

« Etre engagée, c'est ma route »
Au fil de votre carrière, vous avez souvent chanté, que ce soit dans "8 Femmes" ou avec Maxime LeForestier...
Oui c'est vrai mais ce n'est pas mon ambition, ni mon métier. J'ai essayé d'être la plus délicate possible, sur "Plus jamais" ou les duos avec Julien Clerc, Thomas Dutronc ou Yael Naïm, parce que je ne suis pas chanteuse.

Votre père était assez engagé, notamment à travers des titres comme "Qui suis-je ?" ou "La vérité". Vous l'êtes aussi. Vous regrettez que les artistes ne soient pas plus engagés aujourd'hui ?
Chacun fait comme il veut, comme il peut, et avec ce qu'il a reçu. Moi j'ai un père qui chantait "Je suis de toutes les couleurs et surtout de celles qui pleure. La couleur que je porte c'est surtout celle qu'on veut effacer". Cette chanson-là est chantée par Angélique Kidjo sur l'album. C'est perfusé dans mes veines ça. Moi, c'est ma route. J'ai été élevée par une mère communiste, et un père chanteur très engagé, très conscient du monde dans lequel il vivait. Je ne sais pas faire autrement, je ne sais pas fermer les yeux. Je n'ai jamais su. Mais, en même temps, je n'aime pas non plus ceux qui prennent la parole à tort et à travers. Il y a des sujets très importants qui méritent de se réunir, d'en parler. Je n'ai aucune envie de jeter ma parole sur tout et sur n'importe quoi. Les sujets sur lesquels je me suis engagée, c'était aussi le fruit d'un vrai travail.

Ecoutez "L'eau vive" par Yael Naim et Emmanuelle Béart :



Quand vous avez commencé votre carrière d'actrice, quels conseils votre père vous a-t-il donnés ?
Pour lui, l'ambition était un leurre, donc la destinée d'un homme ne pouvait pas être le succès. Très vite, je me suis écartée de cette mauvaise ambition-là parce que j'ai été élevée autrement. Mon père me disait aussi souvent, et ça m'a marquée, que le sauvetage de la Terre devait passer par le sauvetage individuel. Et qu'à l'extrême opposé, on devait aussi penser à l'humanité entière. Et que c'était dans ces deux extrêmes que se trouvait la vérité. D'ailleurs, sur ça, il a écrit : "C'est l'aube d'une larme et tout l'océan qui gronde". Il m'a donné une force réelle. Il me disait que la force réelle dans la vie c'était la paix intime, à l'intérieur de soi. Que tout nourrissement commence par l'imitation. Ça le faisait rire que j'essayais d'imiter Adjani au début. Mais il me disait : "C'est normal ! Ensuite, on développe son caractère et sa personnalité". Il avait horreur de la fabrication des personnages. Il disait que si tu te fabriques un personnage, par manque de confiance, on en oublie le parcours artistique. Si tu le fais, tu dois coller à ce personnage mais tu ne ressembles pas à ta réalité profonde. C'était mon copain, Béart... Il m'a accompagnée dans ce métier aussi. On ne faisait pas le même mais il savait que tout est à recommencer toujours, que rien n'est jamais gagné mais que rien n'est jamais perdu. (Sourire)

« Dans un premier temps, il ne voulait pas chanter du tout »
Avez-vous d'autres projets en tête pour faire vivre l'héritage musical de votre père ?
Il y a l'intégrale de Guy Béart qui sort au mois de septembre. C'était important de commencer par un album tribute mais également qu'une intégrale sorte dans la foulée. On est aussi en train de réaliser un documentaire, on est parti sur ses traces au Liban, où il a vécu 17 ans. Il est né en Egypte, d'une famille bulgare, expatriée, apatride quelque fois. Ce qui est très touchant, c'est que mon père a fait des études brillantes, et il ne s'est autorisé à être chanteur, auteur et compositeur qu'après la mort de son père et de sa mère. Dans un premier temps, il ne voulait pas chanter du tout, il était timide. Mais il se disait qu'il avait peut-être un talent pour écrire des chansons. Il a commencé par donner ses chansons à Juliette Gréco, Maurice Chevalier... Et petit à petit, il a chanté dans des cabarets de la Rive Gauche, et le succès est arrivé très vite avec "L'eau vive".

Qu'avez-vous envie qu'on retienne de votre père ?
J'espère que, pour ceux qui le connaissent, ils prendront du plaisir et de la joie à le retrouver avec cet album et les autres projets. Lui, il disait que faire des mélodies c'est se donner la main de génération en génération. Ce que je trouverais merveilleux avec l'album, c'est que des jeunes le découvrent, à travers des artistes comme Vianney, Pomme, Clara Luciani ou Akhenaton. Je trouverais ça formidable. Et que des gens découvrent des petites merveilles qui sont sur ce disque et qui ne sont pas des chansons connues. Je ne me suis pas trop posé de questions sur mes ambitions en faisant le disque, mais c'était vital pour nous de le faire.


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Julien GONCALVES

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