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Interview
mercredi 25 septembre 2013 18:03

Pierre Palmade : "Je trouvais singulier de banaliser l'homosexualité dans mes chansons"

A quelques jours de la première de sa pièce "Le Fils du comique" au Théâtre Saint-Georges, Pierre Palmade a pris le temps d'évoquer son premier album "Interdit aux moins de 30 ans". Uniquement disponible en digital, ce disque de onze chansons est le fruit d'un long travail d'écriture réalisé avec le compositeur François Bernheim, et fait office de bilan pour l'humoriste, qui évoque sans langue de bois son homosexualité, l'importance de l'amitié et son désir d'écrire pour d'autres artistes comme Christophe Willem.
Crédits photo : ABACA
Propos recueillis par Jonathan Hamard.

Pierre Palmade dans la musique, ce n'est pas une première. En revanche, "Interdit aux moins de trente ans" est votre premier album. L'idée de sortir un disque vous titillait depuis longtemps ?
Ça fait un peu plus de trois ans que François Bernheim me poussait à le faire. Il a été le mentor de cet album. Ça fait un an qu'il est terminé en réalité. J'ai mis un an avant de me décider à le sortir. Je crois que c'est ce qui a été le plus long. Je l'ai écrit comme j'écris d'habitude. C'est-à-dire assez vite, de manière très inspirée, intensément. Quand il a été fini, je l'ai fait écouter à mes copains. Ça les a fait rire. Ça m'a fait plaisir. Mais je leur ai dit que je ne me sentais pas d'assumer un album comme celui-là. J'ai vu d'autres amis humoristes et comédiens comme moi qui ont essayé de sortir des albums. Je ne les nommerai pas mais j'ai été assez embarrassé.

C'est-à-dire ?
En écoutant, je me suis vite dit que ce n'était pas leur métier. Et puis, je me suis un peu laissé faire par mes amis qui m'ont dit que là c'était quand même drôle, que ce n'était pas vraiment la même chose, qu'il s'agissait de sketchs en musique… Finalement, je me suis donné plein d'excuses et puis j'y suis allé. Je me suis dit que c'était le moment de me lancer.

C'est un peu osé de faire part de son opinion sur l'album de collègues alors que vous-mêmes sortez un disque...
C'est tout simplement que je n'ai pas aimé ce qu'ils ont fait. C'est un risque que je suis prêt à tenter. Je ne peux pas être plus honnête. J'ai été très sceptique face aux tentatives de ces collègues. C'est pour cette raison que j'ai attendu un an avant de sortir le mien ! J'avais peur qu'on dise de moi que je ne suis pas légitime. Vous savez, plus les années avancent, plus on affirme un style. On trouve ce qui fonctionne et on continue dans la voie qui semble déjà toute tracée. On n'a moins envie de prendre des risques avec l'âge. Là, je pensais que j'allais tendre le bâton pour me faire battre (sourire). Et puis, à force d'écouter mes chansons, je me suis rendu compte que c'était bien moi. Je m'y retrouvais. Alors j'ai décidé d'assumer à fond et de proposer cet album comme je propose un spectacle.

« Je crains la critique mais l'instinct d'avancer et de faire ce que j'ai envie est plus fort »
La légitimité, c'est primordial pour vous, dans n'importe quel domaine ?
On dit qu'en France c'est difficile d'être légitime dans plusieurs domaines à la fois. On est quand même un petit peu étiqueté. Ce qui est certain, c'est que lorsqu'on vous trouve illégitime, les gens parlent vite. Mais j'ai l'impression que c'est peut-être en train de se décloisonner. Peut-être qu'il faut insister. Quand je vais voir une comédie musicale, je me rends compte qu'il y a de plus en plus de comédiens qui savent danser et chanter. Ça commence à se voir dans des comédies musicales typiquement françaises. En ce qui me concerne, j'ai eu très vite le sentiment que je ne m'éloignais pas trop de mon personnage avec ces chansons. Dans ce que ça dit ! Je n'ai bien sûr pas pris de risques avec ma voix. Puisque ces chansons ont été enregistrées comme ça parce qu'elles m'allaient.

Et la critique ? Vous ne la craignez pas toujours un peu, malgré votre bagage ?
Si ! Je la crains mais l'instinct d'avancer et de faire ce que j'ai envie de faire est plus fort. Les coups font moins mal que si je ne le faisais pas. J'aurais moins mal de lire la critique, même mauvaise, que de ressentir la frustration de ne pas avoir fait cet album alors que j'en avais envie. J'ai fait une chanson qui s'appelle "L'amour cochon" pour commencer. Puis une deuxième qui était "T'es beau". Puis ça m'a grisé et je me suis pris au jeu. Finalement, je me suis rendu compte que j'avais beaucoup de choses à dire grâce à cet album. Et j'en dis (sourire) ! On retrouve même des choses que je ne pourrais pas dire dans mes sketchs. Si je rencontrais quelqu'un qui ne me connaissait pas, je crois que je lui ferais écouter mon album plutôt que de lui montrer un de mes one-man-shows.

« Si j'enlevais le maquillage, ce serait simplement une séance de psy »
Vous avez donc enlevé tous vos costumes et le maquillage pour vous mettre à nu, vous livrer totalement au public ?
Ah non ! Le maquillage c'est la drôlerie. Si j'enlevais le maquillage, ce serait simplement une séance de PSY. Ce serait encombrant pour les gens. Et puis, si je disais simplement qui j'étais, à ce compte-là tout le monde pourrait faire comme moi et sortir un album. Mon maquillage et mon costume, c'est mon humour. Les rimes et la musique, c'est ce qui fait que c'est artistique et pas juste une confession thérapeutique.

Pourquoi avoir intitulé cet album "Interdit aux moins de 30 ans" ? Parce qu'il nécessite une certaine maturité pour comprendre toutes les subtilités ou alors parce que vous êtes parfois très cru ?
Ce titre, c'est une phrase extraite de "L'amour cochon". Au début, je voulais appeler cet album "Chansons gaies". Parce que je parlais librement de mon homosexualité. Mais mes proches ont trouvé que c'était très réducteur pour mon album. Ils m'ont conseillé cette phrase de "L'amour cochon" parce que d'une part ça provoque les jeunes, et puis parce que je trouve qu'il faut avoir un certain recul sur la vie pour ressentir ce que j'ai ressenti. Du moins c'est ce que je pense. Il y a de la provoc' et de la vérité !

Ecoutez le titre "L'amour cochon" de Pierre Palmade :



De la provoc', de la vérité, mais aussi des gags et beaucoup de nostalgie. Si la forme est drôle, on peut trouver dans ces chansons un fond de vérité qui est plutôt triste. L'humour sert-il à masquer vos faiblesses ?
Je ne sais plus qui disait que l'humour était la politesse du désespoir, mais c'est effectivement ça. Rions-en pour ne pas en pleurer (sourire) ! Vous savez, il en suffit toujours de peu pour qu'un sujet soit dramatique ou drôle. D'où les fous rires aux enterrements. C'est un drame d'être avec quelqu'un qui est beau mais qui est con. Mais ça peut être drôle aussi avec de la distance. Vous savez bien que quand on vit des choses qui sont dramatiques, c'est un bonheur pour les raconter aux copains. Quand on dit : "Putain ! Les vacances pourries que j'ai passées cet été !". Ça devient génial à raconter !

« Il y a plein de choses que je fais sans être gay »
Est-ce que cet album n'est pas aussi le moyen de raconter tout ce que vous aviez besoin de raconter à votre sujet ? Comme un déversoir...
Il faut croire ! Comme au début, c'était hors de question que je chante en public, je n'ai eu aucun problème à mettre un "il" à la place d'un "elle" quand je m'adressais à un amoureux, quand je parlais d'amour, de séduction ou de sexe. Je me suis dit : "Je ne vois pas pourquoi je dirais elle dans une chanson d'amour alors que j'assumais complètement d'être homo. Je trouvais ça singulier de banaliser l'homosexualité dans mes chansons. Pas de faire une chanson sur l'homosexualité comme a pu le faire Aznavour ! Je voulais faire une chanson ou l'homosexualité était abordée comme quelque chose de banal.

Vous abordez effectivement l'homosexualité dans plusieurs titres alors que vous avez récemment dû faire face à la critique et à ceux qui n'ont pas apprécié vos récents propos à l'antenne d'Europe 1. Vous vous êtes dit "triste d'être homo". En réponse aux attaques, sur votre Facebook, vous avez déclaré que vous ne vouliez pas être réduit à votre identité sexuelle. C'est faussement contradictoire...
Il y a à peu près un tiers de cet album qui est consacré à mon homosexualité, un autre tiers à l'amitié et un tiers consacré au boulot. Mais je ne ris pas gay, je ne mange pas gay, je ne marche pas gay. Il y a plein de choses que je fais sans être gay. Par contre, en amour, oui, je suis homo. Sur cet album, il n'y a que trois chansons qui l'évoquent. Pas onze !

« Internet est devenu un tel défouloir ! »
La chanson "T'es beau", elle, reprend certains clichés de l'homosexualité. Est-il nécessaire de les véhiculer ?
Alors qu'il y a un ami qui m'a dit que ça marche très bien avec une fille (sourire) ! "T'es belle parce que t'es conne", ça marche aussi, non ? Vous ne connaissez pas des hommes qui entretiennent des femmes ? Il n'y a pas de stéréotypes gays sur cet album.

Est-ce que le fait d'avoir été vivement critiqué pour vos propos, ce n'est pas le fait de la loi Taubira qui verrouille un peu le discours autour de l'acceptation de l'homosexualité. Est-ce qu'on ne doit pas finalement faire plus attention encore à ce qu'on dit à ce sujet aujourd'hui ?
On m'a effectivement dit que ça flambait sur internet. Je n'ai pas regardé ce qui s'était dit et je peux vous assurer que ça n'a pas changé ma vie. Mon discours n'a pas changé. J'ai fait part de choses qui me concernaient moi, qui correspondaient à ma vie. Je parle de mon homosexualité, pas de l'homosexualité en général. Je suis bien évidemment content de l'évolution de l'acceptation de l'homosexualité de la société. Si je devais être agressif avec les personnes qui le sont avec moi, je n'aurais pas fini… Laissons parler ! Je tiens juste à rappeler que quand on est soi-même, on est plein de paradoxes. Internet est devenu un tel défouloir !

Crédits photo : William Let
Cet album n'est-il pas aussi un premier bilan, un regard en arrière sur tout ce que vous avez fait jusqu'à présent ?
Après avoir écrit mes premières chansons, François Bernheim m'a dit qu'il en fallait au moins onze. Je me suis alors posé la question de savoir ce qui m'était arrivé dans la vie, ce que je retiens aujourd'hui. Alors effectivement, on feuillette tout. Jusqu'à cette espèce de chanson-gag en hommage à Claude François, à travers laquelle je me suis dit qu'il fallait que j'introduise mon imitation de Claude François. J'ai voulu faire quelque chose sur les copains qui vieillissent. C'est un bilan plus qu'un album tourné vers l'avenir.

« Si on n'est que quatre à être drôle en France, on va pouvoir se partager le marché »
Est-ce qu'il est plus facile de faire rire avec des chansons que sur les planches ?
Je trouve que c'est plus dur en chanson. Parce que la musique vous tire vers quelque chose de tendre et de joli. Tout en restant dans une certaine efficacité. J'adore faire écouter l'album et voir que j'arrive à arracher des rires aux gens. Je suis content de mon travail quand je vois mon entourage amusé.

Pourquoi va-t-on plus facilement dire d'une chanson triste qu'elle est belle et d'une chanson drôle qu'elle est grotesque ?
C'est toujours le même rapport du comique avec le drame. La tristesse semble toujours plus noble que le rire. En chanson aussi. On a beaucoup plus de chanteurs tristes. En chanteurs drôles, en ce moment, j'en vois peu. Il y a Bénabar et Boublil. Mais finalement, ce n'est pas plus mal ! Si on n'est que quatre à être drôle en France contre des milliers qui sont tristes, on va pouvoir se partager le marché (sourire).

L'album de Rose Laurens sera-t-il aussi piquant ? On sait que vous avez travaillé dessus il y a quelques temps... Où en est le projet ?
Je ne sais pas. Je n'ai plus de nouvelles. On l'a écrit il y a quatre ans. Je connaissais Rose comme tout le monde, parce qu'elle avait chanté "Africa". Elle est venue me trouver en me disant que j'étais la seule personne à pouvoir lui écrire son album. J'ai cherché autour de moi des artistes de piano-bar. Je leur ai demandé des mélodies et j'ai écrit les paroles. J'ai fait ces chansons avec beaucoup de douceur et beaucoup de plaisir. C'était mes premières armes. Elle est repartie avec, m'a dit que je serais fier d'elle le jour où il sortira. Et j'attends toujours (sourire) !

Vous projetez d'écrire pour d'autres artistes aujourd'hui ?
Je ne sais pas. Si quelqu'un m'inspire et que je sens que je peux apporter quelque chose, pourquoi pas ! Je ne toucherais pas à des monuments. Je ne pense pas qu'un jour Véronique Sanson me demandera de lui écrire une chanson (rire) ! Je suis assez fasciné par Christophe Willem, par ce qu'il dégage. C'est le seul qui me vient. J'adore également Patricia Kaas. J'adore les personnages intrigants.
Jonathan HAMARD
Toute l'actualité de Pierre Palmade sur son site internet et sa page Facebook.

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