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Interview
samedi 17 juillet 2021 13:30

Coeur de Pirate en interview : "J'ai toujours été la chanteuse triste et ça me va"

Coeur de Pirate sortira son nouvel album à l'automne. Jointe par Zoom depuis Montréal, l'artiste, arborant un t-shirt Joy Division, se confie sur le rachat de son label, la place des femmes dans l'industrie, son opération des cordes vocales, son image de chanteuse triste, et évidemment ses prochaines chansons. Rencontre !
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Comment as-tu vécu l'arrêt de la culture depuis l'émergence du Covid ?
Ça a été assez étrange car on a absolument rien fait pendant 7/8 mois et puis il y a eu une petite reprise, des choses virtuelles. Là, j'ai repris les concerts, c'est super cool mais tu es devant des gens qui sont dans leurs petites bulles, parce que nous ici c'est encore super contrôlé, donc il y a quand même une distance avec le public. Il faut s'adapter à ce nouveau monde mais ça fait plaisir de juste pouvoir chanter en live. Ici, on ne peut chanter que devant 500 personnes maximum, tu as cet effet de proximité avec les gens mais c'est un peu spécial quand même. Mais j'ai ce luxe-là de pouvoir pratiquer et d'offrir un autre genre d'expérience aux gens. Avant, mes concerts, on enchaînait les chansons, j'étais super essoufflée, je sautais un peu partout, là je me pose, c'est autre chose, c'est pas mal.

« On va devoir vivre avec le virus, se faire vacciner »
Est-ce que tu t'es remise en question sur ton métier ?
Oui car je suis passée de chanteuse à faire du pain à la maison. (Rires) Je ne savais plus qui j'étais, c'était très étrange. Je crois que les artistes, on s'est rendu compte qu'on était à la merci de tout un milieu culturel, mais pas juste nous. Il y a les théâtres, les techniciens, les gens derrière... Nous encore, on pouvait faire quelques performances dans d'autres conditions, mais les gens qui travaillent dans les salles par exemple, c'est impossible. J'ai eu beaucoup d'empathie pour mon équipe, j'ai beaucoup pensé à eux, je voulais travailler rapidement pour leur donner un peu de travail. Ça reste une entreprise. Au final, j'avais beaucoup de pression quand je faisais mes tournées vers la fin, car mes techniciens ont des familles, c'était important pour moi de les faire travailler. Après, c'est une belle chose aussi mais oui ça a été dur. Là on reprend doucement...

Tu es optimiste pour la suite, à l'heure où les concerts reprennent ?
Je pense qu'on va devoir vivre avec le virus, qu'on se fasse vacciner. La science le dit, plus il y a de gens vaccinés, plus ça baisse. On le voit ici au Québec. J'ai espoir là-dedans. Après, je suis à la tête de mon entreprise, de mon label, et qui dépend beaucoup de ça aussi, donc je croise les doigts et j'espère vraiment qu'on va apprendre à vivre avec le virus. On n'aura pas le choix que de s'adapter, c'est officiel maintenant.

« Le rachat de mon label, c'était digne d'une série »
J'allais justement te parler du rachat de ton label, devenu Bravo Musique, après un scandale sexuel. C'était important pour toi ? Tu te sentais investie d'une responsabilité ?
Ça a été compliqué, c'était digne d'une série ! Le truc improbable... L'ancien administrateur était obligé de vendre, et comme il était actionnaire majoritaire, le label allait se retrouver dans les mains d'on ne sait pas qui... Ce qui aurait été au détriment des artistes. Notre propriété intellectuelle est directement liée à une entreprise comme celle-là, quand on est signé en label, on est lié par des contrats, c'est compliqué de se libérer de tout ça. J'ai trouvé ça important de me positionner, je suis contente de l'avoir eu parce que comme ça je peux continuer ce qui se faisait déjà avant finalement, en changeant très peu de choses. J'ai juste repris l'équipe et on continue comme ça. Mais oui, j'avais le privilège d'être en position de pouvoir le faire, je trouvais ça un peu irresponsable de ne pas me positionner.

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Mais ça implique aussi de nouvelles responsabilités, un nouveau statut. Là tu te retrouves des deux côtés, artiste et directrice de label. Et puis tu es maman !
J'ai plusieurs jobs à temps plein oui ! (Rires) C'est super cool, et justement la pandémie m'a aidée à être vraiment dans le label, de reprendre en main tout ça, d'apprendre. J'apprends tous les jours ! On ne devient pas une super patronne du jour au lendemain. Je fais des erreurs comme tout le monde et c'est important aussi de progresser de façon normale dans tout ça. Mais c'est génial parce que tu vois l'envers du décor. Je vois comment l'industrie a fonctionné pendant longtemps, et comment elle fonctionne aujourd'hui, c'est fascinant. J'ai une approche d'un point de vue artiste aussi... Ça me permet d'avoir une meilleure balance dans mon travail.

« Avoir une femme à un poste de direction, ça peut influencer d'autres femmes »
Justement, être artiste et patronne de label, ça te permet d'apporter un peu plus d'éthique en label, même si le mot est peut-être un peu fort, de se concentrer sur l'artistique, d'être moins marketing ?
Moi, mon approche est de prendre un artiste qui ne sait pas encore qu'il est super bon... Des diamants bruts. Et de leur construire leur confiance en eux. Pour qu'ils deviennent des artistes accomplis. C'est ce qui est arrivé avec moi, au début je n'avais pas du tout les outils pour pouvoir devenir celle que je pouvais être. On m'a donné une structure, des outils et confiance en moi. Mais ça a pris du temps et je veux investir dans ça aujourd'hui c'est sûr.

Et puis ne pas refaire les erreurs qu'on a pu faire avec toi aussi ?
Oui ! Etre artiste, c'est un modèle d'affaire très spécial, parce que tu es tout seul. Par exemple, si tu ne peux pas faire le concert, tout le concert s'écroule. Il faut vraiment rassurer l'artiste, établir un lien de confiance aussi, chose qui est parfois un peu floue dans cette industrie. J'essaie d'établir ça. Je ne dis pas que je suis la seule à le faire mais j'aimerais entretenir ce lien-là.

« Le premier truc que j'ai inculqué à ma fille, c'est la confiance en elle »
Dans une interview, tu comparais l'industrie musicale à un "boys club". Devenir patronne d'un label, c'est aussi pour changer les choses ?
Le boys club c'est juste pour exprimer la métaphore du sexisme intégré dans toute une industrie.... Culturellement, dans n'importe quelle industrie, les femmes n'étaient pas vraiment dans les postes de direction, avec un pouvoir décisionnel. Avoir une femme dans un poste de direction, ça peut influencer d'autres femmes, leur donner confiance, qu'elles puissent se dire qu'elles peuvent le faire. D'être aussi un peu une personnalité publique, ça donne un peu plus d'importance à cette position-là. Il y a plein de femmes qui sont directrices de label, ce serait bien d'en parler.

C'est aussi un beau modèle à transmettre à ta fille, j'imagine ?
Le premier truc que j'ai inculqué à Romy, c'est la confiance en elle. Elle n'a aucune peur de quoi que ce soit et c'est super. Je n'ai pas du tout peur pour elle. Parfois même elle me répond hyper mal ! (Rires) Ça commence par là et par la suite, quand tu es dans le monde adulte, tu as moins peur de dire certaines choses, de prendre des décisions. C'est super important et je pense que c'est vraiment comme ça qu'il faut faire avec les petites filles. J'ai manqué beaucoup de confiance en moi quand j'étais petite, ça m'a beaucoup nui, je n'ai pas pu dire certaines choses dans mes relations, personnelles comme professionnelles. Maintenant, je rectifie le tout !


 
Tu as été opérée des cordes vocales récemment. Comment on le vit quand notre instrument, c'est la voix ?
Ça va mieux, je suis encore en convalescence dans le sens où je ne peux pas beaucoup chanter. C'est comme si je m'étais faite opérer du genou et que je voulais courir un marathon. Il faut travailler le muscle. L'opération s'est bien passée, j'ai bien guéri mais ça va ma prendre un peu de temps pour chanter comme avant. Par contre, ça commence très bien, je suis contente car j'ai réussi à chanter quelques chansons en concert. Mais ça a été un grand moment de solitude parce que tu n'as pas droit de parler pendant deux semaines, tu ne dis pas un mot, il faut être très sérieuse, très rigide. Oui, c'est super difficile mais au final je suis contente de l'avoir parce que j'ai super bien guéri et je vais pouvoir recommencer à chanter normalement je crois.

« Le prochain album parle de toutes mes ruptures »
Comment on fait pour ne pas parler pendant deux semaines ?
Je me suis cachée ! Je suis allée en studio, j'ai enregistré un album que de piano ("Perséides", ndlr) qui est sorti, j'ai fait ça comme un cadeau, pour le plaisir. Ça m'a fait énormément de bien, j'étais juste avec mon piano, j'étais vraiment là-dedans. J'ai renoué avec le piano finalement, ça m'a permis de m'exprimer d'une autre façon.

Le fait de ne pas pouvoir chanter, ça t'a inspiré, ça t'a donné une rage pour le prochain album ?
Ah oui ! L'album, j'étais en train de le faire pendant que j'ai eu tout ça. Il s'en est passé des trucs ! (Rires) J'ai eu la chance de changer quatre fois de direction mais les thèmes restent les mêmes dans l'album. Il parle de toutes mes ruptures amoureuses ou personnelles. Les gens m'ont souvent fait la remarque que ça devait être compliqué d'être avec moi, et ça m'a toujours fait un petit peu mal. Je me disais : "Mais ce n'est pas parce que j'ai raconté toute ma vie en chanson que c'est compliqué. C'est mon travail, en fait". J'ai voulu explorer tout ça, et je suis un peu plus fâchée qu'avant. Ça revient un peu à ce que je faisais au début, avec "Blonde", un peu plus direct. Ça m'a fait un grand bien.
 
« "Il y a plus un lâcher-prise, je fais un peu ce que je veux" »
Tu le disais, il y a eu le confinement, ton opération, le rachat du label. Ton prochain album est donc né dans la douleur ?
Oui... C'est né dans beaucoup d'incertitude. C'est tout un challenge. Là il faut que je me remette à chanter pour faire l'album. Il ne me reste que les voix à faire. Mentalement, c'est quelque chose. Je ferai d'autres albums après mais celui-là est vraiment décisionnel pour moi. Je ne sais pas si c'est l'âge mais il y a plus un lâcher-prise, je fais un peu ce que je veux. (Rires) Ça fait du bien, c'est cool. Je parle de trucs pas super beaux, hyper directs, de choses qui me sont arrivées dans ma vie perso et que je n'ai pas envie de partager habituellement. Mais là je le fais parce que je sais qu'il y a des gens qui vont se retrouver et ça va leur faire du bien aussi.

Tu me disais à l'instant avoir changé plusieurs fois de direction pour ton prochain album. Tu as regretté parfois d'être enfermée dans une image de chanteuse de ballades tristes ? Alors qu'on découvre ton humour sur les réseaux sociaux et dans certains clips aussi...
Non, j'ai toujours été la chanteuse triste. C'est ma marque de fabrique. Quand les gens me disent : "J'ai écouté tous tes albums". La blague que je fais, c'est : "Mais est-ce que ça va ?". (Rires) Je pense que c'est important d'avoir de la musique triste. Etre triste et passer à travers certaines épreuves, c'est ce qui fait grandir. Je suis là pour ça ! (Rires)



Ton dernier single "Plan à trois" est une histoire vraie et tu as dit que tu t'entendais bien avec la fille désormais. Comment on raconte ce genre d'histoire ? D'ailleurs, tu prends le pouvoir sur ce titre, tu dis stop...
Oui et puis dans le clip, les filles disent "Merci pour tout, merci pour la rupture, ça me permet de grandir". En fait, c'est ça, souvent on met la faute sur l'autre fille, l'autre personne, du triangle amoureux, alors que la faute est sur toi, tes propres décisions et ton mec ou la fille en question qui fait des conneries. Il faut se sortir de ça et il faut se choisir.

Sur Twitter, tu as fait la blague de vouloir participer à l'Eurovision, et tout le monde s'est un peu emballé...
Oh oui ! (Rires)

« L'Eurovision, ça demande beaucoup, c'est un énorme travail »
Mais tu serais vraiment partante ?
Je ne sais pas... Je ne pense pas que j'ai le droit mais j'ai vu qu'il y avait eu Flo Rida avec le pays le plus improbable (Saint-Marin, ndlr). Wow ! L'Eurovision, ça demande beaucoup, c'est un énorme travail. Je pense que ça vaut la peine de laisser des gens en France qui valent la peine d'être entendus. Moi j'ai déjà fait mille trucs, ce serait un peu malhonnête de ma part. Mais je voyais plein de messages : "Pourquoi Coeur de pirate ne fait pas l'Eurovision ?". Je ne sais pas d'où c'est parti ! (Rires) Donc j'ai juste fait la blague mais du coup, les gens de l'Eurovision ont appelé mon manager en disant : "Mais elle est vraiment sérieuse ?". Donc j'étais là : "Oh merde, je suis désolée". (Rires)

Tu entameras une nouvelle tournée en Europe dès le 17 novembre prochain. L'album sera sorti ?
Oui oui, c'est prévu. En ce moment, je mixe le prochain single qui sort à la rentrée. Je suis en plein dedans. L'album devrait sortir pour la tournée, évidemment. Je peux chanter à peu près une heure par jour, donc c'est assez pour enregistrer les voix petit à petit.

« Ça sert à rien d'avoir de la visibilité si tu ne peux pas l'utiliser »
Tu penses que cette tournée aura une saveur particulière après cette année et demi de Covid et de frustrations pour toi ?
Ça va dépendre de comment les gens peuvent se placer dans la salle etc. De toute façon, je vais chanter dans des théâtres, à la Salle Pleyel par exemple, les gens sont assis, tranquilles. Je peux faire un truc polyvalent, super solennel par moment et parfois on peut s'éclater. Je sais juste que j'ai donné les concerts qui envoient beaucoup beaucoup. Je trouve ça super mais ça ne marche pas avec ce que je veux présenter pour le moment. Je veux mettre beaucoup de piano, il y a des moments vraiment contemplatifs. C'est super, ça donne le temps de respirer.

Tu parles souvent de féminisme en interview et tu as pris récemment pris position contre les thérapies de conversion. C'est important pour toi d'évoquer les sujets importants de société, de t'engager ?
Ça sert à rien d'avoir du privilège et de la visibilité si tu ne peux pas l'utiliser. Pendant longtemps, je ne voulais pas me positionner, je me disais : "Ce n'est pas à moi de le faire". Honnêtement, quand j'ai commencé à voir qu'il y avait des gens qui se sentaient plus à l'aise, plus safe, de partager certaines informations avec moi ou avec leurs parents, grâce à ce que j'avais dit, parfois même en blague... Ça me fait énormément de bien. Je me dis que j'ai fait un bon travail, que ça aide les gens. Si tu ne peux pas utiliser de ta plateforme pour du bien, c'est du gâchis.
Julien GONCALVES
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