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Interview
samedi 31 octobre 2020 11:17

Louane en interview : "J'ai eu 16 ans pendant des années dans le regard des gens"

Une semaine après la sortie de son nouvel album "Joie de vivre", Louane se confie à Pure Charts. La chanteuse explique la contradiction de sa pochette, comment elle s'est libérée, ses débuts difficiles avec les journalistes, son rapport au succès ou encore ses chansons pour sa fille.
Crédits photo : Martin Parr
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Dès que la pochette de ton album est sortie, pas mal de gens ont dit "Mais ça s'appelle "Joie de vivre" et elle fait la gueule sur la photo !". C'était quoi l'idée derrière cette contradiction ?
C'est drôle, ça devient toute une histoire, même sur mes réseaux, alors qu'à la base ça n'en était pas une ! Je suis quelqu'un de très souriante dans la vie car je suis assez optimiste, j'aime bien ça, mais j'ai tendance à ne pas trop sourire sur les photos. Je n'aime pas trop... Ce n'était pas décidé cette absence de sourire car, parfois je souriais pendant la séance photo, et Martin [Parr, le photographe, ndlr] me disait souvent : "Tu n'as pas besoin de sourire". Moi ça m'allait ! (Rires) Le choix de cette pochette c'est assez ironique, c'est paradoxal. On est à ça de l'humour noir, et j'adore ça, même si on ne le sait pas forcément. Je suis contente car l'album est aussi paradoxal que cette photo. Ça représente bien ce qu'il y a dedans.

« Avant, je n'avais pas la force d'écrire des chansons intimes »
Ce troisième album, j'ai l'impression, t'a permis d'apprendre à mieux te connaître...
La question que je me pose en ce moment, c'est "Est-ce que j'ai réussi à savoir qui j'étais grâce à l'album ?" ou "Est-ce que, parce que je savais qui j'étais, j'ai réussi à faire l'album ?". Je dois en parler avec ma psy, je te tiens au jus ! (Rires) J'ai fait des découvertes sur moi, effectivement, en travaillant sur ce disque, d'autres choses que j'ai su sur moi et dont j'ai pu parler, et des chansons qui n'ont rien à voir avec moi. A la fois, il y a des chansons complètement personnelles comme "J'peux pas", que les gens n'arriveront pas trop à s'approprier je pense, et d'autres, comme "Désolée" ou "Pleure", qui ne sont pas calquées sur ma vie mais qui pourront toucher énormément de gens, qui parlent à tout le monde.

C'est étrange de faire ce travail intime, quasi thérapeutique, en chanson, et de le partager avec les gens ?
Honnêtement ce qui est lunaire aujourd'hui pour moi, c'est d'en parler. Car je l'ai toujours un peu fait sur mes albums précédents, mais la différence c'est que les chansons les plus personnelles de mes albums précédents, ce n'est pas moi qui les avais écrites, parce que je n'avais pas forcément la force ni les mots. Je n'étais pas prête. Mais, paradoxalement, "J'peux pas", j'avais 18/19 ans, et je l'ai écrite entre le premier et le deuxième album. Ce que les gens ont vu de moi, c'est moi, c'est évident, je n'ai jamais cherché à mentir parce que je ne sais pas le faire, mais ce que je ressens, je n'ai pas réussi à en parler jusqu'ici. Aujourd'hui, je suis libérée de ça.

« Je n'ai jamais voulu faire pleurer dans les chaumières »
C'est à dire ?
Je n'ai plus peur des gens qui sont en face de moi. Et je ne parle pas tellement du public, mais de certains médias que j'ai pu rencontrer plus jeune qui n'avaient pas peur d'aller dans les endroits qui me faisaient du mal, pour avoir des choses à écrire. Ce n'est pas si intéressant que ça en vrai ! Mais je n'avais pas tellement les armes à ce moment-là. Et même ma famille n'avait pas envie de se rappeler de ça toutes les cinq minutes en allant chez le marchand de journaux...

Regardez le clip de "Peut-être" de Louane :



Et même toi, de ne pas être ramenée à ça tout le temps...
Oui car je n'ai jamais voulu faire pleurer dans les chaumières. Je n'avais pas envie de construire une carrière sur ce genre de choses. Mais on m'emmenait sur le sujet très souvent, quasiment tout le temps. Il y a des gens qui le faisaient avec respect mais d'autres n'en avaient complètement rien à faire. Parfois, je me suis retrouvée face à des journalistes qui me disaient : "Tes parents sont morts, ça t'a fait quoi ?". Bah, je n'ai pas fait une fête, quoi ! A 17/18 ans, ça, ce n'est pas gérable. Donc, dès le début, j'ai mis un mur en béton : "Je raconterai ma vie dans mes chansons et vous ne passerez pas plus loin". J'avais peur et je ne savais pas réagir et, à ce moment-là, m'effondrer c'est quelque chose d'inimaginable.

« Apprendre, c'est passer par des moments d'échecs »
Aujourd'hui, tu le vis beaucoup mieux ?
Aujourd'hui, pour me faire du mal, il faut y aller, c'est beaucoup moins facile. Et à la fois, je n'ai plus peur, si un jour je m'effondre, c'est comme ça, je suis humaine et je vis des émotions. Je crois qu'on en vit tous. On est dans un milieu où on essaie de toujours cacher ses émotions, on a peur des faiblesses. Mais ce ne sont pas des faiblesses, au contraire ! Ressentir ses émotions, les accepter et les vivre, c'est une force incroyable. J'essaie d'aller vers ça, je n'en suis pas encore tout à fait capable mais j'y travaille.

Sur "A l'autre", tu chantes à ta fille : "Y'a plus que toi qui compte, et pour toi je m'affronte". Ce travail, s'affronter, c'est aussi pour elle que tu le fais ?
C'est clair, c'est important d'être bien... Tu sais, ces dernières années, on m'a souvent parlé d'être un exemple, et ça a été un peu dur pour moi. Il y a pas mal de jeunes, d'ados, et même d'enfants qui me suivaient, donc on m'a souvent parlé d'être un modèle, un exemple. J'ai toujours eu du mal avec ça. Moi, je voulais montrer aux gens qu'on peut se tromper, que c'est avec les erreurs qu'on apprend. A partir du moment où j'ai compris ça, j'ai accepté que mes erreurs sont ma façon d'apprendre. Trompez-vous, c'est cool ! Pour revenir à la phrase que tu cites, il y a tout ça et dire à ma fille que je serai derrière elle quoi qu'il arrive, qu'elle soit sûre d'elle ou apeurée. Et qu'apprendre, c'est passer par des moments d'échecs, et l'échec c'est super important.

Dans la version longue de "Donne-moi ton coeur", qui m'obsède d'ailleurs depuis la sortie de l'album...
C'est fou, elle est en train de remonter, je ne sais pas pourquoi !

On se rend compte à quel point la version single était incomplète !
Faut dire merci aux radios. (Rires) Elle a été difficile à cuter ! On a fait 12.000 essais. En vrai, le format de "Donne-moi ton coeur" en version longue ne passerait pas en radio... Décider de ce titre en single, c'était sacrifier un bout de la chanson, avec un peu de peine forcément. Mais en concert, je la chanterai en version longue !

Regardez le clip "Donne-moi ton coeur" de Louane :



La phrase "C'est peut-être moi que je suis des fois", je la trouve hyper forte.
Je la chante en ce moment quand je fais des lives ! C'est vraiment l'histoire de cette chanson. Je me parle à moi-même, cette phrase c'est la conclusion. Parfois, je ne savais pas qui j'étais, alors que, dans ma vie privée et professionnelle, je suis toujours la même au fond. C'est tout le paradoxe aujourd'hui de ma vie, et de plein de chanteurs ou acteurs. Qui on est, ça change pour tout le monde. J'ai une image de qui je suis, toi tu as une image de moi, mes potes ont une image de qui je suis, qui n'est pas vraiment la bonne. Et même ma propre image ce n'est sans doute pas la vraie. Et pareil pour toi ! Le moi fondamental, il est super difficile, voire impossible, à atteindre. C'est une histoire de tous les jours d'apprendre à se connaître.

« Après "The Voice", j'avais l'impression d'être une star »
Tu chantes "Peut-être que mes réussites sont mes démons" et dans une interview à "20 minutes" tu dis : "Je redoute que ça ne marche plus". C'est quoi ton rapport au succès ?
Vendre plus d'un million avec un album, comme ça a été le cas avec "Chambre 12", je ne pourrais jamais le refaire ! Pour plein de raisons : il y avait la fraîcheur de la nouveauté, on était à une autre époque du disque... Mais c'est pas grave, je suis très heureuse de l'avoir fait, et je ne cherche pas à faire ça aujourd'hui. Bien sûr que j'attends les chiffres encore aujourd'hui, mais je suis très réaliste là-dessus. Mon rapport au succès, il est réaliste et plein de recul.

Et puis il a sans doute changé au fil des années...
Bien sûr ! Au départ, j'en ai vraiment profité alors que je n'en avais même pas vraiment. C'est fou ! Par exemple, après "The Voice", j'avais l'impression d'être une re-sta (star, ndlr). Beyoncé, la meuf ! Très très vite, ça s'est calmé, ça a duré deux semaines ! A partir du moment, où j'ai eu quelque chose de plus ample avec l'album, j'ai vraiment flippé, ensuite j'en ai eu marre, et après je me suis habituée. C'est fou de se dire qu'on s'habitue à quelque chose comme ça. Aujourd'hui, pour moi la difficulté c'est de dire non aux gens. Je n'ai jamais envie de dire non aux gens, j'ai trop de respect, c'est grâce à eux que je suis là.

Comment tu le vis ça ?
Typiquement, tout à l'heure, je monte dans le taxi, et il y a un papa qui arrête le chauffeur de taxi pour me demander des photos, mais j'étais vraiment super en retard. J'ai dû dire non, car j'allais travailler, et je m'en suis voulue dans le taxi. Et ça ne m'arrive quasiment jamais car je le fais pratiquement tout le temps sinon. Ce n'est pas quelque chose de difficile pour moi. Mais une seule fois, une seule famille, ça détruit tout. C'est horrible. Là, je sais que les enfants m'en veulent. J'aurais envie de les retrouver si je le pouvais.

Découvrez "Poésie indécise" de Louane :



Le titre "J'peux pas", tu l'as écrit à 18-19 ans, après l'énorme succès du premier album, et tu t'adresses à ta maman dans le texte. On sent une très grande vulnérabilité. C'est comment pour toi de chanter ces mots-là aujourd'hui avec tout le recul ?
Honnêtement, je ne l'ai pas chantée depuis. Donc je ne peux pas vraiment te dire... En studio, j'étais à l'aise, j'avais invité plein de potes, ma soeur, il fallait dédramatiser la situation. La session était cool, c'était léger contrairement à ce que ça peut inspirer. Mais à l'époque où je l'ai écrite, c'était la fin du monde. J'étais persuadée que cette chanson ne parlerait à personne. Pour moi, elle a une saveur très spéciale. C'est pour ça qu'on a appelé Angelo Freire pour la guitare portugaise, parce qu'il fallait qu'elle ait un goût de ma maman, qui est née au Portugal.

« J'ai énormément de mal à traduire du bonheur pur »
La chanson "A l'autre" est très forte, tu y tiens deux rôles, celui de la fille et celui la mère. Ce texte que tu as écrit est très touchant sur la transmission. J'imagine que ce n'est pas évident de mettre des mots là-dessus ?
C'était trop évident. Je l'ai écrite en une demi-heure, c'est venu très vite, c'était irréel. Je rentrais de la session avec Soolking, je me pose, je réécoute le piano... Je savais que ce serait une chanson sur ma fille. Et j'avais envie de parler de ma mère sur cette chanson. La première chose qui m'est venue "d'une fille à l'autre, d'une mère à l'autre". Cette chanson a été un peu compliquée autour de moi, certains la trouvaient dure, trop triste.

Vraiment ? Je ne la trouve pas si dure que ça...
Je comprends ces retours-là, j'y parle de se vautrer, d'énormes doutes. Les gens s'attendaient sans doute à ce que je parle de mon enfant pour la première fois en mode joyeux (elle chante) : "Ah ah mon enfant est né, je suis trop heureuse". Mais je ne suis pas comme ça ! Et pourtant, oui je suis la femme la plus comblée de la terre depuis que j'ai mon enfant mais j'ai énormément de mal à traduire du bonheur pur. Ce n'est pas que j'en n'ai pas envie, juste que je ne sais pas le faire. Ce n'est pas si grave, c'est ma façon de créer. Donc c'est allé vite mais ce n'était pas si facile, en voyant mes mots, j'étais là : "Wow". J'avais un regard extérieur, pour savoir si j'étais sûre de vouloir dire ça, comme si je voulais me restreindre d'être dans la vérité. J'avais un peu peur de la vérité. A la fin, ça avait tellement coulé facilement, c'était tellement vrai, je n'ai pas voulu y toucher. Ce n'est pas triste, c'est plein d'amour, de doutes et de peurs. Mais c'est sain, je crois.

Pour moi, le tube de l'album, c'est "Pleurer". Le titre est moderne, tu y assumes ta sensualité, ta féminité, comme sur "Ta peau" d'ailleurs. C'était une envie d'assumer plus ce côté-là aujourd'hui ?
En vrai, je l'assumais déjà avant mais ça passait un peu à la trappe. Pour moi, ce n'est pas nouveau. Sur le premier album, la chanson "Chambre 12" c'est typiquement ça. Sur le deuxième aussi... Je ne me suis jamais posée la question. La sensualité a toujours été présente dans ma vie mais les gens la remarquent plus aujourd'hui. Ça m'étonne car ça fait partie de la vie d'une femme de 23 ans comme de 17 ans, on ne va pas se mentir. J'imagine que les gens me voyaient vraiment comme une petite fille, que je n'étais pas en vrai. J'ai eu 16 ans pendant des années dans le regard des gens. Le fait que je sois devenue mère, les gens m'ont mis dans la case "femme". Alors que je me sentais déjà femme depuis très longtemps !
Julien GONCALVES
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