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Interview
mercredi 27 octobre 2021 18:14

YANIS en interview : "C'est beau d'être trans. Je suis tellement fière !"

Avec le titre "Solo", YANIS fait sa mue et présente au grand jour son identité de femme transgenre et non-binaire. Dans un café parisien, l'artiste de 33 ans raconte le long chemin qu'il lui a fallu parcourir pour oser s'affirmer, entre ses débuts très mouvementés sous le nom Sliimy à l'homophobie dont elle a fait face. Des épreuves qui n'ont fait que renforcer sa volonté de prôner un message de tolérance et bienveillance.
Crédits photo : Pierre Tostain
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

« Je me suis prise une vague de violence et de rejet »
Tu reviens avec "Solo", un nouveau clip à la dimension très personnelle puisque tu y évoques l'homophobie et le rejet de ton père. Est-ce que tu te souviens du moment où est née cette chanson ?
C'est un événement super frais et précis, qui m'est arrivé l'année dernière en septembre au mariage de ma soeur. Ce fut un moment très dur avec mon père. Il m'a complètement ignorée, il a fait comme si je n'étais pas là. Je me suis prise une vague de violence et de rejet hyper forte. c'était très perturbant. J'ai écrit cette chanson juste après, pour sortir cette douleur. Ça a été très difficile à encaisser et j'avais besoin de transformer ce moment difficile en quelque chose d'onirique, de créer du beau avec du laid. Au lieu de choisir la violence, j'ai choisi d'en faire une chanson. C'est ce que j'ai toujours fait, finalement : "Wake up", mon premier single avec Sliimy, parlait déjà de mon père. A l'époque, j'habitais encore chez lui. Je lui disais de se réveiller, je lui demandais de me considérer. Des années après, ça n'a toujours pas évolué. C'est fou comme ce genre d'événements peut te replonger dans des traumatismes passés, ce que beaucoup de personnes LGBTQ+ vivent. Et c'est un peu l'histoire de cet EP. Je me présente telle que je suis aujourd'hui en faisant le lien avec mon passé. Je vais vraiment dérouler des douleurs mais il y aura aussi des chansons hyper fierce. A part Eddy de Pretto ou Christine and the Queens, il y a assez peu d'artistes qui mettent nos parcours en chansons et je trouve ça important que nos histoires existent dans la chanson française.

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C'est d'ailleurs ton premier titre en français !
Oui, c'est sorti comme ça. Ça fait des années qu'on n'arrête pas de me rabâcher qu'il faut que je m'y mette mais je n'avais jamais réussi. Je me suis posée et j'ai écrit "Solo" en 15 minutes, je l'ai produite et réalisée seule au piano et je l'ai enregistrée en une seule prise. Je ne me voyais pas couper et modifier des éléments puis recommencer, pour que tout soit parfait. C'est une conversation avec quelqu'un, je ne triche pas. Je sentais physiquement la souffrance sur mon visage. Le fait d'utiliser la musique comme un exutoire m'a aidée à débloquer beaucoup de choses, là où avant, ça aurait mis du temps à cicatriser. Le clip aussi m'a permis de créer un tableau. Ça m'économise des séances de PSY. (Rires) C'est presque comme une peinture que tu décides de repeindre toi-même, pour adoucir le moment. Je n'ai jamais sorti un titre aussi intime.

« On a le droit d'avoir de la colère »
Est-ce que tu sais si ton père a écouté la chanson ?
Non. Je l'ai faite écouter à ma soeur parce qu'elle était présente lorsque ça s'est produit. Elle a été beaucoup touchée. Je ne cherchais pas forcément un accord, c'était plus un geste de confiance. C'est une personne avec qui je suis très proche mais je n'ai pas envie de censurer mon art parce que ce serait trop personnel. La force de l'art, c'est de pousser les choses. Plein de gens m'auraient sûrement dit : "Tu ne peux pas parler de ton père comme ça, tu ne peux pas parler d'homophobie". Ce sont des sujets qui dérangent parce que quand on touche à la famille, on n'a presque pas le droit d'en vouloir. Les gens ne se rendent pas forcément compte de nos parcours. On a le droit d'avoir de la colère, on a le droit de prendre des distances avec des gens qui partagent le même sang. Ça j'ai envie de le dire aux gens parce que des fois, ça te sauve.

Regardez le clip "Solo" de YANIS :



« Sliimy m'a appris à m'accepter »
Il y a 12 ans, tu te faisais connaître du grand public sous le nom de Sliimy avec ton premier album "Paint Your Face". C'était un concentré de titres pop colorés et déjà à l'époque, tu emplissais tes clips d'arc-en-ciel et parlais librement de ton homosexualité. Cet alter ego t'a-t-il aidée à t'accepter et te libérer ?
C'était tout l'inverse de ma vie. J'ai eu une enfance assez compliquée, je n'étais pas du tout dans un environnement coloré avec de la joie. A l'école, je me faisais constamment insultée. Il n'y a pas un jour où je ne me suis pas faite emmerder. Sliimy, c'était la fête que je n'ai jamais eue : je me suis créée un univers très enfantin comme pour reprendre cette insouciance qu'on m'avait volée. Sliimy, c'était ma soupape de décompression, un peu comme un mentor qui m'a appris à m'accepter. J'ai incarné ce projet à fond. Plein de gens n'osent pas me parler de cette époque parce qu'ils ont l'impression que c'était compliqué mais je suis super fière de ce que j'ai fait. Avec le recul, j'ai pu sortir un album avec des chansons que j'ai commencé à écrire à l'âge de 13 ans. Vous faisiez quoi vous, à 13 ans ? (Rires) Je n'avais rien, j'étais dans ma chambre à Saint-Etienne, je ne connaissais personne dans la musique. Je me suis débrouillée toute seule et j'y suis arrivée. C'est génial ! Bien sûr il y a des maladresses dans ces morceaux mais je trouve ça adorable. A ceux qui pensent qu'il leur est impossible de poursuivre leurs rêves, je leur dis que si, c'est possible.

A l'époque, tu as assuré les premières parties de Katy Perry et Britney Spears à 18 ans, tu étais prise sous l'aile du célèbre blogger Perez Hilton, tu es apparue dans le clip "I Gotta Feeling" des Black Eyed Peas... C'était fou !
Quand j'en parle, j'ai des frissons ! Ça m'émeut parce que j'ai réussi à construire et porter ça. Le titre "Magic Game" commence par "You said I'm gay, but I'm cool" puis je parle d'anorexie parce qu'on me critiquait sans arrêt sur mon poids. J'étais vachement inspirée par Lily Allen, Kate Nash, toute cette pop anglaise qui utilisait l'ironie et l'humour pour un peu reprendre le pouvoir sur sa propre histoire. Moi j'ai le sentiment qu'on a souvent voulu prendre possession de mon histoire : on s'est foutu de ma gueule, on m'a montrée du doigt, on m'a même dit que je ne devais pas parler de mon homosexualité. Comment on peut demander à quelqu'un de faire ça ?

« Ma maison de disques a voulu me faire retourner dans le placard »
Tu fais référence à ta convocation chez le dirigeant de Warner, qui te trouvait "trop efféminé" ?
Il m'a reçue comme ça, dans son bureau. C'était un rendez-vous pro, moi je suis arrivée sans savoir ce qui allait m'arriver. J'étais choquée, d'autant que ça s'était produit après mon passage dans "On n'est pas couché" face à Eric Zemmour et Eric Naulleau, après ma venue à "Taratata" où on m'avait posé des questions super intrusives sur la mort de ma mère... Ok on est à la télé, mais on peut rester humain. J'avais espéré qu'on me soutienne mais en fait, ma maison de disques a essayé de me faire retourner dans le placard. C'est hyper difficile d'avancer dans la vie et dans tes projets quand il y a des gens autour de toi qui sont contre toi. Ces gens-là rejettent leur propre peur sur toi et ne se rendent pas compte du mal qu'ils provoquent. Ils ne rendent pas compte du chemin déjà parcouru pour en arriver là. Regarde MIKA : il avait un univers très pop et très coloré lui aussi, et il n'a fait son coming out que des années après. Ça montre bien la pression qu'on inflige aux artistes et la gêne - qui n'existe plus vraiment aujourd'hui - autour de ce sujet. En revanche, le malaise existe toujours quand tu parles aux gens de transidentité. Ça me rappelle la façon que les gens avaient d'éviter de parler de la mort de ma mère, quand j'avais sept ans : ils n'osent pas, ils font comme si ça n'existait pas, comme si de rien n'était.

Regardez le clip "Wake Up" de Sliimy :



« J'ai reçu des menaces de mort »
Personne ne t'a soutenue, à l'époque ?
Il y a des personnes qui m'ont soutenue dans mon entourage et dans ma maison de disques, oui. Ça je veux le dire aussi. Même aujourd'hui, mon éditeur, Sony, est super avec moi. Mais tout de même, il y a du travail à faire. En fait, ces gens fonctionnent en pensant à du marketing et ils vont prendre la partie de la majorité. Au lieu de m'avoir défendue moi, au lieu de construire un projet assumé comme ce que peut faire quelqu'un comme Lil Nas X avec beaucoup d'aplomb, on m'a tourné le dos. On a fait l'inverse. On m'a laissée seule alors que j'ai reçu des menaces de mort. Je m'en suis ramassé plein ! Avec des descriptions hyper détaillées, c'était flippant.

À ce point ?
Oui. Il existait un groupe sur Facebook où les membres décrivaient comment ils allaient me tuer, avec des détails sordides sur la façon dont ils allaient me découper. C'était horrible. J'ai réussi à le faire fermer.

C'est pour cette raison que tu t'es éloignée et a pris une pause de cinq ans ?
Évidemment. J'ai dû tout reconstruire. Je n'avais plus personne, plus de management, plus de tourneur. C'était super violent. Et pourtant, même en indépendant, quand j'ai sorti "Hypnotized", c'était partout. Ça montre qu'on peut toujours renverser les choses. Et c'est marrant d'ailleurs parce qu'avec ce single, beaucoup de gens ont retourné leur veste. Encore une fois. On a récemment eu l'exemple avec Yseult, qui a pris le temps de construire un véritable projet s'adressant à sa communauté après des débuts compliqués dans l'industrie. Aujourd'hui, on a les moyens pour faire les choses différemment. On peut se faire une place, seulement on a besoin de soutien, de visibilité et de diversité.

« Je fais cette transition pour moi »
Tu t'identifies désormais comme une personne non-binaire et une personne trans. Cela change quoi, à tes yeux, d'embrasser ces identités ?
Tout ! Les gens n'arrivent pas à se dire qu'on puisse être non-binaire et trans, comme si c'était incompatible. Oui, je suis en transition. Oui, je me considère non-binaire, comme beaucoup de personnes trans. En fait, la transidentité, c'est un immense éventail. Il y a des personnes qui font des transitions binaires, elles sont tout autant valides et tant mieux. Par rapport à moi, être non-binaire c'est être trans parce que ça signifie être hors de la binarité. C'est remettre en question tout ce qu'on nous a enseigné. Ce fut un long chemin. Je me pose des questions depuis que je suis toute petite mais à l'époque, je n'avais aucun exemple. Donc je les ai enfouies. Le mot trans traînait un bagage associé à des choses horribles. J'ai pu faire ce cheminement personnel, encore assez récent, grâce à des femmes et à des hommes que j'ai rencontrés. La famille que je me suis créée m'a permise de me libérer. C'est ça la culture queer : être ensemble. Il y a encore deux ans, j'osais à peine mettre du maquillage pour sortir dans la rue. Encore moins mettre une robe ! Il y a eu plein de petites victoires au quotidien. Après, je ne cherche pas à revendiquer. Je suis comme ça, c'est tout. Il y a des gens qui me disent : "Mais pourquoi tu te mets une étiquette ?". Ce n'est pas me mettre une étiquette, c'est simplement qui je suis. Quand Elliott Page a fait la couverture du "Time", c'est ça qu'il disait : "This is who I am". Les labels, c'est ce que la société en fait. Moi, je dis juste qui je suis. Avant, on m'en mettait d'autres d'étiquettes ! Je crois que les mots ont une importance. Je suis trans et je fais cette transition pour moi. Je suis en train d'aligner mon identité avec mon corps, avec ce que je suis, avec mon mental et c'est hyper beau. Il faut s'en réjouir ! Mon identité n'est pas un débat.

De plus en plus d'artistes, internationaux du moins, font publiquement cette démarche : Sam Smith, Demi Lovato... Tu as l'impression que les choses changent et que les mentalités évoluent ?
C'est un combat constant. Et ça le sera toujours. C'est pareil pour les droits des lesbiennes, pareil pour les droits des gays, les droits des personnes intersexes... Il y a des pays à trois heures de Paris où les personnes LGBTQ+ n'ont pas le droit d'exister. Voilà pourquoi les "étiquettes" elles comptent, parce que dans d'autres pays on est tabassés, persécutés, pas protégés et encore tués. On emploie ces mots parce qu'on est fiers. Ça suffit d'avoir peur. Jusqu'en 2019, la transidentité était encore considérée comme une maladie mentale par l'Organisation Mondiale de la Santé. C'était il n'y a pas si longtemps ! Les mots ont une importance, et encore plus quand ils sont incarnés par les personnes qui sont concernées. Laissez-nous parler de nous-mêmes au lieu de débattre sur notre existence. C'est pour ça que la visibilité a de l'importance, notamment dans les séries : "Euphoria", Laverne Cox, "Pose"... Ça bouge enfin. On est des milliards d'êtres humains sur la planète, on vit des milliards d'histoires. Pourquoi les nôtres n'auraient pas leur place ?




« J'aimerais écrire des chansons pour Bilal Hassani »
Puisqu'on parle de visibilité, ça t'inspire quoi de voir Bilal Hassani danser en prime-time sur TF1 avec un autre homme ?
Je l'adore ! C'est incroyable. Je ne comprends même pas que ça puisse faire débat. J'aimerais trop le rencontrer et écrire des chansons pour lui. Je lance un truc, là ! Il me touche vachement. Je trouve qu'il s'exprime extrêmement bien et il est bien entouré. J'étais super inquiète au début, vraiment en panique parce que je me disais qu'il allait revivre toutes les horreurs que moi j'ai vécues. Mais quand j'ai vu sa mère et comment elle parlait de lui, je me suis dit : c'est bon, il est entre de bonnes mains. Moi je n'ai pas eu ça. Bilal, il construit un projet incroyable et il permet beaucoup de choses. Heureusement qu'il est là !

D'où puises-tu la force de porter publiquement cette parole, comme aujourd'hui avec cette interview ?
De ma fierté. Je suis tellement fière ! C'est beau d'être trans, il faut arrêter de mettre une connotation négative dessus. Je suis fière aussi de ce que je crée et je suis hyper contente d'avoir l'opportunité de parler de ma musique. C'est mon parcours en tant qu'artiste et en tant que personne. C'est une chance, un privilège de pouvoir m'exprimer, d'avoir cet espace. Il y a tellement de gens qui le méritent et qui en sont privés... On se prive de beaucoup de talents en bridant la diversité.

Je remarque que tu te genres au féminin depuis le début de cette entrevue. Tu n'emploies pas les pronoms neutres ?
Oh, je me balade dans mes pronoms. (Rires) Ça m'amuse ! Le genre c'est très fluide, les pronoms aussi. En anglais c'est super simple : they/them, c'est neutre. En français, c'est compliqué. Parfois j'utilise iel, parfois je parle de moi au masculin, parfois je parle au féminin... Il n'y a pas de règles. En plus, c'est un concept un peu absurde parce qu'il y a des langues où les pronoms ne sont pas genrés, comme le coréen. J'ai hérité d'une langue que je n'ai pas créée, que des hommes qui sont dans une Académie dirige. Il faut que je prenne des distances avec parce que sinon, je deviens folle. Ça n'inclut pas tout le monde. Il y a peu de temps, on ne disait plus le mot autrice. Il existait avant mais on l'a enlevé parce qu'on a décrété que ce n'était pas un métier féminin... Sans commentaires. Bref, dans tes articles, tu peux me genrer au neutre et au féminin. (Sourire)

La question de changer ton nom de scène s'est posée ?
Yanis, j'ai envie de le porter. Je suis très attachée à ce nom parce que c'est celui que m'a donné ma mère. Mais je suis assez libre par rapport à ça. Si ça trouve, j'aurais un projet dans cinq ans qui aura un autre nom ! J'aime bien me laisser cette liberté. On s'en fout en fait, c'est ce que la personne raconte qui prime. Le plus important, ça reste les chansons.

« Être entertainer queer, ce n'est pas que faire le show »
Revenons à "Solo", qui est aussi le nom de ton EP à venir. On y retrouvera notamment le titre "Grace", sorti l'an dernier dans un clip réalisé avec des drag-queens...
Ce sera une version avec les couplets en français ! Petit scoop. (Sourire) Il y aura un featuring aussi, mais je ne dis pas avec qui...

Tout le sens de ton travail, c'est de donner de la visibilité à la communauté LGBTQ+ ?
Ce sont tout simplement les gens qui m'entourent. Ce sont mes amis, mon entourage, ma famille. Je ne fais que montrer ce qu'est ma vie. Cet EP, j'en suis fière parce que je navigue dans cette culture club, cette culture queer, la famille qu'on choisit, la mode qui transcende les codes, tout en racontant pour de vrai mes faiblesses et mes tristesses. Être entertainer queer, ce n'est pas que faire le show ! C'est aussi "Smalltown Boy" de Bronski Beat, quelqu'un qui fuit sa famille pour vivre sa vie. C'est "Father Figure" de George Michael, auquel j'ai beaucoup pensé en écrivant "Solo". On a besoin de ces histoires, aussi. J'ai clippé toutes les chansons. Ça va être assez beau.

Quel avenir espères-tu pour Yanis, l'artiste, et Yanis, la personne ?
J'espère que je continuerai à créer des chansons et à créer des univers. Au delà de la musique, j'aime raconter des histoires aux gens. J'ai envie d'aller les rencontrer, leur parler, faire plein de concerts et que ma musique voyage de partout. Je ne dissocie pas vraiment l'artiste de ma personne, donc je me souhaite beaucoup d'épanouissement. Et de rencontrer quelqu'un parce que je suis fucking célibataire ! (Rires) J'envoie un message.
Yohann RUELLE

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