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Interview
dimanche 20 novembre 2022 11 :25

Mentissa en interview : "Dans la musique, il y a de la place pour tout le monde"

Finaliste de "The Voice" saison 10, Mentissa fait le grand saut en publiant son premier album "La vingtaine", déjà porté par le tube "Et bam". De ses aspirations de jeune artiste à son besoin d'authenticité, la chanteuse belge se livre avec humilité sur ses débuts dans l'industrie et sa relation fusionnelle avec Vianney.
Crédits photo : Virgile Guinard
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

Comment tu te sens à l'aube de la sortie de ton tout premier album ?
Ecoute, je suis très excitée. Je suis très excitée, je suis contente, je suis heureuse, je suis fière aussi du travail que j'y ai mis et qu'on y a mis dedans avec toutes les personnes impliquées. Je trouve que c'est un très bel album, qui me ressemble, avec des sujets qui me touchent. Comment les chansons vont voyager je ne sais pas, mais moi je suis fière de l'album. Le plus important pour un artiste qui sort son premier album, c'est déjà d'être fan de ses chansons et de les aimer. J'ai qu'une hâte, c'est qu'il sorte !

« Je passe un cap »
C'est un rêve, une forme de consécration ?
Bien sûr ! On sent que c'est l'aboutissement. Ça devient vrai. Je ne dis pas qu'on n'est pas une artiste légitime quand on sort un, deux ou trois singles, mais je ne sais pas, il y a quand même un truc en plus dans le fait d'avoir le CD entre ses mains et le vinyle, pas encore dispo mais qu'on aura bientôt. (Sourire) Personnellement, j'ai l'impression de passer un cap et de pouvoir dire : "Ok, là, ça y est, je peux vraiment dire que je suis une artiste". On a commencé à travailler dessus en octobre 2021, c'est là que j'ai commencé à faire diverses rencontres avec les auteurs et compositeurs qui m'ont aidée. Donc ça fait tout pile poil un an que cet album prend forme ! Je me suis préparée à fond, je l'ai imaginé, écrit, composé, il y a des chansons qui ont complètement changé en cours de route, il y a eu des réarrangements. Il y a plein d'histoires autour de ces morceaux. En vrai, un an c'est pas si long, mais pour moi, ça m'a paru une éternité ! Il y a eu beaucoup de travail derrière, et c'est trop cool de se dire qu'il va enfin être écouté.

La chanson "Et bam" a rencontré un succès à retardement. C'était inattendu ! Comment tu expliques l'engouement pour cette chanson ?
Je ne sais pas ! Je pense que ça ne s'explique pas, un tel engouement. Ce n'est pas de mon ressort. Nous les artistes, on fait ce qu'on aime faire, on fait de la musique, elle sort, elle voyage d'une manière ou d'une autre et puis quelque chose se produit. Pour moi, il n'y a pas de règles, je ne saurais pas vous dire pourquoi ça a marché. Peut-être parce que c'est une chanson avec des mots très simples, avec un beau message facile à comprendre. Elle parle à beaucoup de gens, notamment les artistes ou les personnes qui veulent le devenir.

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Tu évoques beaucoup de sujets personnels à travers tes premières chansons. La ligne directrice de ton album, c'était se mettre à nu ?
Exactement. C'est un premier album et parce que les gens ne me connaissent pas encore, je voulais un album autobiographique dans lequel les gens pourraient comprendre qui je suis et d'où je viens. Il y a beaucoup de moi.

« Je voulais que les gens comprennent qui je suis et d'où je viens »
Ça fait peur de se livrer ainsi ?
Pas du tout. (Rires) Non, moi je pense que c'est libérateur de parler de ses états d'âme, notamment quand je parle de mes complexes physiques dans "Balance". Quand je vois le nombre de messages que je reçois de personnes qui me disent "Je vis la même chose au quotidien, merci pour cette chanson", au contraire, ça me fait plaisir de me dire qu'à mon tour, je peux aider des personnes. Et pour moi, c'est thérapeutique d'exprimer mes angoisses et de transmettre des messages.

Sur des titres comme "La vingtaine", tu as des mots très justes pour décrire tes doutes, tes espoirs, tes incertitudes sur l'avenir. Tu as pris part à l'écriture ?
J'ai donné beaucoup d'idées, de points de départ et de bouts de phrases sur cette chanson à Joseph Kamel par exemple, pour retranscrire ce que j'avais envie de raconter.

« Je n'ai aucun souci à dire ce que je pense »
Ça te paraît essentiel d'être impliquée sur tous les aspect de la création ?
Pas forcément. C'était un vrai challenge mais aussi une envie, parce que c'est toujours sympa de pouvoir dire aux gens que tu as écrit ou co-écrit des textes. Mais au début, ce n'était pas un objectif. Le plus important pour moi, c'était de faire de la musique qualitative et j'estimais que, comme je n'avais jamais écrit en français, je n'étais pas assez expérimentée pour le faire. Je n'y croyais pas du tout, je n'avais pas confiance. Et puis petit à petit, on m'a beaucoup encouragée à essayer au moins de faire des petits trucs, même si c'était nul. (Rires) Pour apprendre. C'est en faisant et en essayant que j'ai débloqué des choses, et qu'on a commencé à me dire : "Mais c'est très bien, on va le garder ça". J'ai appris sur le tas. La création d'un premier album est un processus d'apprentissage continu. Tu apprends à créer des chansons mais aussi à travailler avec d'autres personnes, avec des caractères, des tempéraments. Et tout simplement à trouver une direction artistique, un univers musical qui se dessine petit à petit. Je continue à apprendre même aujourd'hui et je pense que je n'arrêterai jamais d'apprendre dans ce métier. On apprend en faisant, en écoutant, en regardant et en analysant. C'est très formateur.

C'est facile de dire non alors que tu débutes ?
Ah c'est très facile. (Rires) Pour moi du moins ! Je n'ai aucun souci à dire ce que je pense. C'est tellement important à mes yeux d'être soi-même et de ne pas être à côté de la plaque quand on sort une chanson, d'exprimer ses doutes. Je ne veux pas avoir de regrets donc je préfère être franche et limite chiante sur des petits détails, et dire tout ce que j'avais à dire. Au moins quand ça paraît, je suis en paix ! C'est trop important. La vie est trop courte pour vivre avec des regrets. Il vaut mieux toujours dire non quand on n'aime pas.

Oui et puis, dans une industrie où il existe beaucoup d'interlocuteurs, beaucoup d'intermédiaires, c'est important de conserver sa vision.
Exactement, ne pas se perdre. Ce sont des chansons que tu vas peut-être chanter pendant 10, 15 ou 20 ans, du moins je me le souhaite. (Rires) Donc j'ai plutôt intérêt à bien les aimer parce que ce n'est pas rien !




« Je m'interdisais de manger, j'étais très dure avec moi-même »
Tu parlais du single ''Balance'', dans lequel tu parles des diktats de la beauté, de ta relation conflictuelle avec ton corps. C'est quelque chose qui t'a beaucoup pesé en grandissant?
Oui, c'est quelque chose qui m'a pesé tout au long de mon enfance, depuis mes premiers souvenirs. J'ai toujours eu l'impression de ne pas être bien dans ma peau, de ne pas être assez mince. Quand je me suis vue à la télé ou sur des photos, c'était dur parce que j'étais confrontée à mon image. Des complexes qui étaient des petits complexes deviennent tout d'un coup des énormes complexes. Et moi ça m'a handicapée, à tel point que je ne regardais pas les diffusions de "The Voice" parce je n'aimais pas à quoi je ressemblais. Je m'interdisais de manger, je ne me faisais pas plaisir. Je devenais vraiment très dure avec moi-même. Je me disais : "Tu ne t'achèteras une nouvelle tenue que si tu atteins ton poids idéal". Ça devenait une obsession, combinée au stress de commencer dans le métier, de vouloir être parfaite. A un moment donné, j'ai dit stop. Je suis toujours en train de faire ce travail mais aujourd'hui, ça va déjà beaucoup mieux. Je viens de loin, j'ai fait un bon chemin et donc c'était très important pour moi d'en parler, parce que ça m'a attristée pendant de longues périodes.

Écrire sur ses complexes, ça aide ?
Oui. Je pense que ça m'a aidée, ça a été libérateur. C'est bête mais j'ai un peu ce truc maintenant de me dire que je ne veux pas paraître hypocrite. Vu que j'ai écrit cette chanson, dans laquelle j'invite les gens à s'accepter, à s'aimer, j'ai l'impression que si je ne le fais pas dans ma vie de tous les jours, je ne suis pas honnête. Il y a aussi cette obligation de me dire "Maintenant que tu l'as dit, tu as plutôt intérêt à vivre les mots que tu as écrits !" (Rires) Le luxe qu'on a en tant qu'artiste, c'est d'être suivi par des gens qui écoutent notre musique. Pourquoi ne pas utiliser cette voix-là à bon escient ?

Tu parles du regard des gens dans ''Le bruit du silence''. Comment on arrive à se détacher de ça, quand on exerce un métier publique ?
Je pense qu'on n'y arrive jamais vraiment. C'est quelque chose qui est dans ta personnalité, tout bêtement. Je me rappelle qu'une des toutes premières questions que j'ai posée à Vianney quand on s'est rencontrés, c'est "Comment tu fais avec les gens qui critiquent ?". Il m'a répondu : "Moi, c'est quelque chose qui ne m'a jamais touché, ça me passe par-dessus". Okkkk ! (Rires) En fait, tu es - ou non - plus sensible au regard des autres et à ce qu'on dit sur toi. Petit à petit, par habitude, je pense qu'on apprend à s'en défaire. Au début, ça peut faire mal et c'est même assez choquant. C'est jamais chouette de lire des choses qui ne sont pas vraies sur toi. Moi dans ma tête, je commence à me dire que j'ai pas le temps. J'ai pas le temps de me préoccuper de ce que les gens disent de malveillant sur moi. Une personne qui perd son temps à écrire de mauvaises choses, c'est bien souvent quelqu'un qui, malheureusement, doit se sentir mal dans sa peau. Et puis, les gens ne te connaissent pas personnellement ! Je préfère garder mon temps pour répondre, au contraire, aux personnes qui me soutiennent au quotidien. Il y a des personnes qui prennent parfois le temps d'écrire de très longs messages pour me remercier ! C'est à elles que je dois consacrer mon énergie. C'est important de se nourrir de tout l'amour qu'on reçoit.

« Personne n'est à l'abri d'attraper la grosse tête »
J'aime beaucoup la chanson "Paris Bruxelles", dans laquelle tu racontes ton parcours de la Belgique à la France. Comment as-tu vécu cette nécessité de quitter ton pays pour faire carrière ?
Je l'ai très bien vécu parce que ça s'est fait doucement. Quand j'ai été signée en maison de disques, j'ai commencé à faire pas mal d'allers-retours car je n'avais pas de pied-à-terre ici à Paris. J'étais à la fois
à la maison et beaucoup dans les hôtels. Mais c'est devenu fatiguant d'être en déplacement constant, donc j'ai commencé à songer à l'idée de déménager. Finalement, ça fait deux mois que j'ai emménagé sur Paris. (Sourire) Et je le vis bien parce que j'ai l'impression de ne pas être très loin de chez moi non plus. En vrai, 1h20 en Thalys, ça va ! Je ne me sens pas dépaysée. Paris, c'est Bruxelles en beaucoup plus grand, avec un peu plus de monde.

Ça a été facile de s'acclimater à un tel changement de vie ?
C'est vrai qu'ici à Paris, on n'a pas le temps quoi. Il y a un peu cette mentalité-là qu'on n'a pas en Belgique, où c'est un peu plus chill. J'avais quelques appréhensions quand je suis arrivée à Paris il y a deux ans pour "The Voice", parce que les gens dans les transports sont parfois un peu nerveux. (Rires) Au début, je ne savais si je me verrais moi, petite paysanne d'un coin perdu de la banlieue de Bruxelles, venir habiter dans une aussi grande ville. Mais en fait, comme ça n'a pas été un choc du jour au lendemain, ça n'a pas été dur et au contraire, c'est une belle histoire. Je suis très contente de ce voyage. En France, on aime bien les Belges donc j'ai plutôt de la chance ! Pour moi, c'est très important d'essayer de revenir régulièrement chez soi pour ne pas oublier qui l'on est et d'où l'on vient. Personne n'est à l'abri d'attraper la grosse tête alors ça permet de rester un peu ancré dans le réel.


« Je m'identifie beaucoup à Vianney »
Je suis obligé de te parler de Vianney, qui a bouleversé ton destin en quelque sorte. On a senti que vous avez noué un lien très fort dans "The Voice"... et ça se poursuit sur ce premier album. Qu'est-ce qui vous rapproche, tous les deux ?
Musicalement, je crois qu'on a un peu les mêmes goûts, on aime les mêmes musiques. J'adore ce que fait Vianney, il me touche. Comme moi, il écoute de tout et il est très intéressé à l'idée d'apprendre de nouvelles choses. On a très vite trouvé une complicité humaine dans l'aventure donc je crois que ça a été évident. Je m'identifie beaucoup à lui. On est des gens simples et on aime ce qu'on fait. On a ça en commun, cette simplicité. On n'est pas forcément à la recherche d'un succès. Tout ce qui vient après, le succès, l'argent, c'est que du bonus mais ce n'est pas pour cette raison qu'on fait de la musique en premier lieu.

Il ne faut pas perdre de vue la passion !
Exactement. Quand on écoute beaucoup de musiques aujourd'hui, ça s'entend qu'il y a beaucoup de titres faits pour marcher sur TikTok ou pour les radios. Je trouve ça un peu dommage, moi ce n'est pas pour ça que je fais de la musique. Les gens oublient qu'il faut faire quelque chose qui te plaît, dans un premier temps. J'espère toujours rester dans cette optique et faire de la musique par passion d'abord.

Faire tout un album avec Vianney, ça pourrait se faire ?
Bien sûr, pourquoi pas ! Je n'exclus rien et en même temps, je ne force rien. Si ça doit se faire, ça se fera, si ça ne doit pas se faire, ça ne se fera pas. Ce qui est sûr, c'est que j'aimerais beaucoup retravailler avec lui. Même pas forcément pour une chanson, il y a tellement de choses qu'il pourrait m'apprendre. Il a tellement d'expérience, que ce soit en composition, en écriture... J'aimerais juste avoir l'occasion, quand on aura tous les deux des agendas un peu moins chargés, de pouvoir se retrouver quelques jours pour qu'il m'apprenne plein de trucs, pour qu'on bosse. Je suis très impatiente de me dire que dans les prochaines années, je vais apprendre plein de choses. Je ne suis qu'au début ! Je n'ai rien fait et je n'ai encore rien appris. J'ai vraiment envie de progresser.

« Être numéro un ? Je m'en fous complètement »
Justement, alors que ta carrière démarre, quels sont les rêves que tu aimerais réaliser ? Être numéro un, faire un Bercy ?
Oui. Mon objectif depuis toute petite, je ne sais pourquoi, j'ai probablement dû voir ça dans un film Disney Channel, c'est d'avoir mon propre tourbus. Ça je sais que j'en toujours eu envie, depuis toute petite ! C'est un petit rêve bidon mais je sais que le jour où j'aurais mon tourbus, je trouverais ça énormissime. (Rires) Après, je n'ai pas d'ambitions particulières, en tout cas pas quelque chose qu'on peut mesurer à un taux de streams ou de ventes. C'est sûr que ce serait un aboutissement un jour de faire un Bercy mais être numéro un, non. Alors là, je m'en fous complètement ! Je pense que ça ne veut absolument rien dire. Le plus important, c'est d'avoir une communauté fidèle et des gens qui viennent à tes concerts. Je sais que les places sont restreintes dans les radios, y'a toujours un peu de truc de concurrence mais moi je trouve ça dommage, parce que je pense qu'il y a de la place pour tout le monde. La preuve, il y a des découvertes chaque année et il y a de la musique qui sort à gogo tous les jours donc je ne suis pas du tout dans cette mentalité et je ne le serais jamais. Ma seule concurrence, c'est moi-même. Je dois me dépasser chaque jour. Ce que les autres font, ça ne me regarde pas.
Yohann RUELLE

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