Plus experte que Micheline Dax dans l'art du sifflement, plus bestiale que Shirley Bassey lorsqu'elle aborde une certaine forme de soul cinématographique des sixties (John Barry n'est pas loin), Alison Goldfrapp est un oiseau rare, une artiste captivante. Le duo qu'elle forme avec son compagnon Will Gregory prend son envol au début du millénaire. Aguerrie par des prestations vocales avec les pionniers électroniques Orbital en 1994 et Tricky en 1995, Alison décide de façonner de toutes pièces son propre univers, onirique à souhait. Elle imagine tout de a à z, de l'esthétique sensuel et champêtre de ses clips et pochettes de disques en passant par la composition et l'écriture de chansons étranges et fascinantes. Hors du temps et des modes, Goldfrapp n'avait pourtant rien prémédité quand le succès du premier album "Felt Mountain" pointe son nez en 2000. Le monde de la mode et de la publicité s'entichent des bandes originales imaginaires du duo à l'instar de l'expérience vévue par Moby, lui même artiste du fameux label Mute (Depeche Mode, Nick Cave, Wire, Laibach, Erasure, Can, Cabaret Voltaire) Un demi million d'albums vendus encourage les deux musiciens à poursuivre dans une voie indéfinie où se croisent les démons disco de Donna Summer, le glam rock de Marc Bolan, les plumages de Brian Eno, la robotique névrotique de Kraftwerk, les machines qui suent à la D.A.F. sur "Black Cherry", un hommage non déguisé à la culture club et au pop art. "Supernature" sorti l'été 2005, prolonge l'orgasme sonore au delà des espérances d'un auditoire conquis d'avance par les frasques de la belle.