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lundi 23 janvier 2012 9:00

Zebda en interview

Zebda est de retour ! Près de neuf ans après "La Tawa", les toulousains reviennent avec un disque très politique "Second Tour", sorti cette semaine. Ceux qui ont tombé la chemise retroussent leurs manches. Le voile islamique, la laïcité, le métissage de la société, les femmes, la politique, Brice Hortefeux, le racisme, l'éducation. Mustapha Amokrane et Magyd Cherfi ont répondu à nos questions. Sans détour. Un disque politique, une rencontre forcément politique.
Crédits photo : Facebook Officiel

Votre nouvel album "Second tour" vient de sortir. Vous aviez annoncé votre reformation en février 2008. Vous avez donc mis quatre ans pour revenir dans les bacs. Vous avez pris votre temps… (Steven Bellery, journaliste)
Mus' alias Mustapha Amokrane : En fait on a réellement commencé à travailler il y a un an. On a annoncé notre reformation quand on l'avait décidé. On a pris le temps de terminer ce que l'on faisait chacun de notre côté. En fait on a pris le temps oui.

Et les automatismes sont revenus immédiatement ? Le travail a été aussi facile que sur les précédents albums ?
Magyd Cherfi : Instantanément. C'est un peu comme si on avait quitté la tournée précédente trois mois avant. Zebda c'est quinze ans de notre vie. Quand on s'est retrouvé, c'était comme le vélo… On s'était quitté parce qu'il y avait de l'usure dans la mécanique, on n'était pas fâché.

Ce nouvel album est clairement politique. "Second tour" évoque la prochaine élection présidentielle… On connait vos opinions. Est-ce qu'on peut dire que Nicolas Sarkozy a été votre vitamine C pour cet album ?
Mus' : C'est trop positif comme métaphore. (rires) On a toujours été dans une veine politique. Au-delà de Nicolas Sarkozy, ça fait des années qu'on a la droite. Sur ce dernier quinquennat, les choses se sont particulièrement aggravées. La politique ultra-libérale a été mise en place au forceps, avec arrogance. L'idée d'une droite décomplexée s'est accompagnée d'une libération de la parole raciste. Et ça ça nous touche, nous, enfants d'immigrés algériens. Ça nous provoque. Ça nous donne le besoin impératif de réagir.
« On est des individus politiques, c'est dans notre constitution physique »

Vous êtes des artistes engagés ou politiques ?
Magyd : On est des individus politiques, c'est dans notre constitution physique. Notre vie a été interpellée par des formes d'injustices. Le décalage entre les principes, les droits, l'éthique, la démocratie et la réalité provoque en nous une fusion nucléaire.

En tout cas cet album n'arrive pas au hasard, on est à moins de 100 jours de l'élection présidentielle et c'est aussi votre "second tour" en tant que groupe ? La double-idée vous intéressait ?
Mus' : Complètement. Par contre, ce ne sont pas les élections qui ont programmé notre retour mais ça nous a boosté. On s'est dit "on ne va pas le sortir après, ça serait nul". Ça faisait une échéance intéressante dans notre intention de prendre la parole.

Crédits photo : Pochette de l'album
« On a toujours été vigilant sur la récupération intempestive »

Est-ce que Zebda va s'investir dans la campagne présidentielle ? Est-ce que vous allez chanter dans des meetings ?
Mus' : Je ne pense pas. On a toujours été vigilant sur la récupération intempestive et le rôle que le politique voudrait nous donner. Ça ne devrait pas se produire, en tout cas dans le cadre du premier tour. Ça ne sera pas la même chose si Marine Le Pen est au second tour…

Dans la première chanson, "Les deux écoles", vous utilisez l'expression "être victime d'une Hortefeux". Qu'est-ce qui se cache derrière ?
Mus' : J'adore cette phrase !
Magyd : Une Hortefeux, c'est comment être raciste et que ça passe.
Mus' : C'est une injustice, c'est une discrimination subie, c'est une forme de traumatisme. Le ministère de l'Identité nationale, pour nous ça ne passe pas. Ça va à l'opposé des belles idées que la France a imaginé. La France est un pays merveilleux qui a de très belles idées mais elle a peur de les appliquer. Il y a des gens qui s'appuient sur ces peurs-là. La France d'aujourd'hui ce n'est pas la France du 19ème siècle… Pour arriver à des fins électorales, certains sont prêts à tout même à vendre la République.

Pour être clair, vous pensez que Brice Hortefeux est raciste ?
Magyd : Pour moi oui…
Mus' : Il a été condamné…

"Frère Jacques, dormez-vous. Qu'avez-vous fait du rendez-vous. Si vous dormez encore, alors. A la vie à la mort" chantez-vous dans ce premier morceau. Qui est donc Frère Jacques ?
Magyd : C'est aux gens d'y mettre la traduction qu'ils veulent. On donne un tempo.

"Le dimanche autour de l'église", deuxième plage de ce disque. Un titre sur le métissage. Vous y allez vraiment le dimanche autour de l'église ?
(rires)
Mus' : Évidemment ! On parle de la basilique Saint-Sernin à Toulouse où il y a un marché le dimanche matin. C'est un endroit cosmopolite. Ce n'est pas le paradis mais c'est une agora réaliste. Quand on voit ce marché, on se dit que c'est l'un des rares endroits où on a l'impression de voir une représentation réaliste de ce qu'est la France, ce qu'on ne verra pas à l'Assemblée Nationale.
« Le métissage c'est violent, ce sont des accrochages »
Magyd : Il y a là-bas un mélange qui ne nous oblige pas à être des enfants de chœur. La France voudrait un métissage docile, souriant et plaisant. Le vrai métissage - auquel on aspire - ne se raconte pas d'histoires. Le métissage c'est violent, ce sont des accrochages. Avant les harmonies, il y a des accrochages. Notre vision c'est celle-là : cessez d'imaginer un conte de fée.


Regardez le clip de "Le dimanche autour de l'église" de Zebda



"Fuck la Pléiade" dîtes-vous dans le morceau "Un je ne sais quoi". Un titre assez dur sur l'école…
Magyd : C'est un regard décalé sur l'école. Ce n'est pas la condamnation du savoir. On s'interroge : pourquoi nous, nous ne sommes pas dans ce savoir ? Pourquoi on n'est jamais représentés dans la documentation scolaire ? On ne représente jamais la réussite mais tout le temps un problème. Quand il y a réussite elle est docile pour nous. En d'autres termes Paul réussit, Rachid s'intègre. Et donc, c'est une forme de violence qui nous amène à dire "Fuck la Pléiade"…

Et vous l'avez chez vous la Pléiade ?
« Pourquoi un blanc réussit et les gens de couleurs s'intègrent ? »
Mus' : Quelques exemplaires (rires). On a plutôt cette chance d'avoir eu accès au savoir.
Magyd : Et les médias parlaient d'ailleurs pour Rachida Dati, Fadela Amara ou Rama Yade d' "exemples d'intégrations". Si avoir acquis tout un savoir, c'est pour s'entendre dire qu'on est intégrés, autant tout foutre en l'air. Elles ont réussi, elles ne sont pas intégrées. Pourquoi un blanc réussit et les gens de couleurs s'intègrent ? C'est quoi cette discrimination ?

Un autre titre très politique… "Le théorème du châle" où vous parlez du voile islamique. Et où vous prenez position contre.
Mus' : Clairement on est contre, mais ce titre est aussi rempli de tendresse et d'empathie. On essaie de remettre la question du port du voile dans le bon sens dans le débat. Ce débat-là on en a été privé. Pour nous qui connaissons cette culture, on n'est pas effrayé par une femme qui porte le voile. On en connait. On sait aussi qu'il n'y pas qu'une seule raison qui peut pousser une femme à porter le voile. Toutes ne sont pas "obligées" de le porter. Ça peut être par provocation, par look, par ruse, par conviction religieuse. A travers ce thème qui symbolise la stigmatisation de la religion musulmane dans le paysage public français, on défend ce que nous ne devrions pas défendre même si on se méfie du religieux. Au bout d'un moment l'insulte est tellement forte qu'on doit dire "oh oh calmez-vous ils ont quand même le droit de prier dans des mosquées". Et puis ça fait des années que la question des lieux de cultes se pose donc on ne peut pas dire non plus "holala les gens prient dans la rue".

Je vais me faire l'avocat du diable, mais il y a de plus en plus de mosquées…
Magyd : On est loin du compte.

L’État ne peut pas participer financièrement à la construction des mosquées à cause de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l’État. Vous pensez que l’État français devrait participer tout de même ?
Mus' : On préfère que ce soit l'Arabie Saoudite qui le fasse ? Moi je ne préfère pas.
Magyd : Ça pose des problèmes c'est certain. Mais il n'y a pas le choix.
Mus' : Nous sommes des laïques. La laïcité telle qu'elle est prônée par l'extrême-droite et par des
« Qu'est-ce qui nous convainc que la laïcité n'est pas islamophobe »
gens soi-disant de gauche est une vision rétrograde. On ne peut pas dire la laïcité c'est comme en 1905, c'est pas réaliste. On n'a pas la possibilité d'avoir un vrai débat sur la laïcité, c'est impossible. On ne peut pas dire d'un côté aux parents vous n'êtes pas présents et de l'autre interdire aux femmes voilées d'aller chercher leurs enfants à la sortie de l'école.
Magyd : Qu'est-ce qui nous convainc que la laïcité n'est pas islamophobe ? Elle est d'obédience judéo-chrétienne alors est-ce qu'on peut s'y fier ? J'étais pour la loi anti-voile mais je ne dis pas qu'elle n'est pas islamophobe…

"La promesse faite aux mains", un titre plus joyeux. "Pour vivre heureux, vivons fâchés. Chiche vivons les mains cachées. Petit conseil à tous les proches. Vivons mais vivons les mains dans les poches"., chantez-vous. Un conseil à la jeunesse d'aujourd'hui ?
Magyd : C'est notre privilège à nous de pouvoir parler. Il est sain de vivre fâché pour vivre heureux. L'existence même est une injustice. Puisque que certains naissent dans des conditions favorables, beaucoup d'autres dans des conditions difficiles. Donc il faudrait comme premier principe à l'école évoquez celui-là : vivons fâchés par précaution des injustices.

Dans "Les Proverbes" vous parlez aussi de ces petits riens qui nous influencent…
Mus' : C'est surtout une chanson sur ces expressions qui peuvent te figer dans une morale bourgeoise et un état d'esprit. Après tout, pourquoi faut-il être comme la société le veut ?

Dans "La Chance" vous parlez aux femmes très directement, comme rarement vous l'avez fait…
Magyd : Faut pas être démago. La difficulté est dans la justesse du regard. Ça n'est pas facile d'écrire sur les femmes et les discriminations dont elles sont victimes. Le sujet est assez délicat. Comme tout sujet délicat, il est traité rarement. On est des mecs, on a grandi dans des milieux qui nous ont masculinisés…

Vous allez repartir en tournée avec cet album ?
Mus' : On a envie de mettre le feu, de partager un enthousiasme. On a une sensation de retour au bac à sable chaque fois qu'on repart en tournée. On va beaucoup tourner…
Magyd : La vérité de Zebda, elle est sur scène. Le maitre mot c'est énergie intérieure et physique.
Plus d'infos sur Zebda sur la page Facebook officielle du groupe.
Toute l'actualité de Zebda sur leur site internet officiel.
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