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Interview
dimanche 28 février 2016 14:30

Rachel Platten en interview : "J'ai cru que je n'étais pas faite pour un énorme succès"

A 34 ans, Rachel Platten a décroché son premier tube "Fight Song" l'an dernier et publié son troisième album "Wildfire" au mois de janvier. La chanteuse américaine évoque pour nous son long parcours semé d'embûches, ses doutes, l'explosion de sa chanson, ainsi que sa rencontre avec Taylor Swift.
Crédits photo : DR
Il t'a fallu douze ans pour décrocher ton premier succès... Tu n'as pas eu un peu de mal à y croire quand ça a enfin décollé ?
Si, complètement. Après avoir travaillé tellement dur, et tellement de fois où j'ai failli y parvenir... Il y a tellement d'échecs que j'ai eu l'impression que ça serait toujours comme ça, que j'y arriverais presque mais que le succès ne serait finalement jamais au rendez-vous. Donc j'ai vraiment eu du mal à y croire les premières semaines...

« Je me disais que cette chanson pourrait aider des gens »
Plusieurs de tes chansons ont été utilisées dans des séries. Tu as dû te dire à ces moments-là que ça allait enfin décoller...
Oui, c'est exactement ce que je me disais. Même "Fight Song" a été utilisée dans un épisode de "Pretty Little Liars" et dans l'émission "The Biggest Loser" - une émission qui marche très bien aux Etats-Unis, sur des gens qui perdent du poids, va comprendre ! Et même si je doutais de moi, je ne doutais pas de la chanson, j'étais convaincue de sa puissance. Dans un petit coin de mon coeur, je me disais que cette chanson pourrait aider des gens. Mais à chaque diffusion télé, ça ne donnait rien et je me suis dit que je m'étais peut-être trompée... Donc je me suis faite à l'idée que je n'étais pas faite pour un énorme succès, et que je ne devais pas laisser mon égo me dire que ce n'était pas suffisant.

Donc tu avais commencé à faire ce cheminement ? A te dire que tu n'aurais jamais de succès mais que ça n'était pas grave ?
Oui. J'ai beaucoup travaillé sur moi à ce sujet. Ça a duré douze ans, donc j'en étais arrivée à me dire que ça n'était pas pour moi et qu'il fallait l'accepter et que je pouvais avoir un impact à un niveau plus petit. Je fais beaucoup de caritatif depuis dix ans, je fais partie de l'association Musicians on Call, je chante dans des hôpitaux et je vois à chaque fois à quel point la musique a un impact sur les gens. Donc je me disais que demander plus que ça, c'était trop.

« Mon label m'a lâchée, mon manager m'a lâchée »
C'est de ces doutes qu'est née "Fight Song" ?
Oui. C'était ma façon de me dire à moi-même que tout irait bien pour moi, quoi que le reste du monde pense, parce que je savais que j'avais cette énergie à l'intérieur de moi et ce message que je voulais transmettre, et parce que je pourrais continuer à faire ce que j'aime. C'était en 2011, j'avais une chanson qui passait en radio, qui avait un peu grimpé dans les charts, et puis rien. Et ça m'a inquiétée parce que j'avais 30 ou 31 ans à l'époque, et je me disais que c'était ma dernière chance. Et tout a disparu. Mon label m'a lâchée, mon manager m'a lâchée, après dix ans d'essai... Donc je me suis sentie anéantie. Mais je suis une battante, je me relève toujours. Pendant une semaine, j'étais dans cet état-là puis j'ai écrit "Fight Song".

Regardez le clip "Fight Song" de Rachel Platten :



Pendant toutes ces années, est-ce que tu as envisagé de participer à des télé-crochets, ou d'écrire pour d'autres artistes ?
J'ai écrit pour d'autres artistes, oui, j'adore ça. J'adore écrire des chansons, je me considère avant tout comme une auteure. Mais les télé-crochets, ça ne m'a jamais traversé l'esprit. On me posait toujours la question...

« Je suis arrivée au studio, je pleurais »
C'est un peu moins vrai aujourd'hui aux Etats-Unis, mais il y a dix ans, c'était une vraie porte d'entrée dans la musique...
Oui, même il y a cinq ans. Mais je n'arrive pas trop à expliquer pourquoi ça ne me disait rien. Je me disais d'abord que je ne pourrais pas gagner, parce que ceux qui remportent ces émissions ont des voix phénoménales avec lesquelles ils peuvent tout faire, alors que mon point fort à moi, c'est l'écriture, la connexion avec le public. C'est difficile de faire ça dans un télé-crochet, ce n'est pas un concours d'écriture de chansons...

Pourquoi tout a fonctionné cette fois ? Tu as expliqué dans une interview que tu t'étais décidée à être plus vulnérable dans tes chansons... C'est ça qui a permis aux gens de mieux s'identifier ?
Oui, je crois que ma façon d'écrire est liée à ça. Mon éditeur m'a appelée juste avant que je rentre en studio ce jour-là et m'a dit "Tu essaies d'écrire un tube, tu écris depuis trois mois, et tu m'envoies du lourd mais tu ne partages rien, tu ne dis pas à quel point tu es blessée" et je lui ai répondu que je n'avais pas du tout envie d'en parler, que ça me faisait mal ! Ce jour-là, je suis arrivée au studio, je pleurais, et le refrain est sorti tout seul, comme s'il avait toujours existé et que j'avais besoin de le dire. Et le reste de la chanson a mis un an et demi à sortir, c'était horrible !

Un an et demi ?
C'était tellement dur ! J'avais dix couplets différents, quatre ponts... J'espère que d'autres artistes entendront ça et se rassureront. Il ne faut pas abandonner au premier coup ! Il faut travailler, rien n'est facile. Enfin, parfois des titres arrivent tout seul, c'est le cas d'une chanson sur l'album...

« Ecrire "Fight Song" a été très difficile »
Et des gens comme Sia disent qu'ils peuvent écrire un titre comme "Chandelier" en dix minutes !
Oui ! Mon Dieu, elle est tellement talentueuse ! "Better Place", un titre de mon album, est sorti en trente minutes. Parfois, ça arrive, comme un cadeau. Mais "Fight Song" a été très difficile... Et pour revenir à la question, le fait d'être vulnérable m'a aidée, oui. Le message de cette chanson, c'est justement de connecter les gens les uns aux autres, de parler de ce qu'on ressent tous. On est tous vulnérable, on se sent tous parfois seul, on est parfois blessé, et on met ces masques, notamment sur les réseaux sociaux, pour donner l'impression qu'on est parfait, que notre vie est parfaite, et c'est des conneries ! Personne n'est comme ça. J'ai l'impression que c'est mon boulot de mettre fin à tout ça...

Aux réseaux sociaux ?
(Rires) Non, mais au fait qu'on se sente obligé de faire semblant que tout va bien. C'est ce qu'a fait "Fight Song". Il y a eu un hashtag #MyFightSong et il y a eu plusieurs centaines de milliers de tweets de gens qui ont partagé leur vulnérabilité. Et en réponse, ils ont reçu de l'amour et de la force. Donc quand j'ai parlé de ma vulnérabilité à moi, ça a rendu tout ça possible !

Et aujourd'hui, tu n'as plus de problème à l'idée de chanter des chansons dans lesquelles tu te sens vulnérable ?
Non, plus aucun ! J'adore ça !

Découvrez "Stand By You" de Rachel Platten :



Ce que dont tu avais le plus peur te rend aujourd'hui le plus heureuse ?
Oui, parce que je me sens vraie. Je me suis rendu compte que je n'ai pas besoin d'être quelqu'un d'autre. Si je fais semblant, si j'ai l'impression que je ne suis pas assez douée, ou pas aussi forte que telle ou telle personne, ça m'empêche de créer une connexion avec les gens.

"Fight Song" avait déjà commencé à vraiment marcher quand tu as reçu un sacré coup de projecteur de Taylor Swift, qui t'a fait connaître à tous ses followers. Comment c'est arrivé ?
Je jouais dans le parking où elle se produisait... (Rires) C'est un peu moins naze que ça en a l'air !

« Taylor Swift c'est une fille normale, très cool »
C'est toi qui le racontes comme ça !
(Rires) C'est vrai, parce que je trouve ça drôle ! C'était un concert organisé par une station de radio avant son show, je n'avais pas prévu de rester ce soir-là, et j'ai demandé à mon manager s'il pourrait me faire rencontrer Taylor et il m'a dit "Pourquoi pas, je vais voir ce que je peux faire !". "Fight Song" marchait déjà très bien aux Etats-Unis. Elle connaissait la chanson, elle a dit "Evidemment", donc après le concert, on m'a conduite dans sa loge, j'étais un peu impressionnée ! Et puis très rapidement, ce sentiment s'est dissipé. C'est une fille normale, très cool et qui a vraiment les pieds sur terre. On s'est très bien entendu !

La plupart de tes titres sont des hymnes épiques, un journaliste américain évoquait des "mélodies stratosphériques". Tu as toujours eu ce style-là ? Est-ce qu'il faut que tes titres soient aussi massifs ?
Je ne me dis pas que je vais écrire des hymnes, mais j'essaie d'écrire des chansons honnêtes, et c'est ma seule responsabilité. Je suis optimiste, et j'y travaille très dur, et ça se reflète dans mes chansons je crois. Mais il y a des chansons plus sombres, des mélodies plus minimalistes, et j'aime ça aussi. Il ne faut pas se limiter aux refrains énormes.

C'est le cas de "Congratulations", qui est assez monotone mais qui reflète très bien la colère et la tristesse...
Oui, c'était à propos d'une dispute avec des amis. J'étais vraiment blessée, je venais de recevoir des mauvaises nouvelles au sujet de ma carrière et j'ai écrit cette chanson en larmes au piano. Je m'apitoyais vraiment sur mon sort !

« Pour écrire, il faut du coeur »
Et comment tu écris tes chansons : les paroles d'abord ou la mélodie ?
Pour moi, la mélodie dicte les paroles, les mélodies arrivent toujours en premier. Ça tourne dans ma tête, c'est plus facile pour moi d'imaginer des mélodies, du coup j'ai des tonnes de mémos vocaux très embarrassants sur mon téléphone où je chantonne dans un avion ou autre ! (Rires) Puis, je me mets aux paroles. Parfois, je les écris à part, comme des poèmes, et ce sont comme des pièces d'un puzzle que j'essaie de placer ici ou là. A Nashville, il existe une façon particulière d'écrire. Tu as un livre de titres de chansons et tu écris à partir de ces titres. Même si je n'écris pas à Nashville, j'ai un petit livre de titres et un petit livre de concepts que je peux coller sur des mélodies.

C'est un peu scientifique comme procédé, non ?
Un peu oui ! Mais au bout du compte, il faut du coeur. Mais avoir de la structure, ça t'aide. J'ai appris quelque chose avec l'expérience : si tu attends que la bonne émotion débarque, tu écriras une chanson par an. Ça ne marche pas comme ça. Il faut aller bosser tous les jours, créer une structure autour du processus créatif.

Tu te considères avant tout comme une auteure... Mais pourrais-tu chanter les chansons de quelqu'un d'autre ?
Peut-être à l'avenir, oui, si je me rends compte que je n'ai plus aucune idée...

Donc seulement en dernier recours ?
Oui, parce qu'il faut que je ressente quelque chose, que le sentiment de la chanson soit honnête. Et c'est rare de trouver une chanson universelle pour que tu puisses te l'approprier à 100%. Mais j'ai écrit pour d'autres... Je crois que je suis juste trop têtue. Peut-être que j'ai loupé une super chanson !

L'album est plus éclectique qu'on pourrait le penser, il y a parfois des synthés, des cuivres... Tu t'es fixé des limites ?
Oh oui ! J'ai écrit je crois 200 chansons et je n'en ai gardé qu'une douzaine. Certaines étaient très produites, pendant quelques mois je n'ai fait que des titres plus électro. Puis j'ai fait des choses beaucoup plus organiques. Je cherchais le son, et je me suis rendu compte que ce qui rendrait le tout cohérent était ma voix et que chaque chanson imposerait un certain type de production. Je ne voulais pas rentrer dans une case ou une autre... A l'ère de Spotify et du streaming, je pense qu'on peut découvrir des choses plus éclectiques.

Charles DECANT
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