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Interview
dimanche 14 juin 2020 13:13

Hayley Williams (Paramore) en interview : "J'avais besoin d'exorciser mes douleurs"

Hayley Williams lève le voile sur son premier album solo "Petals For Armor" dans une interview accordée à Pure Charts à distance, confinement oblige. Thérapie, dépression, féminisme... A coeur ouvert, la chanteuse du groupe Paramore se livre avec sincérité.
Crédits photo : Lindsey Byrnes / WEA
Propos recueillis par Yohann Ruelle.

En tant que chanteuse du groupe Paramore, tu fais partie de l'industrie musicale depuis plus d'une décennie. Beaucoup s'imaginaient que tu te lancerais en solo avant. Et même aujourd'hui, tu ne lances pas véritablement une carrière solo mais un projet parallèle avec "Petals For Amor". Pourquoi cela ?
Merci de souligner que je ne lance pas ma propre carrière. Pour être honnête, je n'avais même pas prévu de faire ce disque. Il est arrivé parce que j'ai traversé des expériences dans ma vie que j'avais besoin d'exorciser et la musique m'a permis de le faire. Paramore c'est... nom de Dieu, l'amour de ma vie. Je suis dans ce groupe depuis que j'ai 13 et j'en ai 31 aujourd'hui. Pour moi, ça ne disparaîtra jamais. Ça me fait simplement du bien de raconter des histoires et les honorer en mon propre nom. C'est le bon endroit, le bon moment. Sans la tournée qui a suivi "After Laughter" [album de Paramore sorti en 2017, ndlr], qui fut magnifique pour nous le groupe, je n'aurais sans doute pas eu le courage de sortir cet album.

« Les chansons révèlent beaucoup de nous-mêmes »
Quand "Petals For Armor" a-t-il commencé à prendre forme dans ton esprit ?
Probablement au moment où j'en suis venue à avoir quatre ou cinq chansons. Les premières chansons que j'ai écrites sont les premières que j'ai sorties, comme "Simmer". Il m'a fallu aller creuser dans ces histoires pour réaliser que je voulais les raconter à d'autres gens et que j'aille les enregistrer en studio. Je suis restée dans une espèce de déni pendant quelques temps mais heureusement j'ai de bons amis autour de moi. Taylor [York, ndlr], qui a produit l'album et fait partie de Paramore depuis qu'on est ados, m'a vraiment encouragée à aller plus loin et à ne pas avoir peur d'essayer.

Tu as mis beaucoup d'émotions dans ces chansons, des pensées parfois très sombres puisque tu parles d'amour brisé, de deuil, de santé mentale... Les coucher sur papier a-t-il eu un effet thérapeutique ?
Absolument. Pour te dire, je me suis mise à écrire à la demande de ma psychothérapeute, justement. Elle m'a dit : « Tu as des choses en toi qui ont besoin de sortir. Tu ne peux pas suivre une thérapie toute ta vie. Un jour ou l'autre, tu dois apprendre comment t'aider toi-même ». Elle m'a encouragée à ressortir mes vieux carnets et reprendre le fil de mes journaux intimes, pour déceler mes émotions et parvenir à tirer des enseignements sur moi-même quand je suis calme. Sans certaines des conversations que j'ai eues avec ma PSY, je n'aurais pas tenter d'aller aussi loin dans l'introspection. Analyser mes sentiments sur une feuille de papier puis les explorer à travers une chanson a été un exercice précieux et très bénéfique pour moi.

Tu n'étais pas nerveuse à l'idée de te montrer aussi honnête et vulnérable ?
Non, je ne peux pas dire que ça m'a inquiétée. Quand je suis en pleine écriture, je suis complètement déconnectée des pensées qui jaillissent. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps que je me rappelle que je suis en train de faire de la musique et donc que des gens vont entendre ça. (Rires) Il y a peut-être un bref moment de nervosité et d'embarras, mais c'est un processus auquel je suis habituée. Même si je n'avais jamais été aussi intime dans mes chansons, chaque album de Paramore était aussi très personnel. Surtout "After Laughter" : j'ai écrit un album sur la dépression avant même de savoir que j'en étais atteinte. Les chansons révèlent beaucoup de nous-mêmes, sans même qu'on s'en rende compte. Toutes ces étapes - écrire des morceaux, les enregistrer, les sortir et les confier au public - ont vraiment été cathartiques et je n'aurais pas voulu m'y prendre autrement.




« Me défaire de toute cette noirceur m'a aidée à m'ouvrir »
L'album est divisé en trois parties. Que représente chacune d'entre elles ?
Les premières chansons sont très viscérales, très brutes. Elles renferment beaucoup de pensées obscures, beaucoup de colère et de sentiments très confus sur mon passé que je ne comprenais pas vraiment. (Elle marque une pause) Il y a beaucoup de douleur puisqu'elles abordent des sujets très chargés. Me défaire de toute cette noirceur m'a aidée à m'ouvrir pour les titres qui ont suivi. J'étais toujours dans une période sombre quand je les ai écrits mais à ce moment-là, je commençais progressivement à réaliser qu'il y a de la beauté qui existe au milieu de toute cette peine. Dans ma tête, cette deuxième partie est comme des petites graines que j'aurais plantées et qui se mettent à pousser. Et puis il s'est passé quelque chose d'incroyable : je suis tombée amoureuse. Comment est-ce possible ? J'étais si mal et je redécouvrais à nouveau le bonheur. Il a fallu que je me fasse confiance, que je reprenne le contrôle sur mon corps et que j'accepte de m'ouvrir. C'est la raison pour laquelle la chanson ''Watch Me While I Bloom'' est si importante pour moi : elle m'a libérée en tant que personne et en tant que femme.

Le titre ''Roses/Lotus/Violet/Iris'' traite justement de féminité. C'était difficile pour toi, en tant que musicienne, de grandir dans cet univers très masculin ?
C'était perturbant, ça c'est sûr. Mais à l'époque, je ne savais pas que j'étais mal à l'aise vis-à-vis de la question. J'étais si jeune, j'avais 16 ans et j'étais dans un groupe avec mes copains de lycée donc ça me paraissait normal. Aujourd'hui, avec le recul, je réalise combien j'en ai souffert. Sans m'en rendre compte, j'ai ignoré et refoulé ma féminité de bien des façons, pour entrer dans un moule, pour ne pas trop sortir du lot, pour ne pas être perçue comme une menace. J'ai attendu des années, peut-être quand j'avais 23 ans, pour commencer à célébrer ma féminité et me lier, en tant que femme adulte, à d'autres femmes qui partagent les mêmes blessures, les mêmes joies. Aujourd'hui, je réalise les bienfaits que j'ai apportés au groupe en étant différente des autres. Je ne suis pas juste un des garçons. Tu m'aurais dit ça quand j'étais ado, je t'aurais regardé de travers. C'est très beau que je puisse apporter une énergie différente.

Tu penses que la société a évolué sur cette question de la place des femmes ?
Je crois qu'elle essaie. Je ne pense pas que tout soit parfait mais je sens qu'il y a du mouvement et que des jeunes femmes prennent le pouvoir. Tout n'est plus aussi segmenté. J'ai la conviction profonde qu'il y a une part de féminité dans chaque être vivant et j'ai l'impression qu'aujourd'hui, les gens sont plus enclins à célébrer cette partie d'eux-mêmes, peu importe comment ils se définissent. Qui sait comment ça évoluera ? Ce ne sera sans doute jamais parfait mais je suis fière de pouvoir me connecter à cette génération d'artistes qui sont des femmes unies plutôt que montées les unes contre les autres.




« Il n'y avait pas de règles »
Revenons à l'album. ''Petals For Armor'' est très différent musicalement ce que tu as pu faire dans le passé, beaucoup moins pop, plus expérimental. C'était voulu ?
Ce projet a laissé énormément de place à la prise de risque, puisque je n'avais jamais fait de musique sous mon propre nom. Et comme au début je n'avais pas encore conscience de faire un album, c'était un vrai terrain de jeu. Je rejoignais Taylor en studio pour bidouiller quelques instruments et trois heures plus tard, un titre comme ''Cinnamon'' prenait forme. Il n'y avait pas de règles et je dois dire que c'est assez excitant pour le groupe aussi, car ce sera très amusant de voir à quoi ressemblera le prochain album de Paramore après cette liberté.

L'album a reçu des retours très positifs depuis sa sortie. Que ressens-tu ?
Wow, je suis super honorée. C'est déjà surréaliste que l'album ait vu le jour, alors que les gens se le procurent, se l'approprient et se connectent à ces histoires, c'est magnifique. Il ne m'appartient plus vraiment maintenant. Je ne savais pas à quoi m'attendre, pour être honnête. J'imaginais que ça plairait à certaines personnes - personnellement, je le trouve super cool - mais je ne pensais pas recevoir autant d'amour. Je suis tellement reconnaissante d'avoir encore l'opportunité de sortie des disques après toutes ces années dans l'industrie. C'est une bénédiction.

« C'est important de ne pas perdre espoir »
Avec ton équipe, avez-vous envisagé de décaler sa sortie en raison de la crise sanitaire ?
Il y a eu des discussions sur le sujet, oui. J'ai longuement réfléchi à la question pendant plusieurs jours car c'était une période très inquiétante. J'étais tiraillée entre ma stupéfaction de voir tout ce qui était en train de se passer et le fait de devoir prendre une décision professionnelle vis-à-vis de cet album. En fin de compte, j'ai fini par me dire que je ne pouvais rien faire pour changer la situation, je ne peux pas empêcher le monde de tourner. En revanche, je peux contribuer, à ma façon, à faire du bien à des gens. Et c'est le rôle d'un musicien : ressentir les malheurs de ce monde et les transformer en quelque chose de beau.

Comment as-tu vécu le confinement ? Tes proches et toi vont bien ?
Tout le monde est en bonne santé. Merci de demander ! Avec mes proches, nous sommes restés confinés à la maison et la vie commence doucement à reprendre son cours. J'ai pu revoir quelques amis pour la première fois en plus de deux mois, c'était super bizarre. Je n'aime pas du tout cette période, ça me stresse donc j'évite de trop regarder les informations à la télévision. Mais je sais qu'il faut qu'on se montre prudent et coopératif, pour contribuer à faire disparaître cette maladie. Je pense beaucoup aux personnes seules et aux soignants qui se démènent pour sauver des vies. Nous nous en sortirons. C'est ce que je n'arrête pas de me répéter. C'est difficile mais c'est important de ne pas perdre espoir. Nous nous en sortirons.

Crédits photo : Lindsey Byrnes .
Yohann RUELLE

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