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Interview
samedi 15 décembre 2018 12:56

Charlotte Gainsbourg en interview : "Aujourd'hui, je m'en fous beaucoup plus"

Pour la sortie de "Take 2", son EP mêlant inédits et live, Charlotte Gainsbourg se confie en interview pour Pure Charts. Comment elle a vécu la promotion de son album "Rest", ses blessures, Kanye West, l'état du monde ou son prochain album... La chanteuse se livre à coeur ouvert.
Crédits photo : Amy Troost / Because
"C'est marrant, je me laisse vraiment porter. On est conditionné pour un concert le soir et il n'y a rien d'autre qui existe". Quand elle s'assoit devant moi, à la table d'un bel hôtel parisien, situé non loin de la rue de Verneuil, Charlotte Gainsbourg sort tout juste de son tour bus. L'artiste est exactement comment je l'imaginais, rayonnante malgré la fatigue de la tournée, mais aussi et surtout amicale, timide et drôle. Après avoir commandé une omelette, elle se confie sur son album "Rest", les thèmes intimes qu'elle y aborde, la difficulté d'en assurer la promotion, les dérives de Kanye West, l'état du monde mais aussi son adolescence sous les projecteurs ou le statut d'icône.

Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Quel bilan tirez-vous depuis la sortie de l'album "Rest", il y a un an ?
Ça a été un album important. Mais je ne sais pas si on fait des bilans. Même sur les albums précédents... J'ai quand même l'espoir que ça continue et que la tournée continue aussi. Je suis plutôt positive. Je ne trouve pas qu'il y ait de conclusion à tirer. Ça a été un accueil auquel je ne m'attendais pas. Tout était plutôt très surprenant.

Vous le dites, on ne s'attend jamais à un tel accueil. Vu qu'il était très important cet album, avez-vous ressenti une pression particulière ? De se demander comment les gens allaient le recevoir...
Je n'ai jamais fait un album aussi personnel, mais juste parce que j'ai écrit les textes pour la première fois. Oui, forcément, il était plus intime. Ce n'était pas une obligation d'ailleurs. Mais ça je l'ai ressenti. Après avoir vécu quatre ans avec SebastiAn, mais aussi seule, avec cet album, à la veille de la sortie, j'ai réalisé que je ne savais pas ce que les gens allaient comprendre. Je ne sais pas, des textes... Même hors du contexte, même si ça avait été public, ma soeur... Même un texte sur mon père. Je ne savais pas ce que les gens entendraient.

« La promotion de l'album a été compliquée »
En interview, vous parlez même d'impudeur...
Oui mais sans que ça m'empêche de le faire. Je suis impudique de par le métier que je choisis. Avec mes films, je suis impudique. Avec la scène, on est impudique. Bien sûr. C'est quelque chose avec laquelle on cohabite de manière un peu compliquée si on est un peu timide. Mais, justement, je trouve ça complètement logique.

Cet album vous a aidée à panser des blessures ?
Non. Pas du tout. Mais par contre c'était un moment très privilégié, l'écriture spécifique de certains textes. Ça a été un plaisir que je ne soupçonnais pas. Ce n'est pas du tout une thérapie. On ne se sent pas mieux une fois les avoir écrits. Il n'y a rien de digéré. En plus, je trouve très étrange comment les textes sortent. Le côté parfois très inconscient, le subconscient qui parle. Il y a des trucs qu'on ne maîtrise pas. Je me suis demandée parfois le sens que j'avais donné à certaines phrases. Et en fait il y avait une vraie logique, comme s'il y avait plusieurs étapes, comme si les choses se faisaient par couches. C'est étrange.

La promo a été difficile pour vous ?
Plus compliquée oui. En fait, je me suis dit : "Je me livre dans des textes intimes et personnels, mais je ne vais pas avoir une explication de texte". C'était plus impudique de faire des interviews et d'avoir à expliquer que d'écrire les textes, qu'il y ait un peu de mystère, un peu d'incompréhension.

Regardez le clip de Charlotte Gainsbourg, "Such A Remarkable Day" :



Vous sortez l'EP "Take 2" composé de lives mais aussi de trois inédits. Pourquoi les sortir maintenant, sous cette forme ?
Ils étaient prêts sauf "Bombs Away". Mais j'avais très envie de faire un album compact, pas trop long. Dès que j'ajoutais un titre, c'était trop long pour moi. J'ai vraiment fait des sacrifices car "Bombs Away", il ne se mélangeait pas au reste. C'est un titre un peu... explosif. Ce n'était pas du tout dans le même registre. Je voulais une cohérence. Mais j'aime le morceau donc je voulais qu'il ait une vie à un moment donné.

« J'adore Kanye West malgré toutes ses horreurs »
Les deux autres sont plus dans la lignée de l'album...
Oui exactement, ils sont dans la logique du disque. "Lost Lenore" je l'adore mais je me suis demandée s'il n'était pas trop grandiloquent. Et pourtant tout faisait que je l'aimais beaucoup. "Such a Remarkable Day", c'est un des premiers dont j'ai été très fière des paroles.

Vous avez envie de sortir un véritable album live ?
Pas sûr. C'est vrai que "Runaway" (une reprise de Kanye West, ndlr), j'adore ce morceau. C'est une vraie découverte. A la base, je l'ai initié pour une télé avec Nagui. Et après, j'ai adoré. Parce que c'est toujours contraignant de se forcer à faire une reprise. Au bout du compte, je suis hyper reconnaissante parce que j'adore la jouer, ça m'amuse beaucoup. Je suis contente de pouvoir la sortir. "Deadly Valentine" c'est parce qu'on l'a tourné un petit peu, on a essayé d'appuyer ce qu'il y avait sur l'album, de s'amuser sur scène avec. Ça a du sens. Les autres, je ne sais pas.

Regardez Charlotte Gainsbourg reprendre "Runaway" :



Vous parlez de "Runaway". Vous êtes fan de Kanye West ?
J'adore ! Malgré toutes ses horreurs et ses déclarations. En même temps, je ne suis pas assez à regarder l'actualité. Enfin, ça ne m'intéresse pas suffisamment pour être choquée du personnage. Oui j'ai entendu des déclarations horribles. Mais j'ai l'impression que c'est tout et n'importe quoi donc je ne fais pas trop gaffe. Par contre, quand il sort un album... Les deux derniers, je les trouve déments.

« Enfant, mes propos étaient déformés à chaque fois »
Et vous, justement, vous faites attention à ce que vous dites en interview ?
Avant, j'avais très peur, quand j'étais enfant. A chaque fois, mes propos étaient déformés. Ce qui pouvait avoir l'air de rien pour le journaliste... Mais c'était une virgule déplacée, un truc, qui faisait que ça pouvait donner un autre sens. Et puis, on me faisait beaucoup parler de mes parents, le centre de l'article était toujours axé sur eux. Des infos... "Qu'est-ce qu'on pourrait tirer ?" J'étais très suspicieuse, très méfiante. Aujourd'hui, je m'en fous beaucoup plus. (Rires)

Ça se sent. Même sur scène, vous prenez beaucoup de plaisir.
Je pense que j'ai fini par comprendre des trucs de moi, quand même. Beaucoup avec cette idée de s'en foutre un peu. C'est bizarre comme formule parce que ce n'est pas très vrai. Mais c'est l'intention de s'en foutre qui a été révélatrice et très utile. D'arrêter de me poser trop de questions sur les textes. Est-ce que je suis à la hauteur ? Est-ce que c'est assez bien ? Non, ce n'est pas assez bien, mais c'est comme ça.

Pourquoi ce ne serait pas assez bien ?
C'est bien d'être exigeant aussi. Mais c'est jamais assez bien. Jusqu'au bout je voulais changer des mots. Ça ne s'arrêtait pas. J'aurais voulu faire faire une autre chanson, encore et encore.

Spécifiquement parce que c'était en français, vous pensez ?
Non... J'avais aussi des doutes sur l'anglais. Mais c'est vrai que le français résonne d'une manière beaucoup plus personnelle et vraie que l'anglais, où c'est plus emprunté. Il faut ça sonne vrai, c'est vrai.

L'héritage de votre père, ça a été un poids pour vous ?
C'est ça qui a fait que je n'ai jamais réussi à le faire. De dire "Est-ce que je suis à la hauteur ?", c'est "Est-ce que je suis à la hauteur de ce qu'il a fait lui ?". Non, je ne suis pas à la hauteur. Mais je m'en fous ! (Rires)

Regardez le clip de "Sylvia Says" par Charlotte Gainsbourg :



Vous le disiez l'inédit "Bombs Away" est "explosif". Comment est née la chanson ?
C'est Ezra Koenig, qui fait partie du groupe Vampire Weekend, qui a écrit ce titre. Je l'ai rencontré très tôt quand j'étais à New York au moment de l'enregistrement avec SebastiAn. J'y allais un peu à tâtons avec les textes en anglais. Je n'étais pas très sûre de moi. Je voulais savoir si c'était bien formulé, si les gens comprenaient. J'ai eu envie d'avoir son avis. Celui de Dev Hynes aussi, c'est devenu un ami, j'aime beaucoup ce qu'il fait. Et donc Ezra est venu, il était très très bienveillant. Il était très timide, très précautionneux parce qu'il sait qu'un mot de travers peut tout casser selon l'inspiration du moment. On lui a fait écouter plusieurs titres et il a dit : "Sur celui-là, je veux bien écrire quelque chose". Il a pondu ce titre très en accord avec le côté franco-britannique.

Il a aujourd'hui une résonance particulière...
Oui ! (Rires) Ce n'était pas du tout d'actualité sur le moment. Il y avait encore Obama, tout était bien calme. Ça allait... C'était amusant en tout cas de faire ce titre. Et puis on a mis beaucoup de temps à l'enregistrer.

« Je comprends le climat et l'angoisse de tout le monde »
Vous êtes optimiste sur l'état du monde avec tout ce qu'il se passe ?
Je ne suis ni pessimiste ni optimiste. C'est juste que j'ai beaucoup de mal à être inquiétée avant d'être face à un danger. Donc je ne me rends pas compte. Et puis, on est tellement privilégié qu'on vit un peu dans une bulle. Bien sûr, j'écoute les actualités, j'essaie d'être le plus au courant possible. En plus, en étant loin, j'habite beaucoup à New York et je ne suis ici que de passage, c'est difficile de sentir qu'on a encore un pied dans ce que pensent les Français, ce qui préoccupe les gens. Je m'en veux un peu de ne pas comprendre mieux. Bien sûr, je comprends le climat et l'angoisse de tout le monde... Et puis je suis très crédule, si j'écoute le discours d'untel, je vais le croire... (Rires)

Vous avez commencé très jeune, été célèbre très tôt. Comment vous expliquez que vous n'avez pas perdu pied, comme les starlettes américaines ?
C'est une autre échelle. En plus, c'était une autre époque. Ça restait très simple. Je faisais un tournage, c'est magique mais ça n'a rien de... On n'est pas dans le star system du tout. Un plateau c'est une équipe, des copains. Au contraire, c'est très familial. Je passais de ça à l'école. Je suis même allée en pension pour m'isoler un peu davantage, je faisais tout pour me protéger. Et mes parents soutenaient vachement ça. A un moment donné, je ne sais plus quel film sortait mais je passais mon bac, et une production avait un peu les nerfs parce que je ne défendais pas assez le film. Ma mère m'avait soutenue.

Vous essayiez d'avoir une vie normale...
Oui et ce n'est pas comme si j'étais harcelée et que dès que je sortais c'était une folie. Oui, les gens me reconnaissaient mais ce n'était pas du tout ce que j'imagine des petites stars américaines. C'est démesuré ! Je comprends qu'on se perde. Ce qui est terrible, je parlais de ça avec ma fille, c'est que toutes ses idoles de Disney Channel sont toutes tombées dans la drogue, le sexe. (Rires) Mais, évidemment, c'est logique !

« Je pense à un nouvel album »
Quelle est la suite ? Avec l'accueil réservé à vos textes en français, vous réfléchissez déjà à un nouvel album ?
Je pense à une suite, oui. Sans que ça ait pris forme, juste dans l'envie... Je veux vraiment y arriver à nouveau. Après, c'est compliqué de savoir si... Les choses se sont faites très instinctivement pour "Rest" donc c'est compliqué de forcer l'instinct. J'ai très envie d'être inspirée par une musique et d'être portée par une musique.

On sent qu'avec SebastiAn, il y a eu une véritable alchimie...
Je l'adore.

Vous avez envie de travailler à nouveau avec lui ?
S'il a envie oui, j'aimerais beaucoup. C'est quelqu'un que j'adore, et humainement... C'est un ami mais on ne se parle pas tous les jours non plus. Il y a une compréhension en tout cas et un humour aussi qui me touchent vachement.

« Moi une icône? Je trouve ça très exagéré »
Vous allez attendre longtemps avant le prochain album ?
J'espère pas ! (Rires) Je regrette... Je ne suis pas boulimique de travail du tout et pourtant j'essaie de ne rien sacrifier, donc c'est un peu compliqué d'être sur les deux fronts, le cinéma et la musique. Ça me prend vachement de temps. Et pourtant, je n'ai pas l'impression de faire tout pleinement. C'est idiot mais par exemple "La promesse de l'aube", c'est un film que j'ai adoré faire mais je n'ai pas pu le soutenir partout. Je ne peux pas.

Vous dites "Je ne serai jamais une icône glamour" dans le dernier Vogue. Vous n'avez pas conscience d'être une icône ?
Non. Il faudrait qu'ils me voient au réveil. (Rires) En fait, j'ai l'impression que des personnes de ma génération, j'ai grandi avec eux, donc oui "L'effrontée" ça a touché les ados. Ça me touche. Mais sinon dans le style... Je l'entends, on m'en parle dans des interviews mais je trouve ça très exagéré.

C'est quoi pour vous une icône ?
(Elle réfléchit) D'abord pour moi c'est pas vraiment quelqu'un de vivant. C'est quelqu'un qui a laissé une trace. Quand on me dit icône, ce qui résonne c'est quelqu'un qui n'est plus là.

Crédits photo : Amy Troost / Because .
Julien GONCALVES
Pour en savoir plus, visitez charlottegainsbourg.com.
Écoutez et/ou téléchargez le dernier album de Charlotte Gainsbourg, "Rest".
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