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Interview
dimanche 31 janvier 2021 12:40

Gad Elmaleh en interview : "Jazzifier le répertoire de Nougaro, c'est lui rendre hommage"

Incroyable mais vrai : Gad Elmaleh vient de sortir un album de reprises de Claude Nougaro, "Dansez sur moi". L'humoriste et désormais chanteur nous raconte sa passion pour l'artiste disparu, le jazz ainsi que sa situation d'artiste en pause à cause de la crise sanitaire.
Crédits photo : Yann Orhan
Propos recueillis par Théau Berthelot.

Comment vivez-vous cette situation inédite ?
On va bien mais comme tous les artistes, on vit au jour le jour et on navigue à vue. Je suis très content d'avoir fait ce projet d'album parce que ça me permet d'inscrire quelque chose, d'enregistrer quelque chose et de le défendre, sans nécessairement avoir besoin d'aller sur scène, que ce soit pour le one-man show ou les concerts. Je suis un peu frustré, comme tous les artistes, un peu en colère contre le manque de directives claires. Ça commence à être long. Je sais qu'il y a des gens qui meurent dans les hôpitaux et j'ai beaucoup d'empathie pour ça. Moi aussi j'ai eu la maladie et je suis passé par des moments difficiles, mais j'ai besoin qu'on nous donne des infos claires. On a tous vécu une année complexe, mais je suis heureux d'avoir cette nature-là de créer tout le temps.

Regardez le clip de "Armstrong" par Gad Elmaleh :



« Nougaro a bercé mon enfance, c'est le plus grand poète français »
Comment est né cet album de reprises de Claude Nougaro ?
C'est un projet du confinement. C'est quelque chose qui est né pendant ces errances où je me suis dit "Je ne peux pas ne rien faire, il faut que j'invente quelque chose". Donc je me suis tourné vers mes premières amours. L'idée de chanter et de faire la musique est venue avant le confinement. Mais pendant le confinement, j'avais beaucoup de temps. Une fois que tu as lavé trois ou quatre fois la même vaisselle, tu te dis qu'il va falloir se réinventer. (Rires) Alors je me suis remis au piano et j'ai repensé à Nougaro qui a bercé mon enfance et qui est le plus grand poète français. Et j'ai eu la chance d'être signé chez Blue Note. A chaque fois je dis pour rigoler que c'est le Real de Madrid pour les gens qui font du jazz.

D'où vient votre admiration pour Claude Nougaro ?
C'est un mélange de beaucoup de choses. Tout d'abord le jazz, parce que je suis un énorme fan de ce genre. Il y a aussi les mots et la langue, une forme d'humour et de dérision qu'il avait et surtout c'était un chanteur rythmique. Je suis né au Maroc, j'ai appris à jouer des percussions sur des capots de bagnoles et lui était rythmique dans sa diction, sa manière de chanter. C'est un ensemble de choses qui me touchent.

L'avez-vous déjà rencontré ?
J'avais écrit un texte en pensant à lui et on m'avait fait la surprise de l'inviter à une émission à laquelle j'assistais et il est venu lire ce texte. C'était vraiment bouleversant.

« J'ai conscience que ça peut dérouter, mais c'est sincère »
C'était primordial d'avoir l'accord de la famille de Nougaro ?
Au-delà de l'accord, c'était surtout la bénédiction, l'adoubement. Aujourd'hui tout le monde peut faire des reprises, mais ça n'est pas marrant quand on n'a pas la bénédiction de la famille parce que ça n'installe pas une bonne ambiance pour l'enregistrement. Ce qui m'a fait très plaisir et ce qui m'a surpris, c'est que quand Hélène Nougaro [sa dernière femme, ndlr] a écouté l'album, les chansons qui lui ont le plus plu sont celles où on s'est le plus éloigné de la version originale, où on a réinventé des choses, comme sur "Nougayork". J'étais très intimidé, mais le fait qu'elle aime le projet, ça te donne une forme de légitimité et de permission qui fait que tu es plus à l'aise pour créer, changer les choses ou adapter.

Regardez le clip de "Toulouse" :


L'album sort après plusieurs mois de report. Pourquoi n'avez-vous pas décidé de maintenir la sortie initiale, comme l'ont fait Vianney, Ben Mazué ou Aya Nakamura ?
J'aurais bien aimé te donner une réponse, mais je ne maîtrise absolument pas cela. Là, j'entre dans un milieu que je ne connais pas alors quand la maison de disques me dit que ça va sortir à une autre date, je ne discute pas trop. Peut-être parce qu'il y avait des albums de gens très installés qui sortaient... Moi, je suis un débutant dans ce milieu-là. Autant dans le milieu de la comédie ou du cinéma, j'ai mon mot à dire, mais dans le milieu de la musique, je ne suis vraiment pas à-même de donner mon avis.

« Je n'ai pas envie d'aller là où l'on m'attend »
Vous n'avez pas peur de dérouter avec ce projet ?
Peur non, mais j'ai conscience que ça peut être déroutant. Mais c'est tellement sincère et organique... Du moment où l'on reconnaît le travail, et je pense que c'est le cas vu le travail qu'on a fait avec les musiciens... C'est clair que ce n'est pas attendu, mais tant mieux car je n'ai pas forcément envie d'aller là où on m'attend. Je ne fais pas ça pour devenir un chanteur ou une star de la chanson française, je fais ça parce que je suis drivé par une phrase dans ma vie : "Les seules choses qu'on n'a pas fait dans sa vie sont celles que l'on regrette".

Pour cet album, vous avez fait un mélange entre tubes et chansons moins connues...
C'était un mélange de plusieurs choses. Il y a celles que j'aimais et qui ne sont pas forcément connues, comme "Ça fait mal", puis les incontournables comme "Tu verras", "Armstrong" ou "Nougayork". Ça c'était inévitable. Je suis un artiste populaire, j'ai été créé par le public, donc je ne suis pas une démarche pointue de faire des chansons qu'on ne connaît pas de lui. Il y en a même qui sont très connues mais avec lesquelles j'avais moins d'affinités, d'autres qu'on a faites et qu'on n'a pas mis dans l'album... Pour chaque chanson, on a décidé de le faire dans un certain style. On a surtout eu la chance d'avoir un vrai Big Band comme Frank Sinatra à l'époque. Il y a des morceaux simplement faits en trio, d'autres comme "Bidonville" où j'ai mis une patte de mes origines et où on a plus été vers un côté marocain que brésilien pour une dynamique orientale.

Pourquoi avoir donné cette touche jazzy ?
Elle est quand même très présente dans le travail de Nougaro. Je pense à des titres, comme "Dansez sur moi", qui sont des standards de jazz avant même d'être des chansons françaises de Claude Nougaro. Je suis passionné de jazz mais je suis un pianiste de jazz médiocre. Le fait de se retrouver en studio avec des grands musiciens de jazz, c'était un vrai cadeau. Et c'était surtout rendre hommage à Nougaro que de jazzifier son répertoire.

Regardez le clip de "Nougayork" :


« Je réalise un rêve de chanteur »
Certains titres sont complètement revisités comme "Nougayork" : il y avait une envie de faire découvrir une autre facette du titre ?
Complètement ! A la fois de faire découvrir une autre facette du titre mais aussi le faire découvrir à une nouvelle génération, de pouvoir quelque chose qui soit plus actuel dans les sonorités. "Nougayork" est sorti dans les années 80 à un moment très précis de sa vie où il se remet en question et part aux Etats-Unis. Dessus, il y a des synthés des 80's qui étaient à l'époque très nouveaux, très frais, mais quand on les réécoute aujourd'hui, ce sont des arrangements qui sont très kitsch. Mais le sens de la chanson, l'arrivée en Amérique, ça reste très important pour moi parce que je l'ai vécu. Quand il chante "Dès l'aérogare j'ai senti le choc", je l'ai senti parce que j'y ai vécu pendant trois ans pour faire une expérience américaine et me challenger dans le stand-up américain. Du coup, on a réinventé la chanson en lui donnant un côté jazz oriental.

Quelle est votre reprise préférée de l'album ?
Justement "Nougayork". Les sonorités, le côté jazz oriental donné par le pianiste Jeremy Hababou, c'est un truc à la Avishai Cohen. Il y a un côté très mélancolique aussi.

Vous collaborez avec Thomas Dutronc ou Angélique Kidjo. Pourquoi les avoir choisi eux en particulier ?
Thomas a quelque chose qui me touche énormément. Il y a quelque chose, un recul, un clin d'oeil, qui se produit quand il chante. Ce n'est pas quelqu'un qui se prend au sérieux, c'est un chanteur et un grand musicien. J'aime ces gens-là car j'arrive à dialoguer avec eux sur le fond et les arrangements. J'avais envie de faire ces chansons en duo et pour "Ah tu verras", je trouvais ça drôle de le faire en duo avec un homme. On ne sait pas s'ils se parlent l'un à l'autre, les deux à la même femme ou à une femme différente. Quant à Angélique, j'ai toujours été fan de son parcours. C'est une figure importante de la world music, elle vient de gagner un Grammy, et pour "Bidonville", je voulais avoir cette voix puissante et qui vienne des racines pour chanter "Donne-moi ta main camarade toi qui viens d'un pays où les hommes sont beaux", pour moi c'était l'idéal. C'était un cadeau qu'elle accepte.

« Notre profession est sinistrée »
La chanson reste une de vos grandes passions. Vous vous rêviez chanteur ?
Honnêtement oui, mais après j'ai vite compris qu'il s'agissait d'un autre métier. Pendant des années je l'ai fait en rigolant, en caricaturant, en imitant, parce qu'il y avait la pudeur de chanter. Aujourd'hui, je réalise une forme de rêve de chanteur même si j'ai encore beaucoup de choses à apprendre. J'aborde très humblement cet album : j'ai pris des cours de chant, j'y suis allé tranquillement. Je ne prétends rien d'autre que d'être un fou amoureux de jazz, de Claude Nougaro et de lui rendre hommage.

Ecoutez "Tu verras" de Gad Elmaleh et Thomas Dutronc :


Vous avez lancé la promotion du disque avec un concert. Pour vous, en quoi est-ce différent de votre performance dans le one-man show ?
Il y a des choses plus faciles et plus difficiles. Le plus facile, c'est qu'un concert est une suite de petites séquences avec des histoires, un début et une fin, des musiciens qui sont là pour vous épauler. Par opposition au one-man show où on est seul et où c'est un couloir, un chemin, une route. Dans un spectacle, il n'y a pas de petits spectacles comme dans la chanson. En revanche, la rigueur qu'implique la chanson sur la performance où il faut assurer vocalement, c'est le pendant qu'il n'y a pas dans le one-man. Ce qui me plaît le plus quand je suis en concert, c'est d'avoir des musiciens avec moi, de ne pas être seuls. Quand il faisait un bon concert, on félicitait Nougaro et il répondait "Mais tu as vu le moteur que j'ai derrière moi ?", en parlant des musiciens.

Un deuxième volume de reprises est-il possible ?
Je n'y pense absolument pas. Est-ce que je ferais un jour soit un autre chanteur, soit quelque chose qui me plaît plus, soit des compos ? Continuer à faire de la musique avec des musiciens, oui, mais là je pense que j'ai dit ce que j'avais à dire avec ce projet.

« Je ne me lance pas dans une carrière de musicien »
Si c'était un autre chanteur, ce serait qui ?
Serge Gainsbourg. Si je devais un jour m'entourer de grands musiciens de jazz pour reprendre un chanteur français, ce serait lui, que j'admire. Je te réponds comme ça, mais ce n'est pas dans mes projets. Mais si c'est pour me faire plaisir, ou même le temps d'une émission ou d'un duo... Je suis tellement fan de son travail musicalement et dans les paroles.

Au vu de cette expérience, vous vous verriez faire un album de chansons originales ?
J'aimerais bien... Riche de cette expérience-là, du studio... Je commence à comprendre que la manière de faire un album a changé dans l'industrie de la musique. On peut prendre plus notre temps, on peut travailler à la maison, avoir des choses plus accessibles dans la recherche, donc oui mais toujours en collaboration avec les musiciens. Ce serait du plaisir mais je ne me lance absolument pas dans une carrière de musicien.

Une tournée autour de ces reprises de Claude Nougaro est-elle envisageable ?
Ce n'est pas prévu car on est dans une inconnue totale. Notre profession est sinistrée. J'ai envie de retourner sur scène, ne serait-ce que pour mon one-man show qui a été annulé pour la troisième fois. On reporte, on annule, on vend des billets... Pour moi, c'est très compliqué de me projeter dans le futur. Mais je vais être très honnête : aujourd'hui, ma priorité dans le live sera de refaire mon one-man show. Mais je permettrais à un moment du spectacle de chanter du Claude Nougaro, vu que le public est là.
Théau BERTHELOT

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