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Interview
dimanche 07 février 2021 14:00

Ashkidd en interview : "On a tous des blessures, moi je montre les miennes"

Ashkidd fait le grand saut en sortant son premier album "L'amour et la violence". Le jeune rappeur, originaire de Strasbourg, se confie sur ses blessures, le personnage de Serge Gainsbourg, son décalage avec les autres rappeurs, son duo avec Mc Solaar ou encore son deuxième album en préparation. Rencontre.
Crédits photo : DR
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Tu as eu besoin de temps avant de sortir ton véritable premier album "L'amour et la violence". Qu'est-ce que ça représente pour toi ?
C'est l'aboutissement pour un artiste comme moi après les EP précédents. Là, c'est ma façon de dire : "Je veux vraiment être un artiste, j'ai vraiment ma place". Aujourd'hui, il y a plein d'artistes qui sortent des EP, et juste des EP. On peut sortir des EP, mais attaquer, faire de la promo, aller se montrer avec un vrai premier album, c'est dire : "Je veux vraiment faire ça de ma vie, je suis là".

A l'ère du streaming, surtout quand on fait du rap, est-ce que c'est encore nécessaire de sortir des albums dans le commerce, selon toi ?
Pas forcément. Pour moi, c'est important de sortir de la bonne musique avant tout. Peu importe le format. Aujourd'hui, les gens consomment la musique de plein de manières très différentes. Donc peu importe comment ça se consomme, même si c'est vrai que c'est un peu triste si on perd l'objet physique. Moi j'ai plein de CD à la maison, des vinyles aussi... Après, c'est comme ça, et je me dis que ce qui compte c'est que les gens aient accès à la musique.

« Je ne me retrouve pas dans les rappeurs d'aujourd'hui »
Tu te sens en décalage avec les autres rappeurs ? Souvent sur un album, on a des gros feats avec les artistes du moment, toi tu fais un pari différent : un album concept déjà, un feat avec Mc Solaar et avec Elia, une jeune artiste encore peu connue.
J'assume, c'est comme ça dans ma tête. Je ne me retrouve pas dans les rappeurs d'aujourd'hui... Pour moi, c'était important de mettre sur mon album ce que j'ai dans la tête. La musique, ça doit être du partage, ça doit être quelque chose de pur, de vrai. Si j'étais allé chercher SCH ou Ninho, je serais en train de te mentir en te disant que je les voulais sur l'album. Non pas que je ne veuille pas travailler avec eux, mais ce n'est pas ce que j'avais en tête.

Regardez le clip "Novembre" d'Ashkidd :



L'album commence par une citation de Serge Gainsbourg. Quand est-ce que tu l'as découverte ? Comment elle a raisonné en toi ?
C'est tiré d'une interview sur laquelle je suis tombé il y a quelques années. Le message que je voulais faire passer sur l'intro de l'album, ça collait très bien avec ce passage de l'interview. C'était très important pour moi d'ouvrir l'album avec une autre voix que la mienne, avec quelque chose de poignant, qui marque. J'ai laissé la place à Gainsbourg, c'est mieux que d'écrire un texte. Il fallait que lui ouvre le bal...

« L'amour et la violence ont malmené ma vie »
C'est un personnage qui te fascine ? On dit souvent que c'était l'un des premiers rappeurs...
(Rires) En vrai, je n'ai pas écouté beaucoup de Gainsbourg. Ce que j'aime surtout c'est son image, sa façon de penser, sa nonchalance et aussi le fait qu'il était un peu fou. J'ai un ami qui vient souvent à la maison et qui met du Gainsbourg. Donc je consomme du Gainsbourg à une heure très tardive ! (Rires) Je regarde pas les titres, j'écoute et je m'envole avec. Le personnage, encore aujourd'hui, je ne le comprends pas complètement. Gainsbourg, il est insaisissable, on ne peut pas vraiment le cerner. Il n'est plus là et c'est toujours un mystère. Ça, j'aime bien.

"L'amour et la violence", c'est ce qui résume au mieux ta vie ?
J'ai appelé l'album comme ça parce que si je te raconte ma vie, il y a énormément d'histoires, et il y a deux catégories : l'amour et la violence. Tu vois ce que je veux dire ? Ce sont les deux mots qui ont malmené ma vie.

D'où la pochette de ton album où tu apparais avec un oeil au beurre noir...
Oui, c'est l'amour et la violence. Je me sens du peuple, de ma génération, et même la génération d'après. Je me sens lié à tout ça. Je ne suis pas le seul à avoir ce visage-là... C'est mon vrai visage, avec mes blessures. Ce sont des blessures qu'on ne voit pas forcément. Moi je voulais les mettre sur l'album là pour que ce soit dit mais sans les mots. C'était important de faire refléter ça. Avec le titre de l'album, il y a beaucoup de gens qui pensent que c'est la violence physique mais c'est surtout la violence sentimentale. On a tous des blessures, moi je montre les miennes.

Regardez le clip "Hallucinations" d'Ashkidd :



Tu dis des choses très intimes sur tes chansons. Ça a toujours été facile de les dire, les écrire, les chanter ?
Facile... Ça devient facile devant un micro. Quand je suis seul, je me retrouve avec mon son, je suis dans mon monde. C'est vrai que je dis énormément de choses sur ses chansons que je ne dirais jamais en vrai. Même à moi-même, il y a des choses que j'ai encore du mal à m'avouer mais j'ai une facilité à les écrire. Mais quand on écrit et qu'on compose, on se le dit pas vraiment, ça reste dans le contexte artistique donc c'est plus facile. (Rires) Comme je le dis souvent, le rap c'est ma thérapie. Je vide mon sac sur du son.

« Tout le monde s'en fout un peu de tout le monde »
Tu n'es jamais bloqué par le fait que ces sujets intimes vont être entendus par le public ?
Une fois que c'est enregistré, ça reste de la musique... Tu sais, il y a des artistes qui parlent de déceptions et de suicide dans leurs musiques, et ça fait bouger des salles. Les gens ne se rendent pas vraiment compte. Le mec il a posé son coeur sur le son mais toi tu penses que c'est juste de la musique, mais c'est une façade, une vitrine. Les gens ne font pas vraiment attention, c'est pour le bien de l'artiste j'ai envie de dire. Comme ça on peut se dévoiler sans avoir besoin de rendre des comptes. Même quand je fais une interview, comme là avec toi, ça reste de la narration. Ce n'est pas vraiment réel. De toute façon, on est dans une génération où les gens font de moins en moins attention à la santé des autres. On s'en fout de blesser, il y a des gens qui se suicident parce qu'ils se font insulter sur Internet. Tout le monde s'en fout un peu de tout le monde. Dans la musique, tu peux être libre sans vraiment rendre des comptes, les gens s'en foutent.

Tu parles beaucoup de sexe et de drogues. C'est le reflet de ton quotidien ?
(Rires) Oui c'est ma vie, je ne peux pas m'en cacher. Je parle de ça parce que je le vis. Après, j'ai aussi une vie très saine. Quand je parle de drogues, ce ne sont pas des drogues dures. Ce n'est pas quelque chose de dirty. Je reste quand même dans ma classe, je ne me suis pas perdu là-dedans. C'est quelque chose que je maîtrise. Mais je parle de ce que je vis, et c'est clair que ça fait partie de ma vie, donc ça ressort quand je vais faire du son.

Sur "Dans la ville", tu dis "J'ai pas d'projets à part liste de tubes". C'est important d’avoir un tube ?
C'est important depuis la sortie de l'album ! (Rires) C'est important pour moi pour cette année. Jusqu'ici, j'étais dans mon coin, je faisais de la musique pas vraiment pour conquérir quoi que ce soit. J'ai du prendre de temps pour grandir, être assez mature pour réaliser vraiment de quoi j'étais capable. Quand je dis "J'ai pas d'projets à part liste de tubes", c'est pour dire que c'est mon programme de l'année. (Rires) Je vais me concentrer là-dessus.

Regardez le visuel pour "Dans la ville" :



« Le deuxième album n'a pas du tout la même couleur »
Tu disais récemment que ton deuxième album était prêt. Pourquoi ne pas avoir sorti un double album ?
J'aime bien les choses qui viennent une après l'autre. Je n'aime pas griller les étapes. Je voulais que les gens se concentrent sur ce projet-là. Le deuxième album n'a pas du tout la même couleur. J'étais en studio cette nuit, j'ai fait une session de 12 heures, je suis rentré à 8 heures du matin pour te dire. (Rires) Je taffe beaucoup sur ce prochain projet. Aujourd'hui, j'ai d'autres pensées, je suis dans un autre mood que pour "L'amour et la violence". J'ai des avis sur d'autres choses, j'ai envie de parler d'autres sujets, j'ai envie de faire danser. Le deuxième n'est pas complètement prêt. Il n'a pas encore la forme que je veux. "L'amour et la violence", c'est une ride, c'est un bloc, du 1er au 16ème son, tu rentres dans ma tête.

Il y a un très bon duo avec Mc Solaar sur ce premier album. Comment on arrive à avoir un feat avec lui ?
C'est arrivé grâce à ma manageuse. Comment on fait ? On le fait avec le coeur et ça vient. Si tu veux vraiment quelque chose dans la vie... C'est une histoire d'énergies. ça s'est mélangé à la sienne. On s'est retrouvé en studio et on a fait parler la magie. Il n'y a pas vraiment de recette pour avoir un feat avec Solaar. Si tu mérites, ça va venir à toi.

Qu'est-ce que tu ressentais quand tu étais en studio avec Solaar ?
C'était un cocktail de sentiments. J'étais impressionné surtout mais j'étais très à l'aise en même temps parce que Solaar c'est un visage familier. J'aime le voir en artiste, je ne vois pas vraiment le côté star parce qu'il n'est pas là-dedans. C'est un gars qui fait la musique avec le coeur. En studio, c'était très très doux, il était très tranquille.

Est-ce que tout ça, sortir un album, bâtir ta carrière, c'est une revanche sur ton adolescence qui a été très compliquée, comme tu l'as confié dans une récente interview ?
C'est une revanche mais pas seulement. C'est aussi pour moi une victoire sur la guerre que j'avais contre moi-même quand j'étais plus jeune. Je me disais : "Mais qu'est-ce que je vais devenir ?". Je cherchais ma place dans ce monde. C'est une victoire de me dire que maintenant, je suis cette personne, c'est ce que je suis sensé faire. J'aime ressentir que je suis à ma place. Je n'aime pas être à côté de la plaque, rater mon destin. Là, je suis avec mon équipe, avec tous mes gars, on est tous à fond. On sent tous qu'on est sensés vivre ça à ce moment-là de notre vie. C'est ça le plus rassurant et le plus apaisant, se dire que je suis devenu ce que je voulais devenir.

Crédits photo : DR
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Julien GONCALVES

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