Diam'sS.O.S.
C’est une Diam’s dévoilée, qui revient sur le devant de la scène le 16 novembre avec l’album "S.O.S.", porteur en filigrane de ses intimes convictions qui ne regardent qu’elle. A 29 ans, Mélanie Georgiades, l’enfant unique métissée d’une maman française et d’un père chypriote absent, a laissé place à une femme murée sciemment dans le silence médiatique. Ses textes relatent toujours le quotidien des jeunes français, le sexisme et la politique spectacle mais prônent en plus le retour aux valeurs saines et philanthropiques. C’est certain, "S.O.S." est l’album de la métamorphose.
Qu’on se le dise, cet album est bien la confession d’une artiste pas destinée à réussir et non une machine à tubes générationnelle. C’est le récit autobiographique des tiraillements émotionnels nés de son succès au delà des frontières rap et qui ont failli la détruire. Ses doutes mêlés aux réactions d’un univers hip hop français enclin à descendre en flèche ceux qui rencontrent le succès commercial l’on conduite à une schizophrénie artistique : Diam’s est elle légitime, peut-on décemment être la porte parole d’une jeunesse précaire quand on peut soi-même s’offrir la Rolex présidentielle ? Avec un costume de porte parole coupé trop grand et imposé, la forçant à avoir un avis sur tout, tout le temps, le diamant est capable de coups de gueule nécessaires comme de déclarations réac’ qui fatiguent. Le résultat est fulgurant à l’image de son succès : une année 2008 douloureuse passé sans écrire un texte à l’abri de ces regards qui ont exacerbé son mal être...
Alors oui Diam’s est légitime. Diam’s a une écriture redoutable doublé d’un don pour la narration. 4 albums en 10 ans, auront suffi à graver son nom au panthéon français des icônes urbaines, voire des icônes tout court. Après "Premier Mandat" (1999), "Brut De Femme" (2003), peut on donner tort à "Dans ma Bulle", avec ses plus d’un million d’acheteurs en 2006, en cette période transitoire que vit l’industrie musicale ? Et qu’a t elle encore à nous raconter dans "S.O.S." ? Diam’s est une fidèle, c’est donc logiquement que l’on retrouve Kilomaitre pour une réalisation léchée. Ce duo de réalisateur, producteur, compositeur, incarné par Tefa et Masta, est né dans le milieu des années 90 et truste depuis le marché musical français, notamment celui du rap (Diam's, Kery James, Sinik, Kool Shen, Rohff, Sniper). Les grosses productions sont délaissées au profit de l’acoustique. Piano, guitare, percussions et violons font écho à son flow et ses punchlines justes et touchantes. L’album est introduit par "Mélanie" une confrontation musicale de Diam’s versus Mélanie Georgiades. «Toi tu écris et moi je pars au front c’est moi qui te défends», lance une Diam’s sûre d’elle et motivée. « T’occupes trop de places, t’occupes toute la surface » renvoie Mélanie à son alter ego. Règlements de comptes fratricides où chacune des protagonistes offre sa version de l’histoire. Autoproclamé premier single par les radios urbaines, "I Am Somebody" est une confession autobiographique. Elle égrène les détails de sa descente aux enfers, et d’une année traumatisante à la manière du personnage de Rabbit/Eminem dans le film 8 Miles qui balance sa vérité dans la battle finale. En s’offrant dans ce morceau malgré sa réserve actuelle, elle a peut être voulu par ce biais éviter les questions liées à sa dépression durant sa promotion. "Enfants Du Désert", le titre de la chanson n’est pas anodine. C’est l’un des projets qu’elle soutient via le Big Up Project / Big Up Fondation, (bigup-project.org) dont le but est de récolter des fonds pour les redistribuer à d’autres organisations humanitaires, les royalties de cet album seront d’ailleurs réinjectés dans sa Fondation. Ce projet salvateur lui a été inspiré par ses voyages introspectifs en Afrique. Le clip est un hommage à Forrest Gump, l’un des films préférés de Diam’s. C’est le décor naturel du film qui en est le théâtre, reproduisant l’anthologique scène de course où le personnage cherche par ce moyen un sens à sa vie. Dans "Lili", ballade au piano, Diam’s décrit une situation sujette à polémique, le quotidien d'une lycéenne portant le voile, confrontée à l'exclusion. « J’ai l’espoir un jour d’épater la France » mais « Je suis l'ennemie parce que je suis une femme convertie et que je porte le voile. », impossible de ne pas faire un parallèle avec la réalité de l’artiste. Le registre m’a fait penser à la "Lili" de Pierre Perret et à son fameux « Elle croyait qu'on était égaux Lily, Au pays de Voltaire et d'Hugo Lily » ou encore "Lili (U Turn)" d’Aaron dans la mélodie du refrain. "Dans Le Noir" est un questionnement sur les réalités absurdes qui nous entourent. Le refrain est en fait l'adaptation de "We'll be found" de Sia Furler sur son album "Some people have real problems" sorti en 2008. La particularité du clip d'origine est d'utiliser la version américaine de la langue des signes. Diam’s offre ici un magnifique écrin sous forme de featuring à la chanteuse Anahy, dont la voix et le visage vous seront certainement familier. En effet parce qu'elle avait déjà enregistré un album, à l'âge de treize ans, Anahy a dû, règlement oblige, quitter l'émission Nouvelle Star 2008. Et bien depuis la belle a signé sur le label indépendant Atmosphériques (Charlie Winston) et s’est faite repérée par Diam’s via son Myspace. "S.O.S." souligne les remords d’un amour adultère et la souffrance de laisser partir l’être aimé pour être droit. Une superbe composition marquée par un piano violon qui vous arracheront un frisson d’émotion. Le titre a été composé par l’équipe du Savoir Faire Unit : Dr Swing, Luke et Yann, déjà à l’origine du tubesque "Jeune Demoiselle" sur le mythique album Dans ma bulle. On leur doit également "L'avenir est à nous" pour Kool Shen ou encore "D'ici et d'ailleurs" pour Sheryfa Luna. A mon sens "Si c’était le dernier" est le morceau le plus fort de l’album. Un rap au flow hypnotique de 10 minutes qui résume l’essentiel : et si chaque acte apparemment anodin était le dernier.. "Sur La Tête De Ma Mère", où l'on retrouve de nouveau le Savoir Faire Unit à la composition, est une lettre hommage. Diam’s revient sur l’expérience de la guerre au Liban vécue par sa mère et son courage dans les épreuves de sa vie. Un des seuls titres produits au sens rapologique du terme, une magnifique composition aux accents très légèrement électro world dans le refrain, Les percussions et guitares sur "Cœur de bombe" pourront faire parfois penser à "Car tu portes mon nom" dans sa réalisation. Intimiste, il fait l’apologie tragico-classique de l’amour qui fane avec le temps « le cœur fait boum puis tombe ». Chroniqueuse sociale, son rap n’a pas changé, il a changé de répertoire et gagne en interprétation, juste et touchant. Cet album est un travail sur soi bouleversant d'honnêteté et qui parle beaucoup d’amour au final, qu’il vienne du public, d’un homme ou d’une mère. Artiste agaçante ou qui émeut, populaire ou populiste, elle donne tout, voire trop, généreusement, ses larmes, ses rires, ses amours et ses haines. Sa vie est un soap opéra dont elle reprends en 2009 l’écriture. Au final, Diam’s « fait des p’tits tubes sans faire exprès » et alors ? Alors oui il y a des redondances de thèmes, oui parfois la description de sa détresse pourrait passer pour impudique, oui parfois le monde de Mélanie Diamant manque de nuance, il semble tout noir ou tout blanc. Mais l’album est brillant, c’est la seule chose qui compte. A l'occasion de la sortie de l'album "S.O.S.", jouez et gagnez un casque hi-fi sans fil Philips : cliquez ici !Ecoutez & téléchargez cet album |