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Interview
dimanche 11 mars 2018 12:31

CHATON en interview : "Si je n'avais pas fait cet album, je ne sais pas où je serai"

Avant de devenir CHATON, Simon a eu plusieurs vies, plusieurs carrières. En solo sous le nom de Siméo, en tant qu'auteur-compositeur pour d'autres artistes comme Jenifer ou Yannick Noah... Armé d'autotune et de chansons mélancoliques, CHATON se livre comme jamais sur son premier album "Possible", et en interview sur Pure Charts.
Crédits photo : ILYES GRIYEB
Propos recueillis par Julien Gonçalves.

Comment tu as commencé à faire de la musique ?
Jeune, mes parents m'ont mis au solfège parce que j'étais complètement hyperactif. Il fallait me trouver des activités. On était au bord de Lyon, et il suffisait de traverser la rue pour aller au Conservatoire. J'en ai fait quelques années, comme tu apprends les maths. C'était bien formateur mais c'était horrible. Il n'y avait pas de plaisir. Et même quand tu mettais en pratique c'était avec une flûte... J'étais plutôt cancre de façon générale. J'ai fait du piano après, c'était cool. Mais c'était loin de la réalité, j'avais 10-12 ans. Je viens d'une famille où on n'allait pas à l'opéra quand j'étais gamin... Après, j'ai appris la guitare et les premiers concerts, les premiers groupes. Ça a été le déclic. Et, en fait, grâce au solfège, j'avais une putain d'avance.

Ça t'a aidé finalement !
Oui... Je ne remercierais jamais assez mes parents ! Je le vois, j'ai côtoyé pas mal de musiciens, et il y en a de moins en moins qui lisent la musique. Si tu veux être libre dans la création, c'est fondamental d'avoir digéré la technique.

« La musique m'a sauvé »
Tu voulais déjà devenir chanteur dès le début ?
Ça me servait surtout comme refuge. J'étais dans ma piaule, je bidouillais mes trucs. Je n'étais pas hyper intégré socialement. La timidité, une hypersensibilité... Qui n'a pas bougé d'ailleurs. Ces choses-là c'est pour la vie. Et c'est un peu incompatible avec la vie en groupe. C'était plus une sensation d'accomplissement, de progression que de "Je veux être chanteur". Ça me faisait du bien, ça m'a sauvé.

C'est un sentiment que tu ressens encore aujourd'hui ?
J'ai eu quelques jours sans promotion là, et j'ai pu revenir à la musique. Et il y a nulle part où je retrouve cette sensation. Avoir deux pages dans un média, c'est génial, je suis fier cinq minutes. Mais il n'y a absolument rien qui peut me guérir ou qui me fait me sentir moins seul et déconnecté de la réalité que la musique. Après, j'ai découvert la scène, et tu te rends compte que ce même état, tu peux le retrouver, sauf que tu le fais avec des gens qui t'envoient de l'amour de ouf. Et là, tu te dis : "Ok, je ne suis pas trop seul au monde". Mais ces moments-là, ils durent une heure... C'est virtuel tout ça.

Regardez le clip "J'attends en bas" de CHATON :



Tu as démarré ta carrière de chanteur sous le nom de Siméo, pourquoi avoir tout arrêté ?
Je suis arrivé à Paris après avoir eu mon bac. C'était l'idée depuis le début. Je vivais dans une chambre de bonne dans le 17ème, je faisais des disques, je continuais mes études par correspondance. C'était la bohème. Tu n'as rien à bouffer mais tu es au coeur du truc. Il s'est passé peut-être cinq ans entre faire des albums, des tournées, intégrer ce métier, faire quelques rencontres, et l'équipe avec qui je faisais Siméo qui a préféré arrêter. Il y avait une économie car il y avait encore le physique mais ce n'était pas assez stable, ce n'était que pour moi, c'était une survie. C'était le truc d'ado. On savait qu'on irait pas beaucoup plus loin, c'était le plan de personne d'en faire un métier.

« Ecrire pour Jenifer, ça m'a rendu visible »
Tu as fait quoi du coup ?
Je bouge un peu, je fais des dates, je continue de faire la musique. C'était une période assez dure. Et là j'écris "Je danse" pour Jenifer. A la base, ce n'était pas pour elle, je l'écris et un an après on m'appelle pour me dire qu'on me le prend. Je pensais qu'ils changeraient des paroles car je trouvais ça un peu osé pour Jen à l'époque. Et un jour une pote m'envoie un texto, le single était sorti, je ne le savais même pas. Et là, c'est le début de pas mal de collaborations...

C'est flatteur !
Ça te rend visible. Tu es dans les papiers, les gens t'appellent. Je sortais d'une période difficile donc tu fais pas trop le malin, tu y vas. Et moi je suis hyper candide, encore aujourd'hui. Je crois qu'on veut tous la même chose, qu'on essaie tous d'être des meilleures personnes. (Sourire) J'ai tout accepté. Ça a été beaucoup de rencontres humaines. J'ai fait beaucoup de choses pour les autres. Au début, j'écrivais que le texte et la musique, après j'ai réalisé. Ça a été une expérience de fou. Jusqu'à un moment de rupture.

« Dans ce milieu, les places sont tellement chères »
Une rupture qui a été motivée par quoi ?
Je me suis rompu le tendon d'Achille. Et huit mois dans ton canapé dans des milieux qui sont un peu durs... Et puis c'est quand même un truc de piranhas. Les places sont tellement chères, et le marché du disque a été anéanti, ça s'est durci. Tu te retrouves vite seul. J'ai eu une grosse période de réflexion. Tout est basé sur l'humain, tu crées des liens forts, la création c'est fort aussi. Et en même temps, c'est très éphémère. En gros, je donnais beaucoup d'amour, d'énergie, pour un truc où ça ne comptait pas autant pour les gens avec qui je le faisais.

Ça reste une industrie...
Oui, mais c'est dur. Je le dis tout le temps mais l'argent ce n'est pas mon moteur. Je ne suis pas plus heureux quand j'ai beaucoup d'argent. Et puis j'ai eu envie de faire autre chose... Je n'étais pas moins investi mais je supportais moins les choses un peu cyniques. Et puis tu vois que le temps passe et je ne suis pas super heureux à ce moment-là. Pourtant, c'est là que j'ai du succès, que je gagne de l'argent. Faut le vivre pour s'en rendre compte, car personne ne te dira jamais ça.

Ecoutez "N'importe quoi" de CHATON :



Du coup, ce que tu fais avec CHATON aujourd'hui, c'est loin de ce que tu as pu faire auparavant...
Oui quand tu écoutes ce que j'ai fait pour Leslie, c'est sûr c'est différent. Mais de ce que je faisais moi, pas trop parce que j'ai fait plein d'albums qui ne sont jamais sortis. C'est juste mon évolution. Je ne savais pas que je faisais un disque quand j'étais en train de le faire. Je voulais juste faire de la musique, me faire plaisir.

Et pourquoi l'autotune ?
J'ai écrit "Chanson démodée" à la guitare. Le texte est assez intemporel. Et en écoutant le mémo vocal, je me suis dit qu'il manquait un truc, que je n'étais pas en phase. Comme si je n'avais pas les bons outils. J'ai bidouillé des trucs. La première version était plus violente. J'ai testé plein d'effets, d'un coup j'ai allumé l'autotune et j'ai trouvé ça cool. Ça emmène ailleurs. C'est comme si j'avais trouvé un nouvel instrument.

« Au début, en écoutant mes titres, ma famille n'a pas compris »
Sur des titres comme "N'importe quoi" ou "J'attends en bas", tu confies des choses très personnelles sur ta famille, sur ta solitude. Des choses qu'on ne dit pas habituellement. C'est dur d'écrire ça ?
(Il sourit) La vraie question, c'est est-ce que, si j'avais su que des gens écouteraient ces chansons, je me serais autorisé cette liberté ? Quand j'ai fini l'album et que j'ai compris que j'allais le sortir, la première chose c'est que je l'ai envoyé à ma famille. En leur disant : "Non, je ne vais pas mal. Ça me sauve la vie de faire ça. Oui j'étais mal il y a six mois. Si je n'avais pas fait ce disque, je ne sais pas où je serai, mais pas au bon endroit en tout cas. Ça m'a fait du bien et je veux que vous sachiez qu'inconditionnellement, malgré tout ce que j'ai de travers, tout ce qu'on n'arrive pas à se parler, je vous aime". Car si toi tu trouves ça intime, imagine ma famille !

Complètement ! Et ils ont réagi comment ?
Avant que les médis s'y intéressent, ça a été l'interrogation générale. Ils l'ont écouté une fois, ils n'ont pas trop compris. Ils y sont revenus après quand on leur a dit que c'était peut-être intéressant. C'est idiot mais il y a des trucs qui n'étaient pas réglé en famille, et ça a permis des discussions. La famille, c'est toujours compliqué, pour tout le monde. Il y a cet amour inconditionnel et ultra complexe. C'est pareil avec les amis, au travail...

Globalement, sur son album "Possible", tu poses un regard assez critique sur le milieu artistique. Ça a été une épreuve pour toi ?
Ce n'est pas spécifique à mon industrie. Je parle via ma propre expérience. On est dans un monde où les valeurs les plus respectées restent l'argent et le pouvoir. C'est plus simple de proposer quelque chose de facilement comestible. Et attention, je suis un enfant de l'art populaire, j'écoute Balavoine et Cabrel depuis que je suis gamin, je reprends "Pour que tu m'aimes encore" de Céline Dion au premier degré car j'adore cette chanson. Quand je vois certains trucs, je me dis qu'il y a des gens qui ont une idée noble et on leur impose certains raccourcis. Et ceux qui leur imposent n'ont aucune considération pour l'art.

Tu n'es pas amer sur ce milieu ?
Non, je ne suis pas amer de mon industrie. Franchement, sur tous ceux que j'ai rencontré, il y a 80% que j'ai en haute estime, et puis comme toujours dans la vie il y a 20% de gens dont tu ne veux plus jamais entendre parler parce qu'ils sont infâmes. Mais ce n'est pas spécifique à la musique.

Sur "N'importe quoi", tu chantes quand même "Une chanteuse, maman, c'est pas beau", "Tes idoles je bois des cafés avec eux, tu serais déçu si tu savais, c'est pas vraiment glorieux", "Si tu voyais le niveau"...
(Rires) Tu sais, tout ça, ça reste du show-business. C'est du grand cinéma. Il n'y a rien qui me rendait plus triste que d'avoir un coup de fil de ma mère qui me disait : "J'ai vu untel à la télé, il a l'air trop gentil, trop humain, il fait des trucs caritatifs". Je ne lui disais pas mais j'avais envie de lui dire : "Mais si tu voyais comme c'est un fils de pute". C'est plus ça... C'est un truc sur les médias, sur la façon dont tu te présentes... Et moi je ne suis pas très bon là-dessus, regarde typiquement un peu ce que je te dis ! (Rires) Et je ne suis pas bon non plus à faire du cinéma.

Regardez le clip "Poésies" de CHATON :



Du coup, tu te sens pas un peu en marge dans cette industrie ?
Je vais te dire, je crois pas mal en ces trucs de karma. A chaque fois que j'ai fait des trucs pas cool dans ma vie, je me les suis pris dans la gueule. Quand tu essaies de bien faire, d'une façon ou d'une autre, tu trouves écho. S'il y a dix, cent ou mille personnes qui écoutent mon album, ce sera déjà un miracle. Donc, exister dans l'industrie... Je sais pas. Ce que je voudrais, c'est juste faire des concerts. Et ça se dessine...

« Le seul truc qui me ferait peur, c'est de changer »
Dans "Coco", tu chantes "Mon nom affiché Olympia complet j'en rêve". Tu y as assuré la première partie de Juliette Armanet cette semaine. C'est déjà à moitié réalisé du coup ?
Cette phrase rentrait bien dans la chanson ! Après, bien sûr que j'adorerais que ça se produise, car j'y ai consacré ma vie. J'adorerais que les gens me comprennent. Mais ce n'est pas une histoire de quantité... Fouler cette scène, c'est dingue. Ça parait dérisoire car il y a des gens qui le font tous les jours l'Olympia mais rien que faire une première partie, je suis émerveillé.

C'est bien d'être émerveillé !
Je sais où j'étais il y a un an. Quand je joue "Poésies" à Lola (sa petite-amie, ndlr) le soir où je l'écris et qu'elle me dit, en pleurs : "Mais en fait, tu ne vas pas bien". On a rien dans le salon... Je suis vraiment au bord de la faillite à ce moment-là. Je peux te dire qu'aujourd'hui être sur la scène de l'Olympia, c'est un putain de miracle. Je suis très reconnaissant.

« Les artistes sont projetés en haut très très vite »
Quel conseil tu donnerais à quelqu'un qui veut se lancer dans la musique ?
Je suis partagé. J'aurais envie de dire que c'est bien dans l'idéal de ne pas avoir de contrainte économique... Et en même temps, ça veut dire avoir un autre travail, et ça prend du temps. Après, il y a des génies mais il y en a un par génération. Et encore. Amy Winehouse, Daft Punk... Qui sont d'ailleurs des travailleurs fous. C'est assez laborieux comme métier. En tout cas, il ne faut pas avoir peur. Si c'est vraiment vital, fais-le car il n'y a que ça qui te rendra heureux. Si tu veux juste passer le temps ou être aimé, il y a plein d'autres moyens d'être aimé aujourd'hui. Looke toi et ouvre un bon Instagram !

Oui mais c'est fake...
Oui mais... Honnêtement, je pense qu'il y a pas mal d'artistes dont la démarche en musique n'est pas forcément... C'est un moyen comme un autre... Mais tu ne te poses pas la question en réalité, car tu y penses tout le temps. Il y a une sensation dans la musique qui est à part.

Tu dis dans "J'attends en bas" que "le succès n'arrange rien à l'intérieur". Ça peut guérir un peu, tu penses ?
C'est surtout très éphémère. Ce que l'histoire m'a appris, c'est que dans tous les cas c'est fluctuant. Tu as des hauts, tu as des bas. Il ne faut pas trop attendre des hauts si tu ne veux pas trop ramasser dans les bas. C'est dur car ça va vite. Les artistes sont projetés en haut très très vite.

Le succès te ferait peur aujourd'hui ?
Le seul truc qui me ferait peur, c'est de changer. Mais j'ai 34 ans, je ne pense pas que tu changes à cet âge-là. C'est dur de gagner une vraie hygiène, de ne jamais oublier... J'ai fait beaucoup de premières parties, et j'ai toujours été étonné quand je voyais des artistes blasés pendant leurs balances. Je me disais : "J'espère ne jamais devenir comme ça". Mais en fait quand tu fais plusieurs dates d'affilée, c'est dur de garder ton âme d'enfant. Il faut surveiller ça et toujours rester émerveillé. Tu sais quoi ? Franchement, les choix que je fais ne sont pas les plus simples. A un moment, j'aurais pu enlever mes idéaux, enchaîner pendant 5 ans et après être à la retraite. Travailler pour d'autres, notamment pour des artistes de variété, économiquement c'est intéressant. Mais voilà...
Julien GONCALVES

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