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Interview
samedi 02 juillet 2022 12:24

Zaoui, ex-Thérapie Taxi, en interview : "J'ai besoin de vivre des trucs forts pour écrire"

Zaoui se lance en solo avec l'EP "Mauvais démons", huit mois après la fin de l'aventure Thérapie Taxi. En interview pour Purecharts, le chanteur, toujours animé par cet esprit de fête, évoque en toute décontraction ses remises en question, la filiation naturelle avec son ancien projet et ses envies pour son premier album, qu'il prépare et peaufine.
Crédits photo : Felipe Barbosa
Ton premier EP solo commence par la fin de Thérapie Taxi, en nous faisant suivre ta sortie de scène après votre ultime concert. C'était important pour toi de marquer cette transition ?
J'avais vraiment en tête l'image de notre dernier concert au Zénith. Je voulais rassembler dans l'intro cette espèce de sensation d'oppression que j'ai ressentie quand je suis sorti d'un projet comme Thérapie Taxi. Comme tout le monde se sent concerné, tout le monde donne son avis. Ça part d'une bonne intention mais tu reçois trop d'informations, trop d'opinions qui sont souvent très différentes les unes des autres. Tu les accumules, parce que ce sont les avis de gens qui comptent pour toi mais en fait, ça finit par exploser un peu. Et là tu te dis : "Bon mec, débranche. On va faire la teuf, c'est pas le moment de penser à ça. Faut que je me détende, faut que je vive ma vie". Moi je sais que je compose comme ça : j'ai besoin de d'amuser, d'aller vivre des trucs forts ou tristes. Et quand ça déborde, je me mets à écrire.

« J'ai eu la sensation d'une ascension cassée »
Sur cette intro, on entend des gens te dire "Ça fait quoi de te dire que tu revivras plus jamais ça ?" ou "Tu peux pas t'arrêter maintenant". Ce sont des questions, des angoisses que tu t'es toi-même posées ?
Un peu, forcément, mais pas vraiment. Quand on a enregistré la chanson, on a fait un exercice : j'ai demandé à chacun de mes potes de venir avec une phrase, choisie par eux-mêmes. Ils étaient libres de dire ce qu'ils voulaient. En réalité, ils ont retranscrit des réflexions qui ont souvent été très vraies. Me dire "ça fait quoi de plus jamais revivre ça", c'est forcément une question que je me pose...

On entend même une femme dire "Tu dois bien avoir le seum quand même, ça décolle enfin, pleine ascension et boum tout s'arrête d'un coup''. C'est le sentiment que tu as eu ?
Ouais ouais. C'est une séparation qui s'est un peu allongée sur deux ans, avec le Covid au milieu. Tout le monde était à l'arrêt total mais il y a quand même eu pour moi la sensation d'une ascension cassée. Je m'y attendais pas forcément, c'était un peu soudain.

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Pourquoi avoir mis fin au groupe, finalement ?
Adé voulait arrêter là, elle ne se sentait plus en adéquation avec le projet. On s'était toujours dit qu'on ferait trois albums et qu'après on réfléchirait à la question. Quelque part, il y a toujours eu cette sensation que Thérapie Taxi était éphémère. On le sentait en nous depuis le début. Ça s'est passé un peu autrement mais une fois que ça a été acté, et avec la tournée d'adieux, pour moi c'est devenu évident que ça devait se passer comme ça et que ça ne pouvait pas se passer autrement. Je pense qu'Adé a eu un ressenti plus lucide que moi sur la situation. J'avais la tête ailleurs, il y a des choses que je ne voyais pas forcément.

« On s'est quittés en se disant : "C'est incroyable ce qu'on a vécu" »
Ça aurait pu continuer sous une autre forme ?
Ça n'aurait pas pu, non. N'importe qui aurait pu se barrer mais si Adé ou moi partait... C'était nous deux depuis le début. Il y a eu plein d'autres membres du groupe qui nous ont apporté plein de trucs mais on était les deux à écrire, les deux voix du projet. Ça n'avait aucun sens de prendre le nom Thérapie Taxi s'il n'y avait plus Adé dedans.

Avec du recul, tu as des regrets ?
Je suis vachement en paix parce qu'on a fait ça bien et avec intelligence. On a énormément parlé avec Adé avant la dernière tournée, qui a été formidable. Ni elle ni moi ne s'attendait à ce que ça se passe aussi bien. On s'est quittés en se disant : "Putain c'est incroyable ce qu'on a vécu, je te souhaite le meilleur". Encore maintenant, on échange beaucoup sur ce qu'il se passe pour l'un et pour l'autre. C'est une situation très sereine, très apaisée. Durant les derniers concerts, j'avais plein d'émotions en jouant nos morceaux. C'est complètement logique que ce soit la fin, et c'est trop bien d'ouvrir une nouvelle aventure en finissant correctement les choses. C'est pas comme si on s'était barré en disant qu'on ne se supportait plus, et allez-vous faire foutre ! On a pris le temps d'écrire un EP pour dire au revoir aux gens, de leur présenter en tournée. On ne peut pas rêver mieux comme fin. On était présent dans chaque instant. Je ne pars avec aucun regret, on a tout fait pour qu'il n'y en ait pas. J'ai tourné la page.

D'autant que ça n'a pas eu l'air d'abîmer votre amitié...
Non, ça l'a même rendue plus forte. Ça a permis de revivifier certaines choses. A une certaine période, on n'était plus potes comme avant car il y a tout le côté business. Quand tu commences ton groupe de musique et qu'il n'y pas d'enjeux ou de fric, c'est plus facile. Au début, dans notre amitié musicale, il y avait quelque chose de beaucoup plus léger dans le projet. On ne connaissait rien, on était tout excités ! Après 150 concerts et un succès, les enjeux ne sont plus du tout les mêmes. Si tu sors un deuxième album qui n'est pas disque d'or, c'est forcément un échec. Artistiquement, Adé n'était plus au bon endroit, elle était décentrée avec elle-même. Je trouve sa décision très courageuse. Je la sens bien plus heureuse maintenant.

« Zaoui, c'est 100% moi »
A travers cet EP, tu nous présentes ton alter-ego, Zaoui. Peux-tu décrire le personnage en quelques mots ?
C'est moi ! Zaoui c'est mon véritable nom et comme je ne pouvais pas m'appeler Raphaël car c'est déjà pris... (Rires) Dans "Mauvais", j'incarne vraiment un personnage mais en vrai Zaoui, c'est 100% moi. Je n'ai jamais fonctionné avec cette idée d'alter-ego artistique. L'artiste que je suis est la personne que je suis. Je raconte en chanson ce qui m'arrive dans ma life.

Fêtard et mélancolique, tu es comme ça dans la vraie vie ?
Ouais, complètement. Comme c'est juste un EP, je me suis dit que j'allais centrer le propos et donner une lecture sur 24 heures. Ça démarre sur cette histoire de "Je suis trop stressé avec ces questions, vas-y faut que je me vide la tête donc je vais faire la teuf", avec trois chansons pump it up, et comme j'aime aussi avoir le contre-champ de cette décharge d'adrénaline et que j'adore les ballades mélancoliques, je propose ensuite trois chansons de redescente avec "De 5 à 7" et ce mec qui bade sur la fin de son ancienne relation, des trucs un peu plus profonds sur ses peurs. Avant "Démons" qui repart sur la fête, comme si ça faisait une boucle.




Le ton de tes nouvelles chansons, comme tes clips, est assez festif, insouciant. Tu avais envie de pop légère après deux années difficiles pour tous ?
Non parce que moi en vrai, Covid ou pas Covid, je passe tous mes week-ends à faire la teuf. Avant le Covid je l'ai fait, après le Covid je le ferai ! Mon rythme n'a pas trop changé.

« Tu peux vite ne pas faire les bons choix »
Beaucoup d'artistes disent avoir été marqués par ce coup d'arrêt brutal, et que ça a influé sur la création. Ce n'est pas ton cas, donc ?
Non parce que je suis devenu papa pendant le Covid. Dans tous les cas, c'étaient deux années un peu... paumées. J'étais content que tout le monde soit enfermé car moi je l'étais. (Rires) Cet EP représente tout ce que j'ai toujours eu envie de faire, c'est-à-dire des chansons pour faire la teuf et des ballades un peu plus deep qui racontent vraiment des choses. Le Covid n'a pas changé ma manière de faire de la musique.

Tu fais tout tout seul, les textes, les instrus... ?
Souvent j'ai une phrase qui tourne avec la mélodie, avec des mots, et je construis autour. Parfois je fais un guitare-voix et ensuite je l'arrange, parfois je fais direct dans la section Logic [logiciel sur Mac, ndlr]. Au fur et à mesure du temps, tu as de plus en plus de cordes à ton arc, de manière de faire, et en fonction des morceaux, tu affines tes choix. Ça dépend de mes envies. Après, j'arrive au studio avec des maquettes non définitives et je les bosse avec des réalisateurs qui m'aident à finaliser les titres. Par exemple, je ne suis pas très bon guitariste donc je demande à Vincent Duteuil, qui faisait partie de Thérapie Taxi, de refaire des lignes plus compliquées inspirées par ma mélodie. C'est comme si j'écrivais un brouillon et qu'ensemble, on réécrivait tout au propre. (Sourire) Être entouré c'est une bonne chose car tout seul, tu peux vite tourner en rond et ne pas faire les bons choix.

« Ça pète mais t'es bien assis sur ton siège ! »
Dans le communiqué tu dis que tu as "L'espoir de retrouver une bonne partie du public que tu as laissé". C'est la raison pour laquelle dans le son ça reste très Thérapie Taxi, avec cette voix féminine qui revient sur les refrains ?
Honnêtement, j'ai essayé de ne pas trop me lancer dans des réflexions comme ça. Moi je suis très fier de ce qu'on a fait avec le groupe. Et il y a un truc qui accentue cet effet-là, c'est que j'ai gardé le même réalisateur que Thérapie Taxi. C'est un ami avec lequel j'avais envie de continuer à travailler parce qu'on a une relation assez forte. Donc il y a sa touche aussi à lui ! Je pense que ça évoluera avec l'album. Je le sens, j'ai besoin d'aller chercher autre chose, un peu comme sur les chansons plus tristes de l'EP. Après, quand les gens me disent "c'est du Thérapie Taxi", je leur réponds : "Ben ouais je suis désolé, c'est ce que je sais faire et je sais pas vraiment faire autre chose". C'est évident qu'on retrouvera toujours une paternité. Je ne peux pas changer ma manière de poser les mots, de composer.

Comment est né le duo "C la base" avec Michel ? Ça sent l'énorme kiff !
Michel c'est un pote donc c'était trop bien. Quand tu fais un feat avec un copain, tout est simple. J'adore son personnage, un peu bas les couilles de tout. J'avais cette espèce de ligne de basse très lazy, très 90, très Carmen [un bar de Paris, ndlr] où on se retrouve tout le temps. Cette chanson, c'est nous quand on est là-bas, qu'on fait de le merde et qu'on en a rien à foutre ! J'adore son couplet. Ça pète mais t'es bien assis sur ton siège ! Ça s'est fait ultra naturellement, c'était chouette. On a passé deux jours déments sur le tournage. Je pourrais dire ça de toutes les chansons mais j'adore cette track.




En parallèle de cet EP, tu écris pour d'autres artistes. C'est un exercice qui te stimule ?
Je vais peut-être le refaire. L'exercice m'a plu, plus que ce que je pensais. Il y a des chansons que j'aime bien mais qui ne collent pas forcément avec mon projet, qui sont parfois trop répétitives avec d'autres. J'ai tendance à raconter un peu les mêmes choses et ça m'énerve chez les autres donc j'essaie de ne pas le faire. (Rires) Ça peut être l'occasion de retravailler certaines bonnes chansons avec d'autres artistes. Mais il faut qu'elles soient bonnes et que j'y crois ! Je ne vais pas refiler des fonds de tiroir. J'ai quelques pistes. Je vais peut-être le faire, mais ce n'est pas la priorité. J'ai envie de faire ça avec des gens que j'aime bien, que ce soit naturel.

« Je veux faire les choses bien pour mon premier album »
Il y a des artistes avec lesquels tu rêverais de bosser ?
Non, pas forcément. J'aime bien les jeunes artistes. Je ne rêve pas de bosser avec des vieux de la vieille, qui font des CDs tout faits. La jeune génération me captive plus. Mais ce serait très cool de bosser avec des gens que j'ai écoutés durant mon enfance.

Ton premier album solo, c'est pour quand ?
Je ne voulais pas faire un premier album tout de suite parce que je trouve que c'est beaucoup de pression d'un coup. J'avais besoin de temps pour installer le projet, tout en revenant vite parce que je tournais en rond. C'est mon métier et j'ai besoin de faire mon métier ! La solution, c'était donc de revenir avec cet EP et quelques chansons, sans d'attentes énormes. Mais évidemment, il va falloir sortir un premier album et ce sera très important. Je vais faire les choses bien ! Je suis en flux tendu sur l'écriture donc il y a des morceaux qui existent. Il va falloir faire des choix, voir avec qui je les bosse, aviser le rendu sur 10 à 13 titres... Pour le moment, je ne le visualise pas encore. C'est un peu tôt. Une chanson tu peux la faire de mille manières. Tu peux la rendre très électro, tu peux la rendre très rock... Ça prend du temps, de trouver la bonne compo avec le bon arrangement. Tu vois par exemple j'adorerais faire une chanson en autotune et en même temps ça sortirait vachement ce que je fais d'habitude. Quand tu as une idée comme ça, il faut la tenter et en l'écoutant, tu vois si ça fonctionne. C'est ça la création d'un album.
Yohann RUELLE

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