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Interview
dimanche 17 juin 2018 12:33

Barbara Pravi en interview : "Les jolis textes en français se font de plus en plus rares"

A l'occasion de la sortie d'un premier EP éponyme, Barbara Pravi nous a accordé une interview exclusive. La chanteuse revient sur ses précédentes expériences dans "Un été 44" et en première partie de Florent Pagny, ses nouvelles chansons autobiographiques ainsi que sa vision de l'affaire #MeToo.
Crédits photo : Yann Orhan
Alors que va sortir ton premier EP, ressens-tu de l'impatience ou de l'appréhension ?
Franchement, aucun des deux, je suis plutôt sereine et très fière parce que ça fait bientôt trois ans que je travaille en attendant la sortie de quelque chose donc j'ai eu le temps de me poser toutes les questions et de tout remettre en question. Est-ce que ce sont les bonnes chansons, les bons textes... Maintenant, je suis à 100 % en accord avec tout ça.

« Dans cette industrie, il faut faire ses preuves »
Pourquoi avoir privilégié l'EP plutôt que de dévoiler directement l'album ?
On avait déjà sorti "Pas grandir" et "Deda". Pour qu'un public s'accroche à toi, je pense qu’il faut qu’il ait autres quelques clés pour te connaître. Livrer un album direct quand on te connaît pas, c’est plus délicat. Là c'est plutôt entrée-plat-dessert (rires).

Certains des morceaux se retrouveront-ils sur l’album ?
L’album est terminé, mais il n’a pas encore de date de sortie et du coup je suis pas à l’abri de faire des nouvelles chansons entre temps. Mais normalement toutes les chansons de l’EP seront sur l’album !

Dans "Pas grandir", tu chantes « On ne forge pas sa vie dans les heures de colles » : est-ce une histoire vraie ? Tu étais quel genre d’élève à l’école ?
Bien sûr ! Tout ce que je raconte ne sont que des histoires vraies. Du coup, j’étais beaucoup en colle (rires). J’étais attentive quand j’étais intéressée mais il fallait que le prof ou le cours soit captivant. J’avais une prof de français fantastique et c’est grâce à elle que j'ai eu envie d'écrire.

Qui est ce "Louis" auquel tu dédies une chanson ?
C’est la première chanson que j’ai écrite et la seule que j’ai composé, je l’aime beaucoup car elle a une valeur particulière. Louis c’était mon premier amour, qui m’a jeté au bout de très peu de temps. Je l’ai écrite il y a bientôt six ans.



« Un patron m’avait touché les fesses en plein service »
Vouloir évoluer dans l’industrie musicale, ça a été facile à faire accepter à ta famille ?
C’est un peu comme tout : il faut faire ses preuves. Qu’on soit chanteur, comédien ou réalisateur, c’est difficile au début car t’es personne et tu dois faire tes preuves. Et c’est difficile de faire accepter ce genre de métier à ses parents plutôt que des études. Mais la seule chose qui est vraie, c’est le travail. Quand tu es talentueux et que tu as des choses à prouver, à raconter, la seule clé qui manque c’est le travail donc il faut le faire à fond avec acharnement. Il faut se prouver à soi et aux autres qu’on est capable. Maintenant mes parents n’ont plus aucun problème avec la voie que j’ai choisie. Je pense que ça peut être mal vu si on se cache derrière le « je suis artiste » et des clichés. Etre artiste, c’est avoir des idées à défendre et faire fonctionner son art.

"Quand on est une femme, on doit tout accepter (…) je ne veux pas me soumettre" chantes-tu dans "Pas grandir. Il y aussi le titre "Je sers"… Tout l'EP est traversé par l’idée de ton rapport aux hommes. C’était quelque chose qui te tenait à cœur ?
Tout l'EP est très autobiographique : pour "Je sers", je raconte mon expérience de serveuse, un patron m’avait touché les fesses en plein service en disant « Va apporter ça à la table 12 ». Ce qui est vrai c’est que plus tu grandis en tant que femme, plus tu as un rapport aux hommes à créer en fonction de ce que tu décides de donner et de ce que tu décides d’être ou ne pas être. Ça reste très délicat car ce sont beaucoup les hommes qui sont au-dessus de nous, mais il faut être malin. Il ne faut pas en vouloir aux hommes de la place qu’ils ont, ce n’est pas un problème, il faut en faire une force.

« J'ai écrit "Kid" en réaction à #MeToo »
Comment as-tu vécu les affaires Weinstein et #MeToo ?
Le problème, c’est que j’ai été un peu énervée par rapport à tout ça : c’est la raison pour laquelle j’ai écrit "Kid", en réaction à ça. Le problème est que le féminisme - par rapport aux réactions de #MeToo, il n’y a eu que des thèses et des antithèses mais pas de synthèses - est rattaché à quelque chose qui n’est pas vrai. On le lie à une forme de haine de l’homme alors que c’est juste une question d’égalité des salaires notamment. Maintenant c’est prétexte à tout : si tu montes dans une chambre d’hôtel t’es une pute, mais si t'es une femme c'est plus difficile d'avoir des rôles donc si le producteur est un homme, on est obligé de monter dans sa chambre… Ça tient à des choses tellement infimes qu’on mélange tout et n’importe quoi et n’importe qui peut soudain dire n’importe quoi. Donc c’est très énervant.

Ce thème sera aussi sur d’autres titres de l’album ?
Dans le "Mal-amour" oui, sinon non j’ai changé de thème (rires). J’en parle par petites bribes, je ne suis pas là pour monter une révolution, j'en parle dans des situations précises qui sont mes exemples de vie. Je ne m’approprie pas les problèmes d’autres femmes, je parle que des miens : ce que j’ai vécu est vrai et on ne pourra rien me reprocher.



Tu as collaboré avec Calum Scott sur le titre "L’automne avant l’heure", après un passage commun dans Taratata, comment s'est fait ce duo ?
Je ne le connaissais pas du tout ! On nous a présenté pour "Taratata", on s’est rencontrés la veille et on a répété ensemble en studio et on s’est super bien entendu immédiatement. On est devenus très amis, on a continué à se donner des nouvelles. Lorsqu’il a fait un concert à Paris, il m’a proposé d’être sa première partie alors qu'il en avait déjà une donc il s’est retrouvé avec deux premières parties. Après, il m’a proposé l’adaptation de la chanson en français car il avait adoré chanter en français dans "Taratata" et il voulait le refaire.

« C'est difficile de trouver des textes puissants dans la musique populaire »
Tu te verrais chanter en anglais ?
Pour le moment non car je suis très à l’aise avec le français. C’est une langue que j’aime beaucoup et je suis très fière d’écrire dans cette langue. Mais je ne dis pas non car il ne faut jamais se fermer à rien ! Pour le moment, ce n'est pas un projet.

Est-ce que c’est plus difficile aujourd’hui de percer en chanter uniquement en français, selon toi ?
Non, au contraire ! C’est sûr que ce n’est pas facile mais en anglais, ce n’est pas mieux. Tu te retrouves face à des Beyoncé, Rihanna ou Coldplay alors que chez nous, il y a quand même de la place, ça se fait de plus en plus rare les jolis textes en français. Ou sinon, il faut aller chercher du côté indépendant. Mais en musique populaire et radiophonique, c’est plus difficile de trouver des textes revendicateurs et loin d’être lisses.

C’est quoi la clé pour se démarquer ?
Rester soi-même ! C’est la seule chose qui compte dans la vie, de rester simple. Il faut rester au plus près de ce qu'on est et ne jamais se prendre au sérieux tout en ayant des exigences.

Avec qui rêverais-tu de collaborer ?
Je suis très dans la rencontre. Récemment j’ai rencontré Lili Poe, je me suis super bien entendue avec elle. Les collaborations peuvent fonctionner que si on s’entend, si on est sur la même longueur d’onde. Peu importe, qui que ce soit avec qui je m’entends, j’aimerais collaborer avec.

« On s'est tellement bien entendu avec Florent Pagny »
Tu es aussi partie en tournée avec Florent Pagny, dont tu as assuré la première partie, notamment à Bercy : comment est née cette rencontre ?
On est dans le même label et il a écouté plusieurs artistes chez Universal. Et du coup, il m’a beaucoup aimé et je ne devais faire que 8 dates avec lui au départ. Et on s’est tellement bien entendu qu’il m’a gardé pour la suite donc j’ai vraiment beaucoup de chance. La première était horrible, mais on s’y fait vite : c’est une adrénaline de dingue. On est toujours aussi stressé, surtout moi, je suis toujours angoissée que ce soit dans une petite ou une grande salle. Mais c’était fantastique : je me souhaite de pouvoir faire ça toute ma vie, et pas forcément dans des Zéniths mais même dans des salles de 150 personnes.

T’a-t-il donné des conseils ?
Il m’a dit de rester moi-même ! Il a été très présent et m’a laissée vraiment libre. Il m’a écrit un mot à la fin qui disait « belle artiste OK, mais belle personne encore mieux » ! J’ai eu beaucoup de chance.

Tu seras bientôt en concert aux Etoiles : la scène, c' est quelque chose d’important ?
C’est marrant on me pose toujours cette question mais je te souhaite d’aller en studio puis sur scène et tu verras que ça n’a rien à voir. Ce sont deux mondes complètement parallèles. Il n’y a aucun code, tu peux être très bon en studio et mauvais sur scène et vice-versa. Ce sont deux sensations incomparables.

Refaire une comédie musicale, après "Un été 44", ça te tenterait ?
Non, je ne pense pas. C’était une expérience incroyable et puis j’étais au tout début de ma carrière, j’étais en plein enregistrement de mon album et j’avais besoin d’un projet comme ça. J’étais dans le besoin d’un projet : j’ai accepté car les compostions étaient d’Azanvour ou Goldman ! Une autre comédie musicale, par exemple "Alice au pays des merveilles", je ne le ferais pas. C’est pas pour ça que je fais de la musique. J’ai envie d’être émue, d’être portée et là je chantais une chanson en hommage aux soldats morts pour la France écrite par Aznavour. Là, tu te sens exister. Si c’est pour chanter pourquoi le lapin est en retard, non !

Et si c’est un sujet qui te plaît ?
Ça dépend de quelle façon c’est tourné ! J’adore les comédies musicales mais, par exemple, je préférerais ne pas faire "West Side Story" si c'est mal adapté.

Ecoutez l'EP de Barbara Pravi :


Théau Berthelot
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