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Interview
dimanche 27 juin 2021 12:32

Polo & Pan en interview pour "Cyclorama" : "On est assez uniques dans ce qu'on fait"

Polo & Pan revient juste à temps pour l'été afin de faire danser les Français avec son nouvel album "Cyclorama". Le duo électro se confie à Pure Charts sur ce disque vivifiant, son succès à l'international, sa collaboration avec Vladimir Cosma ou l'utilisation de ses morceaux dans des pubs. Interview !
Crédits photo : Fiona Torre
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Comment avez-vous vécu le succès de votre premier album "Caravelle" ?
Alexandre Grynszpan, alias Pan : Ça a été un succès assez linéaire, c'est pour ça qu'il a été agréable. C'est un premier album sur lequel personne nous attendait et il a pris du temps pour avoir un succès. On ne s'est pas dit "Qu'est-ce qu'il nous arrive ?" donc c'était plus agréable.
Paul Armand-Delille, alias Polo : Même depuis notre premier EP, il y a une sorte de construction assez sereine. On a réédité l'album en 2018, après l'avoir sorti en 2017. Au début c'était plus la France puis on s'est tournés vers l'international et notamment les Etats-Unis, sur la fin de notre tournée. C'était un succès agréable et à notre image : on est sur quelque chose d'intimiste, on ne se met pas trop en avant et on crée un univers donc est content d'avoir eu cette progression.

Et surtout, c'était ce qu'on appelle un "sleeper hit" vu que ça a pris petit à petit !
Alexandre : On était ravis car au début, c'était un projet qui a beaucoup marché au bouche à oreille. Les gens l'écoutaient à travers le web, on avait mis pas mal de choses sur Soundcloud... On avait beaucoup de gens qui nous aimaient depuis longtemps et pas forcément parce qu'on faisait de gros teasers ou des choses dans ce genre-là.
Paul : On a une DA assez précise sur le visuel mais on n'a pas beaucoup poussé sur les réseaux sociaux. On a fait de la musique et on a présenté des petits éléments bien faits. Et on a plein de petites communautés de fans, que ce soit en Russie, au Mexique, au Liban, en Turquie... Quand on arrivait dans ces pays-là, on avait toujours un petit public de personnes qui était vraiment acquis à la cause. On a eu de la chance là-dessus.

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« Personne ne nous attendait sur le premier album »
Vous avez connu aussi un joli succès aux Etats-Unis, comment vous l'expliquez ?
Paul : C'est peut-être un des seuls qu'on est allés un peu chercher. A un moment, on s'est dit qu'on allait développer quelque chose aux Etats-Unis. C'est un gros challenge pour un groupe français, surtout qu'on chante en français et ce n'était pas forcément gagné...
Alexandre : Il y a quand même eu deux tremplins, deux pics. Un, qui a été l'honneur de nous avoir invité à Coachella, et deux, quelque chose qui n'était pas de notre ressort, quand Apple nous a appelés pour une pub. Il s'avère qu'on produit notre son avec Apple donc ça avait du sens. Aux Etats-Unis, le morceau "Nana", qui a été utilisé dans la pub, il a vachement pris et quand on est arrivés à Coachella, on a vu que c'était l'engouement pour "Nana". Grâce à ce morceau, beaucoup de gens qui ne nous ne connaissaient pas aux Etats-Unis sont allés découvrir plus de choses. Maintenant, le territoire américain est vachement plus important.
Paul : Mais avant de faire cette grosse tournée avec AEG, on avait fait deux petites tournées avec Super ! [tourneur, ndlr]. On était plus avec un tour-man, on montait le matos nous-mêmes, on avait déjà fait cette tournée de petites salles à guichets fermés. Il y avait déjà ce petit public qui nous connaissait, mais c'était plus des Français expatriés. On a un peu grindé pour essayer de découvrir ce territoire, on sait qu'il n'est pas facile et que c'est un plafond de verre.
Alexandre : Ils nous avaient dit : "Faites-nous confiance mais il faut absolument aller aux Etats-Unis, aller au contact de toutes les villes parce que c'est comme ça que le territoire américain apprend à vous connaître". Et c'est vrai ! Le fait d'avoir beaucoup travaillé, d'avoir fait les choses étape par étape sont plus importants que ces pics-là.
Paul : On faisait déjà des grosses salles en France avec un live qui était déjà bien structuré. Partir à l'aventure, c'était bien pour la cohésion du groupe, pour se remettre un peu en question, de voir le live un peu différemment et montrer qu'on peut faire un petit live compact, ce qui est une de nos forces.

C'est assez dur pour des artistes français de s'exporter à l'étranger, sauf dans l'électro avec des artistes comme David Guetta ou Kungs et quelques groupes électro-pop comme La Femme ou L'Impératrice...
Alexandre : Il y a un mot, qui est américanisé, c'est la French Touch. C'est un mot qui a beaucoup plu aux Américains parce que c'est un mouvement qui est principalement électronique même s'il comprend aussi des groupes comme Air ou Phoenix... Phoenix c'était une énigme. C'est un groupe extraordinaire qui, en France, a été un peu boudé, et ils ont décidé de se tourner vers l'international. Aujourd'hui, ce sont des icones aux Etats-Unis ou au Japon. Il y a parfois des groupes qui sont boudés dans leurs pays et qui préfèrent se tourner vers l'international donc cet engouement est né de ça, de l'envie qu'ont eu certains groupes de parler à d'autres personnes.
Paul : Les Américains font très bien de la pop ou du hip-hop, ils n'ont pas besoin des groupes français et nous on est un peu à la remorque, on suit. Mais en électro, nous sommes un peu le fer de lance de ce qui se fait. Même s'ils ont Chicago ou Detroit, c'est un peu des styles vintage aujourd'hui. L'électro, c'est plutôt en Europe : à Berlin, en France... On peut amener une plus-value ou quelque chose de différent. Nous, on est assez uniques dans ce qu'on fait. On a peut-être quelques enfants, les gens nous associent souvent à L'Impératrice, mais finalement ça ne sonne pas pareil. On est plutôt une génération de musiciens qui avons fait des choses en même temps plutôt que des groupes avec un son identique.
Alexandre : On est aussi un groupe assez hybride. Si notre squelette est électronique, ça nous a permis d'aller dans énormément de genres différents. On peut faire de la pop, des choses beaucoup plus électroniques ou obscures, de la cumbia, de la bossa... On répond à un panel assez large. Il y a aussi pas mal de gens différents qui peuvent s'identifier à notre musique parce qu'elle est éclectique.

« Cartonner aux USA, c'est un challenge pour un groupe français »
Cet accueil vous a-t-il mis une pression pour ce deuxième album ?
Paul : Le deuxième album, on dit que c'est le plus dur, que c'est un challenge de se dire : "Est-ce qu'on va y arriver à nouveau ?". Après une grosse tournée, on n'est pas dans les mêmes conditions que dans le premier disque, on était vachement sollicités.
Alexandre : Il y a une obligation de résultat dans le deuxième parce qu'il y a une structure, une attente du public qui veut avoir du nouveau. Ça me rappelle cette phrase : "Quand tu sautes d'un rocher de 15 mètres, le plus dur n'est pas de sauter une première fois mais de sauter la deuxième fois". Quand tu l'as fait, il y a une certaine appréhension la deuxième fois, une certaine peur de l'attente et de l'imperfection. Mais par contre, au final on est vraiment ravis et très content.

Quand a-t-il commencé à prendre forme ?
Paul : Une chanson comme "Artemis", on l'a écrite il y a 3 ans. On a plus pris des éléments créés en tournée, on ne s'est pas posés en se disant qu'on allait faire un disque en six mois... Finalement, on a eu un an avec le Covid.
Alexandre : On s'est mis à créer pas mal de choses, notamment pendant nos voyages. On a tellement tourné, on avait nos laptops et des idées qui venaient. D'un coup, on s'est rendus compte que les morceaux qu'on faisait correspondaient à une narration qui commençait à avoir beaucoup de sens et ces morceaux sont venus comme ça. On ne s'est pas dit à un moment "Stop, on arrête, on fait un deuxième album". Tout s'est fait dans la continuité. Tu peux le ressentir dans le style de certains morceaux. C'est tellement étalé sur le temps qu'il y a certains morceaux qui sonnent peut-être pas de la même manière, à cause des nouvelles manières de productions qu'on a trouvées entre temps... Dans le genre, il y a quand même une belle continuité.
Paul : On s'est retrouvés avec beaucoup de matière, on a choisi ce qui durait le mieux là-dedans, les morceaux qui nous revenaient vraiment.
Alexandre : Le rapport musicalité et sens qu'on lui donnait, il a fallu faire des choix et on en avait beaucoup.

Regardez le clip de "Feel Good" :


« Avec ce deuxième album, il y avait une attente du public »
C'était dur de ne pas se répéter ?
Paul : Ça a été facile dans le sens où on avait déjà tous les morceaux. Quand on est en tournée et qu'on fait un morceau, on n'est pas en train de refaire un "Nana" ou un "Canopée". C'est une idée, c'est un nouvel élan. Peut-être dans les manières de produire on peut se dire que ça ressemble à tel ou tel titre.
Alexandre : Pour être honnête, c'est vrai qu'on s'est déjà demandé comment on allait réussir à refaire un "Canopée" ou un "Nana". Un mois plus tard, on se dit qu'on ne l'a pas, mais c'est pas grave. A un moment donné, il y a aussi la peur d'avoir fait quelque chose qui marche et se dire que les gens attendent ça alors que non. Les gens attendant de comprendre le projet, de retrouver des choses qui leur ont plu mais ils veulent aussi quelque chose de nouveau. C'est vraiment cette ambiguïté-là entre faire du nouveau et garder notre ADN. C'est un mélange qu'on a réussi à faire sur cet album, mais qui n'est pas évident.
Paul : On a certains morceaux come "Nana" ou "Canopée" qui ne reçoivent aucune promo mais qui continuent à se développer depuis des années. Ils font leur chemin, ils sont découverts sur de nouveaux territoires. C'est un challenge pour nous de se dire qu'on va réussir des titres qui sont aussi addictifs, qui parlent aux gens naturellement. C'est un challenge avec soi-même, c'est une pression de se dire qu'il faut se détrôner.
Alexandre : Aussi, si on met autant de temps à faire un album, c'est que souvent, l'album peut être fini, mais on va écouter énormément nos morceaux après pour voir leur durée de vie. C'est hyper important pour nous : si au bout de 300 écoutes, on se dit qu'on a un instrument qui vieillit mal ou qu'on ne supporte plus, on va le changer. Quand on sort un album, c'est qu'on a pris le temps d'affinage, comme un bon fromage ou un bon vin (sourire).

"Cyclorama" arrive donc 4 ans après le premier album. C'est un temps assez long !
Paul : C'est tant mieux qu'on ait pu prendre une année de plus pour finir le disque. Et comme "Caravelle" est un succès qui s'est construit, qu'il y a eu une deuxième version en 2018 et que ça a décollé à l'inter, ça a été quasiment deux ans et demi de tournée.
Alexandre : Le succès était linéaire et on a pas eu de moment de creux, de moment de mou, vu qu'on a beaucoup tourné, à part évidemment le Covid où il n'était plus possible de tourner et on en a profité pour se donner à fond sur ce deuxième album.
Paul : On a sorti un EP et quelques mixtapes pendant ce temps-là mais on a déjà de la matière pour le troisième. Je pense qu'on sera sur un cycle plus court parce qu'on a envie de partager de la musique pendant que notre carrière se déploie.

« C'est une pression de se dire qu'il faut se détrôner »
L'album est décrit comme "une odyssée musicale à travers les étapes de l'existence humaine". Que voulez-vous dire par là ?
Alexandre : Le premier album était clairement un voyage dans l'espace. A travers ce moyen de locomotion, ça nous a permis de voyager dans tous ces espaces, qu'ils soient concrets, imaginaires ou fantasmés. On avait envie à un moment donné de notre vie, où il nous est arrivé à chacun des parcours, de rendre hommage au temps et à l'existence de l'homme. On a un profond attachement à l'enfance et à la nostalgie, auxquels on a aussi beaucoup rendu hommage depuis nos débuts, mais on avait aussi envie de rendre hommage à des choses un peu plus conscientisées, adultes et des projections un peu plus lointaines dans l'avenir. Et pas que l'enfance : des projections aussi sur le panel de l'existence.
Paul : Sans vouloir être trop prisonnier du concept, c'est aussi raconter une histoire quand on propose un disque, qu'il y a une idée pour amener les gens à réfléchir. On arrive à un moment de notre vie où on a mixé, on a kiffé et tout à coup on se rend compte, moi qui vient d'avoir 40 ans, que c'est un temps un peu différent. Comme on est plein milieu de notre existence, on a réfléchi à toutes ces étapes. Le temps avance, il y a la création d'une famille pour Alex... C'est un thème qui nous habite un peu en ce moment et on a vu que les chansons pouvaient se glisser là-dedans. Je pense que c'est un thème qui touche tout le monde. Donc voilà, parlons de la mort maintenant (rires).

Il y a toujours un côté hédoniste dans votre musique, qu'est-ce qui vous plaît là-dedans ?
Paul : Ça vient beaucoup de notre lien avec l'enfance. On a tous les deux eu une enfance assez heureuse dans les années 90, qui était un peu moment super happy, avant le 11-septembre. Aujourd'hui, il y a une espèce de crispation du monde, le monde est plus tendu qu'à notre époque. Ça se ressent dans notre musique, on part souvent de ce point de départ et il y a envie de célébrer, notamment avec un morceau comme "Feel Good".
Alexandre : On est une génération qui n'a pas vécu la guerre, elle était assez virtuelle à travers les médias. On a été vachement protégés de ça dans la façon dont on a été éduqués, la génération Bisounours. Il y avait un truc protecteur d'une certaine réalité donc l'hédonisme vient aussi de là : on a un plaisir naïf. Il y a quelque chose de naturel qui nous a été confectionnés par nos parents, et grand bien nous en a fait parce qu'on est des profonds optimistes. Dans l'album, il y a une part d'hédonisme et une part de conscience. C'est peut-être le nouveau chapitre qui est là dans cette double lecture : la conscience et l'émotion.

« On a un profond attachement à l'enfance »
En parlant de l'enfance, le premier single, "Ani Kuni", est justement tiré d'une comptine.
Alexandre : Ça correspond parfaitement à ce qu'on vient de dire. "Ani Kuni", c'est un morceau qui nous touche tous les deux depuis notre plus tendre enfance. J'ai été bercé par ce morceau, Paul également. Un jour, je deviens père et je le mets à mon enfant et je vois que ça lui crée de l'émotion. Mais cette double lecture-là fait que j'ai reçue, cette lumière quand j'étais petit, elle m'a procuré de l'émotion et aujourd'hui, on se met à réfléchir dessus car la conscience parle. L'effort de transmission nous pousse à aller chercher beaucoup plus loin. On s'est beaucoup renseignés sur les propos.
Paul : On s'est beaucoup posé la question sur ce chant amérindien, sur la question de la communauté. Après s'être bien renseignés, on a choisi de travailler sur cette musique qui nous a beaucoup touchés. Il y a eu plusieurs étapes : on a recherché le sens du texte, on s'est rapprochés d'une association qui s'occupe de l'insertion des enfants... On a eu un rôle social par rapport à cette démarche. Cette chanson correspond au temps de l'enfance dans le disque. C'est de là que ça part et il y a eu tout un cheminement pour que ça fonctionne.
Alexandre : On se rend compte que notre rôle est plus de questionner que de répondre, de mettre en lumière les choses plutôt que de prendre parti. Après avoir vu toutes les différentes significations des paroles, on a vu qu'en n'en parlant pas trop, les gens le font aussi. Il y a une recherche du savoir et on voit que la transmission devient autonome. On voit que beaucoup de gens vont aller chercher, et c'est ça la transmission, la curiosité du savoir. Nous, le minimum, c'était de rendre hommage à ce peuple et de participer activement à cette association.

Le disque débute sur "Come" puis la comptine "Ani Kuni" et se termine sur "Peter Pan", avec cette idée de ne jamais grandir. On retrouve donc là l'idée du cycle ?
Paul : Exactement ! Le début et la fin se touchent, on revient à l'enfance. Le requiem, la mort c'est presque au milieu du disque, après il y a toute une partie qui correspond plus à l'au-delà ou à la transcendance, des morceaux qui invitent un peu plus à se déconnecter de la réalité, et "Cyclorama" finit là où ça commence.
Alexandre : Par exemple, "Les jolies choses", si on va chercher plus loin, ça parle d'Alzheimer, des souvenirs qui s'effacent. Quand tu regardes la tracklist, l'album n'est pas foncièrement chronologique. On a aussi pris le parti de se dire que les gens n'ont pas la même existence et que les événements n'arrivent pas au même moment pour chacun. Quelqu'un va avoir un accident, à 20 ans, il peut revenir et avoir une nouvelle vie. La vie n'est pas forcément linéaire comme ça, chacun va se faire des étapes de sa vie. Il y a des gens à 80 ans qui vont rajeunir, des Peter Pan il y en a, et il y en a qui vivront une guerre à 8 ans et qui seront bien plus conscientisés qu'une personne de 40 ans.
Paul : Il y a aussi le fait de ne pas être prisonnier du concept et qu'elle privilégie sur la musicalité. il faut qu'un disque coule.
Alexandre : Il ne faut jamais que le concept prenne le pas sur la musicalité et vice-versa. Je trouve qu'on a réussi à faire l'équilibre sur un album qui est musical et qui avait du sens pour nous. Si l'un avait pris le pas sur l'autre, on aurait peut-être eu un déséquilibre.

Ecoutez "Tunnel" de Polo & Pan et Channel Tres :


« Cet album parle de transmission »
Vous faites aussi votre premier "vrai" duo avec Channel Tres sur "Tunnel" : racontez-nous cette collaboration !
Alexandre : C'était un moment particulier parce que la pandémie nous a empêchés de faire beaucoup de choses. Normalement, on peut collaborer frontalement, activement entre humains, et là, la pandémie a fait qu'on a dû collaborer à distance. Même Polo et moi à ce moment-là, on s'envoyait des fichiers quotidiens. Channel Tres nous a été présenté par des amis qui nous faisaient écouter des choses qui pourraient nous plaire. On a eu un gros coup de coeur sur lui et on voulait absolument travailler avec lui. On adorait autant ce qu'il représentait, son charisme et sa voix. On a essayé de l'amener sur autre chose parce qu'on voulait faire une collaboration où l'on voit qu'il y ait les deux entités. Il a fait lui-même les paroles.
Paul : Il nous a envoyé beaucoup de freestyle, c'est très long. Il a déversé plein de texte et nous on a taillé là-dedans. Il y avait à boire et à manger, beaucoup de trucs supers. Mais il a vraiment pris le temps de faire du freestyle et c'est vraiment ça qu'on aime bien, trouver des petits joyaux. On a réussi à construire un morceau qui en plus a du sens, parce que ça parle du purgatoire, entre la vie et la mort, donc bizarrement c'est retombé sur les thèmes de l'album. En plus on a du mal à dire "chante là-dessus" à un rappeur, ils écrivent un peu ce qu'ils veulent.
Alexandre : Et sans l'avoir briefé justement ! On ne lui avait pas raconté l'histoire de l'album. Il n'avait aucune contrainte ni aucune indication. Il a vraiment fait son truc et ça collait. Donc c'était une vraie collaboration parce qu'il a amené quelque chose sans indication.

C'est une façon de s'ouvrir encore plus au public international ?
Paul : C'est un move stratégique. (rires)
Alexandre : Ça part vraiment d'un coup de coeur. Paul est franco-américain donc ça a beaucoup de sens que dans le projet, il y ait du contenu en anglais. Il y en a plus que sur le premier.
Paul : On est de très grand fans de hip-hop. C'est un univers qu'on aime. On a essayé de travailler avec des rappeurs français mais pour l'instant, ça ne s'est pas encore concrétisé.
Alexandre : Channel Tres n'est pas foncièrement un rappeur. Il a fait plein de choses : quand t'écoutes ses EPs, ça peut être beaucoup plus house ou des choses encore plus bizarres. C'est un artiste hybride et il y a de l'hybride au sein du morceau. On est vraiment fans de ce mec !

« Vladimir Cosma, c'est notre idole »
Vous reprenez aussi le thème du "Grand blond avec une chaussure noire" sur "Billboquet". Pourquoi ce choix assez étonnant ?
Paul : C'est un morceau qui nous ressemble. On a décidé de l'éditer, on ouvrait tous nos lives et nos DJ sets avec ce morceau. On a eu la chance de rencontrer Vladimir Cosma...
Alexandre : Un jour on reçoit un appel : "Oui, bonjour, c'est Vladimir Cosma à l'appareil. J'ai lu dans le journal ce matin que vous ouvrez souvent avec "Le grand blond...". Est-ce que vous voudriez qu'on se rencontre ?". Là on est en train de chialer parce que c'est notre idole (sourire).
Paul : On a pas mal collaboré avec lui. On a préparé quelques instrumentaux pour un concert avec 80 musiciens et 80 choeurs et on a joué quelques petits éléments. On a collaboré en live puis on lui a gracieusement demandé s'il était ouvert à l'idée que l'on puisse exploiter ce morceau, travailler ensemble et qu'on puisse l'avoir sur le disque.
Alexandre : Gracieusement... Avec grâce en tous cas ! (rires) Il y a eu une vraie relation amicale qui s'est créée entre nous trois et, plus que ça, il incarne quand même quelque chose. On était en train de parler de transmission, là on parle de transmission du savoir. On était chez lui, il tapotait sur nos petits claviers alors qu'il joue sur un Steinway... Il y a une passation dans le fait d'avoir travaillé avec lui. Il y a eu un cycle.
Paul : C'est là le côté rigolo, fun et enfantin de Polo & Pan. Ça nous ramène aux films de Pierre Richard, des films qu'on adore, tout l'imaginaire qui est connectée à ça nous ressemble. On a toujours eu l'amour de la musique de cinéma et là, c'était l'occasion de l'incarner pleinement.

Est-ce que c'est une façon de désamorcer le côté "léger" du thème ? Quand je vous ai vus le jouer en concert, les gens se regardent l'air étonné puis ils se mettent finalement à danser...
Alexandre : C'est hyper important ! C'est aussi pour ça qu'on ouvre avec ça, notamment en festival où il y a beaucoup de gens qui ne nous connaissent pas, il faut très vite montrer notre univers qui est taillé. On est très jusqu'au-boutiste quand on travaille la production mais on peut aussi être très légers, montrer qu'on aime rigoler et qu'on ne se prend pas au sérieux. Si on peut désarçonner le public très rapidement, ils peuvent se rendre compte de qui ils ont à faire. Il faut que ça rigole (sourire).

« Les musiques de pub permettent une prise de risque »
Vos chansons sont beaucoup utilisées comme musiques de pub, notamment pour Apple ou Ducros. Savez-vous pourquoi la musique de Polo & Pan plaît autant aux publicitaires ?
Alexandre : On fait souvent de la musique en pensant au visuel. On a du mal à dissocier cela. On parlait des musiques de film, et on voit beaucoup d'images quand on fait de la musique et d'ailleurs, on a créé "Caravelle" comme un story-board au début où, à la place des morceaux, il y a avait des bouts de films, des peintures... On imagine vachement visuellement à quoi ça correspond, on a aussi une grosse culture du clip, personnellement j'ai fait une école de cinéma. On a toujours trouvé indissociable l'image du son, peut-être qu'on fait de la musique qui illustre plutôt bien l'image parce qu'elle est pensée comme tel !

Financièrement, j'imagine que ça doit être très confortable. Par exemple, je pense à Yelle qui a dit que l'utilisation de la chanson "Noir" pour la pub Kia lui permet de tourner d'autres clips.
Alexandre : Le label a souvent été dans cette démarche. On a la chance d'être dans un label indépendant qui prend pas mal de risques. A un moment donné, quand on a eu notre première synchro, on était vraiment pas connus et cet effort nous a peut-être permis de prendre plus de risques, d'aller chercher et de se développer sur certains territoires. On aurait peut-être pas pu le faire si on avait pas eu cet argent-là. Il y a une prise de risque qui est possible grâce à ça. On ne peut pas que cracher sur cette industrie de la synchronisation parce que quand elle est fait à bon escient, elle permet de prendre des risques et d'ouvrir certaines portes.
Paul : C'est vrai que c'est une super source de revenus. Après, c'est vrai que ce n'est pas très juste entre les groupes, il y en a qui touchent le gros lot...
Alexandre : C'est le jeu ma pauvre Lucette (rires)
Paul : On a aussi écrit pas mal de morceaux vocaux. Sur "Dorothy" par exemple, il y a beaucoup de toplines, de "la la la", de choses comme ça très synchronisables. Ce n'était pas du tout à dessein quand on l'a fait, mais on nous dit "Ce que j'aime bien c'est vous, c'est que vous écrivez la mélodie". Il n'y a pas beaucoup de groupes comme ça aujourd'hui, c'est plus de la prod ou quelque chose d'un peu plus linéaire. Nous, on essaie d'écrire des mélodies et c'est peut-être ça qui plaît.

Ecoutez "Magic" :


Vous qui tournez beaucoup, comment avez-vous vécu cette période de confinement, sans concert ?
Paul : Super !
Alexandre : Compliqué ! En vrai, il y a un peu des deux !
Paul : Effectivement, ça me manque un peu la tournée mais j'étais content de passer un peu plus de temps en studio, de produire. Comme je suis beaucoup plus introverti, mon énergie ne vient pas du tout des gens. Alex est plus tourné vers l'extérieur.
Alexandre : J'aime beaucoup l'humain, l'interaction, le voyage... Ne pas voyager ça a été aussi une privation d'interaction humaine. Mais l'intimité, le sanctuaire, la famille... Jamais je n'aurais pu imaginer autant de temps avec mon enfant et ma femme, ça c'est le verso. C'est un mal pour un bien !

« La fermeture des clubs, c'est aberrant »
Au vu du votre succès là-bas, vous allez retourner aux Etats-Unis pour une tournée ?
Alexandre : On est pas loin d'annoncer certaines choses [l'interview a été réalisée avant l'annonce de la tournée américaine, ndlr]. Après, le contexte décidera à notre place mais on est vraiment sur le coup !
Paul : Notre date au Hollywood Bowl [salle de Los Angeles de 17.000 places, ndlr] a été annulée, recalée, réannulée donc on espère que ce sera recalé, c'est vraiment notre rêve. On va commencer par relancer une tournée, se remettre en jambe avant de caler des échéances comme ça. Il faut être prêt !

Vous reprendrez donc votre tournée en 2022...
Paul : Fin 2021 plutôt !
Alexandre : On va surtout avoir une grosse préparation pour pouvoir délivrer quelque chose d'assez nouveau. En fonction de la situation... Mais on est prêts et excités. Soyons optimistes !
Paul : On va commencer à mixer et à préparer le live. On espère que la situation va s'améliorer, je pense qu'avec le vaccin, c'est ce que tout le monde attend.

En tant qu'artistes de la scène électro, comprenez-vous que les clubs aient été laissés pour compte ?
Alexandre : Honnêtement, je trouve que c'est aberrant. Après, j'ai décidé de ne pas faire mon ministre car on avait d'autres chats à fouetter. Moi président de la République, j'aurais fait tout ce qu'il faut pour que ça rouvre !
Théau BERTHELOT
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