P. DiddyLast Train To Paris
Maintes fois repoussé cette année, le nouvel album de Diddy "Dirty Money" est enfin disponible. J’ai eu l’opportunité de pouvoir l’écouter 2 fois avant qu’il ne soit totalement abouti et en présence de Diddy qui a pu répondre de manière plus ou moins ouverte aux questions.
Alors après 20 ans de carrière, Diddy n’est-il qu’une caricature d’artiste bling bling de plus ? Pas vraiment. Voire pas du tout. Diddy c’est l’histoire d’un homme qui par sa rage de réussir hors du commun s’est battu pour montrer qu’un homme de couleur pouvait régner sur l’empire du disque. Son secret ? Avoir su planifier sa réussite.
Dans la matrice, Sean John Combs est un entrepreneur à la tête d’un empire colossal qui lui rapporte annuellement autour des 400 millions de dollars. Grâce à ses licences (notamment vêtements et alcool très rentables) et la vente de son label Bad Boys à Warner en 2007, il est considéré comme l’un des rappeurs les plus fortunés de la planète.
Il est aussi producteur de shows de real tv pour MTV, de "Making the Band" à "Je veux travailler pour Diddy", et il a compris très vite que mettre en scène sa vie dans ses show alleait garder le public proche de lui en période hors production discographique. Au-delà de tout cela, c’est surtout un artiste. Un artiste qui change de nom à chaque album, Puff Daddy, puis P. Diddy, est désormais Diddy. Son histoire personnelle a l’air d’avoir été écrite pour correspondre aux fantasmes hip hop. Sa mère et lui déménagent dans les quartiers bourgeois de New York après l’assassinat de son père, dealer. Garçon sans histoire il intègre sans difficulté l’université mais ne rêve déjà que de musique hip hop. Le destin s’en mêle puisque c’est sur les bancs de la fac qu’il se lie d’amitié avec celui qui deviendra le rappeur Heavy D. Guidé par sa soif de réussite, il intègre le label Up Town en tant que stagiaire mais étonne déjà son boss grâce à son sens aiguisé des affaires. Fort de ses réussites, il signe un contrat et devient le directeur artistique du label urbain. Il y découvre certains des artistes les plus importants de cette période et de ce courant musical : le groupe de new jack Jodeci et l’artiste Mary J. Blige qui s’impose encore aujourd’hui comme la reine du genre. Mais Puff rêve pour lui de plus de grandeur. Les dirigeants de Up prennent peur de son ambition dévorante, et le renvoient. Loin d’être effondré et fort de sa réputation et de sa crédibilité, il fonde alors Bad Boy Entertainment qui prendra le nom de Bad Boy Records et signe alors 112, Faith Evans et son époux, un dénommé Notorious BIG. En découvrant ce rappeur de Brooklyn, il offre au hip hop un chapitre de son histoire. Puis Junior MAFIA, dont sera issue Lil Kim en solo, Missy Elliot, Da Brat... Les signatures en or s’enchaînent, la légende Diddy est née. Et sa fortune également. Mais c’est également le début des soucis. La guerre East Coast/West Coast fait rage à l’époque et Bad Boys et ses artistes attisent jalousie et convoitises. Le tragique assassinat de Biggie en 1997 va forcer le destin de Diddy. Dévasté par la perte de son ami et meilleur élément, il décide de sortir son premier album en tant qu’artiste, "No Way Out". Le succès est immédiat et planétaire. 5 albums studio plus tard, il fait partie du cercle très fermé des artistes hip hop stars. Après Queen Latifah en 2006, il est le seul artiste urbain à s’être vu décerner une étoile sur le Walk Of Fame de Los Angeles. Alors pourquoi un nouvel album ?Parce que Diddy est un homme de défis : il aime le risque que comporte un challenge artistique. Le business et le son ont changé depuis les années 90 mais il veut cependant continuer à faire partie intégrante de cette évolution globale de la musique et prouver que son influence est toujours perceptible. Ensuite, ce n’est pas le nouvel album de Diddy mais un concept album d’un nouveau groupe crée pour l’occasion, le Dirty Money. Le nom du groupe n’est selon lui aucunement lié à l’argent de la drogue ou de revenu illégal ou n’importe quelle connotation négative. Au contraire, il décrit le nom du collectif comme « un son et un mouvement nouveau et unique pour son nouvel album ». Le trio est composé de Diddy et de 2 chanteuses Dawn Richard et Kalenna Harper. Dawn Richard est une quasi inconnue chez nous mais bénéficie d’une forte notoriété aux Etats-Unis car elle fait partie de l’écurie Bad Boys depuis plusieurs années. Elle fut l’un des membres de feu le groupe Danity Kane. Ce groupe, composé de 5 chanteuses, fut produit par Bad Boys productions à la suite de l’émission télévisée "Making The Band" saison 3. Danity Kane est devenu le seul groupe entièrement féminin à avoir eu deux albums consécutifs numéro 1 du Billboard américain. Dawn est la seule rescapée ce cette aventure, Diddy ayant décidé à terme de dissoudre le groupe pourtant multi-platine aux US. Kalenna Harper est à l’origine parolière pour des artistes. Elle a notamment participé à l’écriture de hits pour des chanteurs confirmés tels Bobby Valentino, Aretha Franklin, Pussycat Dolls ou encore Christina Aguilera sur son dernier album "Bionic". En quoi cet album est différent ?Il se paie le luxe d’intégrer et de cumuler différents courant musicaux à la fois électro, hip-hop, soul, et funk avec des éléments de grime made in England, de techno occidentale et de rythmes propres au hip-hop américain. Le son de l’album "Last Train To Paris" est ce que Diddy appelle de la “train music”, à savoir une musique perpétuellement en mouvement, qui selon ses propres termes serait la dance music du nouveau millénaire. Tout un programme. Diddy se paient des featuring de premier choix en invitant le meilleur de la scène urbaine US : T.I, Lil Wayne, Justin Timberlake, Usher, Drake, Chris Brown, Grace Jones, Trey Songz et Bilal. La liste des producteurs comprend Danja, Polow Da Don, Sean Garrett, Tricky Stewart, The Dream, Swizz Beats, Rodney Jerkins, D’Mile et Mario Winans. A la lecture du tracklisting, on se croirait presque devant la liste des nominations des Grammy Awards ! Le titre de l’album est un hommage à Paris, ville de l’amour. Une caricature toujours chère à nos amis étrangers. L’album est construit autour du voyage fictif, de l’alter ego de Diddy, de Londres à Paris, à la reconquête d’un amour perdu. La cover de l’album est d’ailleurs une photo prise au Centre Georges Pompidou par un artiste australien. L’album est en 2 parties : une partie que l’on qualifiera d’émotionnelle qui s’appuie sur les ballades, et une partie club qui fera le bonheur des DJs. On écoute en boucle : "Hello Good Morning" produit par Danja.Danja disciple de Timbaland a offert le premier single, habillé par un clip grandiose et son imposant pour Diddy qui pose ici avec les rappeurs US T.I. & Rick Ross, artiste dont il est d’ailleurs désormais le manager. "Coming Home" produit par Alex da Kid et Jay-Z.Une très belle introduction servie par Sylar Grey, protégée d’Alex da Kid qui se positionne en second single officiel. Un clip tapageur : hélico, lunettes de soleil, filles, le nouveau clip de Diddy est à son image, démesuré. Les amoureux des ballades r'n'b trouveront leur bonheur avec notamment : "Loving You No More" produit par Sean Garrett, jolie collaboration avec Drake, l’artiste canadien le plus en vue du moment. "Yesterday" featuring Chris Brown produit par Mario Winans. "Your Love" produit par Polow Da Don featuring Treyz Song, décidément partout cette année. "Shades" produit par D’Mile n’est pas en reste avec au générique de cette chanson, un casting d’exception : Justin Timberlake, Bilal, Lil Wayne, et le génialissime parolier James Fauntleroy. Hypnotique.Mon coup de coeur : "Angels" produit par Diddy et Mario Winans.Deux versions existent de cette chanson mais je vous recommande l’originale avec la voix lancinante de Diddy. L’un des premiers premières a être apparu sur le web et a avoir alimenté le buzz sur ce nouvel album où l’on retrouve en hommage posthume la voix de Biggie. A mon sens, un des titres les plus réussis de cet opus. Les oreilles les plus aiguisées auront reconnues le mash up de l’année : la partie rappé de Biggie sur "My DownFall" sur la prod du titre "Where I’m From" de Jay-Z. C’est un album différent qui ne fera pas l’unanimité mais il y a eu du travail et la recherche. On sent les références et on n’imagine à peine le casse tête contractuel et de planning que cela a du être de rassembler tout ce joli monde sur ce projet. Le hip hop a flirté avec le r'n'b, il a eu une aventure avec la pop music, il est désormais fiancé à la l’Euro Dance. Et n’en déplaise à certains, cette tendance va persister en 2011. "Last Train To Paris" va là où "Press Play" a frémi, sans oser se rendre. Pour moi c’est un album angulaire. Je ne suis pas convaincue par tous les titres mais c’est définitivement l’un des albums les plus aboutis de Monsieur Sean Combs. Qui a dit que le hip hop était un genre qui peinait à se renouveler ? Ecoutez & téléchargez cet album |